Histoire de prod #3 : Batman Begins

Histoire de Prod Batman Begins
Sommaire

Après un deuxième numéro sorti il y a maintenant quasi trois ans, il est temps de ressusciter Histoire de prod. Mais avant tout, Histoire de prod, qu’est-ce que c’est ? Le nom est assez parlant, il s’agit d’une analyse et d’un retour sur l’histoire de la production d’un film, d’une série ou d’un jeu-vidéo. Car, chaque œuvre qui voit le jour est en elle-même un petit miracle, quelle qu’en soit la qualité finale.

Aujourd’hui, nous revenons sur Batman Begins, le film qui a relancé Batman sur grand écran, mais aussi le film qui aura influencé le genre super-héroïque pour le meilleur, ainsi que pour le pire. Mais avant tout, petit retour en arrière.

Une licence au fond du trou

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Batman et Robin (1997)

Batman et Robin sort en 1997 pour le résultat que l’on connait et, après ça, le chemin est plus que semé d’embûches avant d’arriver à la production de Batman Begins. En effet, Warner veut continuer à tabler sur leur personnage phare, mais une vraie fébrilité existe dans les studios. Après le désastre de Batman et Robin, ils savent qu’ils ne peuvent pas faire n’importe quoi et que les fans les attendent au tournant. De nombreux cinéastes sont passés sur le projet, de Joss Whedon, aux Wachowski et même Darren Aronofsky (je vous laisse découvrir tous les détails de ces projets ici). Et c’est ce projet qui est le dernier en développement, avant qu’un certain Christopher Nolan n’entre en scène.

Mais qui est donc ce jeune cinéaste, assez peu connu à l’époque ?

Christopher Nolan

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Christopher Nolan

Nolan est né à Londres en 1970 et passera toute sa jeunesse à utiliser la caméra Super 8 de son père, un publicitaire directeur artistique, pour filmer des courts métrages. Parmi ceux-ci se trouve un film en stop-motion appelé Space Wars, un hommage à Star Wars comme vous pouvez vous en douter. En effet, Nolan est un grand fan des films de Star Wars, ainsi que de Ridley Scott et enfin, l’œuvre qui prend une grande place dans son imaginaire : 2001 l’Odyssée de l’espace.

Le cinéaste qui a derrière lui trois films, dont un financé en indépendant, s’est rendu chez Warner pour leur proposer un pitch de 45 minutes pour une réinvention de Batman. Il est d’ailleurs bon de s’attarder cinq secondes sur la relation du cinéaste avec les comics. On a souvent pu dire que Nolan n’aime pas les comics, ou qu’il n’en a jamais lu, mais il s’avère que ce n’est pas vraiment le cas. Le réalisateur n’est pas un énorme fan de comics, il le reconnait lui-même, et sa relation avec Batman n’a pas démarré avec son incarnation papier, mais avec celle d’Adam West. Néanmoins, il est aussi un énorme nerd et a bien lu des comics. Il cite surtout du Miller dans ses interviews, avec Année Un et Dark Knight Returns, mais quoiqu’il en soit, il en a lu. Nolan a une idée très claire, il veut faire ce qu’aucun film n’a fait avant lui : revenir sur les origines de Batman, sur les sept années que Bruce Wayne a passé loin de Gotham. Nolan veut aussi insuffler un vrai souffle épique dans son film, Lawrence d’Arabie est d’ailleurs une de ses sources principales d’inspiration.

Mais il y a une autre source d’inspiration majeure pour Nolan, c’est le Superman de Richard Donner. Ce qui peut surprendre au premier abord, ne l’est pas tant que ça en y réfléchissant un peu. Comme on l’avait vu dans le deuxième Histoire de prod, le mantra de Donner était la verisimilitude. C’était cette idée que, aussi surréaliste que les personnages puissent être, le film se devait d’être ancré fermement dans la réalité. Il devait réussir à nous faire croire qu’un homme pouvait voler et c’est exactement ce que Nolan cherche pour son film, pour lui il devait s’éloigner de l’onirisme gothique de Burton. Pour Nolan il fallait que Batman, personnage extraordinaire, soit plongé dans un monde ordinaire, entouré de personnes toutes aussi ordinaires. Par ce biais, les spectateurs pourraient s’identifier aux citoyens de Gotham. La question reste de savoir qui pourrait bien avoir envie de s’identifier à un citoyen de Gotham, mais c’est un autre sujet.

Qui plus est, le film de Donner est aussi une origin story de l’homme d’acier, ce qui, après tout ce temps, n’existait toujours pas à l’écran pour Batman. Et c’est donc exactement ce que voulait créer Nolan avec son film, une origin story définitive de la chauve-souris, telle que Donner avait pu le faire plus de vingt ans avant lui. D’ailleurs on a cet échange entre les deux réalisateurs qui fait vraiment plaisir à voir. Voir ces deux réalisateurs qui ont marqué durablement les films de super-héros échanger d’une manière empreinte de respect, c’est touchant.

Enfin, par dessus tout, avec ce long-métrage Nolan veut réaliser le film qu’il aurait voulu voir lorsqu’il avait 11 ans. Ce qui arrange bien la Warner. En effet, celle-ci n’a qu’un seul réel impératif pour ce film : qu’il ne soit pas R-Rated. Alors, la société accepte, tout à fait emballée par les idées du jeune réalisateur, et en janvier 2003 Christopher Nolan signe pour réaliser et scénariser son film Batman. Néanmoins, comme dit précédemment, Nolan n’a jamais été un spécialiste des comics et il ne se sent donc pas d’écrire le scénario tout seul. Il lui faut quelqu’un qui possède de vraies connaissances encyclopédiques du personnage et de son histoire. Il se met donc en quête de cette personne.

