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Dossier CW – De Arrow à Crisis : L’histoire d’un univers partagé

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Sommaire
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En janvier s’achevait Crisis on Infinite Earths, et avec elle toute une ère commencée par Arrow en 2012. À la suite de cet événement, une occasion idéale se présente : celle de retracer l’histoire d’un univers partagé qui n’avait pas été anticipé par ses créateurs. Le récit de l’Arrowverse est celui d’un édifice construit brique par brique, sans plan ni grand budget, mais avec une ambition débordante. Événement après événement, défi après défi, retraçons l’histoire de cet audacieux pari.

1. Les Fondations (2012)

De Smallville à Arrow : La Genèse

Lors de la saison 6 de la série Smallville, et notamment après l’épisode Justice réunissant Clark Kent, Bart Allen, Arthur Curry, Victor Stone et Oliver Queen, une série Justice League se déroulant dans cet univers est en projet. Mené par Steven DeKnight, réalisateur et scénariste du dit épisode, la série se voulait mettre en scène Oliver Queen, alors toujours joué par Justin Hartley, dans un rôle semblable à celui du Professeur X des X-Men. Accompagné d’Impulse et Cyborg, il aurait dû réunir une équipe de jeunes méta-humains de Metropolis à qui il aurait offert un refuge. DeKnight avait pour idée de faire revenir Brainiac en tant qu’ennemi, que ce soit sous les traits de James Marsters ou d’un autre acteur, possiblement de la série Buffy contre les Vampires, et peut-être même une femme. Malgré une équipe enthousiaste et une idée précise du plan pour Brainiac, la série ne verra finalement jamais le jour. DeKnight reviendra tout de même dans le monde des super-héros avec la série Daredevil de Netflix, où il sera producteur, ainsi que scénariste et réalisateur de quelques épisodes.

Smallville + Smallville Season 11

En 2011, c’est la fin de Smallville, qui rend les armes après 10 saisons et années de service. La série, de par sa longévité, a touché un grand nombre de spectateurs qui ont pu suivre les aventures de Clark Kent et grandir avec lui. C’est donc un énorme vide que laisse l’arrêt de la série chez la CW, la chaîne productrice de la série. Pour combler ce trou, on se met à réfléchir très vite à une solution. Tout d’abord, on pense à une série spin-off de Smallville, afin de continuer à surfer sur le succès de la série. Sortent alors les noms d’Aquaman, de Supergirl et de Green Arrow. Il est même envisagé de faire une suite à la série, qui montrerait les premières aventures de Superman : Metropolis (un nom déjà proposé pour un éventuel spin-off à la saison 6 mettant en scène Oliver Queen et Lois Lane). Mais une évidence s’impose : la série a perdu du monde en cours de route, et de plus, Tom Welling a définitivement raccroché la cape (après l’avoir portée un épisode, et encore, pas vraiment). Il faut donc trouver une solution alternative, et enterrer Smallville pour de bon. La suite de la série verra tout de même le jour sous forme de comics et sous le nom Smallville Season 11.

La question se pose alors : Comment lancer une nouvelle série de super-héros qui connaîtra le même succès que Smallville ? Copier la même recette est exclu, car les temps ont changés depuis le début de la série, les teen show fonctionnent moins, et ce sont les séries avec une atmosphère plus « sombre » comme Supernatural ou Vampire Diaries qui cartonnent sur la chaîne. De plus, en 2011, nous sommes en plein dans la trilogie du Dark Knight de Nolan, qui connaît un succès monstre, grâce à une version plus terre-à-terre et réaliste de Batman. Les bases sont alors posées pour la nouvelle série comic-book de la CW, qui sera donc centrée sur Green Arrow.

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My name is Oliver Queen…

Le personnage a déjà connu le succès dans Smallville et présente des similarités flagrantes avec Batman : personnalité influente et milliardaire, Oliver Queen combat lui aussi le crime sans aucun pouvoir. Le héros se prêtera parfaitement à l’ambiance voulue. Un pilote est alors commandé par Peter Roth (président de Warner Bros Television) à Greg Berlanti et Marc Guggenheim, scénaristes du film controversé, Green Lantern. Perplexe, le duo n’accepte qu’après avoir négocié une liberté créative absolue. « Tant que l’on réussit ou échoue sur notre propre travail et pas celui d’un autre, peut-être que ça vaut le coup« , dit Guggenheim. À eux s’ajoutent un troisième larron, Andrew Kreisberg, qui a déjà opéré sur Fringe ou Vampire Diaries et écrit des comics à ses heures perdues.

