Introduction

1. Les fondations (2012)

2.  L’univers se partage (2013-15)

3. Des frontières en mouvement (2014-16)

4. Politisation et Transmédia (2015-17)

5. Les prémices de Crisis (2018)

6. La fin d’une ère (2019-20)

1. Les Fondations (2012)

De Smallville à Arrow : La Genèse

Lors de la saison 6 de la série Smallville, et notamment après l’épisode Justice réunissant Clark Kent, Bart Allen, Arthur Curry, Victor Stone et Oliver Queen, une série Justice League se déroulant dans cet univers est en projet. Mené par Steven DeKnight, réalisateur et scénariste du dit épisode, la série se voulait mettre en scène Oliver Queen, alors toujours joué par Justin Hartley, dans un rôle semblable à celui du Professeur X des X-Men. Accompagné d’Impulse et Cyborg, il aurait dû réunir une équipe de jeunes méta-humains de Metropolis à qui il aurait offert un refuge. DeKnight avait pour idée de faire revenir Brainiac en tant qu’ennemi, que ce soit sous les traits de James Marsters ou d’un autre acteur, possiblement de la série Buffy contre les Vampires, et peut-être même une femme. Malgré une équipe enthousiaste et une idée précise du plan pour Brainiac, la série ne verra finalement jamais le jour. DeKnight reviendra tout de même dans le monde des super-héros avec la série Daredevil de Netflix, où il sera producteur, ainsi que scénariste et réalisateur de quelques épisodes.

Smallville + Smallville Season 11

En 2011, c’est la fin de Smallville, qui rend les armes après 10 saisons et années de service. La série, de par sa longévité, a touché un grand nombre de spectateurs qui ont pu suivre les aventures de Clark Kent et grandir avec lui. C’est donc un énorme vide que laisse l’arrêt de la série chez la CW, la chaîne productrice de la série. Pour combler ce trou, on se met à réfléchir très vite à une solution. Tout d’abord, on pense à une série spin-off de Smallville, afin de continuer à surfer sur le succès de la série. Sortent alors les noms d’Aquaman, de Supergirl et de Green Arrow. Il est même envisagé de faire une suite à la série, qui montrerait les premières aventures de Superman : Metropolis (un nom déjà proposé pour un éventuel spin-off à la saison 6 mettant en scène Oliver Queen et Lois Lane). Mais une évidence s’impose : la série a perdu du monde en cours de route, et de plus, Tom Welling a définitivement raccroché la cape (après l’avoir portée un épisode, et encore, pas vraiment). Il faut donc trouver une solution alternative, et enterrer Smallville pour de bon. La suite de la série verra tout de même le jour sous forme de comics et sous le nom Smallville Season 11.

La question se pose alors : Comment lancer une nouvelle série de super-héros qui connaîtra le même succès que Smallville ? Copier la même recette est exclu, car les temps ont changés depuis le début de la série, les teen show fonctionnent moins, et ce sont les séries avec une atmosphère plus « sombre » comme Supernatural ou Vampire Diaries qui cartonnent sur la chaîne. De plus, en 2011, nous sommes en plein dans la trilogie du Dark Knight de Nolan, qui connaît un succès monstre, grâce à une version plus terre-à-terre et réaliste de Batman. Les bases sont alors posées pour la nouvelle série comic-book de la CW, qui sera donc centrée sur Green Arrow.

Dossier CW - De Arrow à Crisis : L'histoire d'un univers partagé 1

My name is Oliver Queen…

Le personnage a déjà connu le succès dans Smallville et présente des similarités flagrantes avec Batman : personnalité influente et milliardaire, Oliver Queen combat lui aussi le crime sans aucun pouvoir. Le héros se prêtera parfaitement à l’ambiance voulue. Un pilote est alors commandé par Peter Roth (président de Warner Bros Television) à Greg Berlanti et Marc Guggenheim, scénaristes du film controversé, Green Lantern. Perplexe, le duo n’accepte qu’après avoir négocié une liberté créative absolue. “Tant que l’on réussit ou échoue sur notre propre travail et pas celui d’un autre, peut-être que ça vaut le coup“, dit Guggenheim. À eux s’ajoutent un troisième larron, Andrew Kreisberg, qui a déjà opéré sur Fringe ou Vampire Diaries et écrit des comics à ses heures perdues.

A l’instar des héros de The Dark Knight, Jason Bourne ou Homeland, Oliver Queen sera ici un héros traumatisé et torturé. Pour Berlanti et ses compères, la ligne directrice est bien claire : la série doit être la plus terre à terre possible. L’écriture du premier épisode est parsemé de ces engagements : à la fin du premier acte, Oliver doit tenir sa mère par la gorge; à la fin du second, il doit tuer un homme pour protéger son secret. Dans cette optique, fini Justin Hartley (l’interprète de l’archer vert dans Smallville), sa gueule d’ange et sa bonne humeur, faisons place à Stephen Amell, beau brun ténébreux. L’acteur est d’ailleurs le premier à avoir auditionné pour le rôle et a d’emblée convaincu l’équipe grâce à l’intensité de son jeu et sa capacité à se placer sur un fil entre mystère et accessibilité. Il faut investir le spectateur dans la croisade bien spécifique du personnage. Pour finir, dépossédons également le héros de sa couleur, et voilà, nous obtenons Arrow. Néanmoins, il était prévu dès le départ que le justicier passe par différents alias jusqu’à devenir Green Arrow au bout de deux saisons (finalement quatre), à l’instar de la construction progressive du Batman de Christopher Nolan.

