Nous voilà pour une nouvelle série des Highlights, nos avis sur les publications de DC Comics de la semaine du 13 avril. Cette fois-ci, nous avons du Batverse (quel choc) avec le premier numéro de Batman : The Detective de Tom Taylor et Andy Kubert ou encore Darick Robertson sur la série numérique Legends of the Dark Knight, parmi d’autres sorties Infinite Frontier ou du Black Label.

LES COUPS DE CŒUR

Highlights de la semaine #125 (Batman : The Detective, Joker, Wonder Woman, Superman...) 1

The Joker #2

Scénario : James Tynion IV

Dessins : Guillem March, Mirka Andolfo

Il semblerait bien que ce ne soit pas simplement un hasard de circonstances : le titre Gordon, euh, Joker de James Tynion IV confirme sa qualité sur ce deuxième épisode. Si nous ressentons moins l’angoisse horrifique, où le Joker bondissait comme une apparition anxiogène à intervalles réguliers, nous sommes davantage dans l’introspection d’un Gordon qui se pose la question de ce qu’il doit faire par rapport à la mission qui lui a été confiée. Faut-il faire quelque chose de mauvais pour le bien commun, ou faut-il rester intransigeant à sa ligne de conduite au risque de laisser le Mal continuer de se répandre ? Une question vieille comme Batman, et un problème éthique classique de la philosophie morale. Cette évolution montre que Tynion IV avance vite et qu’il suit son récit de manière fluide et intelligente. On peut s’en réjouir

Par ailleurs, à plusieurs reprises, Tynion IV surprend, avec des révélations inattendues. Il intensifie son intrigue et ses mystères, en élargissant son intrigue pour inclure de nouveaux groupes qui portent la même mission que notre ex-commissaire favori. Le titre Joker gagne progressivement un aspect choral, où plusieurs groupes ou individus poursuivent le même but : non pas choper un diamant gros comme un poing, mais éliminer le Joker. Le porteur du titre, de son côté, se montre davantage que dans le premier épisode, mais reste suffisamment discret pour ne pas être irritant. Côté dessins, même si je ne reste pas fan du style de Guillem March, il continue son travail plutôt bon, en épousant complètement l’aspect rêche et terre-à-terre du scénariste. Cela se sent d’autant plus sur les pages qui présentent le Joker, lumineuses et ensoleillées à l’image de l’esprit loufoque du personnage (même s’il sait montrer combien cet humour de façade cache un psychopathe effrayant). Quant au back-up sur Punchline… quel back-up sur Punchline ?

– myplasticbus

Highlights de la semaine #125 (Batman : The Detective, Joker, Wonder Woman, Superman...) 2

Wonder Woman #771

Scénario : Becky Cloonan et Michael Conrad, Jordie Bellaire

Dessins : Travis Moore, Paulina Ganucheau

Avec un flegme et une facilité déconcertante, le tandem créatif qui signe le scénario de ce numéro continue de plonger Diana, et nous avec, dans un milieu auquel l’héroïne n’est normalement pas habituée. Wonder Woman se fond dans le monde d’Asgard de manière parfaitement naturelle, comme si elle en avait toujours fait partie. Et pourtant, on nous montre également l’étrangeté de sa présence dans l’univers nordique, et cela se sent jusqu’à sa manière de parler dans les dialogues, dans laquelle nous reconnaissons Diana sans la reconnaître vraiment. Cloonan et Conrad continuent de faire preuve d’un certain talent pour montrer cette appartenance étrange, aidés en cela par Travis Moore, dont le dessin et les designs favorisent superbement cette réinvention du Valhalla

Car même si le scénario est très bon, porté par quelques jolies surprises, un rythme toujours aussi fluide et des dialogues piquants (la scène d’ouverture de Diana face à Thor est exquise !), c’est surtout Travis Moore qui brille sur ce numéro, par son expressivité, sa précision et sa construction des planches, créant la surprise à plusieurs reprises. Il parvient notamment à donner un aspect particulièrement menaçant à Nidhogg, le serpent dévoreur de mondes, qui semble se poser comme un antagoniste crédible, même s’il n’est sans doute pas à la racine (pun intended) du problème présent. Wonder Woman, entre la demi-teinte et la déception depuis un moment (malgré quelques coups d’éclat) semble enfin avoir trouvé une équipe créative qui sache la mettre en valeur.

