cover
Les points positifs:
  • Une craquée de personnages connus
  • Scénario riche et limpide
  • Déjà un classique
Les points négatifs:
  • Près de 300 pages d’histoire… et encore trop court
  • Fin abrupte

“Aux yeux de la loi… à mes yeux… vous serez comme lui.” – Jim Gordon


  • Scénario : Jeph Loeb Dessin : Jim Lee
  • DC ESSENTIELS – Batman Silence – 10 Mai 2013 – 372 pages -35€


Batman – Silence, c’est avant tout la réunion de deux superstars des comics. D’un côté on a Jeph Loeb, porté à consécration par son diptyque Un Long Halloween et Amère Victoire, et aux dessins Jim Lee, alors pas aussi connu qu’à l’heure actuelle. Mais même si ce Batman – Silence fut la première grande contribution de Jim Lee à DC Comics, on lui devait déjà au début des années 90 la popularité du comics X-Men (vol.2) qu’il avait lui-même lancé pour la maison d’édition concurrente. L’arrivée de ces deux mastodontes aux commandes de la parution principale de l’Homme-Chauve-Souris annonçait le début d’une histoire qui allait marquer les mémoires, et on ne s’est pas trompé.

Tout débute avec une prise d’otages. Divers malfrats, des petites frappes et des moins petites, ont enlevé le jeune Edward Lamont IV dans le but d’en tirer une juteuse rançon. En effet le gamin est fils d’un riche entrepreneur qui a financé la campagne de l’actuel président Lex Luthor (quel triste monde). Batman, plutôt que de sagement attendre que le F.B.I. entre en jeu, préfère comme à son habitude essayer de résoudre le problème à sa manière. Manque de bol pour la chauve-souris, Killer Croc était aussi dans le coup. Seulement, comme s’il n’était pas déjà assez bestial, ce dernier semble plus sauvage que je jamais, comme s’il avait muté. Quelque chose cloche.

Image1

Et il n’y a pas que Killer Croc. Toute la clique des infréquentables de Gotham City semble conspirer contre le justicier. C’est l’occasion pour les auteurs d’insérer une multitude de méchants dans le tableau : Killer Croc, le Joker, Poison Ivy, Harley Quinn, l’Homme-Mystère, Harvey Dent, Ra’s Al-Ghul et sa fille, et Catwoman, qui occupera un rôle important au sein de cette saga. Du côté des gentils on est également gâté, avec les habituels Nightwing, et Robin / Tim Drake, mais aussi, et c’est plus surprenant, Huntress, Superman, et Leslie Thompkins, la vieille amie des parents Wayne, également médecin. C’est très plaisant de voir comment toutes ces stars du Batverse ne se contentent pas ici de se tenir à des rôles de figurants, puisque chacun est un obstacle (ou un allié) pour Batman, dans sa traque d’un mystérieux malfaiteur qui semble tirer les ficelles de ce déferlement de chaos qui l’entoure.

Parallèlement à cette enquête, Jeph Loeb tisse une romance entre Catwoman et Batman. La routine, peut-être, mais celle-ci occupe une place centrale au sein de Silence, à tel point que Bruce Wayne ira jusqu’à révéler sa double-identité à la belle Selina Kayle. La relation qui unit ces deux protagonistes est, on s’en doute un peu, tumultueuse, puisque leur passion se heurte d’un côté à la réserve de Batman, et de l’autre à l’ambiguïté de Catwoman. Mais cette relation offre son lot de beaux sentiments à Batman – Silence, que de nombreux flashbacks, dessinés pour l’occasion à l’aquarelle par Jim Lee, viennent renforcer à coups de souvenirs douloureux. Jeph Loeb parvient au final à équilibrer parfaitement sa narration en dosant l’épique, le tragique, le romantique et, à ne pas négliger, l’humour. Vous avez aimé Un Long Halloween ? Silence est encore plus réussi, particulièrement dans l’exploitation intelligente des personnages et dans le déroulement de l’enquête, toujours clair au lecteur.