Et c’est sur David S. Goyer que son choix va très vite se porter. Le scénariste américain était au scénario des deux films Blade qui avaient tous les deux eu leur petit succès. Néanmoins, Goyer se prépare à réaliser le troisième film de la saga Blade, Blade Trinity, et il est plus que compliqué pour lui de cumuler les deux. Malgré tout il finit par accepter de signer un premier jet pour Nolan, l’attrait d’un film Batman étant beaucoup trop fort. Et il écrit celui-ci en 6, ou 8 semaines, même s’il est obligé de travailler de sept heure jusqu’à midi sur Batman, avant de partir sur Blade : Trinity jusqu’à 22h. Un rythme qui a failli le tuer de son propre aveu.

La période garage

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Christopher Nolan et Nathan Crowley dans le garage du premier

Les deux s’installent dans le garage de Nolan pour développer ce qu’ils veulent raconter. On verra que le garage de Nolan est un personnage à part entière dans la création de sa trilogie Batman. Déjà, ils étaient tous deux sur la même longueur d’onde. En effet, Goyer était persuadé que si on voulait revitaliser le personnage il y avait deux solutions. Soit partir très loin dans le futur, à la Batman Beyond, soit revenir au départ, aux origines de Batman. Et c’est donc exactement ce que Nolan veut. Mais avant même d’écrire quoi que ce soit, le premier élément auquel ils réfléchissent est le teaser du film. Pour eux il ne faut pas que l’on voit une silhouette encapée survoler les toits de Gotham, non. Ce n’est pas le film Batman qu’ils veulent. Et c’est une image historique qui capture leur imagination, l’image du jeune John F. Kennedy Jr. aux funérailles de son père. L’image de ce très jeune garçon qui essaye de rester brave et stoïque crée un vrai déclic chez eux. Ils surnomment Bruce « le garçon le plus seul au monde« . Et c’est aussi à ce moment-là qu’ils imaginent la scène où le personnage de Rachel fait signe à un Bruce, seul, à la fenêtre de son manoir, juste après l’enterrement de ses parents. Rachel est d’ailleurs créée de toute pièce, le personnage n’existant pas dans les comics, pour ancrer Bruce. Son rôle est d’être le personnage en dehors de la quête de vengeance du fils des Wayne.

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Funérailles de John Fitzgerald Kennedy (25 novembre 1963)

Nolan et Goyer veulent aussi créer un un lien entre la mort des parents de Bruce et les chauve-souris. L’idée est que Bruce ait eu une expérience traumatique avec celles-ci (le moment où il chute dans le puit) et c’est ce trauma qui est réactivé devant l’opéra Mefistofele, qui remplace ici le film Zorro et qui va forcer les Wayne à quitter le cinéma, avant de se faire tuer par Joe Chill. C’est en grande partie pour ça qu’ils ont fait le choix d’écarter Zorro de leur histoire. Maintenant cela crée un lien entre Bruce, sa peur des chauve-souris et la mort de ses parents. Une boucle de névroses qui explique bien l’aspect troublé de Bruce.

Ensuite, l’idée est de prendre la direction du comics The Man who Falls de Dennis O’Neil et de Dick Giordano, sorti en 1989 et qui suit les années de formations de Bruce loin de Gotham. Et cette idée est une première pour Batman, en effet, le personnage n’était jamais sorti de Gotham dans ses films.

Maintenant, l’un des gros questionnements est sur le vilain. Nolan veut quelqu’un de charismatique, mais qui n’éclipserait pas Batman, comme ça avait pu être le cas auparavant. On pense bien entendu aux Batman de Burton, surtout Returns où le Pingouin et Catwoman ont grande tendance à prendre le dessus sur l’encapé. Mais c’est un problème logique quand on a une galerie de vilains aussi grande et charismatique que celle de Batman. En fait, le britannique voit son film comme un James Bond. Les Bond peuvent avoir des vilains charismatiques, mais finalement le cœur du film reste toujours 007. Qui plus est, les deux partent du principe qu’ils n’utiliseraient pas de vilains déjà apparus auparavant. Donc exit le Joker, Mr. Freeze, Catwoman, Pingouin, … Goyer propose plusieurs vilains à Nolan, mais ceux auquel il pense vraiment depuis le début sont Ra’s Al Ghul et l’Epouvantail. En effet, il leur faut deux vilains car dès le départ ils se sont entendus sur le fait que le premier acte du film présenterait un vilain qui serait amené à revenir durant le troisième acte, tandis qu’un deuxième vilain servirait de leurre pendant le deuxième acte. Ceci s’avère d’ailleurs assez compliqué à mettre en place, car Nolan veut absolument que ce vilain final vienne du passé de Bruce durant ses années loin de Gotham. Et le réalisateur fut tout à fait convaincu par Al Ghul, Nolan lui trouvant de nombreuses similarités avec les vilains des Bond des années 70, surtout Hugo Drax, l’antagoniste de Moonraker.

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Hugo Drax, incarné par Michael Lonsdale dans Moonraker (1979)

Ils demandèrent bien à DC si ça posait problème de changer un peu le canon du personnage en faisant de Ra’s Al Ghul son maître, ou encore si détruire le manoir Wayne était un problème, mais cela ne sembla pas déranger DC du tout. Toutefois, Warner ont fait part de leur doute quant au fait que Batman apparaisse aussi tard dans le film (il apparaît à la 63e minute), mais Nolan avait une réponse toute préparée pour ça. Superman, lui, n’apparaissait qu’au bout de 53 minutes dans le film de Donner. Ce qui était un mensonge, comme Nolan le reconnaitra durant un marathon de ses films. En effet, Christopher Reeve devient Superman au bout de la 47e minutes de film, un mensonge de seulement six petites minutes, on en conviendra.

