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batman infinite tome 4
Batman infinite t4 cover

Batman Infinite Tome 4 – Urban Comics – 17 euros

  • Scénario: Joshua Williamson, Karl Kerschl
  • Dessin: Jorge Molina, Mikel Janin, Karl Kerschl

Le quatrième tome de Batman Infinite voit le départ de James Tynion IV vers de nouvelles contrées éditoriales. Ainsi une nouvelle équipe se prépare à reprendre la série sur le long terme, et en attendant, nous avons droit à ce tome qui fait office d’interlude. Une histoire de remplissage en somme, écrit par Joshua Williamson, le grand architecte actuel de la période DC Infinite, qui reprend certains concepts légués par Grant Morrison. Mais est-ce suffisant pour en faire une bonne lecture ou s’agit-il d’un simple patchwork d’idées en attendant la vraie relance du titre?

BATMAN INC. RELOADED

Pour cette histoire qui tiendra en cinq numéros, l’initiative Batman Inc. pour Batman Incorporated va planter le décor de cette histoire. Pour celles et ceux qui s’interrogent sur ce qu’est Batman Inc. et pour qui les brèves explications apportées par le tome ne suffiraient pas, il s’agit d’un projet de Wayne Enterprises censé soutenir et financer les « Batmen » du monde entier. Ces derniers sont des personnes sélectionnées sur dossier qui bénéficient d’un réseau de communication et d’information de la part de Batman. Ainsi, des dizaines de Batmen ont pu apparaitre dans le monde, où ils sont tous de nationalité différente et portent un costume masqué. Batman Inc. est ainsi la réponse de Batman la criminalité mondiale. Et si vous souhaitez en savoir plus sur les origines de ce projet et de son fonctionnement, vous pouvez vous référer à la quatrième intégrale de Grant Morrison sur Batman, qui est très riche et complète.

Vous l’aurez compris, Joshua Williamson n’a rien inventé ici vu qu’il reprend une idée de Grant Morrison. En effet, Batman apprend que ses alliés Batmen sont sous les verrous dans une prison et sont accusés du meurtre d’un de leur ennemi, un certain Abyss. Ceci va l’amener en Badhnisie (pays fictif proche du Japon) où l’enquête va prendre une tournure surprenante car, comme Bruce Wayne n’est plus en mesure de financer Batman Inc. du au fait de la perte de sa fortune, c’est Lex Luthor est le nouveau porte-feuille et accessoirement le nouveau patron. On reviendra sur ces incohérences plus en détail. Enfin, il sera aussi question d’une réflexion intérieure autour de la métaphore d’un ennemi qui se cache dans l’ombre ou dans la lumière. Cela fait beaucoup d’histoires à développer, et on ne vous parle même pas du personnage récurrent de l’inspecteur Cayha.

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TROP EN FAIRE POUR BIEN FAIRE

En soit, tous les arcs évoqués ci-dessus ne sont pas mauvais sur le papier, mais la courteur du récit en cinq numéros va rendre tout ceci très superficiel. Et à raison malheureusement. Premièrement, Lex Luthor qui s’est emparé de Batman Inc. est tout simplement incompréhensible. Bien que Bruce soit dépossédé de sa fortune, les rênes de l’entreprise sont confiées à Lucius Fox, allié de longue date du Chevalier Noir. Et au diable l’immunité diplomatique de Lex. C’est impossible qu’il ait pu hérité de ce projet après tous les crimes contre l’humanité dont il a fait preuve depuis 2018 jusqu’à 2021 (ce qui est très récent). En revanche, le personnage est fidèle à lui-même et reste le bon mégalomane arrogant qu’on aime détester.

Deuxièmement, c’est le comportement des Batmen qui un non-sens. Certes, ils ne communiquent pas souvent avec Batman car ils sont tous autonomes, mais la justification de leur décision méritait sûrement plus qu’un « En quoi ça te concerne » ou « on se passait déjà de toi avant ». On peut comprendre que Batman Inc. n’ait pas trouvé des lecteurs ou des scénaristes, mais le concept est toujours ouvert et a beaucoup de potentiel en réalité. Ce n’est pas une raison pour dénaturer ses personnages et leur conviction surtout si (troisièmement argument) c’est pour nous présenter un personnage aussi plat qu’Abyss. Malgré un design qui fait très ninja-cyber punk, vous ne saurez absolument rien du tout de ce personnage. Apparemment, il était un gentil à la base, puis est devenu méchant. Point.

Nota Bene: Joshua Williamson va aussi régler la question de Ghost Maker introduit par James Tynion IV, et cela ne tiendra qu’en une case.

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QUELQUES QUALITÉS TOUT DE MÊME

Si les vingt premières pages de ce tome aurait constitué un bon début de scénario bien mieux que tout le reste, le récit constitué des pages back-up des numéros #119 à 121 apporte un vrai moment de déconnexion avec tout le côté sombre de Gotham. Dans « Animaux Domestiques« , Batman va devoir faire équipe avec une « nouvelle » Robin pour retrouver l’amie disparue de cette dernière. Piloté au scénario ET au dessin par Karl Kerschl (gagnant d’un Eisner Award en 2011 quand même et d’un Joe Shuster Award en 2010, l’équivalent canadien), l’histoire est plus profonde qu’il n’y parait par le regard du Batman des yeux d’une enfant. Les dessins et la colorisation sont très agréables à suivre et conviendra à tous les publics.

Enfin, pour revenir une dernière sur le travail de Joshua Williamson, sa partie graphique est quant à elle de toute beauté. Avec Jorge Molina au dessin et Mikel Janin à l’encrage, c’est l’un des gros points positifs de ce tome, mais c’est vraiment dommage qu’il ne faille retenir que la partie graphique comme argument d’achat pour ce volume. Les vingt premières pages (à nouveau oui) sont les plus travaillées en terme d’encrage avec le jeu de l’éclairage, des expressions des personnages et des splash pages. Pour le reste, la qualité est toujours présente mais moins libre d’expressivité à cause des environnements fermés ou nocturnes au sommet d’un toit.

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En conclusion, Batman Infinite montre qu’elle est bien une série qui manque cruellement de créativité depuis le début de DC Infinite. Entre 2020 et 2022, que ce soit James Tynion IV avec lEtat de Terreur (trois premiers tomes de Batman Infinite), redite de l’arc Joker War (trois tomes et aussi écrit par James Tynion IV), lui-même une redite de l’arc City of Bane de Tom King, ce n’est pas ce quatrième tome qui allait faire peau neuve. Joshua Williamson intervient en tant que scénariste de ce volume suite au départ de son prédécesseur. Mais, il n’était peut être pas le meilleur choix pour ce travail car il doit tellement crouler sous les projets pour gérer la continuité actuelle de l’univers DC. Le retour du concept de Batman Inc. aurait pu être intéressant s’il s’était concentré que dans une seule direction. Mais l’ajout d’élément de surenchère tels Lex Luthor, Abyss ou l’inspecteur Cayha rend le tout très superficiel au final. Ce dernier tome de Batman Infinite est un tome de « parenthèse » et une déception indéniable en terme de contenu. Mais qui suis-je pour vous demander de ne pas sombrer dans votre syndrome de collectionite aigüe et d’attendre plutôt la sortie du cinquième tome avec la formation de la nouvelle équipe Chip Zdarsky/Jorge Jimenez?

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