Image5

Aux dessins, Jim Lee. Aujourd’hui, au stade où cet artiste est arrivé, il est devenu quasi impossible de lui adresser la moindre critique sérieuse. Cependant, par rapport à la patte si particulière de Tim Sale (Un Long Halloween et Amère Victoire), le style de Jim Lee fait vachement plus moderne. Retouché. Presque trop moderne. En dépit du souci du détail qui l’habite (qui confine à l’obsession, on s’en rendra compte en parcourant les bonus), un effet presque 3D ressort de son tracé, dû peut-être également aux couleurs de Alex Sinclair. Le résultat est beaucoup plus photo-réaliste que le travail de Tim Sale, il va sans dire, mais manquera probablement d’authenticité, de grain, auprès des partisans de la vieille école. Même ces derniers seront en revanche contraints de reconnaître que les scènes où Killer Croc apparaît sont, par exemple, impressionnantes. On ne l’aura jamais vu aussi gros et méchant, il faut le dire. Enfin, l’idée de donner une autre identité visuelle aux scènes flashback est brillante, du point de vue esthétique puisque la sobriété de l’aquarelle apporte de la fraîcheur au regard, mais également du point de vue narratif puisque ça permet d’intégrer des passages antérieurs au récit sans préambule ou introduction, sans pour autant que le lecteur ne s’égare en route.

Un mot encore sur les bonus, puisque Urban met chaque fois un point d’honneur à en concocter des beaux et des jolis. Ici, on a droit à longue discussion entre Jeph Loeb, Jim Lee et Bob Greenberger (leur responsable éditorial), le dernier interrogeant les deux premiers sur la genèse de Silence. Tout leur échange est intégralement rapporté et regorge de piques d’humour ainsi que de détails croustillants dont les fans se régaleront. Drôle de décision cependant de la part d’Urban de placer cet ajout en préambule du récit puisque, et ils le disent eux-mêmes en introduction, cette longue conversation dévoile de nombreux éléments-clés du récit. Heureusement, puisque les lecteurs de DC Comics sont tous des gens sages et avisés (c’est bien connu), il leur suffira de commencer par l’histoire avant de, si le cœur leur en dit, se jeter sur ce cadeau d’Urban. On trouvera également à la fin du volume les habituelles couvertures alternatives, les croquis routiniers, ainsi que, et c’est nettement plus intéressant, la liste de tous les clins d’œil que Jim Lee a glissé dans ses planches, chacun accompagné d’une brève explication. Et ça en fait, des clins d’œil, puisque leurs brèves explications respectives s’étendent à… douze pages. Miam. Vous pourrez briller dans les soirées mondaines en étalant votre connaissance pointue de Jim Lee et de son œuvre.

Image4

En somme, le grand tour de force des auteurs de Batman – Silence est de l’avoir immédiatement hissé au statut de classique de la Chauve-Souris. Il en devient indispensable aux yeux des fans, qui dévoreront la belle galerie de personnages préparée par Jeph Loeb et Jim Lee, et proposera d’un autre côté une des meilleures introductions à l’univers de Batman aux non-initiés. Pourquoi ? Justement parce que c’est d’un classicisme redoutable, grâce à une enquête haletante, grâce au juste dosage des moments d’émotion, et grâce à quelques touches délicieuses d’humour ci-et-là. Efficace, et quasiment sans faux pas. Que demande le peuple ?


UN AVIS DE PLUS C’EST BIEN AUSSI!

Batman et Jeph Loeb. Voilà qui nous ramène aux belles et grandes heures de Batman Un Long Halloween et Batman Amère Victoire. Mais la comparaison s’arrête là ! On est bien loin de ces deux must have !

Car ce qui ressort de cette œuvre c’est l’action non stop, souvent au détriment de tout le reste, et les dessins bodybuildés de Jim Lee. Alors oui mon impression sur le dessinateur a un peu changé, notamment sur son travail des décors et sa mise en page, mais je reste insensible à ses hommes aux pectoraux prédominants et à ses poupées gonflables. Il est d’ailleurs dommage que Loeb utilise autant de personnages de la faune de Gotham juste pour permettre à Jim Lee de s’amuser dessus. Et il est dommage que l’action prenne tellement le pas sur l’enquête qui est pourtant super bien foutue.

Bref, Batman Silence est une bonne lecture. Je ne suis pas aussi obtus sur le travail de Jim Lee, a qui je trouve même quelques qualités. Mais on est loin d’autres grandes œuvres de Jeph Loeb. Très loin même. On sent que c’est vraiment le côté action, on en prend plein les yeux, qui est mis en avant, de par la présence de Lee à l’équipe artistique. C’est agréable à lire, mais là où un Long Halloween ou Amère Victoire seraient comme des films de réflexion, nous menant à nous interroger et ainsi admirer le fond avant l’image, Batman Silence serait un blockbuster où les scènes d’action prennent souvent le pas sur l’histoire.

-Biggy

20 COMMENTS

      • Nous sommes trois alors. D’autant plus que tu fait remarquer dans ta review que ça n’a rien à voir … Enfin bon, comparer ça à Un Long Halloween. Je n’ai pas lut Silence, mais ça part déjà avec un handicap d’être comparé à une des 10 meilleures BD de Batman.