La Batmobile

Pour Nolan la clé pour comprendre ce qu’allait être son film était la Batmobile. L’idée est de rendre Batman le plus réaliste possible et son véhicule doit être le plus utilitaire possible, sans ajouts déstinés à seulement la rendre cool. Le réalisateur l’imaginait comme la fusion d’un tank et d’une Lamborghini. Et c’est en façonnant une boule d’argile que Nolan donne le ton sur ce à quoi devait ressembler sa Batmobile. Le britannique ramène Nathan Crowley en tant que chef décorateur, les deux avaient déjà travaillé ensemble sur Insomnia, et celui-ci commence à designer des miniatures du Tumbler avec divers pièces de maquettes. Crowley travaillait aussi chez Nolan, le tout avait un vrai feeling de film « familial », loin de ce qu’on attendrait de la création d’un blockbuster à plus de 100 millions de dollars. Maintenant, il faut que la Warner approuve cette réinvention en profondeur, ce qu’ils font sans attendre, et même avec enthousiasme. Ils financent alors la construction d’un premier prototype taille réel.

L’objectif de Nolan est d’avoir une Batmobile 100% fonctionnelle, une chose qui n’avait jamais été fait auparavant. Dans les précédents films elles pouvaient tout juste démarrer et avancer un peu. Elle devait être capable de réaliser les scènes de poursuites sans que le film n’ait besoin d’avoir recours à des cgi. Ils rencontrèrent ensuite plusieurs contre-temps, comme le fait que Nolan et Crowley n’aient pas pensé à l’endroit où l’on pourrait fixer un axe pour que les roues puissent tourner. Dans un premier temps le réalisateur propose simplement d’un mettre un qui sera ensuite effacé en post-production, cependant les équipes d’ingénieurs pensent que le problème n’est pas impossible à résoudre. Et ils vont bien le résoudre ! Finalement, ils vont installer des freins supplémentaires sur les roues, qui, reliés à des leviers permettent aux cascadeurs des virages serrés.

Les équipes finissent par construire en six mois cinq modèles de Batmobiles parfaitement fonctionnelles.

Des images de la construction et des tests du Tumbler

Gotham

Après la Batmobile, Crowley se met à travailler sur Gotham. Pour Nolan, sa Gotham doit être un New-York sous stéroïde. Crowley démarre donc ses concepts-arts en photoshopant une autoroute surélevée de Tokyo dans une rue de New-York.

Une part importante de la conception de Gotham est passée dans les Narrows, les dessous de la ville. L’idée est de faire de cet endroit le pire bas quartier possible et qu’il vienne se poser comme le cancer qui vient grignoter petit à petit les fondations de la ville. Qui plus est, les Narrows doivent aussi rentrer en complète opposition avec la Gotham pleine d’espoir de la jeunesse de Bruce. Pour les concevoir, Crowley s’inspire de la Citadelle de Kowloon, une enclave chinoise située au milieu de la colonie de Hong Kong et qui fut démolie en 1993. Un endroit particulièrement impressionnant de par sa densité de population, 1,9 million d’habitants par km² (en France on est à 60 habitants par km²) en 1987. Elle était aussi assez remarquable par le fait que très peu de lumière filtrait en son sein, lui donnant une atmosphère plus que lugubre. Aujourd’hui cette citadelle n’existe plus et a été remplacée par un parc.

Le début officiel de la pré-production

Après ces trois mois passés dans le garage de Nolan la pré-production peut commencer officiellement et Crowley pose ses valises dans les studios de Shepperton à Londres. Là-bas il dirige une équipe composée des directeurs artistiques Peter Francis, Paul Kirby, Dominic Masters, Alan Tomkins et Susan Whitaker, ainsi que trente autres artistes. Ceux-ci ont pour mission de développer les designs que Crowley a créé dans le garage de Nolan.

L’un des problèmes qui s’offre à eux vient des lieux de tournage. Il leur faut trouver un studio qui pourra filmer les scènes en extérieur, le problème étant que Nolan et Crowley veulent récréer des rues et des bâtiments entier de Gotham. Mais en plus de devoir avoir la place pour créer des immeubles, il faudra aussi avoir assez de place sous plafond pour les diverses machines liées aux cascades et effets spéciaux, par exemple pour les scènes où Batman plane au-dessus de Gotham. Et dans les faits il n’existe pas de studio assez grand pour ça. Lorsque des productions demandent autant d’espace, Hollywood crée généralement ses décors en extérieur. Néanmoins, Batman oblige, une grosse partie des scènes du film se déroulent de nuit et des décors en extérieur obligeraient des tournages nocturnes, qui sont très rudes pour les équipes et les acteurs. Qui plus est, autant le soleil californien est plutôt compatible avec un tournage en extérieur, autant la pluie anglaise rendrait le tout infernal. Il leur faut donc absolument trouver un studio compatible.

Emma Thomas, la femme de Nolan et productrice sur tous ses films, a grandi près de Bedford, à environ 70 kilomètres de Londres, et se souvient d’un endroit qui pourrait convenir. Ils finissent donc par acquérir un hangar pour avion désaffecté, à Cardington, près de Londres. Celui-ci avait quasiment cinquante mètres de hauteur sous plafond. Qui plus est, il contenait déjà trois immeubles factices, dont le plus grand faisait 11 étages, qui étaient auparavant utilisés par les pompiers pour s’entrainer. Crowley intègrera donc ces trois bâtiments au décor de Gotham.

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Hangar de Cardington

Casting

Logiquement pour Nolan, tout commence par le casting de Batman, et il veut un acteur plutôt méconnu dans ce rôle. Son objectif est en fait de renouveler ce que Richard Donner avait créé avec son casting : un acteur principal assez méconnu entouré de gros noms pour tous les rôles secondaires.

