Introduction

1. Les fondations (2012)

2.  L’univers se partage (2013-15)

3. Des frontières en mouvement (2014-16)

4. Politisation et Transmédia (2015-17)

5. Les prémices de Crisis (2018)

6. La fin d’une ère (2019-20)

6. La fin d’une ère (2019-20)

Crisis on Infinite Earths

En 2018, le crossover Elseworlds s’est conclu avec une annonce : le prochain se nommera Crisis on Infinite Earths. Un nom qui signifie beaucoup pour les lecteurs, ce comics étant l’un des plus importants que DC ait jamais publié, marquant l’industrie toute entière. En réalité pour la CW, il s’agit de l’aboutissement d’une construction longue de cinq ans. C’est à la fin du premier épisode de The Flash que l’événement fut teasé pour la première fois dans la une d’un journal du futur, annonçant la disparition du héros lors d’une crise. Aucun doute n’est possible, la série fait ici référence à ce célèbre comics de Marv Wolfman et George Pérez, dans lequel Barry Allen se sacrifie. Daté à l’an 2024 pour voir large, l’événement n’est pourtant que de l’ordre du rêve dans l’esprit des scénaristes. Il faudra attendre 2018, en pleine écriture de Elseworlds, pour que Warner Bros donne son feu vert à Berlanti.

Les unes de journaux de The Flash

Une construction sur la longueur

Une certaine pression s’installe sur les épaules de Marc Guggenheim, désormais leader des crossovers. Pour faire honneur au récit culte de DC, celui-ci entreprend une introduction sur la durée dès Elseworlds, premier crossover dont le but est d’annoncer le prochain. Chaque série étant concernée par ce futur événement, les différents showrunners se réunissent pour créer ensemble les pièces du puzzle qui y mèneront et se les départager. Ayant teasé Crisis dès son premier épisode, The Flash est désigné comme la plus légitime à construire l’événement. Son funeste destin est alors prophétisé pour 2019 plutôt que 2024 lors du dernier épisode de la saison 5, tissant alors le fil rouge de la première moitié de saison 6, à savoir “Dois-je me battre contre la mort ou l’accepter ?”. Ces thématiques de deuil et de fin du monde rentrent parfaitement dans l’agenda du showrunner Eric Wallace, qui planifiait d’introduire Bloodwork, un vilain qui voit lui aussi son monde s’écrouler (à son échelle).

Un autre événement se profile en parallèle de Crisis on Infinite Earths : la fin de Arrow. Si dès le départ Marc Guggenheim et Stephen Amell ne voyaient que la mort pour conclure l’arc du personnage, la possibilité d’adapter ce récit leur permit de voir plus grand et de lier intrinsèquement les deux. Le début de la fin est annoncé dès ElseworldsOliver passe un marché avec le Monitor, qu’il sera ensuite contraint d’honorer lors de la dernière saison. Plus que The Flash, Arrow est alors dédiée à la construction de l’événement comme le prouve son premier épisode où Terre-2 se voit d’ores et déjà consumée par l’anti-matière. La coordination entre série s’opère lorsque Beth Schartz demande à Eric Wallace la permission de détruire une Terre si importante dans The Flash. Les autres séries, Supergirl et Legends of Tomorrow, ne seront pas exclues puisque le Monitor y apparaîtra également pendant leur season finale pour introduire de nouvelles pièces du puzzle.

Les pièces du puzzle Crisis s'assemblent

Crisis on Infinite Writers

Vient alors la création de Crisis on Infinite Earths à proprement parlé, qui commence évidemment par plusieurs relectures de l’oeuvre originale. De celles-ci, Marc Guggenheim dégage cinq moments clés qui serviront de pilier à l’adaptation télévisée. Quand vient le temps de présenter son projet à la CW et Warner Bros, l’auteur utilise cinq couvertures iconiques du comics qui représentent les moments clés sélectionnés, expliquant son intention de jouer avec. Une fois le feu vert donné, les showrunners des différentes séries, accompagnés de leurs scénaristes, se réunissent pour tisser une véritable histoire autour des bases sélectionnées par Guggenheim.

Si Crisis on Infinite Earths est réputé pour sa concentration intense en personnages, il est jugé nécessaire de centrer le récit sur un cœur de héros, qui devront avoir un arc émotionnel tout au long de l’événement. Dans le même temps, Guggenheim souhaite inclure un McGuffin dont la recherche les animera. Lui revient alors un autre crossover annuel réunissant la Justice League et la Justice Society, plus exactement les numéros #195 à #197 de JLA. Dans ceux-ci, dix héros sont considérés comme spéciaux au point d’entraîner la chute de l’ensemble des super-héros s’ils venaient à disparaître. Tout s’aligne alors : les personnages iront à la recherche d’élus essentiels au Multiverse, les Parangons, qui s’avéreront pour certains être eux-mêmes.

