Après un numéro d’introduction solide, Geoff Johns entre dans le cœur du sujet de Three Jokers. Les plans se dévoilent, de nouvelles questions se lèvent, et une review se fait attendre. Il est l’heure de voir ensemble si ce récit tant attendu parvient réellement à s’envoler dans les hauteurs où on l’attendait.

Un numéro qui prend des risques

Dès les premières pages, Geoff Johns s’amuse avec son lectorat pour mieux le surprendre. Cette fois-ci, la référence à The Killing Joke est littérale, mais sans être vaine. Non, à travers cette scénette, l’auteur prouve qu’il a bien l’intention de s’attaquer en profondeur à l’identité du Joker. Si l’œuvre d’Alan Moore pouvait déjà être vue comme une démystification de l’antagoniste, ce Three Jokers #2 propose d’aller encore plus loin. Tout en mettant à profit le riche historique du personnage, Johns déconstruit la figure pour se questionner sur sa nature profonde. Il ne s’agit pas seulement de poser une nouvelle pierre, mais bien de proposer une nouvelle vision de l’édifice.

Une telle ambition ne se veut néanmoins pas sans danger. L’auteur prend tant de risques créatifs que l’œuvre pourrait s’en retrouver écarter de la continuité. Même sans cela, le statut du récit se veut assez ambigu et pourra ainsi déranger les lecteurs les plus pointilleux puisque Johns s’inscrit hors du temps. Il ne s’agit pas pour autant d’un elseworld tel qu’on le considère traditionnellement, Three Jokers se voulant proposer une écriture classique et respectueuse des personnages, mais non sans surprises. En effet, on se retrouvera pris au dépourvu notamment par le comportement de Bruce, moins impulsif qu’on aurait imaginé face à cette situation, ou même carrément vulnérable. Johns montre ainsi qu’il n’y a pas besoin de travestir ces personnages pour porter un regard nouveau : il suffit de creuser en profondeur dans leur psyché.

Three Jokers #2 fait référence à The Killing Joke

Traumatisme et intimité

Johns l’affirme depuis longtemps maintenant, Three Jokers est un récit assez personnel pour les personnages, une œuvre qui traite du traumatisme. Si ce traitement se montrait relativement superficiel dans le précédent numéro, on entre cette fois-ci en profondeur dans le ressenti des personnages. On ne les récupère pas simplement à un point P, mais on observe la façon dont ils réagissent suite à la surprenante fin de l’issue #1. L’œuvre se veut moins silencieuse à cet égard, les personnages mettent des mots sur leur ressenti, poussés par une Barbara qui semble avoir (jusqu’ici) le rapport le plus sain à son traumatisme.

A travers ces trois protagonistes, et même leurs antagonistes, Johns nous présente différentes façons de gérer le traumatisme, de guérir. A la manière d’une plaie, l’a-t-on laissé se refermer sur une infection ? A-t-on pris le temps de la nettoyer, de la panser ? A-t-on fait appel à une aide extérieure, ou avons-nous essayé de gérer cela seul ? Sans remettre en question la responsabilité individuelle de chacun dans cette guérison, le but de Johns se montre de plus en plus clair : il est avant tout question de Bruce et du rapport à ses protégés. Pour le moment assez passif au sein du récit, Batman pourrait bien avoir à affronter les conséquences de ses actions de façon très douloureuse dans le troisième numéro.

Review VO - Batman : Three Jokers #2 1

Dans le cœur de Three Jokers

L’auteur commence en effet à véritablement dévoiler son jeu. Là où Three Jokers #1 nous perdait en mystères ajoutés, ce numéro #2 se veut bien plus direct. C’est un peu dommage dans la mesure où on a alors le sentiment d’avoir perdu du temps dans une histoire qui se veut déjà courte, en plus de constater que tout ceci ne servait visiblement qu’à amener les différents personnages à l’endroit voulu par Johns. L’aspect enquête policière n’est définitivement pas dans les priorités de l’auteur, qui préfère se concentrer bien davantage dans les dynamiques de personnages et ce qu’elles cachent.

Si la Bat-family bénéficie de cette écriture aux petits oignons, ils ne sont pas les seuls. Alors que l’utilisation des trois Jokers paraissait elle aussi superficielle jusque là, elle gagne largement en puissance et subtilité ici. Que ce soit dans le silence ou la parole, ces Jokers gagnent en profondeur, en complexité : ils ne sont pas seulement fous et terrifiants, ils sont aussi vulnérables, à l’instar de la Bat-Family. Leur agenda, s’il se montre grandiloquent à l’image, se veut en réalité très personnel. Johns établit un lien plus profond que jamais entre Batman et le Joker à travers leurs “déclinaisons”.

Review VO - Batman : Three Jokers #2 2

Là où ce numéro se veut particulièrement brillant, c’est qu’il se montre satisfaisant sur différents niveaux de lectures qui s’entremêlent parfaitement. Ici, Johns se montre encore une fois particulièrement intéressé par l’utilisation du riche passé de l’éditeur. La réponse qu’il semble donner au mystère des Trois Jokers n’est pas seulement percutante et pertinente vis-à-vis des protagonistes, elle l’est aussi “historiquement”. En plus de justifier les nombreux visages du vilain, il rend à la première itération ce qui lui revient de droit. Cela se veut d’autant plus intéressant que cette version se voulait/veut bien différente de ce qu’on connaît aujourd’hui.

En plus de tout cela, Johns et Fabok semblent bien plus en harmonie que sur le premier numéro. Probablement est-ce parce qu’il s’agit maintenant du véritable propos du récit, mais le duo nous fournit ici une partition riche en symboles qu’on se prend de plaisir à analyser. De façon générale, Fabok semble plus à l’aise dans la composition et reste sur un excellent niveau en terme de dessin pur. Sans verser dans l’horreur, il parvient à instaurer une ambiance dérangeante, une forme de malaise élégant auquel les couleurs d’Anderson ne sont pas étrangères.

Si le premier numéro pouvait laisser perplexe à certains égards, Three Jokers #2 se veut absolument convaincant. Johns est à nouveau au top de sa forme, Fabok l’accompagne très solidement : c’est brillant au point de talonner Doomsday Clock. L’appréciation qu’on a de ce numéro pourra néanmoins largement varier en fonction des réponses apportées dans le final, mais en attenant, c’est excellent.

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Riche en tout point
Un début de réponse brillant
Le Joker du Golden Age
Un numéro intime
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