Christian Bale / Batman – Bruce Wayne

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Comme à chaque fois, le casting de Batman est l’objet de nombreuses rumeurs et pseudo polémiques. Celle qui a le plus défrayé Internet est la rumeur affirmant que Ashton Kutcher allait être Batman. Il est aujourd’hui assez difficile de savoir s’il y avait une réalité derrière ces rumeurs, tant elles venaient quasiment toutes de petits sites qui n’inspirent pas une confiance absolue.

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Je ne comprendrais jamais pourquoi ils nomment des personnes en charge de propriétés qui ne les intéressent pas, ou qu’ils ne comprennent pas. Quand on voit tout ce que Marvel fait correctement en ce moment, tandis que Warner continue à faire des conneries (même Daredevil, qui est sans doute la pire des récentes adaptations, c’est meilleur que tous les films Batman)

Eh oui, c’est bien un commentaire trouvé sur un forum de 2003 en réaction à cette rumeur. Vous avez l’impression d’avoir lu quasiment la même chose il y a deux ou trois jours ? Ce n’est pas qu’une impression. Il s’agit d’ailleurs d’un forum assez étonnant où absolument tout le monde détestait les Batman de Burton. Vraiment très étrange.

Avant même d’avoir terminé l’écriture du scénario, Nolan a rencontré Christian Bale. Tout de suite, il s’est rendu compte que l’acteur serait intéressant dans le rôle. Nolan explique que Bale avait dans son regard une certain intensité qui lui rappelait Batman. Néanmoins il y avait un problème, Bale était devenu rachitique pour son rôle dans The Machinist, il avait perdu 28 kg et ne pesait plus que 55 kilos. Nolan avait donc peur que les pontes de Warner et DC ne puissent pas se projeter avec l’acteur. Toutefois, Bale arrive aux screen test en ayant repris tout son poids, voir plus, et il fit une prestation « animale » (en tout cas c’est comme ça qu’ils la décrivent) que vous pouvez voir ci-dessous.

Un screen test fait avec Amy Adams (que l’on peut voir de dos ici), 10 ans avant qu’elle ne devienne Lois Lane

C’est le 11 septembre 2003 que Christian Bale devient officiellement Batman !

Liam Neeson / Henry Ducard – Ra’s Al Ghul

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Liam Neeson est le choix principal du réalisateur, cependant Nolan se pose tout de même une question : est-ce qu’il ne serait pas un choix trop évident ? Rien qu’avec Star Wars, Neeson avait déjà endossé le rôle du mentor bienveillant. Néanmoins, Nolan finit par se dire que ses rôles de mentors bienveillants permettraient d’encore plus prendre les spectateurs par surprise lorsque l’on apprendrait qu’il est Ra’s Al Ghul.

Morgan Freeman / Lucius Fox

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Dès le départ, pour Goyer, le choix de Morgan Freeman pour incarner Lucius Fox est évident. L’acteur correspond tout à fait au personnage des comics. De plus, cela tombe bien, Freeman est un énorme fan de comics. Il explique que jeune il lisait tous les Batman, The Spirit et Captain Marvel.

Michael Caine / Alfred Pennyworth

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Michael Caine explique que Christopher Nolan s’est rendu en personne chez lui et qu’il lui a proposé le rôle d’Alfred. A première vue, l’acteur n’était pas particulièrement emballé par l’idée de jouer le majordome, néanmoins il dit à Nolan qu’il lirait le scénario et reviendrait vers lui. Mais le réalisateur avait déjà tout son amour pour les secrets et il impose à Caine qu’il le lise devant lui. En lisant le scénario l’acteur britannique réalise que plus qu’un majordome, Alfred représentait surtout un père de substitution pour Bruce dans ce film et c’est cette idée qui le pousse à accepter le rôle.

Cilian Murphy / Jonathan Crane

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Comme vous avez pu le voir dans le vidéo ci-dessus, Cilian Murphy, tout jeune acteur, a passé les tests pour le rôle de Batman. Toutefois, il ne correspond pas au rôle. L’acteur dégage en effet quelque chose d’assez néfaste. Nolan s’est tout de suite rendu compte que l’acteur dégageait quelque-chose et que, même s’il n’est pas Batman, il aurait tout à fait sa place dans le film. Le réalisateur finit donc par lui proposer le rôle du psychiatre Edward Crane.

Recréer Batman

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Pour le costume de Batman, sans aucun doute la partie la plus importante du personnage, les équipes étudient les comics pour bien déterminer les parties les plus importantes du Batsuit à travers les décennies. Ces caractéristiques seraient primordiales à la création de ce costume. Néanmoins Nolan veut aussi lui donner un aspect plus contemporain et utilitaire, comme pour tout dans son film. Il met aussi une large emphase sur la cape dont la représentation lui tient à cœur.

Dans un premier temps c’est avec le proto-costume que Lindy Hemmings et son équipe démarrent. Ils se sont demandés quelles améliorations Bruce Wayne aurait besoin d’apporter au costume pour arriver au Batsuit final, comme par exemple repeindre le noir charbon en un noir matte qui lui permettrait de disparaitre dans la nuit. De plus, Hemming avait appris qu’il existait une peinture utilisée par l’armée qui permet d’effacer toute trace de chaleur sur les caméras thermiques.

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Pour le masque, Graham Churchyard se devait de créer quelque chose de souple. En effet, tout le monde le sait, par le passé Batman a eu quelques soucis de « nuque raide », et là, il voulait essayer d’avoir une matière qui laissera le plus de mouvement possible pour l’acteur. Néanmoins, il ne voulait pas faire une croix sur l’effet « bulldog » de la nuque du costume, comme montré sur l’image ci-dessous. Mais pour réaliser celui-ci, il faut l’équivalent de 6 cm de mousse dans la nuque. La solution trouvée est de tailler dans la mousse pour créer une sorte de structure alvéolaire, comme dans une ruche.