Dossier CW - De Arrow à Crisis : L'histoire d'un univers partagé 1
A gauche : les parangons / A droite : Couverture de JLA #195

A l’instar d’Avengers Endgame, Crisis marque la fin d’une ère et se doit de la célébrer. Par conséquent, les auteurs ont à cœur de mettre une dernière fois en avant la dynamique Oliver/Barry, aussi iconique que fondatrice de cet univers. Dans le même temps, c’est une autre relation plus ou moins similaire qui est développée avec Kara et Kate. L’alchimie naturellement manifestée entre les deux actrices dans Elseworlds fut telle que les auteurs la considèrent comme “remplaçante” de la première. À l’instar du comics original, aussi destructeur que créateur, son adaptation télévisée se donne pour but de conclure cette ère autant que d’amorcer la prochaine. Si “des mondes mourront”, d’autres vivront comme le voulait Marc Wolfman, qui apporte également son aide à la CW pour cet événement particulier en écrivant le quatrième épisode.

Au cours de cette session d’écriture qui aura duré semaines, les auteurs ont enchaîné les versions possibles du script, ajoutant et supprimant des personnages et intrigues. C’est le cas du personnage de Psycho Pirate, important dans le comics et teasé à la fin du crossover Elseworlds, qui n’a finalement pas survécu à ce processus. Bien que s’étalant sur cinq épisodes, le récit ne peut pas tout explorer et doit sacrifier ce qui est présent simplement par fidélité au comics ou aux prémices de Crisis. Les différents indices semés dans les unes de journaux de The Flash sont abandonnés, Guggenheim jugeant inutile de respecter ce que des scénaristes non impliqués dans le crossover ont pu écrire des années auparavant.

Dossier CW - De Arrow à Crisis : L'histoire d'un univers partagé 2
Au milieu : Les cinq scripts de Crisis / A droite : Psycho Pirate dans Elseworlds

Le script qui en résulte mise avant tout sur les acteurs certains d’être présents tout au long du tournage. Il s’agit du cœur du récit, une structure sur laquelle s’ajoutera différentes couches au fur et à mesure. Chaque équipe se sépare alors pour écrire son épisode avant de le proposer lors d’une nouvelle réunion qui verra certains “battements” du récit être déplacés. S’il y a bien un critère essentiel dans l’écriture de ce crossover, c’est sa flexibilité, sa capacité à être le plus modulable possible. Une composante vitale pour pouvoir palier aux besoin des séries et, surtout, le nombre d’acteurs concernés battant tous les records, s’adapter aux difficultés de planification des tournages . Il ne s’agit pas uniquement des habitués de la chaîne, mais aussi d’invités exceptionnels provenant de tous les recoins de l’univers DC.

Un casting all-star

Guggenheim ne souhaite pas proposer Crisis on CW Earths, mais bien Crisis on Infinite Earths. Pour cela, il a donc établi une longue liste de tous les personnages qu’il rêverait avoir au sein du crossover et qui s’est vu soumise à DC Entertainement, qui a validé ou refusé ses demandes. C’est notamment le cas de la Wonder Woman de Lynda Carter ou encore le Swamp Thing de DC Universe qui, bien qu’apparaissant à la toute fin, devait dans le rêve de Guggenheim partager une scène avec Constantine. Vient alors un travail de contact avec les acteurs qui n’a pris fin qu’au moment de la diffusion de Crisis à la télévision, comme le prouve l’apparition surprise du Flash incarné par Ezra Miller, pas du tout prévue initialement. Ce n’est qu’une fois les épisodes bouclés que le président de Warner Bros Television, Peter Roth, a contacté Greg Berlanti pour lui demander cette faveur. En réalité, la scène réunissant les Flash de la télévision et du cinéma a été tournée des mois après la fin du tournage.

L’entreprise menée par Guggenheim n’est pas des plus faciles : alors que l’ambition du crossover se veut plus grande que jamais, il ne bénéficie pas d’un budget supplémentaire pour le casting. L’auteur fait pourtant le choix de miser au maximum sur cet aspect, favorisant alors les dépenses dans la conquête des acteurs invités au dépend de l’action, en plus de devoir verse une prise spéciale aux acteurs “maison”. Bien heureusement, la CW peut compter sur la renommée acquise par ses précédents crossovers, attirant certains acteurs à se présenter d’eux-même pour rejoindre Crisis on Infinite Earths. C’est notamment le cas de Jon Cryer, interprète de Lex Luthor qui ne devait pas y figurer initialement. Pour optimiser l’attractivité de l’événement, la chaîne leur propose de ne tourner qu’une scène ou de n’être mobilisé que pour une journée de tournage. Chaque jour qui passe est un ascenseur émotionnel pour Guggenheim qui se voit accordé tel caméo ou tel easter-egg, en plus de devoir conserver un équilibre entre fan-service et le déroulement de l’intrigue.

