Les violences policières envers les minorités aux États-Unis refont parler d’elles après l’homicide de George Floyd. Nombreux sont les partisans du #BlackLivesMatter qui se sont levés pour la cause, et DC ainsi que de nombreux auteurs et artistes ont montré leur soutien.

Beaucoup ont partagé une image noire sur Instagram, comme Jim Lee ou Brian M Bendis, même si ce mouvement a ensuite été critiqué pour enterrer les informations et les témoignages plus pertinents. Certains artistes comme Lee Bermejo ou Olivier Coipel supportent BLM avec leur meilleur moyen d’expression : leur art.

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Please… I can’t breathe.

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Gail Simone lance un appel aux dons

Gail Simone a quant à elle lancé un challenge aux créateurs, où les volontaires vendent aux enchères un dessin pour les charités liées au mouvement. Tony Lee offre une page de Midnight Kiss par Ryan Stegman, Marc Guggenheim propose une page d’Arrow #1 par Mike Grell, un concept art d’Andy Poon toujours pour Arrow et l’un de ses scripts. Russ Burlingame donne quant à lui un portrait d’Adam Tesekham de Legends of Tomorrow.

Simone offre également quelque chose qui lui tient particulièrement à coeur, une planche de sa collaboration avec George Pérez sur Wonder Woman #600, sa dernière histoire sur le personnage qui plus est. Retrouvez la liste et le montant récolté par le #ComicsWritersChallenge sur ce doc.

DC Planet soutient aussi #BlackLivesMatter

Tous les membres de notre équipe soutiennent évidemment la cause. Il est inouï que de tels actes existent encore dans notre monde, et encore plus dans le pays à l’origine des comics. Superman et tous les super-héros de DC ont toujours combattu ce genre d’injustice. Le Man of Steel s’opposait au KKK dès ses premières années (qui étaient aussi remplies de covers bien racistes envers les Japonais). Combien de fois Batman a-t-il livré justice aux opprimés car la Police participait à leur souffrance ?

Et pourtant, ces héros ont 80 ans et nous vivons toujours ce genre de crise. Pire, certains arrivent encore à défendre le fascisme ou refusent d’en entendre parler car leur comics ne doit parler de rien à part de bagarres et de sauvetages de demoiselles en détresse. Comme le témoigne Tim Seeley, avoir pris un parti pourtant évident a amené de nombreux followers à se désabonner. On se doute que la plupart d’entre eux sont des Comicsgaters et vont aller se réfugier chez Ethan Van Sciver et son Cyberfrog tout claqué, lui qui n’a évidemment rien posté à ce sujet et dont les propos ressemblent de plus en plus à un leader de culte.

De notre côté, on voit aussi que le large public n’est pas toujours ouvert à l’inclusion des noirs ou d’autres minorités dans leur petit monde super-héroïque, comme le prouve chaque article (souvent autour du cinéma, tiens) concernant les personnes d’une autre ethnie, provoquant des remarques, voire un shitstorm complet dans les commentaires. Le sujet est toujours sensible et il y a du progrès à faire dans les mentalités et même dans celles de l’industrie du comic book, où les créateurs et les éditeurs issus de minorités sont encore très discrets.

Quelques comics pour se sensibiliser

le bon côté est que ces créateurs se voient libérer d’un public malsain, comme le dit Rick Remender avant même cet homicide, en parfait anti-Trump (dans un tweet depuis supprimé malheureusement) : “I’m so fucking done with having people threaten my career if I express an opinion. Take your money and shove it up your ass”.

On ira pas pleurer non plus la perte de deux ou trois gus après la publication de cet article. Nous apportons notre soutien à la cause et nous vous invitons à faire de même. Si vous voulez vous sensibiliser au racisme que subissent encore certaines personnes ou vous documenter, voici un lien qui vous sera très utile. Si vous voulez le faire par le biais du comics, tant qu’à faire, voilà quelques idées.