A l’instar des héros de The Dark Knight, Jason Bourne ou Homeland, Oliver Queen sera ici un héros traumatisé et torturé. Pour Berlanti et ses compères, la ligne directrice est bien claire : la série doit être la plus terre à terre possible. L’écriture du premier épisode est parsemé de ces engagements : à la fin du premier acte, Oliver doit tenir sa mère par la gorge; à la fin du second, il doit tuer un homme pour protéger son secret. Dans cette optique, fini Justin Hartley (l’interprète de l’archer vert dans Smallville), sa gueule d’ange et sa bonne humeur, faisons place à Stephen Amell, beau brun ténébreux. L’acteur est d’ailleurs le premier à avoir auditionné pour le rôle et a d’emblée convaincu l’équipe grâce à l’intensité de son jeu et sa capacité à se placer sur un fil entre mystère et accessibilité. Il faut investir le spectateur dans la croisade bien spécifique du personnage. Pour finir, dépossédons également le héros de sa couleur, et voilà, nous obtenons Arrow. Néanmoins, il était prévu dès le départ que le justicier passe par différents alias jusqu’à devenir Green Arrow au bout de deux saisons (finalement quatre), à l’instar de la construction progressive du Batman de Christopher Nolan.

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Médaillon gauche : Marc Guggenheim / Médaillon droite : Stephen Amell

Malgré toute cette noirceur et ce réalisme exacerbé, Arrow prend, à première vue, un parti pris aux antipodes. Alors que les séries télévisées étaient jusqu’alors timide avec le concept de super-héros costumé (Clark Kent ne porte vraiment le costume que dans le dernier épisode de Smallville), Oliver Queen enfilera dès le premier épisode une version revisitée de son costume traditionnel. Pour Caroline Driers, showrunner de Smallville et plus tard de Batwoman, l’appétit des spectateurs pour les super-héros a changé. Pour ne pas jurer avec l’atmosphère sombre de la série, tout est étudié en détail, que ce soit la conception du costume ou même l’intonation de la voix.

C’est un franc succès pour le pilote de la série puisqu’il réunit 4,1 millions de téléspectateurs le 10 octobre 2012, qui signe le meilleur record d’audience pour la chaîne depuis 3 ans et le meilleur lancement pour une fiction de la chaîne. Un second épisode est alors proposé et fait lui un score de 3,6 millions de téléspectateurs, ce qui permet de lancer une saison complète pour la série, qui devient immédiatement l’un de fers de lance de la CW.

Une série qui évolue rapidement

Dès son premier épisode, Arrow propose un easter-egg qui n’échappera pas aux fans : un masque similaire à celui de Deathstroke se trouve sur Lian Yu, l’île où Oliver Queen a fait naufrage. Pourtant, les producteurs se montrent assez catégoriques quant à l’éventuelle arrivée d’autres héros ou d’éléments fantastiques : non, Arrow se veut être terre-à-terre jusque dans ses racines, elle ne racontera que l’odyssée d’Oliver Queen. A ce moment, il ne s’agit en aucun cas d’un mensonge, Berlanti et Guggenheim n’avaient pas de grand plan d’ensemble pour Arrow, leur but premier était de réaliser une série terre-à-terre, avec une grande qualité de cascade et une croisade du héros dans laquelle le spectateur s’investirait. De même, le masque de Deathstroke n’est bien là qu’en qualité d’easter-egg puisqu’il ne s’agissait que d’une suggestion de Geoff Johns (producteur) à la demande du réalisateur David Nutter, qui aimerait intégrer un élément de background transpercé par une flèche.

Le casting de Arrow s'étend rapidement
A gauche : le masque de Deathstroke / En haut, de gauche à droite : John Diggle, Huntress, Deathstroke / En bas, de gauche à droite : Felicity Smoak, Roy Harper, Sara Lance

Quatre épisodes après le pilote, Arrow nous présente un personnage portant le dit masque et se nommant Billy Wintergreen, connu dans les comics comme un acolyte de Deathstroke, suivi dans les épisodes suivant par d’autres personnages iconiques des comics tels que Huntress, Roy Harper, Slade Wilson ou encore une simili-Black Canary (Sara Lance). Si les choses se sont précipitées aussi rapidement, c’est grâce à une leçon apprise par Berlanti et Guggenheim suite à l’annulation de l’une de leur série télévisé : « Tu as une série à succès jusqu’à ce que tu n’en aies plus, alors ne perd pas de temps« . De la même façon, le personnage de Felicity Smoak incarné par Emily Bett Rickards n’avait jamais été pensé pour dépasser le cadre d’un unique épisode, mais l’alchimie dont l’actrice a fait preuve avec Stephen Amell et les bons retours la concernant l’ont finalement hissé en haut de l’affiche. La série se laisse guider par ce que les auteurs considèrent comme les meilleures idées.

