Il y a quelques temps maintenant, la Doom Patrol a été introduite dans la série Titans avec un épisode écrit par Geoff Johns inspiré par l’esprit de Keith Giffen… correct, mais maladroit. On pouvait craindre un peu pour la suite. Face à cela, la première saison autour de l’équipe a été une vraie surprise, prenant son indépendance complète vis-à-vis de sa série-soeur, centrée sur ses personnages et leurs failles, et inspirée davantage par l’esprit de Grant Morrison. Son excellence nous avait laissé impatient par rapport à la saison 2, dont nous vous proposons aujourd’hui un modeste bilan.

Doom Patrol, introducing Dorothy

Cette saison 2 reprend quelques temps après les événements de la première, alors que l’équipe est toujours minuscule et cherche une voie de sortie. Mais bien encore, les premiers épisodes ont pour but essentiel de nous faire découvrir Dorothy Spinner, la jeune fille au visage étrange qui, dans l’univers de la série, est la fille de Niles Caulder, le Chief en fauteuil roulant. Et il faut admettre que cette introduction est plutôt réussie. Abigail Shapiro donne au personnage une interprétation innocente, voire assez naïve, tout à fait à propos avec le personnage imaginé par Kupperberg et illuminé par Morrison et Pollack, ainsi qu’avec l’univers de la série. L’innocence de Dorothy, manifeste dans le premier épisode, contraste avec les tourments des autres personnages, dont les arcs sont particulièrement douloureux (j’y reviendrai !). Bien plus encore, on sent chez Dorothy cette dualité fondamentale entre sa naïveté et la menace qui pèse sur ses épaules, qui fait d’elle un personnage intéressant, complexe et attachant.

L’arc autour de Dorothy sert ainsi de fil conducteur à une saison autrement assez éparpillée. C’est bienvenu, car cela offre au spectateur la possibilité de s’investir dans ce nouveau personnage, dans ses luttes et ses tourments, et de s’inquiéter avec elle de l’antagoniste qui pèsera sur toute la saison, observé dès le premier épisode : le Candlemaker. Nous apprenons à l’apprivoiser au fil de la saison, comme le reste de l’équipe, malgré son accent semi-britannique étrange duquel il faut du temps pour s’habituer.

Doom Patrol

Une plongée dans les personnages

C’était déjà l’une des qualités principales de la première saison, mais c’est ici encore davantage mis en avant : Doom Patrol est une série qui s’intéresse en premier lieu à ses personnages, à leurs traumatismes et leurs échecs. Cette saison insiste encore davantage, en essayant d’apporter rédemption ou résolution à leurs troubles intérieurs. Chacun des membres de la Doom Patrol reçoit ainsi son arc, plus ou moins développé, mais jamais facile. Jane essaie de réprimer ses personnalités avec la drogue, et devra apprendre à grandir et s’accepter. Rita cherche à devenir elle-même au-delà du fantôme de sa mère. Cliff cherche à se faire pardonner son comportement toxique et ses errances, notamment familiales. Larry renoue le lien à sa famille, et Cyborg se cherche. Très clairement, cette saison creuse davantage le filon dramatique, malgré de belles touches d’humour absurde.

Chaque personnage évolue ainsi dans sa douleur, pour progresser dans son arc, porté par des interprètes globalement très inspirés. C’est particulièrement le cas pour les personnages féminins campés par April Bowlby et Diane Guererro, qui n’étaient pas énormément développées en saison 1. Ici, elles sont mises en lumière. Rita Farr s’éloigne du rôle de peste vintage pour trouver davantage de nuances et de complexité, aspirant à être davantage que ce qu’elle a toujours été. À ce titre, c’est peut-être elle qui se lie le mieux aux autres personnages, particulièrement avec Larry et Cyborg. Elle se transforme ainsi en embryon d’âme pour l’équipe. De son côté, Jane se développe également, offrant à Diane Guererro l’occasion de jouer des personnalités peut-être moins stéréotypées que sur la première saison. Tout cela est vraiment bienvenu.

On regrettera cependant le point noir de la saison avec le personnage de Cyborg. Si la première saison avait réussi à faire son possible pour le faire accepter au sein d’une équipe qui n’est pas la sienne, son statut de pièce rapportée saute maintenant au visage. Son arc est clairement celui qui développe le moins d’intérêt et peine à susciter la passion du spectateur. L’aspect cheap du personnage est criant. Et bien plus, l’interprétation de Joivan Wade est terne et tranche clairement avec celle des autres acteurs. Même Brendan Fraser, qui a une tendance au sur-jeu dans son interprétation vocale de Robotman, s’affine au fil des épisodes pour incarner quelque chose de plus touchant. Wade ne saisit jamais l’occasion et reste plat du début à la fin.