Dossier CW - De Arrow à Crisis : L'histoire d'un univers partagé 2
Médaillon gauche : Marc Guggenheim / Médaillon droite : Stephen Amell

Malgré toute cette noirceur et ce réalisme exacerbé, Arrow prend, à première vue, un parti pris aux antipodes. Alors que les séries télévisées étaient jusqu’alors timide avec le concept de super-héros costumé (Clark Kent ne porte vraiment le costume que dans le dernier épisode de Smallville), Oliver Queen enfilera dès le premier épisode une version revisitée de son costume traditionnel. Pour Caroline Driers, showrunner de Smallville et plus tard de Batwoman, l’appétit des spectateurs pour les super-héros a changé. Pour ne pas jurer avec l’atmosphère sombre de la série, tout est étudié en détail, que ce soit la conception du costume ou même l’intonation de la voix.

C’est un franc succès pour le pilote de la série puisqu’il réunit 4,1 millions de téléspectateurs le 10 octobre 2012, qui signe le meilleur record d’audience pour la chaîne depuis 3 ans et le meilleur lancement pour une fiction de la chaîne. Un second épisode est alors proposé et fait lui un score de 3,6 millions de téléspectateurs, ce qui permet de lancer une saison complète pour la série, qui devient immédiatement l’un de fers de lance de la CW.

Une série qui évolue rapidement

Dès son premier épisode, Arrow propose un easter-egg qui n’échappera pas aux fans : un masque similaire à celui de Deathstroke se trouve sur Lian Yu, l’île où Oliver Queen a fait naufrage. Pourtant, les producteurs se montrent assez catégoriques quant à l’éventuelle arrivée d’autres héros ou d’éléments fantastiques : non, Arrow se veut être terre-à-terre jusque dans ses racines, elle ne racontera que l’odyssée d’Oliver Queen. A ce moment, il ne s’agit en aucun cas d’un mensonge, Berlanti et Guggenheim n’avaient pas de grand plan d’ensemble pour Arrow, leur but premier était de réaliser une série terre-à-terre, avec une grande qualité de cascade et une croisade du héros dans laquelle le spectateur s’investirait. De même, le masque de Deathstroke n’est bien là qu’en qualité d’easter-egg puisqu’il ne s’agissait que d’une suggestion de Geoff Johns (producteur) à la demande du réalisateur David Nutter, qui aimerait intégrer un élément de background transpercé par une flèche.

Le casting de Arrow s'étend rapidement
A gauche : le masque de Deathstroke / En haut, de gauche à droite : John Diggle, Huntress, Deathstroke / En bas, de gauche à droite : Felicity Smoak, Roy Harper, Sara Lance

Quatre épisodes après le pilote, Arrow nous présente un personnage portant le dit masque et se nommant Billy Wintergreen, connu dans les comics comme un acolyte de Deathstroke, suivi dans les épisodes suivant par d’autres personnages iconiques des comics tels que Huntress, Roy Harper, Slade Wilson ou encore une simili-Black Canary (Sara Lance). Si les choses se sont précipitées aussi rapidement, c’est grâce à une leçon apprise par Berlanti et Guggenheim suite à l’annulation de l’une de leur série télévisé : “Tu as une série à succès jusqu’à ce que tu n’en aies plus, alors ne perd pas de temps“. De la même façon, le personnage de Felicity Smoak incarné par Emily Bett Rickards n’avait jamais été pensé pour dépasser le cadre d’un unique épisode, mais l’alchimie dont l’actrice a fait preuve avec Stephen Amell et les bons retours la concernant l’ont finalement hissé en haut de l’affiche. La série se laisse guider par ce que les auteurs considèrent comme les meilleures idées.

3 Commentaires

  1. Très cool comme dossier, Malgré tous ses défauts, l’Arrowverse aura au moins le mérite d’avoir lancé ce qui semble être un futur radieux pour les séries DC Comics, passant d’une adaptation non assumée à un comic book à la construction d’un multivers rassemblant toutes les adaptations Live Action de la maison d’édition, ces séries qui vont bien plus loin que ce dont les films sont capable de nous offrir en terme de générosité d’adaptations… ?

  2. Bon dossier ! C’est sympa d’en savoir un peu plus sur les dessous de la réalisation des séries de la CW

    Après j’avoue que c’est bizarre, pourquoi Warner interdit qu’il y est Deathstroke et la Suicide Squad à la télé avant qu’ils apparaissent dans des versions cinématographiques. Pourquoi la section cinéma n’autorise pas que la section télévision développe leurs versions ? Par peur qu’une version existante cache la visibilité d’une nouvelle ?
    Pour le reste je suis quand même sceptique pour la suite de l’univers partagé de la CW. Pour moi ça va avoir le même problème que Endgame, après avoir fait un final grandiose/épique pour son univers qui semble sonner comme une conclusion, est ce que le public va suivre ? Va t’il trouver l’intérêt de continuer un univers qui semble avoir trouvé une fin ?

    Bref, très bon boulot Moca pour ce dossier, j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire.

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