Différentss caméos de Crisis on Infinite Earths
A gauche : Ezra Miller et Grand Gustin / En haut, de gauche à droite : John Wesley-Whipp, Burt Ward, Robert Whul/ En bas, de gauche à droite : Kevin Conroy, Ashley Scott , Tom Ellis

A travers cette constitution d’un casting étendu, la CW parvient même à réunir pour la première fois l’intégralité de ses séries DC. Alors que Black Lightning semblait définitivement faire bande à part, le showrunner Salim Akil donne finalement son feu vert pour Crisis, mais à une condition : le personnage doit avoir un rôle significatif. A l’instar de Supergirl du temps de CBS, le tournage de Black Lightning ne s’effectue pas à Vancouver, mais à Atlanta. Encore une fois, toute une réorganisation est effectuée, et la série creuse un trou d’une semaine dans son planning pour permettre à Cress Williams de faire le voyage (le week-end pour maximiser son temps) et tourner ses scènes. L’acteur n’est d’ailleurs pas le seul mobilisé puisque sa doublure cascade doit évidemment le suivre, ainsi que son costume qui requiert d’être transporter à part, étant une pièce d’équipement fragile.

Un tournage éreintant

Bien que les précédents crossovers aient appris à la CW quelques astuces, l’ampleur de Crisis est sans aucune mesure. Alors que Crisis on Earth-X avait déjà mis l’ensemble des équipes sur les rotules, il s’agit d’augmenter le niveau d’un cran puisque ce sont maintenant cinq séries qui sont concernées, en plus d’accueillir une pléthore d’invités. Bien que l’événement soit historique, les conditions restent à peu de chose près les mêmes puisque le tournage s’effectue à nouveau en plein cycle de production des différentes séries. Il est alors impératif d’optimiser au maximum chaque minute, chaque dollar, ce qui implique de réaliser chaque épisode quasiment en simultané.

Chaque jour, le tournage commence dès 8h du matin, ce qui demande aux différents acteurs de venir parfois très en avance pour le maquillage comme ce fut le cas de LaMonica Garrett pour qui la métamorphose en Anti-Monitor nécessitait pas moins de 2h. L’acteur explique également que le moindre retard pris par une scène est susceptible de bouleverser l’ensemble des tournages. En l’absence d’un acteur encore occupé par le tournage d’un épisode, pas question de perdre un temps précieux, il faut faire preuve d’astuce et filmer ce qui est susceptible de l’être en faisant appel à une doublure concrète ou numérique quand c’est possible. À raison de 15h de travail par jour, les nuits sont courtes.

Dossier CW - De Arrow à Crisis : L'histoire d'un univers partagé 3

La recherche de la consistance

Alors que Elseworlds reprenait le schéma épisodique habituel, Crisis on Infinite Earths s’inspire davantage de Crisis on Earth-X, considéré par ses auteurs comme un film où s’efface les frontières des séries. Pour autant, chacune conserve ses limites et défis de productions propres, ce qui implique un effort d’autant plus poussé pour rendre le tout homogène. Ce que le spectateur voit en premier lieu, ce sont bien les personnages, il faut donc veiller à conserver une certaine consistance, ce que feront les scénaristes de chaque série en participant à l’écriture de leur casting habituel. Un processus d’autant plus important pour Black Lightning qui n’a jamais été écrit par aucun des auteurs attaché au crossover. Cette authenticité se retrouve même dans les scènes concernant deux des invités, Tom Welling et Erica Durance, pour qui les scénaristes de Smallville ont prêté leur plume.

Cette recherche de la consistance se retrouve ensuite directement sur les tournages, qui se déroulent quasiment en simultané. Puisqu’il est impossible d’avoir un unique réalisateur pour chacun des cinq épisodes, Guggenheim a fait appel aux plus expérimentés de l’Arrowverse, c’est-à-dire ceux qui ont déjà réalisé sur plusieurs de ces séries. Une collaboration étroite et ininterrompue s’opère également entre les directeurs photos ou même les équipes de post-production, qui s’assurent alors de créer une identité visuelle unifiée. Palette de couleur, intertitres, polices d’écriture ou ratio : tout y passe. Finalement, la musique revient au grand manitou Blake Neely accompagné de l’équipe le suivant déjà sur les différentes séries, et qui enregistreront pour l’occasion avec un véritable orchestre.

