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Certains jours, tout semble vide de sens. Il est 5 heures du matin. Je contemple la ville depuis la fenêtre de ma chambre. Toulon City. A Tribute To Cliches de The Revolvers résonne en fond. L’autoroute, l’éveil de la civilisation. Un homme sort de sa caisse. Oreillette. Voiture de sport. « Jean-Louis, on se fait un call asap, j’suis overbook là et le jet lag is kiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiilling me »

Distance 40-50 mètres. J’ai laissé mon arc chez mes grands-parents. « Qu’est-ce que tu vas en faire ville ? ». Question rhétorique, ils savent, ou du moins, ils ont peur de savoir.

Le manque de sommeil me confère une incroyable lucidité. Un capuchon ça ne coute pas si cher, en noir ça serait pas mal. Seul problème, enfin, outre l’idée de tirer des flèches dans des start-uppers young and dynamic : les architectes de ma ville sont des attardés mentaux. Aucune cohérence d’ensemble, un enchevêtrement de designs non réfléchis se mêlent. Sauter de toits en toits est impossible, les charpentes sont vieilles, l’agencement est digne d’un trip sous acides, rien ne va… J’aurais du aller vivre à Lyon.

Ok, mauvais plan donc. Avant de t’aventurer dans le centre, regarde ton propre quartier. Tu es au dernier étage du plus haut bâtiment de la zone. Est-ce que ça fait de moi une sorte de Bruce Wayne ?

Non, arrête de rêver, t’es juste au quatrième étage, comme les 53 autres familles du complexe résidentiel. Merde. Et tu vas y rester un bon moment vu la manière dont tu gères ton argent. La critique est facile. Tu as claqué 150 balles dans un arc et des flèches au lieu d’inviter au restau la meuf qui te plait et à qui tu plais… T’as fui, comme d’hab. Cette fois là, comme la dernière fois…

Je suis la nuit, je ne peux me permettre ce genre de relation. Non, redescends, t’as juste un pyjama noir, un manque de sommeil critique, et demain, tu dois accompagner un pote à la fac. Pour le reste, t’es juste un crétin qui s’empêtre dans des relations toxiques, parce que trouver le bonheur te fait peur.

Batman a aussi des relations toxiques. Tu. N’es. Pas. Batman. Tu te rappelles ce qu’il s’est passé la dernière fois que tu t’es entiché d’une voleuse ? Ma Catwoman. Toujours pas. Elle a volé un soutif chez Aubade et t’a poussé  à partir sans payer d’un restaurant. C’était magique. Magiquement con. Quitte la fenêtre et va dormir.

Non ! Non ? Je crois… Je crois que je n’ai plus besoin de dormir, j’ai transcendé ma condition d’humain. Tout ce que tu vas transcender à ce stade, c’est ta future fiche d’admission en psychiatrie. Je suis une sorte de Thanos moderne, d’un claquement de doigts, pouvoir tout effacer, voilà mon super-pouvoir. Dans ce cas, tu aurais pu éviter de mettre ta thune dans un arc et inviter cette fille. Chut, ne me déconcentre pas, je vais le faire. L’inviter ? Non, claquer des doigts. 3… Tu te fais du mal mec… 2 …. Sérieusement… 1…. Je t’aurais prévenu…. J’ai… J’ai réussi…. Le noir total. Le néant. Je peux essayer de te soumettre une idée ? Impressionné hein ? Comme jamais ! Maintenant ouvre les yeux. Merde. Voilà !

Peut être… Peut être que je n’ai pas besoin de claquer des doigts, mais simplement de cligner des yeux. Définitivement, tu pars en psychiatrie avant la fin de la semaine. T’as pas tort, c’est stupide. Non non, continue mon grand, à partir de là, je me contente de regarder le navire couler. 

Bon, ok, t’as raison, faut que j’aille dormir. Oui. Rien qu’une heure ou deux. C’est ça. Et ensuite, je recontacte cette fille. Parfait. J’espère qu’elle a arrêté de voler des trucs. Oui… Non, attends, quoi ? Pas celle là, l’autre, celle que t’as planté espèce d’abruti congénital. T’es sûr ? Je ne vais même pas prendre la peine de répondre. C’est bon, c’est bon, j’ai compris… Juste une dernière question, et ensuite, je vais dormir ? Vas-y ! L’arc, je le garde ou pas ?

Blue

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- Sale gosse - Électron libre - Voyageur dimensionnel en compagnie de Billy - Relation conflictuelle avec Joanie Jordan