  1. Bonne lecture, avis partagé à plein pot pour la première critique. Intéressant aussi de lire l’avis de Biggy, bien que je ne partage totalement sa vision du travail de Jim Lee (Bon c’est vrai qu’aimer le style de Lee, c’est un peu préférer une bimbo vulgaire à une femme qui a de la beauté et de la classe), un peu d’excès d’hormones je trouve que ça fait partie de l’Univers des Supers…s’ils avaient du gras du bide comme moi et pas des pecs en titane, j’aurai du mal à voir en eux des types qui peuvent changer le monde. ;)

  2. Merci pour vos commentaires et vos encouragements! Quant à la comparaison avec Un Long Halloween, si j’ai le droit de me défendre un peu :) il me semble tout d’abord que le lien s’impose de lui-même vu qu’il s’agit du même auteur, d’où les nombreuses références que j’y glisse. Ensuite qu’on soit clair : je préfère largement Un Long Halloween, mais à mon goût la différence réside davantage dans les dessins (Tim Sale ne cessera de m’impressionner!). Lorsque je disais que Silence était “plus réussi” encore, c’était en parlant du scénario précisément, que j’ai trouvé haletant et remarquablement tissé ici. Et surtout, et là je ne suis pas du tout d’accord avec Biggy, je trouve que les vilains classiques sont bien insérés dans l’intrigue, alors qu’à l’inverse ils me paraissaient plus faire de la “figuration” dans Un Long Halloween. Mais après, vous connaissez ça, l’enthousiasme juste après une lecture chaude… J’essaierai de me modérer pour la suite!

    • Bon état d’esprit. Toutefois je ne suis pas pour que tu modères sur ce genre de chose. A la rigueur prend plus de recule et pèse p-e tes mots mais si c’est ce que tu penses ne te censures pas peur de la polémique. On ne le dira jamais assez souvent, les gouts et les couleurs….blablabla :)
      Et puis ici ça permet généralement d’avoir un vrai débat constructif de ce n’est pas une mauvaise chose non plus.
      Pour une première review je trouve ça vraiment bien!

    • T’inquiète pas pour ça, t’as vu les zigotos que t’as remué avec ta petite phrase! xD
      Et Nat’ a raison, “ne te censures pas peur de la polémique”, c’est pas mes chroniques qui vont dire le contraire haha.
      Good job et bien d’avoir insisté sur l’édition d’Urban a proprement parlé. Ils daillent, faut racheter maintenant x)

    • Ouep le but de la review c’est de donner ton avis sur une lecture, que tu aies aimé ou non. Pas de plaire à la foule. (Sinon je trouverais Jim Lee génial et JLA la meilleure série du monde mdr).
      A la lecture de ton article on ressent parfaitement ce que tu as ressenti lors de ta lecture, cela fais donc une super bonne review, faut continuer ainsi tu as trouver le bon ton^^

  3. Hello, bienvenue etc. Ne surtout pas te modérer dans ce genre d’articles, le lecteur est conscient que ce n’est qu’un avis parmi d’autres.
    Il vaut mieux avoir un avis bien tranché plutôt que d’arrondir les angles pour pouvoir plaire à un maximum de personnes, quitte à froisser les vieilles croutes du site ^^ , c’est à travers cela que ta personnalité va se dessiner sur tes reviews et que les lecteurs habituels pourront identifier tes articles par rapport à leur goûts.
    Bonne suite à toi et bonne continuation. :)

  4. Je ne suis pas trés connaisseuse du monde de Batman (même si j’ai surement lu plus sur lui que sur superman, vu qu’il y a tellement plus d’album qui sorte sur batman que sur superman) et j’avoue avoir pris cet album, parce que Jim Lee l’a dessiné et que j’aime bien ses dessins… Mais cette fois, j’ai aimé le scénario… la scène avec le joker est excellente. Je n’ai pas lu “un long halloween” mais vous m’avez donné envie de découvrir par moi même cette histoire avec votre débat du “c’est celui là le meilleur!! non c’est l’autre!!” lol. Un peu déçu de Jim Lee. je sais bien que que les dessinateurs garde leur style, mais j’ai trouvé que les planches et les perso manquaient d’originalité… Bruce et Superman se ressemble quasiment autant que Sélina et Lois!! (les cheveux changent un peu!!!) Ou comme Lois et Wonder Woman… on dirait les mêmes ! Bref je pense que je vais vite m’acheter un prochain batman… Merci pour ta review

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.