Pour la cape, le défi est d’avoir quelque chose de très fluide, mais qui pourrait aussi se rapprocher de certaines pages de comics où elle ressemble aussi à des ailes rigides. Et c’est David Goyer qui entend parler d’une expérimentation du Ministère de la Défense sur une matière nommée memory fabric. Celle-ci, très douce et souple, se rigidifie au moindre contact avec de l’électricité. Et cela semblait parfait pour Batman.

La cape finale est créée en matière de parachute, Nolan voulant une cape fait d’un matériau léger qui bougerait avec le vent, et le nylon des parachutes est parfait pour ça. L’équipe à la création des costumes créée finalement une douzaine de capes différentes, chacune servant un rôle spécifique. Par exemple, il y a une cape plus courte qui sera utilisée dans les scènes où Batman est assis dans la Batmobile, une autre qui lui arrive à la cheville et qui sera utilisée pour les scènes d’action. Ou encore une longue qui touche le sol. Enfin, il y a la cape construite spécifiquement pour les scènes où la fonction planneur est activée. Celle-ci est faite de tubes cousus dans la cape qui se remplissent d’air via un compresseur d’air fixé dans le dos du costume. Cela permet à Christian Bale, ou sa doublure, Buster Reeves, de pouvoir filmer une scène où sa cape se rigidifierait du simple appui d’un bouton.

Le résultat final nous donne un costume en mélange de silicone, de caoutchouc et de néoprène qui contient quatorze pièces différentes, qui étaient à chaque fois fixées sur Christian Bale.

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Le costume final

Combat

Pour ce qui est de la façon de se battre de Batman, une autre part importante de la réinvention du personnage, il faut donc revoir comment on va mettre en scène ses combat. C’est la doublure de Christian Bale, Buster Reeves qui leur donne l’idée : la méthode de combat Keysi. Il s’agit d’une méthode de combat développée en Espagne dans les années 50. Mi défense, mi offense, le Keysi puise son inspiration de tous les styles de combat existant, ainsi même que des techniques de combat de rue. Néanmoins, comme il s’agit d’un mode de combat très resserré et très rapide, il a donc dû être un peu adapté pour son passage à l’écran. En effet, les films privilégient les mouvements amples et impressionnants qui sont beaucoup plus cinématiques.

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Production

Après Superman (1978) et Batman (1989) qui ont vu leur production être parcourue de problèmes, celle de Batman Begins est tout à fait calme et se passe dans un climat serein. Ce qui fait un Histoire de prod un peu moins rempli de rebondissements, on en conviendra, mais il y a tout de même son lot d’éléments intéressants à raconter.

Déjà, avant même de démarrer le tournage, un léger problème subsiste. Bale avait bien repris du poids et était revenu à plus de 80 kg, néanmoins ce n’était pas du tout 80 kg de muscles. L’acteur comparant son physique à celui d’un ours, et ce au grand dam de l’équipe de tournage. Toutefois, comme il en a l’habitude, l’acteur s’est soumis à un entrainement et à un régime intensif à base de nourriture hautement protéinée, qui lui a permis au final d’avoir le physique qu’il démontrera dans le film. D’ailleurs, le producteur Larry Franco affirme que Bale n’a pas mangé normalement avant d’être certain qu’il n’aurait plus aucune scène torse-nu à filmer.

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On pourra apprécier que l’acteur ne semble pas s’être assoiffé pour ces scènes, lui

Nolan et la réalisation

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Mais avant de commencer, il est bon de rappeler que, comme pour tous ses films, Nolan a refusé dès le départ d’utiliser une deuxième équipe de tournage. En temps normal, un film va avoir une seconde équipe avec un second réalisateur et un second chef opérateur qui vont s’occuper de ce qu’on appelle les pick-up shots, ainsi que souvent les scènes d’action. Ceci dans l’idée de faire gagner du temps de tournage à l’équipe principale. Néanmoins, Nolan s’est toujours fermement opposé à l’idée et a donc réalisé absolument tous les plans du film. Comme il expliquait dans une interview à la DGA, pour lui chaque plan a son importance, même le gros plan d’une montre. Et s’il n’est pas là pour filmer ces plans-là, à quoi sert-il en tant que réalisateur ? Il trouve aussi qu’en laissant ses scènes d’actions aux secondes équipes, il y a un vrai risque de perte d’identité du film. C’est pourquoi Nolan et son chef opérateur, Wally Pfister, ont tourné tout le film eux-mêmes, exceptés deux jours de tournage d’images de fond en Angleterre, ainsi que quelques plans pour les effets spéciaux à Chicago.

Qui plus est, ce fonctionnement permet aux tournages de Nolan d’être particulièrement économe pour un tournage de film d’action. En effet, le réalisateur filme uniquement ce qu’il a en tête, alors qu’une deuxième équipe de tournage va souvent tourner beaucoup de plans supplémentaires pour être certains qu’ils ont le nécessaire.

Enfin, Nolan sort aussi des standards hollywoodiens en demandant à ce que Wally Pfister dirige la caméra lui-même. Finalement, cela laisse Nolan et Pfister toujours au cœur de l’action pendant les tournages.

Début de tournage en Islande

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Le tournage démarre en février 2004 en Islande et durera en tout et pour tout 129 jours. D’ailleurs le tournage ne devait démarrer qu’en mars. Cependant le temps devait se réchauffer durant les prochaines semaines, l’équipe s’est donc pressée pour commencer un mois plus tôt. Et malgré ça, l’équipe a tout de même dû utiliser beaucoup de fausse neige pour compenser les trous sur le tournage. Qui plus est, la scène de combat sur le lac gelé a elle aussi dû être avancée, car s’ils attendaient un jour de plus la glace aurait fondu. Le tournage fut tout de même plutôt stressant, entre les craquements de la glace et la présence d’une petite équipe de tournage, seulement dix personnes. Qui plus est, Bale et Neeson n’ont pas eu tout le temps nécessaire pour s’exercer à la chorégraphie du combat.

