C’est en 2018 que Batwoman est introduite dans l’Arrowverse au sein du crossover Elseworlds, avant que ne soit annoncée la mise en projet d’une série solo. Si c’est avec une certaine excitation que j’attendais les premiers pas du personnage, la performance de l’actrice Ruby Rose ne m’avait que partiellement convaincu. S’en est suivie une promotion de la série très maladroite et qui laissait présager du pire. C’est donc sans grand enthousiasme que je commençais Batwoman, une série qui m’a rapidement donné tort.

Une promotion problématique et mensongère

Quand on parle de publicité mensongère, on pense à quelque chose de “sur-vendu” et finalement pas à la hauteur. Dans le cas de Batwoman, c’est tout l’inverse. Le principal problème de la promotion entourant la série, c’est qu’elle misait très maladroitement sur le féminisme de la série, au point de le desservir. A travers les différents trailers, on assistait en effet à un déferlement de répliques gênantes et problématiques, la meilleure restant “Ce costume [celui de Batman] sera parfait quand il conviendra à une femme“.

Dès son introduction au sein du crossover Elseworlds, Kate Kane est immédiatement rattaché à Bruce Wayne, son cousin, en plus d’être nécessairement comparé à Batman lorsqu’elle enfile le costume. Le lien est encore appuyé dans les bandes-annonces, notamment quand le daron Kane déclare “Tu es une version féminine de Bruce Wayne“, autrement dit, un copié-collé. C’est une approche assez maladroite que prend la CW, le personnage de Batwoman étant déjà assez associé à Batman de façon négative par le public méconnaisseur, qui peut juger qu’il s’agit simplement d’une version “bien-pensante” du Chevalier Noir, un ersatz inférieur.

Pourtant, la vérité ne pourrait pas s’en trouvait plus éloignée. Bien que Kate Kane arbore dans les comics l’iconographie et le symbole de la chauve-souris, elle se construit largement sans Batman, ce dernier étant de toute façon absent (ce qu’on retrouve aussi dans la série). A vrai dire, on ne parle même pas d’une quelconque connexion familiale entre Kate et Bruce avant plusieurs années. Si la jeune Kane décide de devenir Batwoman, ce n’est pas pour remplacer Batman (encore là quand elle entreprend son entraînement à travers le monde), mais bien pour elle-même. Elle ne reprendra pas non plus le costume du Dark Knight en l’adaptant comme c’est le cas dans la série, ou même le rôle qu’il tenait, que ce soit à Gotham ou dans le monde. Il s’agit d’un personnage bien à part.

A l’inverse, dans les trailers de la série TV on voit Kate Kane trouver la Batcave par accident et choisir de reprendre le costume de son cousin. Presque avec insolence, la jeune femme semble alors s’accaparer ce qui ne lui appartient et revient pas. Dans ce contexte, il devient difficile de faire passer une réplique comme “Je ne laisserai pas un homme s’attribuer le mérite d’une femme” alors qu’elle ne fait justement que s’accaparer la légende du Dark Knight. On la voit même se réjouir de sa disparition quand elle nous dit “Il y a 3 ans, quand Batman a mystérieusement disparu, la ville s’est divisée. Certains voient la peur, d’autres voient l’espoir. J’y vois la liberté d’être moi-même, de jouer selon mes propres règles“. Tout en faisant de Kate une femme profondément dépendante de Batman, et par extension d’une figure masculine, la série joue presque avec rancœur la carte de l’émancipation.

Une émancipation progressive et astucieuse

Après le temps de la promotion, vient celui de la diffusion. Sur DC Planet, c’est notre cher Blue qui s’était chargé d’écrire une critique relativement assassine du premier épisode. Un avis que je partageais dans les grandes lignes, tout en constatant que finalement, ce n’était pas si horrible qu’attendu, mais simplement assez banal. En soi, la série semble s’inscrire dans la droite lignée de Arrow, alors sur le point de prendre fin. Avec la venue d’une nouvelle justicière urbaine, on se doutait que la comparaison serait de mise, mais Batwoman ne serait-elle qu’un simple remplacement sans plus-value ? Heureusement, non.

Là où la série surprend agréablement, c’est qu’elle considère totalement son contexte. D’une certaine façon, c’est comme si Caroline Dries (la showrunner) savait qu’il allait falloir faire ses preuves (alors même qu’on la connaissait déjà sur Smallville), s’imposer intelligemment. Comme dans chaque série CW, Kate Kane se voit revêtir son costume dès le premier épisode, il ne faut pas perdre de temps. Néanmoins, tous les attributs de l’héroïne ne sont pas encore présents et s’ajouteront au fur et à mesure. Pas artificiellement, mais bien pour définir Batwoman aux yeux des Gothamiens, et par extension du public.

