Avant même de parler de Batman/Catwoman, il est bon de rappeler que rares sont ceux qui sont indifférents au travail de Tom King. Les uns le considèrent avec un brin d’agacement et de dédain comme un sous-Alan Moore égotiste aux tics répétitifs qui préfère s’adonner à l’auto-analyse plutôt que d’écrire des comics. D’autres le considèrent avec un peu plus d’admiration comme un personnage créatif qui développe sa propre voix (et sa propre voie) psychologisante, explorant les recoins sombres de nos héros, parfois pour le meilleur (Mister Miracle), parfois pour le pire (Heroes in crisis), porté par des formes narratives stimulantes. Son run sur Batman se révèle ainsi symptomatique de cette réalité : pour les uns, c’est un concentré de tout ce qu’il peut y avoir de pire sur le chevalier noir, malgré quelques jolis coups d’éclats ; pour les autres, c’est un run phare et une approche originale du protecteur de Gotham. Tout le monde sait que je penche plutôt du côté des seconds, appréciant le travail de King depuis ses débuts sur Omega Men, même si j’avoue une légère déception sur la fin du run, et quelques moments de faiblesses et de longueurs. Mais je pense également qu’il va falloir attendre encore un peu pour juger son parcours sur Batman, étant donné qu’il ne s’achèvera que dans une petite année, avec la fin de Batman/Catwoman dont le premier numéro est sorti hier (dispo en preview par ici si vous voulez un plus gros aperçu). Qu’est-ce qu’il vaut ? Voyons ça ensemble…

Batman/Catwoman double-page

Batman/Catwoman, une série remplie d’ambition

En tant que série, Batman/Catwoman cherche à remplir beaucoup d’objectifs, au-delà de raconter une (bonne ?) histoire. Premièrement, comme je le disais, servir de suite et probablement de conclusion au run de Tom King sur le héros. C’est attendu, notamment grâce au fait que la relation entre les deux personnages était probablement l’un des éléments les plus réussis de son parcours sur le titre phare de DC, qu’on pense à ces numéros somptueux par Joëlle Jones, à l’arc Superfriends (déjà dessiné par Clay Mann !), à son segment dans le numéro anniversaire pour Catwoman, ou surtout à Batman Annual #2 (qui restera dans les mémoires). Car c’est là le deuxième objectif du titre : servir de suite officielle à cet annual fondamental. Il y a comme une tentative de répéter l’exercice, qui se repère notamment à l’étalage sur plusieurs périodes temporelles, notamment le futur. Enfin, reste encore la troisième ambition souvent répétée : introduire Andrea Beaumont, le premier amour de Bruce et le Phantasm du film animé produit par Bruce Timm, dans la continuité officielle (à considérer que le titre se situe dedans, ce qui n’est pas une évidence…).

Malheureusement, pour l’instant, la série peine à remplir ses objectifs, et du coup à être à la hauteur de ses ambitions. Commençons par le personnage d’Andrea Beaumont. Personnellement, j’ai vu Mask of the Phantasm. J’ai adoré. Et je suis ravi de la voir dans l’univers DC, en format comics. Je n’ai pas nécessairement besoin qu’on m’explique qui elle est en long et en large. C’est sans doute le cas de beaucoup d’entre nous. Mais je reste néanmoins effaré par la manière dont il l’introduit ici. C’est fait avec une vaste nonchalance très jem’enfoutiste, mentionnant vaguement son passif et ce qu’elle représente. Pour ceux qui n’ont jamais vu le film animé (et si c’est le cas : foncez !), je crains que l’introduction soit franchement légère et ne permette pas de comprendre l’importance qu’elle risque de revêtir. King se contente de se placer dans la lignée du film, sans véritablement (pour l’instant) se l’approprier. C’est un premier objectif relativement raté.

