Urban Comics nous propose enfin Batman Année Deux, la “suite” de Batman Année Un. Le moins que l’on puisse dire, c’est que proposer une suite à un récit comme Batman Année Un est ambitieux. Trop ambitieux ? Batman Année Un n’est pas seulement un excellent récit, mais aussi la pierre angulaire de l’histoire de Batman. Alors, peut-on vraiment proposer et réussir une suite à un tel récit ?

Batman Année Un, le mythe

Review VF - Batman Année Deux 1

Batman Année Un est donc la nouvelle origine donnée à Batman en 1987. Ecrite par Frank Miller et dessinée par David Mazuchelli, Année Un est toujours aussi bon quasiment 40 ans après. Il est encore irremplaçable, malgré les tentatives de DC, comme avec Batman Année Zéro, de créer un récit pour le remplacer. De quoi parle Batman Année Un ? Année Un est une histoire d’origine, donc elle veut réétablir le personnage de Batman et de Bruce Wayne. Elle le met en scène dans un monde plus “réaliste”. Et surtout, elle montre un Batman qui veut purger sa ville du crime et de la corruption.

Maintenant, avant de passer concrètement à Batman Année Deux, la question que l’on peut se poser est : qu’est-ce qu’une suite ? Il est vrai, c’est une question que l’on peut se poser. Comment fait-on une suite ? Et la question subséquente, comment fait-on une bonne suite ? Si on suit le schéma hollywoodien, une suite c’est la même chose que l’œuvre précédente, mais en plus. Plus d’actions, plus d’explosions, plus d’effets spéciaux. Plus de tout. Ils partent de l’idée que si on a aimé le premier, on voudra voir exactement la même chose, mais avec encore plus de ces choses. C’est d’ailleurs cette notion que 22 Jump Street tournait en dérision. On peut sans problème déclarer que cette idée n’a pas de sens et que faire cela nous donne simplement une suite sans âme qui donne tout simplement envie de voir l’œuvre précédente.

Alors, est ce qu’une suite doit tout simplement reprendre les mêmes personnages et faire autre chose avec ? Cela peut fonctionner, mais il y a un grand risque que cela aliène une partie des fans du premier qui ne se retrouveraient plus dans cette suite. En soi c’est en grande partie ce qu’a fait The Last Jedi et on connait tous les réactions qu’il a suscité. Alors, une bonne suite, qu’est ce que c’est ? Difficile à dire. C’est un numéro d’équilibriste infernal qui peut fonctionner comme il peut échouer. Tout le monde n’est pas James Cameron.

Mais une chose est certaine, Batman Année Deux n’est pas une bonne suite.

Batman Année Deux

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Batman Année Deux n’a pas été écrite à la base comme une suite d’année un et cela se voit. Mike W. Barr, scénariste pendant un long moment de Detective Comics, avait dans un premier temps écrit une histoire nommée Batman 1980 et qui ne fut pas très bien accueillie par DC. Néanmoins, après le succès d’Année Un, DC lui demanda d’écrire une suite au comics et le scénariste pu ressortir son scénario de la poubelle. Mais alors, de quoi parle Batman Année Deux ?

Un jeune Batman va être mis dos au mur avec le retour d’un ancien justicier à Gotham, le Faucheur. Celui-ci, contrairement à Batman, tue les criminels. Pour l’affronter, Batman va devoir adopter l’arme qui a tué ses parents et partir à sa poursuite en compagnie du tueur de ses parents, Joe Chill. C’est à peu près tout.

Cela vous semble idiot ? Vous n’imaginez même pas. Le récit n’est qu’une suite d’éléments venus d’un autre temps. En effet, toute cette histoire ressemble à un récit pré-Crisis. L’histoire est absurde, les développements sans cohérence, comme la volonté de Bruce de s’allier à Joe Chill qui sort de nulle part et n’a aucune logique. Pourquoi Batman aurait-il besoin de ce vieux type ? Aucune idée, mais Barr voulait revenir sur le meurtre des parents de Bruce Wayne, donc il fallait bien le caser, même si cela rend la chose d’une maladresse rare.

Un vilain… qui est ce qu’il est

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Qui plus est, le Faucheur est un vilain somme toute pathétique. Son design est un mélange du Dracula de Francis Ford Coppola, d’un masque d’Halloween et d’énormes faux à la place de ses mains. Ses capacités sortent aussi de nulle part, sa jeunesse est loin derrière-lui et pourtant il tient la dragée haute, voire domine totalement Batman. Mais, même en terme de personnage et de caractérisation, il n’est jamais vraiment intéressant. Le scénariste essaie bien de créer un lien avec les origines de Bruce Wayne, comme pour faire du vilain une sorte de miroir déformant, mais cela ne fonctionne pas. Le tout reste trop en surface. Qui plus est, le personnage qui relie Bruce et Le Faucheur, Rachel, est l’exemple type du personnage objet ni fait, ni à faire. Elle prendra une très belle place dans le futur top des pires romances de Bruce Wayne. Et cela rend donc le pseudo lien reliant les deux personnages encore plus ténu.