Doom Patrol saison 2

Une foire aux antagonistes

Tout en nous offrant une galerie de personnages sur les côtés, la première saison de Doom Patrol nous avait guidé avec la présence continue de Mr Nobody, joué par l’excellent Alan Tudyk. Ici, il reste une menace de fond, celle du Candlemaker, qui reste néanmoins beaucoup plus ténue. Malheureusement, à cause d’un épisode en moins qui n’a pas pu être tourné à cause du Covid-19, le Candlemaker (avec son design CGI très efficace) reste un vilain générique aux motivations très floues. On peine à voir la menace qu’il apporte à Dorothy, et même au monde entier. Déjà chez Morrison, le personnage n’était pas le plus inspiré, mais portait en lui-même quelque chose de beaucoup plus intéressant par sa volonté de miner la force spirituelle de la réalité à travers une déliquescence lente et invisible qui aurait pu conduire le monde à sa fin. Cette saison, bien qu’il ait montré sa puissance, il n’est pas parvenu à susciter autant de méfiance et d’intérêt.

À côté de ça, la saison nous a offert tout un fatras de personnages plus ou moins antagonistes. On trouve ainsi une réinvention hilarante de Dr Tyme, le personnage créé par Arnold Drake dans Doom Patrol #92 (continuant la veine de dépeindre les personnages Silver Age avec une grosse dose d’humour, à l’image d’Animal-Vegetable-Mineral Man en saison 1). On trouve aussi une réinterprétation de personnages de Grant Morrison, tel un Red Jack un peu terne, malgré son design réussi, ou les Sex Men qui subissent le traitement déjà donné au Beard Hunter la saison précédente. Souvent amusants, ces antagonistes sont aussi souvent anecdotiques, mais servent à renforcer le propos autour des personnages et à participer à l’esprit excentrique de la série.

Doom Patrol saison 2

Propos fort et esprit dé-rangé

La saison 2 de Doom Patrol continue ainsi sur la lancée de la première : une réinvention respectueuse, suffisamment fidèle pour séduire les puristes dans mon genre, et suffisamment indépendante pour nous surprendre aussi. Bien sûr, je garde une affection particulière et plus grande encore pour les comics Doom Patrol, qui se permettent beaucoup plus d’esprit et de créativité. Mais la série n’est pas en reste, et parvient à rester fidèle tout en insufflant son propre ton, son propre humour et ses propres aspirations.

En définitive, Doom Patrol, c’est toujours une équipe de bras cassés qui met en valeur les personnes marginales rejetées pour leur soi-disant bizarrerie. Et en ce sens, la série continue d’offrir un propos fort sur la condition humaine, mettant en valeur les personnes considérées comme hors-normes, que ce soit pour leur sexualité ou leur handicap physique ou mental. Ce n’est pas un hasard si la série (comme le comics de Morrison en son temps) est revendiquée avidement par les communautés queers ou louée pour sa représentation nuancée et fine du handicap. Doom Patrol, par son esprit fort, sa revendication d’excentricité et sa représentation de personnages fragiles en lutte dans leur acceptation individuelle, se place comme un véritable antidote à notre temps. Avec sa saison 2, elle se hisse parmi le top-tiers des meilleures séries de super-héros de notre temps. Si elle ne possède pas la force de frappe politique d’un Watchmen, elle réussit mieux que la parfois lourdingue The Boys ou la première saison fade d’Umbrella Academy.

Les membres de la Doom Patrol cherchent leur propre rédemption, cherchent à accepter leurs failles, leurs fragilités. Sur ce chemin, ils se retrouvent progressivement unis les uns aux autres d’une nouvelle manière. A la fin de cette saison, ils ne sont pas encore une équipe. La manière dont ils s’unissent dans le dernier épisode de cette saison paraît d’ailleurs étrange tant ils sont encore loin de constituer un ensemble uni. Mais au-delà de leur individualité, ils se découvrent progressivement comme une communauté de destin, comme une famille d’un autre ordre. Vu le succès de la série sur HBO Max (quatrième série la plus regardée de la plate-forme), nul doute que nous aurons droit, lorsque les temps serons plus cléments, à une troisième saison qui nous permettra d’aller plus loin que ce cliffhanger abrupt.

Portée par son humour absurde et son travail fondamental sur les personnages, la saison 2 de Doom Patrol se pose ainsi comme une franche réussite, malgré un antagoniste un peu générique et un final un peu décevant à cause d’une production interrompue. Nous attendons de pied ferme la saison 3 !

Très bon / 10 Notre avis
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Les +
- Des personnages toujours forts
- Un travail psychologique pertinent
- De l'humour absurde et efficace
- Un propos sur les formes de handicap ou d'exclusion toujours pertinent
- Visuellement toujours aussi pertinent
Les -
- Un antagoniste principal un peu générique
- Une production interrompue abruptement, nous privant du "vrai final"
- Cyborg, qui n'a plus aucune utilité...
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