En ce 2 mars, nous disons adieu à la parenthèse Future State pour ouvrir une nouvelle page de l’histoire du DCU post-Death Metal avec Infinite Frontier #0. Chapeauté principalement par Josh Williamson (qui se pose ainsi comme le chef d’orchestre principal de DC) avec l’aide de son camarade James Tynion IV (et de manière plus lointaine, l’éternel Scott Snyder), ce one-shot nous annonce l’avenir que nous réserve l’éditeur de Burbank.

Infinite Frontier

Infinite Frontier, de nouvelles orientations

À la manière de DC Universe Rebirth #1 au printemps 2016, Infinite Frontier #0 fonctionne comme un catalogue général de tout ce qui s’annonce chez DC Comics pour les mois ou les années à venir. C’est en quelque sorte une cartographie de cet univers après l’anti-Crisis Death Metal de Scott Snyder. C’est peut-être là l’une des grandes qualités de cet épisode introductif, mais en même temps ce qui le rend étrange. D’un côté, il nous donne une impression générale de mouvement en avant, trouvant une direction cohérente qui va quelque part. Après plusieurs années à ne pas trop savoir où nous en étions, c’est positif.

En même temps, il veut faire beaucoup, montrer énormément, et laisse l’impression d’un morcellement qui laisse quelque peu confus. Le one-shot de 2016 avait cette qualité d’être écrit de bout en bout par Geoff Johns et dessiné par des dessinateurs aux styles suffisamment proches pour ne pas créer de sentiment d’étrangeté. Ce n’est pas le cas ici, avec huit scénaristes et quinze dessinateurs différents. On perd le lien narratif au profit d’une diversité renforcée, qui nuit à la dynamique de cohésion habituellement intrinsèque à ce type de numéro-catalogue qui cherche à ouvrir une ère éditoriale nouvelle.

Néanmoins, c’est peut-être simplement une orientation enfin assumée par DC, qui a toujours voulu laisser de l’espace à ses créatifs pour travailler dans leur coin, en exerçant moins de contrôle créatif sur une continuité commune que la concurrence. La continuité est éclatée, infinie, plurielle et se manifeste par la voix d’autant de créateurs possibles. On a l’impression d’exhaustivité, où il faut montrer le plus possible, et du coup, on reste souvent sur notre faim. Infinite Frontier navigue ainsi entre cohésion et fragmentation, qui laisse le lecteur sur un sentiment positif, mais aussi confus et mélangé.

Sur la forme, comme nous le montre la preview de l’event, nous suivons Wonder Woman qui est invitée à rejoindre la Quintessence, mais souhaite voir ce qui se passe pour ses amis restés dans le monde des mortels. Ces pages communes sont donc principalement rédigées par Josh Williamson, dont on reconnait le style et la patte. On sent à la fois beaucoup de cœur, comme d’habitude, mais aussi une caractérisation un peu simplette et des dialogues parfois légers, alors que les personnages doivent suivre l’intrigue plutôt que l’inverse. Soit les maladresses habituelles du scénariste, qu’on connait désormais plutôt bien.

De belles promesses…

Ce #0 d’Infinite Frontier contient donc beaucoup de segments, portés par de nombreux scénaristes. Comme souvent, cela rend cette espèce d’anthologie inégale, les scénaristes étant toujours plus ou moins bien inspirés, même si foncièrement, aucun segment n’est absolument mauvais. Je vous propose d’abord de nous arrêter sur les passages les plus qualitatifs, ou du moins, les plus prometteurs pour l’avenir… même s’il va de soi que c’est toujours un peu subjectif et que peut-être serez-vous enthousiasmés davantage par tel ou tel segment qui vous parlera davantage.

Mentionnons en premier lieu le segment le plus touchant du numéro, celui autour d’Alan Scott et ses enfants, rédigé par James Tynion IV et porté aux dessins par Stephen Byrne, toujours aussi excellent qu’à son habitude. Absolument dénué d’action, cette partie est néanmoins celle qui est la plus humaine de tout le numéro, portant sur les questions de lien familial et d’identité, en frappant très juste au niveau émotionnel. On sent que c’est un petit récit très personnel pour le scénariste, qui ne tease probablement rien (même si on espère…), mais utilise ce personnage fantastique et l’univers de la JSA pour frapper juste. Et cela fonctionne très bien.

Au rayon des réussites, on mentionnera également les quelques pages de Joelle Jones autour de Yara Flor, la prochaine Wonder Girl, dont nous attendons avec impatience la série à venir en mai. Là encore, on prend plaisir à apprendre à la rencontrer et à mieux découvrir ses origines et son univers personnel. En quelques pages (beaucoup trop courtes), l’artiste/scénariste de Portland parvient à nous présenter l’héroïne en devenir, son tempérament aventureux et sa curiosité, mais aussi ses racines familiales, qui montrent une merveilleuse inclusion de personnes en situation de handicap.