Batman est-il de retour ? Batwoman Saison 1

Alors qu’une proche de Kate est mise en danger par une nouvelle menace, celle-ci endosse le costume, qui lui servira alors à mener une quête personnelle. Malgré elle, elle ravive la lueur d’espoir que symbolise Batman dans le cœur des Gothamiens, qui croient alors à son retour. A double tranchant, cette annonce stimule alors un ancien ennemi du Chevalier Noir, forçant Kate à prendre ses responsabilités et faire preuve d’honnêteté. Batwoman naît alors et devra gagner la confiance de Gotham. Si elle n’est pas encore à la hauteur de son cousin, elle peut au moins se targuer d’être là pour la ville quand ce dernier l’a abandonnée (sans que l’on sache pourquoi, bien que cela pourrait avoir un lien avec le meurtre du Joker de sa main).

La série va même encore plus loin dans l’affirmation de l’identité de Batwoman puisqu’elle traite la question de son orientation sexuelle, et ce, avec une certaine intelligence. Si Kate Kane est “outée” depuis longtemps, ce n’est pas le cas de son alter-ego, considérée comme hétérosexuelle par une presse plus intéressée par sa vie amoureuse que ses sauvetages (oui, ça dénonce). Une situation pas très bien vécue par Kate, qui s’est toujours montrée honnête sur qui elle était (quitte à se faire renvoyer de l’armée) et qui doit maintenant se cacher derrière un masque. Ce qui est initialement une problématique plutôt personnelle devient un discours sur la représentation des minorités, et plus particulièrement celles qui se cachent.

Batwoman révèle au monde son homosexualité

Si les super-héros sont des sources d’inspiration à bien des égards, le principe d’identité secrète ne dégage pas, symboliquement, un message de sincérité, d’assumation de soi. Quitte à être considéré comme un modèle, comme une figure d’autorité, autant se servir de cette influence pour servir les combats qui sont les nôtres. En retirant ce masque métaphorique, Batwoman met en danger son identité secrète, mais sauve de nombreuses vies, rien qu’en étant véritablement elle-même (ce qui ne manquera pas de créer des détracteurs de l’héroïne, notamment au sein de la police). Elle permet de briser les codes, cette image du héros qui, puisque respecté et grand, correspondrait forcément aux “normes”. C’est en cela que Kate Kane est le parangon du courage.

Un drame familial central et poignant

Ne parler que de Kate Kane serait tout aussi fallacieux que la promotion de la série, Batwoman étant l’histoire de deux personnages, deux faces de la même pièce. Tout aussi unique qu’elle soit, Kate est en réalité une jumelle ayant perdu sa moitié dans son enfance. Si ce drame familial s’installe dès l’origin-story de Batwoman dans les comics, la série y met bien davantage d’emphase en choisissant d’en faire le cœur de la saison (à tel point qu’il se poursuivra en saison 2 malgré l’absence de Kate Kane).

Plus encore que le parcours initiatique de Batwoman, bien qu’intrinsèquement lié, c’est cette intrigue qui rythmera la série, faisant de l’affrontement héros/vilain quelque chose de plus intimiste et déchirant. En effet, alors que Kate pensait avoir perdu sa sœur Beth à jamais, celle-ci reviendra sous les traits d’Alice (en référence à l’oeuvre de Lewis Caroll), une nouvelle fauteuse de trouble dont l’objectif apparaît rapidement très personnel. A l’inverse d’un certain nombre de vilains des séries CW, le mystère de son identité ne constitue pas le cœur de l’intrigue puisqu’elle se fait dès le second épisode (à l’instar des comics).

Kate et Alice se font face - Batwoman Saison 1

Ainsi, Batwoman a de satisfaisant qu’elle ne perd pas de temps pour offrir son potentiel, quitte à partager les projecteurs entre Kate et Beth, alors même qu’il ne s’agit que de la première saison. Par conséquent, l’origin-story de Batwoman se construit non sans difficulté, complètement en dépendance de l’évolution de son rapport à Alice. Loin d’être un simple outil scénaristique, cette dernière se trouve être une véritable protagoniste (malgré son statut d’antagoniste) à qui est consacré un temps d’écran important. Une idée permettant d’exploiter comme il se doit le talent d’une Rachel Skarsten délivrant une incroyable performance, mélange de vulnérabilité et de folie. Son histoire se montrera de plus en plus poignante à mesure que nous découvrons ce qu’elle a subi à travers des flash-backs terrifiants.

Il y aurait encore à dire sur Batwoman tant la série m’a agréablement surpris tout au long de la saison. Si elle n’est évidemment pas sans quelques défauts, il me semblait plus important d’enjoindre à lui donner une chance malgré sa promotion désastreuse. Maintenant se pose la question de la suite, aussi inquiétante qu’intriguante suite au départ de Ruby Rose. En effet, dès sa seconde saison, la série devra à nouveau jouer la carte du nouveau justicier venu remplacé son prédécesseur disparu. Surtout, elle devra composer sans la dynamique Kate/Alice qui faisait alors une grande partie du sel de Batwoman, bien que Rachel Skarsten sera de retour et continuera à explorer le passé de son personnage. Si cette seconde saison part avec un réel handicap, il s’agit néanmoins d’un formidable défi créatif. Qui sait, peut-être que Batwoman saura réitérer l’exploit de cette première saison ?

1 COMMENTAIRE

  1. Vu la nouvelle actrice pour batwoman je boycotte la série, pourquoi ne pas avoir pris Sophie moore en batwoman suis très déçu.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.