Entre toutes les sorties de super-héros, DC et aujourd’hui Urban Comics ont publié un récit bien différent avec Prez. Dans ce comics d’anticipation, on y suit la vie de Beth Ross, jeune fille de 19 ans qui se fera élire Présidente des États-Unis à 19 ans, alors que le pays est en train de s’effondrer sous un capitalisme exacerbé et une vie virtuelle qui prend toujours plus de place.

Prez, une société encore plus d’actualité

Il est assez fascinant de lire ce tome en 2020, où ce qu’il s’y passe est d’autant plus actuel qu’à l’époque de la sortie originale, en 2015. D’un côté, parce que Mark Russell et Ben Caldwell nous montrent des politiciens qui ne font que des magouilles et des enfantillages : leur soutien dans la présidence n’ira qu’au parent qui offrira à Beth le meilleur cadeau, et certains ont même des comportements d’adolescents amoureux transi. D’un autre, il y a évidemment la violente pandémie de la grippe féline, qui correspond bien à celle que nous vivons actuellement, avec ce refus de changer son comportement – que ce soit porter un masque ou se séparer de son chat et le mettre en quarantaine – pour l’empêcher de répandre.

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L’auteur en profite pour se moquer des groupes chrétiens un peu particuliers dans leurs croyances, en l’occurrence l’asticologie qui prône la protection des microbes et des virus, la forme que Dieu aurait choisi de soutenir au lieu de l’humain. C’est toujours avec un humour sarcastique qu’il s’attaque aux nombreux sujets de société abordés dans Prez.

Un regard frais sur la dystopie

Russell et Caldwell, artiste au style coloré et dynamique correspondant parfaitement à l’écriture du scénariste, nous présentent donc une jeune fille qui galère et qui finira par devenir un phénomène sur internet grâce à une vidéo toute bête. Par une suite d’événements impliquant les Anonymous et le vote sur Twitter, Beth se retrouve au pouvoir. Tout le monde la sous-estime, mais elle prouvera qu’elle n’a pas peur de contredire l’archétype des politiciens qui finiront par craindre une fille qui compte mettre un terme à la stagnation dans la médiocrité de leur politique.

C’est donc avec un regard jeune, amusant et tout aussi pertinent que nous découvrirons cette Amérique qui s’est enfoncée dans tous ses problèmes, plutôt que de nous ressortir un récit sombre qu’on a déjà lu ou vu des dizaines de fois. Le capitalisme qui prend toujours plus de place, le marketing qui s’introduit jusqu’au corps des individus, les corporations déshumanisées qui prennent les réelles décisions, la pénibilité morale du travail ou chaque seconde perdue est une faute ou l’importance que prennent les réseaux sociaux (on y vote, mais on participe également à des guerres entre les différents sites) : il y a beaucoup de choses à en retirer en si peu de pages.

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Évidemment on suivra les infos qui détournent les problèmes à leur guise, comme un crime de guerre qui devient la faute de la victime et non du militaire responsable, ou donnant la parole à des gens qui font du profit sous couvert d’une noble cause comme la loi de la prédation sexuelle porcine. L’entreprise pharmaceutique privée est aussi là, faisant miroiter un vaccin à la grippe féline pour obtenir ce qu’elle cherche.

L’émotion artificielle

En parallèle des combats de Beth contre les politiciens et les chefs d’entreprise, il y a Bête de Guerre, une intelligence artificielle surarmée qui va développer une conscience et va se remettre en question en découvrant la Bible, notamment. Il y a alors une dichotomie qui crève les yeux entre elle et les Américains, prenant les armes en prenant le prétexte de défendre leur religion. Elle décide de s’appeler Tina et se pose plein de questions sur sa condition de machine à tuer. Elle met en avant l’importance de l’émotion dans la conscience humaine, alors que la société est en train de la perdre. Les machines vont sur le front de guerre à notre place, ce que l’auteur appelle la “Guerre par Joystick”, et ont écrit toutes les œuvres littéraires ou cinématographiques possibles. Le milliardaire responsable de cette IA, Fred Wayne et sa compagnie WayneTech, bien différente de celle qu’on connaît, signe la mort de l’art, dépourvu de l’émotion de l’artiste, remplacé par un algorithme.

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Un début de révolution, sans fin

Beth Ross assume son poste de Présidente et s’apprête à changer les choses, même si ses adversaires connaissent les rouages pour venir à leurs fins. Elle tentera de faire entendre raison sur le 2e amendement et l’amour des Américains pour les armes à feu et, au contraire, d’assouplir les lois sur la contraception. Elle cherchera à mettre un terme aux interventions militaires à l’international, également, mais c’est là que le récit ne se pose pas comme une solution. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Prez n’est pas une histoire naïve, même si son héroïne a des méthodes qui paraissent parfois simples. Quand elle demande pardon aux pays où l’armée américaine est en place, tout le monde ne l’accueille pas comme elle l’aurait voulu, mais c’est une réponse à laquelle elle s’attendait. De même, le récit montre bien qu’enlever les troupes met en danger certains peuples qui avaient besoin de leurs protections.

Il est simplement triste qu’un tel récit se soit aussi vite fait annulé par manque de lecteurs. En effet, vous n’aurez pas de fin stricte. Malgré tout, le dernier numéro se termine sur une note très encourageante pour le futur de la Présidente Beth Ross, et vous laisse imaginer un avenir peut-être plus radieux qui est en marche.

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Certes très politisé et sans super-héros ni bagarre, Prez reste un récit très pertinent dans ce qu’il montre d’une Amérique toujours aussi archaïque dans une société portée par l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux qui rongent notre temps d’attention, notre libre arbitre et nos émotions. Il est aussi drôle dans son approche de ces sujets très sérieux (on reconnaît bien là Mark Russell), bien dessiné et du coup, très prenant. On ne s’ennuie pas une seconde dans cette histoire, se terminant malheureusement sur une fin ouverte, puisque l’histoire de Beth Ross n’a jamais pu connaître de conclusion. Mais la voir tenter de bâtir une Amérique plus saine en repartant de zéro est plutôt inspirant, même sans cette fin.

Excellent / 10 Notre avis
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Les +
-L'écriture drôle et pertinente de Russell
-Le nombre de thèmes sociétaux abordés sans naïveté
-Les dessins et la narration rendent le tout divertissant
Les -
-Pas toujours subtil
-Fin abrupte
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