– myplasticbus

LES VALEURS SURES

Highlights de la semaine #125 (Batman : The Detective, Joker, Wonder Woman, Superman...) 3

Locke & Key/The Sandman Universe : Hell and Gone #1

Scénario : Joe Hill

Dessins : Gabriel Rodriguez

S’il y a bien deux univers horrifiques et fantastiques qui m’ont marqués ces dernières années, ce sont bien ceux de Sandman et de Locke & Key. Deux récits qui ont chacun marqué leur époque par leur imaginaire coloré, effrayant et infini. Joe Hill, l’auteur du second, arrivé chez DC il y a peu, est à la tête de ce crossover incroyable, accompagné de son dessinateur fétiche Gabriel Rodriguez.Contrairement aux séries Sandman Universe déjà publiées, celle-ci nous fait remonter le temps, dans les années 1920. Morpheus y est encore enfermé et le monde des rêves est privé de son leader. Entre alors en scène Mary Locke, fraîchement débarquée de Keyhouse pour découvrir ce tout nouveau monde.

Ce que l’on peut déjà dire c’est que l’introduction est efficace. On comprend facilement les tenants et les aboutissants de l’histoire, on nous contextualise chacun des deux mondes, tout est fait pour immerger le lecteur dans ces deux univers. La tâche de Hill est hardue : présenter l’univers de Sandman aux lecteurs de Locke & Key et celui de Locke & Key aux lecteurs de Sandman. Ce numéro se focalise principalement sur l’œuvre de Sandman (principalement les deux premiers arcs) et introduit une multitude de personnages (Cain, Abel, Burgess, le Corinthien et j’en passe). Malgré les multiples explications amenés dans les dialogues,  les néophytes risquent de manquer beaucoup d’éléments, notamment le cliffhanger de ce numéro. Mais l’auteur ne rend pas ces éléments indispensables à la compréhension du contexte global.

Ils participent plutôt à l’ambiance du comics, malmenant le nouveau lecteur au même rythme que Mary. Un rythme effréné qui fait l’efficacité de ce premier numéro et qui promet beaucoup de rebondissements pour la suite. On espère voir un peu plus de Locke & Key pour le moment, mais venant de Joe Hill, on est certain que ça arrivera rapidement dans la suite de ce crossover.

– Justafrogg

Highlights de la semaine #125 (Batman : The Detective, Joker, Wonder Woman, Superman...) 4

Rorschach #7

Scénario : Tom King

Dessins : Jorge Fornès

Le scénariste de Washington DC ouvre ici la deuxième moitié de son récit autour de Rorschach, et ça se sent. Durant les 6 numéros, nous étions placés en observateurs, à l’image du détective anonyme qui incarne le lecteur, condamnés à récolter les pistes et les indices disséminés. Désormais, les choses deviennent plus explicites, avec l’intervention d’un guest-star de luxe qui explique notamment l’affaire de la fameuse cassette du #1, qui a pu scandaliser ou choquer les uns et les autres. C’est à la fois tant mieux pour ceux qui attendaient d’y voir plus clair, dommage pour ceux (comme moi) qui appréciaient cette avancée par petits pas. Nous perdons la dimension implicite pour gagner en clarté. Selon ce que vous attendez, vous serez plus ou moins enchantés.

Par ailleurs, Tom King fait une relecture de l’histoire des comics via l’univers Watchmen, notamment par le regard de l’un des grands auteurs des années 80. Ceux qui n’avaient déjà pas apprécié les références à Otto Binder au début de la série vont probablement jeter ce numéro et la série entière aux orties, et cela peut se comprendre. C’est pour le moins délicat d’utiliser des événements réels qui sont arrivés à des auteurs concrets dans un cadre narratif. Néanmoins, le scénariste l’intègre plutôt bien à l’esprit de son récit, en utilisant tout un décorum surnaturel et pseudo-paranormal qui tranche avec l’aspect terre à terre que le récit avait jusque-là. Le tout reste plutôt bien maîtrisé par King et Fornès, qui continue d’offrir un travail somptueux, variant son style pour créer de superbes artworks autour de Pontius Pirate.

– myplasticbus

Highlights de la semaine #125 (Batman : The Detective, Joker, Wonder Woman, Superman...) 5

Sweet Tooth : The Return #6

Scénario : Jeff Lemire

Dessins : Jeff Lemire

Voici déjà le dernier numéro de cette mini-série replongeant dans l’univers de Sweet Tooth. Une approche différente, quasi opposée, de l’œuvre originale. On retrouve Gus plusieurs centaines d’années, toujours confronté aux mêmes enjeux : survivre et combattre les discriminations et les idéologies dépassées. Pour cela, Lemire mélange ses genres de prédilection. Le fantastique, le réaliste et la science-fiction s’entremêlent dans ce conte moderne où tout finit bien, où le bien triomphe du mal à force d’épreuves initiatiques et marquantes. Mais si l’intrigue en elle-même se tient, si les personnages sont toujours aussi bien écrits, le récit nous laisse sur notre faim.