Enfin, l’autre séquence qui a posé problème est celle où l’on voit Bruce et Ducard glisser sur la pente de neige. Là où on aurait plutôt créé une pente en studio pour filmer ça plus sereinement, le tournage s’effectua toujours en Islande. Deux façons de tourner la séquence sont envisagées. La première est d’avoir un Wally Pfister glisser au-côté des cascadeurs pour les filmer, mais pour des raisons assez évidentes, comme la chute de soixante mètres, ils partent plutôt vers la deuxième possibilité. Filmer avec une caméra fixée sur une Technocrane (un bras mécanique) qui glisse sur une pente construite par les équipes. Le résultat ne convainc pas tant que ça Nolan qui le trouve trop lent. Pour les plans plus serrés sur les personnages, ils changent d’endroit pour une pente où une chute ne risque pas de leur coûter la vie, et cette fois Pfister glisse bien avec les comédiens.

Shepperton Studio

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Les studios de Shepperton

Après ça, le tournage part direction l’Angleterre, dans les studios de Shepperton. Dans ces studios, des petits décors avaient été construits, comme par exemple celui de l’intérieur du monastère. Décor qui a vraiment explosé d’ailleurs ! Une habitude de Nolan qui restera. Ce n’est pas la seule explosion à Shepperton. En effet, une petite partie de l’intérieur du manoir des Wayne a été construite à l’intérieur, et a été filmé la scène de l’incendie du manoir. D’ailleurs, la scène où la poutre tombe sur Bruce a bel et bien été filmée avec Christian Bale, sans intervention de son cascadeur.

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Tournage de la scène du monastère

Ensuite, c’est la Batcave qui est construite dans ce studio. D’ailleurs, pour cette Batcave, Nolan et ses équipe ont pris une direction différente du passé. Ici, on a une construction naturelle à laquelle Bruce est venu se greffer.

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Tournage dans la Batcave

Enfin, c’est le combat final entre Ra’s et Batman au sein du monorail qui est filmé au sein de ces studios. Deux voitures de douze mètres sont construites. A l’intérieur des néons sont posées, ce qui permet d’avoir une lumière classique, avec un effet de clignotement comme on en aurait dans un vrai train; tandis qu’à l’extérieur trente ou quarante spots recouverts d’un filtre de couleur, qui eux aussi clignotent, sont installés. Ceux-ci se reflètent alors sur le visage des acteurs et ajoute à l’effet de mouvement.

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Décor du combat final
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Tournage en extérieur

Déjà, l’équipe se rend au Mentmore Towers pour filmer les scènes en intérieures et extérieures du manoir Wayne. Ce manoir fut construit en 1854 pour la famille Rothschild. Pour l’anecdote, il a été aperçu dans des films comme, Brazil (1985), Eyes Wide Shut (1999), Le retour de la momie (2001), Ali G Indahouse (2002) ou encore Johnny English (2003).

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Mentmore Towers, Buckinghamshire

Ensuite, le Midland Grand Hotel sert à filmer les séquences à l’asile d’Arkham. En effet, le bâtiment avec son architecture gothique et son style très spécifique s’insère parfaitement dans l’univers de Gotham.

Après ça, la scène de test du Tumbler avec Lucius et Bruce est filmé au sein du Event Hall Londres. Un changement de dernière minute puisqu’à l’origine c’est le Millenium Dome à Greenwich qui devait servir de lieu de tournage.

La scène d’ouverture dans la prison du Buthan a été tourné à Coalhouse Fort sur les rives de la Tamise en Essex.

On a aussi l’opéra auquel les Wayne se rendent avant leur mort qui est littéralement l’opéra Garrick Theatre à King’s Cross.

Enfin, on a les Tilbury Docks qui servent à filmer la toute première scène où Batman apparaît.

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Tilbury Docks

Les suites du tournage à Cardington

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Pouvoir tourner dans ce gigantesque hangar a permis à Pfister de profiter d’un contrôle tel qu’il n’en a jamais eu sur un tournage. En effet, grâce à sa taille, il y avait un nombre impressionnant de bâtiments, ainsi que des rues fonctionnelles, des lumières, des néons et même des voitures circulants pour de bon. Qui plus est, il a pu installer des lumières à l’intérieur des bâtiments, ce qui permet d’éclairer la rue de par l’intérieur. En effet, Pfister s’était rendu compte que lorsque l’on regarde une rue du haut d’un immeuble (pour lui c’était Chicago), la grande partie de la lumière vient de l’intérieur des bâtiments, avec quelques lampadaires pour accentuer le tout. Néanmoins, il y a bien eu quelques difficultés dû à la pluie présente dans les scènes se déroulant dans les Narrows. En effet, pour que la pluie soit lisible à l’écran il faut que les chutes d’eau soient bien plus conséquentes que celles que l’on a naturellement. Ce qui a posé de nombreux problèmes avec les nombreux appareils électroniques présents sur le plateau.

C’est dans ces décors qu’est tournée la scène où Batman se jette par la fenêtre après que Crane lui ait mis le feu. Pour tourner celle-ci, ils ont muni le cascadeur de Christian Bale, Buster Reeves, d’un costume fait de silicone ignifugé. Il est aussi équipé d’un descendeur qui lui permet de partir de l’appartement pour terminer sur les matelas en bas. En effet, Nolan veut une scène en une seul plan, il fallait donc que la cascade se déroule d’un seul coup.

Enfin, c’est aussi tout le climax, alors que la toxine de Crane se répand, qui se déroule dans les Narrows et qui doit donc être tourné. Pour ces scènes, ce sont quatre générateurs de fumée, chacun de la taille d’une caravane, qui sont amenés sur les plateaux. Il y avait tellement de fumée sur les plateaux que les plaques d’égout ont fini par s’envoler, alors que les bouches à incendie ont explosé. La fumée était telle que le panache a atteint les soixante mètres de haut. Puis après, toute la fumée accumulée se mettait à retomber comme de la pluie. Pfsiter appelle ça leur propre écosystème.