Ce n’est malheureusement pas le seul…

Batman/Catwoman

Une ouverture confuse

Je ne pensais jamais pouvoir écrire ça, mais le plus gros défaut est la narration sur trois périodes que Tom King reprend de son Annual #2. Habituellement, je suis très friand de ce genre de procédés. Il fonctionne d’ailleurs très bien sur son Strange Adventures avec Gerads et Shaner. La différence étant dans ce titre-ci que les périodes sont très bien définies, couvertes par deux artistes différents au style appuyé, qui permettent de bien distinguer les deux époques, qui se répondent parfois au sein d’une même page. Ici, la narration déconstruite se prend les pieds dans le tapis. Clay Mann, obéissant au script de King, crée les transitions au sein d’une même page, voire au sein d’une même case, sans les marquer de manière efficace. Cela provoque un sentiment de confusion qui n’est pas utile. Je suis le premier à dire qu’il faut considérer son lectorat avec un peu d’exigence, sans le mener à travers les pages de manière didactique et appuyée. Seulement, je ne crois pas que ce soit ici volontaire, ce qui est bien le problème : c’est juste un peu mal fait à tous les niveaux, du script au rendu visuel.

Cette confusion renforce un sentiment que nous pouvons éprouver globalement à la lecture de cette ouverture de Batman/Catwoman : l’équipe créative rate sa cible et manque ses objectifs, comme si l’ambition était un peu trop grande. Non seulement elles sont visuellement mal définies, mais les trois périodes temporelles sont également pour l’instant malheureusement mal développées, ne parvenant pas à respirer comme il se doit dans ce numéro. On développe à la fois un sentiment de trop et de pas assez. On nous charge avec beaucoup d’éléments, tout en sortant du numéro en ayant l’impression de ne pas en retirer grand chose. C’est malheureusement le signe d’un manque de maîtrise, malgré l’aspect toujours méticuleux du scénariste d’origine californienne. Rajoutez à cela aussi un Joker assez mal utilisé (malgré une représentation psychotique très on point de Clay Mann), et ça laisse un petit goût décevant.

Sur le reste de la partie artistique à proprement parler, le club créatif s’en sort pas trop mal. Certaines pages sont encrées bizarrement par l’artiste (à la fois trop ou pas assez, ce qui rend certaines pages brouillonnes), mais globalement, ça reste joli… pour peu que vous appréciez le dessin de Clay Mann, avec ses gros plans sur les fesses de Catwoman et ses personnages qui ressemblent à des poupées figées ! Comme souvent chez lui, cela manque de dynamisme, même s’il fait le travail demandé.

Batman/Catwoman

Bref, Batman/Catwoman #1 essaie d’en faire beaucoup, mais avec beaucoup de mal pour y parvenir. On reste sur une impression de confusion et de vide, sans trop comprendre ce que King essaie de faire ici avec son équipe. Il ne faut pas partir défaitiste pour autant, ça reste un premier numéro, et peut-être que la suite annoncera du meilleur. Comme souvent avec le scénariste, il faut lire au niveau global, après un long voyage. Mais toujours est-il que le début de l’aventure est assez mal parti.


Un deuxième avis, c’est bien aussi…

Même si tout ce qu’a dit notre cher myplasticbus est vrai, j’ai tout de même réellement apprécié ce numéro. Déjà parce que Batman et son entourage se porte assez mal en ce moment. Et le voir revivre de cette manière, sous la plume de King, est un soulagement. La relation entre Bruce est Selina est très bien écrite, avec des clins d’œil appuyés qui rappellent fortement l’arc Rooftops et l’Annual #2, qui sont, pour moi, des chef d’œuvres.

Il est encore trop tôt pour dire si Batman/Catwoman en sera un également. Mais ce premier numéro promet de grandes choses. D’abord l’arrivée (certes un peu abrupte) du personnage culte d’Andrea Beaumont et, avec, toute une back-story qui devrait être développée dans les épisodes à venir. Ensuite, cela promet une véritable enquête, une facette de Batman qui n’a pour l’instant pas été réellement développée par l’auteur. Et enfin la représentation d’un monde post-Batman par un auteur qui ne peut qu’en tirer quelque chose d’intéressant.

Batman/Catwoman est écrit comme un calendrier de l’avent, en témoigne les premières pages du numéro. Nous n’avons pour l’instant découvert que le premier petit chocolat. Celui qui donne l’eau à la bouche et qui laisse espérer du très bon pour la suite.

– Justafrogg

Moyen / 10 Notre avis
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Les +
- Le plaisir de retrouver Tom King sur Batman
- Quelques jolies planches
Les -
- Des dessins figés, comme souvent chez Mann
- Une narration déconstruite mal maîtrisée
- Andrea Beaumont, mal introduite
- Un sentiment de cafouillage et de confusion désagréable
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