V pour Vendetta
Les points positifs:
  • Culte
  • Du Alan Moore
  • Adulte
Les points négatifs:
  • Adulte…
  • Confus à la première lecture
  • Rythme inégal

“Et les fleurs les plus chatoyantes sont souvent les plus dangereuses.”


  • Scénario : Alan Moore Dessin : Lloyd David
  • VERTIGO ESSENTIELS – V Pour Vendetta – 18 Mai 2012 – 352 pages – 28€

Après Delcourt et Panini, c’est au tour d’Urban de rééditer cette série légendaire d’Alan Moore en un gros volume imposant. Grâce au film et à la popularisation du masque qu’il a entraîné, c’est un succès commercial assuré. Mais voilà, on a tendance à oublier qu’il s’agissait au départ d’un vrai comics de chez Vertigo, et pas un des moins bons qui plus est. Aussi que ce soit clair dès le début : ici, on ne fera pas de comparaison avec le film, c’est une review d’une sortie d’Urban comme une autre que vous vous apprêtez à lire, rien de moins, rien de plus. Et en tout cas pas une analyse des différences entre le comics et le film. C’est parti.

Angleterre, 1997. Mais pas l’Angleterre que l’on connaît. À la suite de la 3e Guerre Mondiale, éclatée dans les années ’80, et de la crise qui a en découlé, les fascistes ont pris le pouvoir, et ont instauré un état totalitaire où la liberté a été abolie au profit de l’égalité. Dans cette dystopie à la 1984 de George Orwell (dont Alan Moore reconnaît s’être inspiré dans la post-face de cette édition), Evey Hammond, une jeune fille de seize ans, est sur le point de se faire violer et tuer par des agents du gouvernement lorsque V, un mystérieux justicier dissimulé derrière un masque vénitien, surgit pour la sauver, avant de l’emmener dans son repère. S’ensuit une relation étroite entre ces deux personnages, à la frontière de la romance, tandis que V poursuivra sans répit sa lutte théâtrale contre le gouvernement et ses représentants les plus abjects.

V pour Vendetta

Voilà pour le résumé. Pour entrer dans les détails, le récit d’Alan Moore tourne autour d’une poignée de personnages (V et Evey bien entendu, mais également Finch le flic chargé de trouvé V ou Creedy responsable de La Main et aspirant à prendre le pouvoir). Qu’est-ce que La Main ? Un des organes étatiques chargés du contrôle de la population, chacun portant le nom de parties du corps en fonction de leur tâche : l’œil représente la surveillance, la main la répression, la voix la propagande, etc. Toute la rengaine habituelle genre R.D.A. revient : caméras partout, censure lourde, couvre-feu, et j’en passe. Heureusement V est là, chargé d’une mission qu’il s’est imposé depuis son séjour dans un camp d’expérimentation, ainsi qu’on l’apprend au fil de l’histoire. Et parallèlement à l’accomplissement de sa vendetta, on suit les efforts vains du gouvernement pour arrêter ce meurtrier dépeint par eux-mêmes comme un terroriste.

Le scénario emprunte donc au genre du polar pour la partie traque de V, tout en restant un comic traditionnel grâce au héros masqué. L’ambiguïté de ce dernier est mise en relief à travers les yeux de la jeune Evey. D’abord horrifiée par les meurtres et les attentats de celui-ci, puis pleine d’admiration et de reconnaissance, elle se met à s’attacher à son sauveur, mais faute de pouvoir percer réellement les sentiments, les intentions et les pensées ce mystérieux personnage, elle en nourrira de la frustration qui glisse vers la colère. Le rapport entre ces deux-là est particulièrement intéressant, leurs émotions l’un envers l’autre oscillant de la plus grande tendresse à la plus grande dureté.

V pour Vendetta

Mais bien qu’Evey et V soient les personnages centraux de l’intrigue, on est frappés par l’humanisme des autres pions de l’État. Pour certains, il serait plus juste de parler de leur besoin d’humanisme, à l’image du Commandeur manipulé par V, ce dernier jouant avec le manque d’amour dont le big boss de cette dictature souffre. Dans un monde sans sentiments l’être humain étouffe, semble nous souffler l’auteur. Utilisant un cadre totalement imaginaire, Moore prête en effet à ses personnages des sentiments bien réels, qui favorisent une identification émotionnelle très forte. À ce niveau, le meilleur exemple reste l’inspecteur Finch, qui sombre peu à peu dans une léthargie mélancolique au fur et à mesure que sa traque de V l’amène à se dégoûter d’un rôle qu’il maintient pourtant jusqu’au bout.