Sa seule qualité ? Il a visiblement été une inspiration pour le vilain de Mask of the Phantasm, l’un des meilleurs vilains, dans l’un des meilleurs films Batman. Oui, c’est déjà ça, mais cela fait que pendant toute la lecture on se dit que l’on pourrait passer un bien meilleur moment devant ce film.

Une incompréhension totale de Batman

Alors, quand on prend en compte tout ça, on peut revenir à notre point de départ avec les thèmes abordés par Année Un. Est-ce que Batman Année Deux se place dans un prolongement de ces idées ? Pas vraiment. L’aspect terre à terre d’Année Un n’est plus présent et le récit prend l’orientation d’un récit de super-héros beaucoup plus basique. Ce qui en soi n’est pas trop grave, cela peut même être intéressant si c’est amené d’une façon à montrer une évolution du personnage et de ce qu’il représente. C’est une chose que Darwyn Cooke réussissait à la perfection dans son New Frontier (voir la review). Mais ici il n’y a rien de cela, la chose est amenée telle quelle et rien n’est fait pour montrer cette évolution. Nous sommes mis devant le fait accompli. Qui plus est, Année Un soulignait bien le fait que Batman ne tue pas, que cela va à l’encontre de ses principes. Là… les choses sont compliquées.

C’est bien le plus gros problème de ce récit. Car autant la bêtise crasse du scénario pourrait être passable, mais ici on accumule avec une interprétation complètement à côté de Batman. Ce n’est pas une première pour Barr d’ailleurs, il avait déjà fait tuer Ras Al Ghul par Batman, mais il avait aussi mis en scène Batman qui se servait d’un homme comme bouclier humain pour esquiver des rafales de balles. Le scénariste semble donc avoir une relation bien à lui avec la règle de Batman quand au non-meurtre et au fait de ne pas utiliser d’armes à feu.

Review VF - Batman Année Deux 4

Ici, il met donc en scène un Batman qui, durant toute l’histoire, va utiliser l’arme qui a servi à tuer ses parents. La relation de Batman et les armes à feu est un point de crispation qui divise une partie du public. Là où certains soutiennent le fait que Batman peut utiliser des armes à feu, parce qu’il est brisé, parce-que c’est le dernier recours, d’autres (qui ont raison) soutiennent que le héros ne doit pas toucher aux armes à feu. Barr se place donc dans le premier camp, mais ici rien ne défend cette décision. On a l’impression d’être face à un scénariste qui a trouvé une trop bonne idée avec les origines de Batman mais qui ne sait pas où il va et ne développe rien. A la fin, rien n’est réglé et on a l’impression que le tout sert juste à choquer.

En fait, comme dit plus tôt, on comprend bien que l’idée est de placer Le Faucheur comme miroir déformant de Batman. Il doit remettre en question le choix de Batman de ne pas tuer. Cependant, la chose est mal exploitée et a été beaucoup mieux utilisée par Darwyn Cooke dans Ego. On ne peut pas se contenter d’aborder les choses en surface, il faut poser des questions, demander pourquoi Bruce n’utilise pas d’arme, pourquoi il ne tue pas. Si ces questions ne sont pas explorées, et ils ne le sont pas dans Année Deux, c’est un échec.

Batman Année Deux n’est pas seulement une suite médiocre, mais c’est surtout un récit médiocre. Un scénario qui n’est jamais engageant, un vilain ridicule au possible et surtout une interprétation à côté de la plaque de Batman. Une seule chose à sauver, ce sont les dessins et, même là, ils arrivent à se rater sur le dernier numéro. On peut comprendre que DC a imposé à Barr d’écrire une suite à Année Un et que ce n’est pas facile. Cependant, le scénariste n’a fait aucun effort, se contentant de reprendre un vieux scénario qui n’avait plu à personne, au lieu de tenter de créer autre chose. Donc, vous aimez Batman Année Un ? N’achetez pas Batman Année Deux. Vous aimez Batman ? N’achetez pas Batman Année Deux.

Finalement, est-ce possible de faire une suite à Batman Année Un ? Bien entendu, elle s’appelle Un long Halloween.

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Les +
- Les dessins d'Alan Davis et de McFarlane sont très bons...
Les -
- ... sauf dans le dernier numéro où ils abandonnent totalement
- Le Faucheur, un vilain tel qu'on en veut plus
- Un scénario qui n'a ni queue ni tête
- Une interprétation médiocre de Batman et Bruce Wayne
- Une fausse suite à Batman Année Un
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