Le Chevalier Noir est le héros le plus populaire de DC, alors pourquoi pas lire ou relire Batman #44 (2015) de Scott Snyder, Brian Azzarello (quand il était encore pertinent) et Jock où un jeune noir tué par un flic va faire comprendre à Bruce Wayne que son combat contre la criminalité peut parfois se faire autrement qu’avec ses poings.

blacklivesmatter

Gene Luen Yang a beaucoup défendu la cause de la communauté asiatique, qui a souffert et souffre encore aujourd’hui de nombreuses stigmatisations, et notamment pour ressembler à ce que l’Amérique a longtemps considérée comme leurs ennemis principaux. Ainsi, vous aurez le récent Superman Smashes the Klan ou New Super-Man #8 avec le retour osé de Ching Lung, le personnage le plus raciste de DC.

DC et ses créateurs supportent le mouvement #BlackLivesMatter 1

Une évidence est Black Lightning, premier héros noir à avoir son propre titre chez DC en 1977 seulement. Même si le cliché de l’athlète est là, le contexte social autour du personnage, devenu professeur dans une banlieue à problèmes, en fait une très bonne lecture. C’est aussi le cas de Static Shock qui suit la jeunesse difficile d’un Afro-Américain qui obtient des super-pouvoirs après que la police ait projeté du gaz lacrymogène mélangé à un produit radioactif inconnu lors d’un rassemblement de gang. Tout n’est qu’un cycle.

Et puisqu’on parle de la création de Dwayne McDuffie (vous pouvez le remercier pour la série animée Justice League) et Denys Cowan, le duo a également écrit sur Hardware, un héros qui respire les années 90, mais qui a une introduction bien inspirée.

Green Lantern, le titre engagé

Vous pourrez sinon vous pencher sur deux numéros d’une importance absolue signée Dennis O’Neil et Neal Adams. Tout d’abord, Green Lantern #76 voit la question des noirs laissés pour compte par l’autorité que représente Hal Jordan et surtout les Gardiens trop distants dans leur morale pour voir les problèmes des gens. En 1970, c’est extrêmement rare de voir le sujet abordé, le numéro finissant sur un discours poignant et plein de sens de Green Arrow, qui commencera ici un long voyage à travers les États-Unis avec Jordan, le fameux arc Hard-Traveling Heroes devenu culte.

DC et ses créateurs supportent le mouvement #BlackLivesMatter 2

DC et ses créateurs supportent le mouvement #BlackLivesMatter 3

L’autre numéro de ce même run est bien entendu Green Lantern #87, la première apparition de John Stewart. À la recherche d’une recrue pour remplacer Guy Gardner, Hal le voit s’opposer à un policier, doutant qu’il soit un bon élément pour le GL Corps. John accepte le rôle, mais ne portera pas de masque comme son compère : “Je n’ai rien à cacher”. Ils doivent protéger un sénateur raciste d’une manifestation contre lui. Le personnage fait une très forte première impression dans un comics encore une fois très engagée. Ces deux numéros aideront d’ailleurs à remonter le titre Green Lantern dans les ventes, comme quoi, le message a fonctionné sur le lectorat et pourrait éclaircir quelques jugements.

Les adaptations

Des adaptations de personnages de DC abordent également le problème du racisme, surtout en série (au cinéma, peut-être que The Batman osera en parler avec son Gordon noir, histoire d’énerver quelques fans fragiles). Black Lightning parle régulièrement de ce mouvement, le personnage étant de base très social puisqu’il est un professeur dans une banlieue. La série animée Static Shock avait quelques épisodes sur les préjugés autour des noirs.

Évidemment, Watchmen est certainement la série avec le plus d’impact et de pertinence sur ces thèmes de racisme et de violences policières, et on sait que le message touche au bon endroit quand on entend certains fans crier que c’est politique. Parce que certains pensent que Watchmen est à l’origine apolitique, rappelons qu’il ne faut pas regarder que les images dans une bande dessinée, le texte est bien aussi (et qu’il faudrait pas trop s’identifier à Rorschach, c’est pas vraiment le but de l’auteur).

Merci d’avoir lu ce long article si c’est le cas, que j’ai réussi à écrire sans insulter une seule daronne. J’aimerais que vous en fassiez autant. N’hésitez pas à apporter votre soutien comme les autres et pourquoi pas discuter d’un comics au sujet du racisme qui vous a marqué, même s’il n’y en a que trop peu.