Nous savons maintenant depuis le mois de juillet que DC se lance dans un nouvel affront à Alan Moore, avec une maxi-série consacrée à Rorschach signée Tom King et Jorge Fornés. Nous en savons un peu plus sur cette cette série, grâce à une interview que le scénariste a donné au Hollywood Reporter, dont nous avons sorti les éléments les plus intéressants.

Rorschach, entre l’inspiration Alan Moore et la volonté de “tuer le père”

Ce n’est un secret pour personne : Tom King se considère comme un élève d’Alan Moore. Dans toute son oeuvre, mais peut-être plus particulièrement dans son mésestimé premier roman A once crowded star ou son fantastique Omega Men, on sent l’influence du magicien de Littlehampton. Tant et si bien qu’à ses débuts, nombreux étaient ceux qui se demandaient si King savait faire autre chose que du bon pastiche de Moore. C’est peut-être la raison pour laquelle Dan Didio est venu voir Tom King après les succès successifs de Sheriff of Babylon et Mister Miracle en lui disant : “Laisse tomber Strange Adventures et fais Rorschach ! Toi et Mitch [Gerads] vous devez faire Rorschach !”. Déclinant la proposition, Tom King est néanmoins revenu sur l’idée après avoir travaillé avec Fornés sur Batman Annual #4. Alors que la série faisait doucement son apparition sur les écrans sur HBO, King a profité de l’alignement des planètes pour se lancer avec lui (qui travaillait alors sur Daredevil chez la concurrence) sur ce projet.

King a d’ailleurs été très inspiré par la série de Damon Lindelof, bien qu’il ait été très réticent de prime abord. “Ce n’est pas Watchmen, mais la série utilise son vocabulaire pour parler de thèmes phares de notre société. (…) Ca a ouvert mes yeux, et je me suis dit, oh, c’est possible, ça peut être fait.” Inspiré par cette démarche, Tom King s’est ainsi lancé dans cette aventure, avec la volonté résolue de le faire sans le transformer en hommage. Nous apprenons ainsi que la maxi-série n’utilisera pas les gimmicks classiques de Watchmen, tels que le 9 panel-grid ou les citations classiques. Sans viser explicitement Doomsday Clock, King affirme néanmoins : “Je ne voulais vraiment pas faire une reprise de Watchmen, parce que pour moi, Watchmen a démoli tellement de murs de narration pour raconter une histoire d’une manière différente ! C’est le genre d’histoire que tu n’as jamais vu nulle part. Alors, si tu racontes quelque chose de la même manière que Watchmen, tu mets à la poubelle la chose primordiale, qui est la créativité. Si tu répètes simplement ce qui a été fait, alors tu ne le répètes pas vraiment. C’est une contradiction.”

Une oeuvre sous tension

King continue en affirmant que sa série sera, à l’exemple des Watchmen de Moore et Gibbons comme de Lindelof, très politique. Comme avec Mister Miracle, le scénariste cherche à transmettre le sentiment d’une époque dans son oeuvre. Et ici, c’est avant tout la colère qui prédomine : celle d’un monde où des milliers de gens meurent aux Etats-Unis d’un virus qui pourrait être beaucoup mieux géré, celle d’une population où 30% de la population adhèrent aux théoriques conspirationistes de QAnon, celle d’un monde qui se sent progressivement devenir complètement timbré à force d’être autant en colère contre son état.

Rorschach sera donc un murder-mystery, centré autour d’une tentative d’assassinat, mais qui en dit bien plus sur nous. “Nous sommes tellement en colère, tout le temps. Et nous devons faire quelque chose par rapport à cette colère ou nous allons devenir tarés. Rorschach parle d’une tentative d’assassinat, parle de personnes qui sont devenues tellement en colère qu’elles essayent de tuer quelqu’un. L’histoire raconte ce qui les a mené là. Et le mystère porte sur leurs motivations pour faire ce geste. Ca s’appelle Rorschach pas juste à cause du personnages, mais parce que ce que tu vois dans ces personnages en dit plus sur toi que sur les personnages.”

On peut donc s’attendre avec Rorschach (comme avec Batman/Catwoman et Stange Adventures) à quelque chose de beaucoup plus dur à encaisser. “Ces séries sont beaucoup plus colériques. Elles sont beaucoup plus caustiques. Ce n’est pas, genre “Le monde est dur, mais au moins, j’ai ma femme”, ce qui est une chose merveilleuse à écrire, mais ce n’est plus ce que je fais actuellement. C’est plutôt “Le monde est dur et j’ai envie de crier”, et qu’est-ce que ce je fais ce cri ? Et comment cela affecte la vie dans son ensemble ?”

D’un point de vue plus technique, l’interview nous apprend également que Tom King a déjà tout écrit concernant Rorschach. Face à la lenteur de ses autres artistes (probablement Clay Mann ?), il en a profité pour écrire d’une traite tous les numéros, en quatre mois. Il a également cherché à être vigilant à ses propres tics d’écriture, notamment à ses dialogues courts et répétitifs, qui ont fait sa marque de fabrique (notamment sur son run sur Batman, où son minimalisme a pu être décrié). Sur Rorschach, King a essayé de balancer tout ce qui symbolisait son écriture pour se renouveler. Et je ne sais pas vous, mais ça me rend très curieux de découvrir ça le 13 octobre prochain…

Rorschach

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