En six numéros, l’auteur nous livre quelque chose de très classique, avec son lot de Deus Ex Machina et de facilités scénaristiques nécessaires à l’avancée rapide de l’histoire. On passe malgré tout un très bon moment avec Sweet Tooth The Return et on espère, tout comme Lemire à travers son héros, que cette aventure n’est pas une fin en soi, mais le commencement d’une nouvelle ère dans l’univers dangereux mais magnifique de Sweet Tooth.

– Justafrogg

LES DÉCEPTIONS

Highlights de la semaine #125 (Batman : The Detective, Joker, Wonder Woman, Superman...) 6

Batman : The Detective #1

Scénario : Tom Taylor

Dessins : Andy Kubert

Tom Taylor ressort un vieux script refusé par DC il y a 9 ans pour cette collaboration avec Andy Kubert. Une équipe créative qui donne envie, mais même si j’ai longtemps hésité à le mettre en valeur sure, ce n’est vraiment pas à la hauteur de mes espérances.

Andy Kubert est loin de son meilleur travail, Taylor non plus d’ailleurs. Sa proposition est d’enlever quelque chose que personne n’a enlevé à Batman jusque là, ce que vous découvrirez pendant votre lecture, impliquant une vision du personnage réductrice, mais qui devrait changer dans les prochains numéros. Ce Bruce est plus vieux et tout ce que ça implique : moins vif, plus expéditif pour compenser, avec un certain dépit pour son combat. Le rapprochement avec avec l’univers TDKR de Miller crève les yeux, mais n’a pas du tout le même impact. L’autre changement se fait dans les lieux, puisque Batman se déplace à Londres, mais très peu de moments nous donnent cette impression.

Et pourtant, l’écriture de Taylor apporte toujours quelques dialogues qui développent bien ses personnages, dont le retour de Knight et Squire dans une nouvelle version. Le Batman massif de Kubert a quand même un certain style. Le titre a ses qualités, mais c’est juste ok, surtout pour ces mecs là.

– Sledgy7

Highlights de la semaine #125 (Batman : The Detective, Joker, Wonder Woman, Superman...) 7

Legends of the Dark Knight #1-3

Scénario : Darick Robertson

Dessins : Darick Robertson

De la même manière que pour The Detective, la présence de Darick Robertson m’avait immédiatement hypé. Pour les trois premiers numéros du retour de cette série numérique, l’artiste amène un côté old school dans sa narration et son dessin, même dans les costumes, et ça me plaît visuellement. Par contre, il cherche tellement le classicisme des années 70 que son scénario et ses dialogues ressemblent à toutes les histoires de Batman.

L’enquête autour d’un gaz dangereux sans savoir quel super-vilain va l’utiliser, l’affrontement contre le Joker en se demandant s’il ne ferait pas mieux de le laisser mourir, le discours sur le fait que son père était médecin et j’en passe : tous les clichés du récit sur le Chevalier Noir sont là. C’est malheureusement un exemple parfait qu’il ne sert à rien d’avoir une quinzaine de titres sur un personnage si c’est pour nous sortir la même soupe que les 80 ans d’histoires qui les précèdent.

– Sledgy7

Highlights de la semaine #125 (Batman : The Detective, Joker, Wonder Woman, Superman...) 8

Superman #30

Scénario : Phillip Kennedy Johnson, Sean Lewis

Dessins : Scott Godlewski, Sami Basri

Si ce numéro finit dans les déceptions, il n’est pas mauvais pour autant. En réalité, on trouve ici un récit assez agréable à suivre, notamment grâce à la mise en avant de la dynamique familiale, que ce soit dans des scènes de vie ou dans l’aventure même . Celle-ci fonctionne tout à fait et nous ramène d’une certaine façon aux années Tomasi, l’innocence en moins. Malheureusement, le goût n’est pour autant pas le même comme le déplore Superman, regrettant encore une fois le temps perdu avec son fils et qui ne pourra jamais lui être rendu. Si on pourra apprécier de voir que cela n’est pas passé sous silence, on aimerait maintenant voir l’auteur véritablement créer quelque chose de positif à partir de ce constat, plutôt que de verser continuellement dans le regret.

– Mocassin

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