Le segment autour de Green Arrow et Black Canary par Josh Williamson fait également plaisir à lire, notamment pour les dessins d’Alex Maleev. Même s’il ne touche pas aussi juste que le récit de Gail Simone dans The Last stories of the DC Universe, Williamson arrive à représenter joliment la relation entre Oliver et Dinah, tout en annonçant le retour d’un personnage bien-aimé des fans. Son segment sur Flash résonne de la même manière : même si on y sent davantage les maladresses d’écritures du scénariste (qui a longtemps eu le temps de sévir sur Flash), il apporte une certaine joie communicative et plaisante pour ce qu’il tease de l’avenir du titre sur le Speedster. Au même rayon, on pourra aussi mentionner le récit sur Wonder Woman par Cloonan et Conrad, chez qui nous sentons une certaine naïveté d’écriture, malgré des promesses intéressantes.

Yara Flor Wonder Girl

… et d’autres un peu moins concluantes

Dans Infinite Frontier, tout ne résonne néanmoins pas aussi bien. Fort heureusement, on ne touche jamais la catastrophe, comme j’ai déjà pu le dire. Mais certains récits n’ont malheureusement pas suffisamment de place pour se développer et laisser apparaître leur potentiel complet. C’est par exemple le cas pour Teen Titans Academy, où l’on sent un sentiment de merveilleux et une positivité lumineuse, qui malheureusement frustre en ne montrant pratiquement rien. On pourrait dire la même chose du récit Green Lanterns qui ne fait qu’introduire quelque chose sans laisser d’espace pour respirer à ses personnages ou attiser une véritable curiosité par rapport à la situation qui se profile.

Il en va de même pour Justice League qui peine à briller et souffre en plus de l’écriture toujours aussi stéréotypée de Brian M Bendis, malgré les dessins fantastiques de David Marquez. Nous verrons bientôt le résultat dans la série principale dans quelques semaines. Difficile également pour moi d’adhérer pour l’instant à l’approche de Philip Kennedy Johnson sur Jon Kent : même s’il s’en sort pour l’instant, certains sous-entendus me semblent inquiétants pour l’avenir du personnage.

D’autres ont néanmoins beaucoup plus de place pour de dévoiler. C’est notamment le cas pour James Tynion IV, qui a droit à beaucoup de place pour développer son nouveau statu quo vis-à-vis de Batman. En soi, ce récit plutôt long, qui intervient à deux endroits différents du numéro, n’est pas si mauvais (même si j’avoue, à titre personnel, ne pas toujours être réceptif de son travail sur Batman, même si j’apprécie plutôt Tynion IV en soi). Là où le bât blesse, c’est surtout qu’il n’apporte que peu de surprises véritables (à l’exception d’une mort potentiellement choquante – mais est-elle vraiment ce qu’elle semble être ?) et ne fait qu’un résumé général de la situation que nous connaissons déjà. Néanmoins, la longueur du segment nous montre que chez DC, le porte-étendard, c’est définitivement Batman.

Un autre segment (plus bref) qui peine un peu est celui autour de Stargirl, rédigé par Geoff Johns et Todd Nauck. Sans être foncièrement mauvais, il peine franchement à s’intégrer dans la dynamique générale du récit, débarquant là comme un cheveux dans la soupe. Si les nouveaux lecteurs découvriront par là Stargirl et que les amoureux du personnage comme Sledgy7 seront ravis de la retrouver, ce récit a du mal à trouver sa place dans Infinite Frontier autrement que comme un teaser du Stargirl Spring Break Special qui arrive en mai, voire de la saison 2 sur la CW. Un peu comme si Geoff Johns avait du mal à s’intégrer aujourd’hui dans un cast créatif d’ensemble où il n’est pas en lead ?

Infinite Frontier

Infinite Frontier offre une introduction sympathique, mais pas transcendante à l’avenir de l’univers DC. Si certains segments sont franchement touchants ou prometteurs, on reste sur une impression de mosaïque quelque peu disparate. Il frappe moins fort que DC Universe Rebirth en 2016, notamment car il arrive après une période peut-être moins sombre. Mais en répétant l’hommage à la continuité (même élargie et infinie) et à l’héritage typiquement DC, il rappelle aussi les promesses non-tenues de l’initiative éditoriale passée. Reste néanmoins dans les dernières pages ce retour d’un vilain très apprécié de l’éditeur, qui, après plusieurs années passées sous une sourdine très terne, semble revenir en force comme menace de fond. À suivre avec intérêt…

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