Chicago

Enfin, les équipes quitte l’Angleterre, direction Chicago pour la dernière partie du tournage. Chicago va servir à tourner des scènes destinées à donner une impression de grandeur à cette Gotham, une grandeur qui ne pouvait être atteint dans les studios de Cardington, aussi grands qu’ils puissent être.

Pour la tour Wayne ils ont utiliser le Board Trade Building.

Trois semaines ont été dédiées au tournage de la scène de course. Pour celles-ci, les voitures construites par Chris Corbould et son équipe sont ramenées et chacune d’entre elle devait réaliser une fonction spécifique. Par exemple, l’une d’entre elles était dotée de six réservoirs de propane pour les scènes où l’on voit des flammes s’échapper des échappements. Une autre sert spécifiquement à tourner les scènes où Batman sort ou entre dans la Batmobile. Celle-ci est dotée de mécanismes hydrauliques qui permettent d’ouvrir et de fermer la Batmobile, ainsi que d’un petit moteur électrique qui lui permet d’entrer et de sortir des plans.

Pour tous les plans de Batman dans la Batmobile, un cockpit géant a été créé, qui permet en plus de pouvoir mouvoir les caméras facilement. Pour filmer ces scènes, plusieurs sections du quartier de Chicago nommé Loop ont été privatisées avec la quasi intégralité de la rue LaSalle et de la partie souterraine de Wacker Drive. Enfin, les poursuites sur les toits et toutes les scènes qui s’en suivent sont filmées sur une partie abandonnée d’une autoroute au nord de la ville.

L’outil le plus important de cette séquence est l’Ultimate Arm, il s’agit d’une grue mécanique avec un tête gyrostabilisée placée sur une Mercedes. Cette tête est contrôlée par un joystick placé à l’intérieur de la voiture. L’outil est très coûteux et est d’abord seulement pensé pour la première journée de tournage, cependant il permet d’obtenir une image stable et dynamique de la poursuite en Batmobile. Résultat, ce sera 80% de la séquence qui sera tourné avec cet outil.

Et comme on l’a dit plus tôt, Nolan veut tout filmer lui-même pour son film et il veut ici être au plus proche de l’action. A l’intérieur de la Mercedes, dotée de l’Ultimate Arm, on a quatre personnes, les trois inventeurs de l’outil (George Peters, Lev Yevstratov et Joseph Bednar), ainsi que Nolan lui-même. Depuis son siège, Nolan peut communiquer avec le cascadeur George Cottle qui conduit la Batmobile. Cottle est d’ailleurs arrivé sur le projet avant même que la Batmobile ne soit terminée et il a donc pu donner son avis tout au long du développement. D’ailleurs, il admet lui-même avoir été un peu sceptique sur la faisabilité de réaliser toutes les scènes d’action avec la voiture. Mais lors de son premier test avec la Batmobile il s’est rendu compte quelle est capable de réaliser tout ce qu’il voulait et alors même qu’on lui avait demandé de faire de son mieux pour détruire la voiture, il n’y parvient pas. Nolan est finalement tellement impressionné par les performances et la durabilité de ces Batmobiles qu’il finit par abandonner une scène où elle devait exploser.

Cette scène de poursuite est massive en termes d’effectifs humains. En effet, il y a plus de 60 cascadeurs pilotant des voitures et tous les piétons que l’on voit sont aussi des cascadeurs.

Après ça, il reste seulement quelques jours de pickup shots que Nolan veut lui-même superviser aussi.

Post-Production

VFX

Bien que Nolan soit adepte des effets en dur, il ne faut pas sous-estimer le travail de CGI que les artistes ont réalisé sur le film. Janek Sirrs et Dan Glass étaient les chargés aux effets spéciaux du film et ils étaient présents durant tout le tournage. Sirrs était même déjà présent au moment de l’écriture du scénario, il faisait partie de l’équipe garage.

Déjà, nous avons toutes les scènes avec les chauves-souris, surtout celle à l’intérieur de l’asile, qui sont réalisées entièrement en CGI. Dans un premier temps ils ont bien pensé utiliser de vrais animaux qu’ils auraient filmé sur fond bleu et qu’ils auraient ensuite incorporé sur les images de tournage. Et ils ont même fait des tests. Cependant, les tests montrent très vite qu’il est impossible de les dresser et d’ailleurs les pauvres avaient tendance à s’effondrer au sol, dû au choc de se retrouver dans un studio de tournage. Et c’est sans même parler de leurs excréments qui recouvrent très vite tout le sol des plateaux. Les chauve-souris doivent donc se faire en CGI et le résultat final convient à tout le monde. Pour ce qui est des références plateau, pour la lumière, Nolan utilise une chauve-souris empaillé.

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Ensuite on a les images de Gotham qui, pour les plans les plus larges, ont été créés numériquement. Celles-ci ne pouvaient tout simplement pas être réalisées en dur.

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Utilisation de miniatures

Toujours dans la continuité de l’envie de Nolan de filmer le plus de séquences de son film en dur, une bonne partie du film a utilisé des miniatures pour mettre en scène des parties clés du film. C’est Robbie Scott et son studio Cutting Edge qui ont travaillé sur toutes les miniatures du film aux studios de Shepperton et de Leavesden.

Par exemple, nous avons le premier plan large sur le monastère qui est un mélange d’images réelles et de CGI, mais aussi d’une grosse part de miniatures.

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La miniature du monastère
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Les plans larges sur les Narrows ont aussi pu profiter de ces miniatures.