La Justice League se forme à la fin de Crisis on Infinite Earths

Arrow s’achève

Lors d’un podcast enregistré en août 2018, Stephen Amell exprime son désir de quitter Arrow après la septième saison, celle-ci marquant la fin de son contrat. L’acteur souhaite passer davantage de temps avec sa famille, ce qui ne lui permet pas la série, trop chronophage et dont le tournage se déroule dans un autre pays. Amell craint également d’être étiqueté comme “le mec qui a fait Arrow” et juge que la série a raconté tout ce qu’elle pouvait, ou presque. Selon lui, il ne manque plus qu’un héritage à Oliver Queen pour pouvoir se retirer. S’entame alors une discussion avec Greg Berlanti, qui convainc Amell de revenir pour une huitième saison, annoncée début 2019 comme étant raccourcie à dix épisodes.

Lors de celle-ci, il n’est pas question de créer une nouvelle intrigue qui verrait Oliver et son équipe affronter un vilain à Star City. En réalité, Arrow telle que nous la connaissions a pris fin avec la saison 7 lorsque le héros a choisi de quitter la ville pour élever son enfant avec Felicity. Chaque épisode de cette huitième saison aura pour mission de rendre hommage au chemin parcouru depuis sept années et de créer l’héritage que souhaitait Amell. Le pénultième épisode y sera d’ailleurs entièrement consacré puisqu’il sert de “backdoor pilot” à un nouveau spin-off marchant sur ses pas : Green Arrow & The Canaries.

Dossier CW - De Arrow à Crisis : L'histoire d'un univers partagé 4

Les étoiles s’alignent parfaitement puisque c’est Crisis on Infinite Earths qui permettra à la série de parvenir naturellement à ses objectifs. Condamné à mourir lors de l’événement, Oliver mène ici une dernière mission consistant à prévenir la destruction du Multiverse. A travers ce récit, Beth Schartz et Marc Guggenheim célèbrent aussi bien les racines terre-à-terre et intime du personnage que l’univers sans limite qu’il a engendré au fil des ans. Oliver se sacrifie pour assurer un futur à ses enfants, Arrow prend fin en donnant sa bénédiction aux siens. En un sens, Guggenheim délivre la fin qu’il avait imaginé dès le départ, celle-ci voyant Green Arrow mourir et inspirer toute une nouvelle génération de justiciers (dont Batman), mais avec une échelle bien plus conséquente que prévue.


Quand en 2014 The Flash dit “Un accident a fait de moi l’impossible”, c’est à plus d’un titre. Du simple masque de Deathstroke comme élément de décor à la formation de la Justice League en conclusion de Crisis on Infinite Earths, bien des choses se sont passées en huit ans. Si l’Arrowverse n’est pas exempt de défauts, un manque d’ambition, de détermination ou de générosité ne pourra jamais lui être reproché. Grâce à l’appétit toujours grandissant des spectateurs, des Hommes comme Greg Berlanti ou Marc Guggenheim ont su, chaque année, repousser les limites du possible, créer leur propre façon de faire, aussi imparfaite soit-elle. Ils ont conçu un univers fondamentalement singulier qui continue de se construire encore aujourd’hui.

Sources : CBR, Entertainment Weekly, TV Line, Deadline, The Holywood Reporter, ComicBook, Collider, TV Insider, Variety, Fake Nerd Podcast, Crisis Aftermath, Marc Guggenheim (Twitter), The Art and Making of The Flash

3 COMMENTS

  1. Très cool comme dossier, Malgré tous ses défauts, l’Arrowverse aura au moins le mérite d’avoir lancé ce qui semble être un futur radieux pour les séries DC Comics, passant d’une adaptation non assumée à un comic book à la construction d’un multivers rassemblant toutes les adaptations Live Action de la maison d’édition, ces séries qui vont bien plus loin que ce dont les films sont capable de nous offrir en terme de générosité d’adaptations… ?

  2. Bon dossier ! C’est sympa d’en savoir un peu plus sur les dessous de la réalisation des séries de la CW

    Après j’avoue que c’est bizarre, pourquoi Warner interdit qu’il y est Deathstroke et la Suicide Squad à la télé avant qu’ils apparaissent dans des versions cinématographiques. Pourquoi la section cinéma n’autorise pas que la section télévision développe leurs versions ? Par peur qu’une version existante cache la visibilité d’une nouvelle ?
    Pour le reste je suis quand même sceptique pour la suite de l’univers partagé de la CW. Pour moi ça va avoir le même problème que Endgame, après avoir fait un final grandiose/épique pour son univers qui semble sonner comme une conclusion, est ce que le public va suivre ? Va t’il trouver l’intérêt de continuer un univers qui semble avoir trouvé une fin ?

    Bref, très bon boulot Moca pour ce dossier, j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire.

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