Quant au dessin, c’est justement dans le portrait de ces émotions qu’ils excellent. Même exagérés, les accès de colère sont effrayants, les regards tristes sont tragiques, les sourires… glaçants. La prouesse de David Lloyd est de rendre ces sentiments vivants avec un minimum de détails. Son style est d’ailleurs dépouillé d’une manière générale. Les décors sont restreints au minimum, accentuant une sensation de vide et de manque portée par les personnages en quête d’un sens à leur vie. Grand coup de cœur enfin pour les couleurs, utilisées avec une retenue inhabituelle. Car dans la plupart des scènes dépeintes, c’est surtout du noir et une couleur pâle, morte, qui dansent dans un rendu proche du noir et blanc originel. Seules les représentations de la liberté comme le congé de Finch à la plage ou les récits d’avant la dictature risquent des tons plus chauds, créant un effet saisissant sur l’œil et, surtout, sur le cœur. Il va sans dire en revanche que V pour Vendetta se distingue visuellement de la masse des comics, les habitués des fourmillements de détails précis et des couleurs chatoyantes seront peut-être décontenancés.

V pour Vendetta

Comme extras, Urban nous offre avec cette édition une préface où les deux auteurs prennent la parole, ainsi qu’une longue post-face très intéressante d’Alan Moore, racontant, entre autres anecdotes, la genèse du personnage de V ainsi que son processus personnel de rédaction. L’ouvrage s’achève sur des inévitables croquis inédits du dessinateur, adjoints ici de nombreuses annotations de la main de l’artiste. À noter finalement que la traduction française choisie par Urban n’est pas celle de Alex Nikolavitch, utilisée par Panini, mais celle de Jacques Collin, issue de la première édition française de V pour Vendetta chez Delcourt en 1999.

Alan Moore livre un polar. Alan Moore livre un combat pour la justice. Alan Moore livre les destins croisés de malheureux en quête de sens. Alan Moore livre une fable philosophique. Alan Moore livre un avertissement. Alan Moore livre enfin une œuvre adulte, capable d’émouvoir et de pousser à la réflexion, complète, épique, haletante, dont les défauts se font insaisissables et anecdotiques. La postérité a rendu justice à V pour Vendetta en lui accordant l’aura qu’on lui connaît. À votre tour faites pareil maintenant en lui accordant la place méritée dans votre bibliothèque.

17 Commentaires

  1. Je viens faire l’avocat du diable. Si on ose mettre cette note sur V pour Vendetta alors la review sur le tome “Joker” devrai avoir une note moins élevée que V.

    Ensuite, je me place dans la position de TheRiddler, qui a mon avis a fait preuve de rigueur en sachant que c’était du Alan Moore. On ne note pas du Moore comme on pourrait noter un autre auteur.

    • Ton résonnement est le bon si c’était la même personne sur les deux review^^ Mais ce n’est pas le cas. Chacun note une oeuvre en fonction de ce qu’elle lui apporte, de ce qu’on en attend, de qui est dedans, de l’équipe artistique, mais aussi et surtout en fonction de notre histoire perso, de notre expérience. J’ai mis moi aussi 5/5 pour le Joker en étant plus sur ma réserve lors de la review du tome Panini, mais je ne mettrais pas un sur 5/5 à V. Tout est une question de goût, on en revient toujours là :)

  2. Super review ! Je l’attendais celle-ci. Je connais le film, je l’ai vu plusieurs fois.
    J’ai aussi lu le comic plus d’une fois mais ta review me donne envie de l’acheter.

  3. Très bonne review de TheRiddler , je suis du même avis que toi .
    il faut plus d’une lecture pour ce chef d’œuvre .

  4. Bonne review, je n’ai vu que le film ( car la BD coûte quand même assez chère ) et j’avais adoré ! Le charisme du personnage principal V est tout simplement fou !

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