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Musique

Nolan a une demande étonnante pour son monteur, Lee Smith. En effet, le réalisateur lui demande d’effectuer un premier montage du film sans aucune musique. L’idée est qu’une mauvaise scène peut être améliorée par une très bonne B.O, mais qu’une très bonne scène ne pourra qu’être sublimé par la suite par une très bonne B.O.

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Lee Smith, le monteur

C’est ensuite au duo Hans Zimmer et James Newton Howard que revient la tâche de créer cette B.O. Les deux sont des amis depuis longtemps mais n’avaient encore jamais eu l’occasion de travailler ensemble sur la bande son d’un film, alors c’était le projet parfait. Toutefois, Nolan veut encore une fois opérer en dehors des standards hollywoodien. En effet, il ne donna pas de montage du film aux deux compositeurs. Le réalisateur leur demanda de créer des thèmes connectés à l’histoire du film, sans aucun support visuel. Comme ça, ils n’étaient en aucun cas restreints à coller à certaines scènes du film et pouvaient se laisser porter par l’histoire.

Les deux musiciens voulaient un peu s’éloigner des orchestres pour proposer une musique plus électronique. Et ce n’est que plus tard que les compositeurs vont pouvoir peaufiner leur B.O pour qu’elle puisse un peu plus coller aux scènes du film.

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Hans Zimmer et James Newton Howard

Marketing

Le 28 juillet 2004, le premier teaser du film est mis en ligne, très tôt avant la sortie du film prévue pour juin 2005. Le tournage vient tout juste de se terminer, donc la plupart des images se veulent assez bruts.

Avec ce teaser le message est clair, ce n’est plus le Batman que vous avez connu. Plus de blagues, on est sérieux et épique. Le teaser ne contient même pas une seule image de Batman.

S’ensuivra une campagne promo plutôt classique, surtout si on la compare à celle de ses deux suites. D’autant plus, dans un monde pré-Facebook et Twitter, les campagnes promo restaient très sages, à base de trailer et de passages TV. On pourra tout de même noter que la promotion réalise (en quelque sorte) le premier crossover entre Batman et Superman en diffusant une preview de 10 minutes du film juste avant le season finale de la saison 4 de la série Smallville.

Un petit passage pour mettre en avant quelques posters du film toujours dans des tons ocre.

SORTIE

Le film est dévoilé au public pour la toute première fois à Tokyo, durant l’avant première du 31 mai 2005.

Petite anecdote Tom Cruise est présent aux côtés de Katie Holmes à la première du film en Californie le 6 juin et c’est en fait la deuxième fois que l’acteur est présent à une avant-première d’un film Batman. En effet, il était déjà à l’avant première de Batman Forever à l’époque, aux côtés de Nicole Kidman.

Enfin, le 15 juin 2005, le film sort dans les cinémas et les critiques sont très bonnes, autant du côté des critiques que des spectateurs. Le légendaire Roger Ebert, qui n’aimait pas les précédents Batman (oui même Returns), a lui aussi adoré le film, lui donnant quatre étoiles sur quatre et louant le réalisme apporté par Nolan.

Box-office

Le film rapporte 373.4 millions dans le monde. Un score très décevant par rapport à nos standards d’aujourd’hui (Black Adam a fait plus, rendez-vous compte), mais même par rapport à l’époque c’était assez bas. En effet, pile un an plus tôt Spider-Man 2 sortait et ne rapportait pas moins de 788.6 millions de dollars. Alors, aujourd’hui, quand on a un film qui a couté 150 millions et qui a « juste » rapporté un peu plus de la moitié de son budget on peut quasiment toujours faire une croix sur toute idée de suite. Néanmoins, à l’époque les choses étaient moins binaires et Warner voyait les choses sur le long terme. Begins sort après huit ans d’absence de la chauve-souris, en plus de faire suite au pire film de toute l’histoire de Batman. Alors le travail était difficile et la pente plus que rude pour faire revenir cette icône sur le devant de la scène. Avec ce film, ils se rendaient bien compte qu’ils avaient des fondations solides pour construire quelque-chose de grand. Qui plus est, on peut penser, même si de ce côté-là je n’ai pas de chiffres à apporter, que niveau merchandising le film a dû bien s’en sortir. Sans même oublier qu’à l’époque les chiffres de ventes des cassettes/DVD étaient vraiment importants pour les films.

Et grand bien leur en aura pris, puisque trois ans plus tard, la suite de Begins rapportera un milliard de dollars au box-office mondial.

Avec ce film Nolan aura donc réussi à tous les étages. Déjà, il aura réalisé le film épique Batman tel qu’on ne l’avait jamais vu. Aujourd’hui encore, Batman Begins reste l’origin-story définitive de la chauve-souris au cinéma, comme le film de Donner. Et on peut gager que personne ne s’essaiera avant un long moment à remettre en scène les origines de Batman sur grand écran. De plus il aura réussi l’exploit, énorme au vu du travail qu’il y avait, de remettre sur le devant de la scène une licence qui semblait morte et enterrée. Car avec sa trilogie, Nolan a marqué le cinéma, ça c’est une réalité quoi que l’on pense de ces films. Tellement marqué que Hollywood n’a eu de cesse de vouloir courir après le succès de Batman Begins en essayant, en vain, de réinventer des personnages en décalquant leurs films sur celui de Nolan. On peut parler du Robin des Bois de 2018 qui est dans cette veine là, mais aussi de The Amazing Spider-Man. Et surtout, ironiquement, le Man of Steel de Zack Snyder en est le plus bel exemple, alors même que Christopher Nolan est à la production.

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Claygan

Amoureux de la culture sous à peu près toute ses formes. Grand fan de Green Arrow (et de crêpes), je suis tombé dans cet univers infernal que sont les comics il y a de cela maintenant plusieurs années, cela sans doute un peu grâce aux films. Vous pourrez me retrouver pour parler (ou râler) de DC en long, en large et en travers, dans les podcasts, ou dans mes articles.
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