2. L’univers se partage (2013-15)

The Flash : Le début d’un univers partagé

Malgré une volonté de ne pas présenter de méta-humains ou de concepts loufoques comme le voyage dans le temps, Berlanti a lancé dès la première saison l’idée d’introduire The Flash. Il faut savoir que Greg Berlanti et Marc Guggenheim n’en sont pas à leur coup d’essai avec le personnage puisqu’ils avaient écrit ensemble le scénario d’un film dédié au personnage et qui aurait du se placer dans l’univers partagé débuté par Green Lantern. Ce dernier s’est finalement vu être un échec et a entraîné avec lui tout l’univers qu’il aurait du introduire. Mais Berlanti et Guggenheim n’ont pas dit leur dernier mot, et réutiliseront les grandes lignes du scénario du film pour l’intrigue de la première saison de The Flash (découvrez-en plus ici).

Greg Berlanti est un fan du personnage qui lui a laissé un souvenir indélébile dans Crisis on Infinite Earths. « Barry Allen n’était pas le super-héros le plus fort, le plus vieux ou le plus sage, mais il avait le plus grand cœur et croyait qu’il était de son devoir d’agir ainsi, même si cela signifiait de faire le sacrifice ultime. » Un amour qu’il partage avec Geoff Johns, auteur culte qui a longtemps écrit sur Wally West et a ramené Barry Allen d’entre les morts en 2009. Ayant déjà travaillé sur Arrow, notamment pour introduire Huntress, c’est tout naturellement qu’il se joint aux festivités quand il s’agit de son personnage préféré.

Barry Allen dans Arrow + The Flash
Médaillon jaune : Geoff Johns / Médaillon vert : Greg Berlanti

C’est ainsi que Barry Allen se retrouve à visiter Starling City dans les épisodes The Scientist (S02E08) et Three Ghosts (S02E09), espérant trouver une piste sur le mystérieux meurtre de sa mère. Alors que Arrow a mis en place une substance dopante pas très vraisemblable (le fameux Mirakuru), il s’agit du moment opportun pour introduire un personnage à la recherche de l’impossible. À la fin du deuxième épisode, Barry Allen rentre à Central City et se fait frapper par la foudre, c’est le début de The Flash. Si le personnage devait initialement apparaître dans un troisième épisode d’Arrow servant de backdoor pilot (un premier épisode de spin-off au sein de la série mère), la CW a été si impressionnée qu’elle a immédiatement donné son feu vert pour un pilot (un premier épisode) en bonne et due forme.

The Flash vole alors de ses propres ailes, et sera d’après Geoff Johns la série DC la plus représentative des valeurs de l’éditeur. Dans cette optique, Barry se voit très rapidement donner le nom de Flash ainsi qu’un costume réalisé sans concession. Le choix de l’acteur est déjà effectué, et il s’agit encore une fois du premier postulant qui remporta le gros lot. Si Grant Gustin n’avait pas l’âge ou même la capillarité recherchée initialement, il a immédiatement conquis le cœur de Peter Roth, qui considère Gustin comme l’incarnation du cœur et de l’âme de Flash.

The Flash se pose comme une série indépendante qui ne nécessite pas de suivre Arrow, mais se place tout de même dans la lignée de sa prédécesseur. Pour commencer, le premier épisode reprend directement là où Arrow avait laissé le personnage. Mais surtout, elle assume être la seconde pierre d’un univers plus grand, preuve en est la scène où Barry vient chercher conseil auprès d’Oliver, qui contribuera à faire de lui le héros qu’il est.


Le premier crossover

Étant donné que The Flash a fait ses débuts dans Arrow, l’idée de croiser les deux séries à nouveau allait de soi, et fut ainsi prévue dès le début. Il faut dire que les scénaristes de ces deux séries sont eux-mêmes fans de comics, médium dans lequel il est plus que courant de voir les protagonistes de chaque titre interagir entre eux, soit pour s’affronter ou coopérer. « Flash vs Arrow » naît ainsi de ce vieux fantasme de fan : l’opposition entre deux héros pour voir qui sortirait vainqueur. Quand l’entourage des deux héros débat pour savoir qui gagnerait dans un combat (qui se produit en fin d’épisode), c’est l’âme d’enfant des scénaristes qui s’exprime. Qui plus est, avec un crossover en deux parties, Arrow et Flash ont également l’opportunité de coopérer contre un ennemi commun. Pour une première réunion, le programme est déjà complet.

Flash vs Arrow

En réalité, le seul vrai imprévu pour ce crossover est sa date de diffusion, puisqu’il était envisagé qu’il se déroule dans le septième épisode de chacune des deux séries, avant qu’il se soit déplacé un épisode plus tard pour raison budgétaire. Tous les crossovers à venir garderont ce créneau jusque Elseworlds, à savoir celui de l’épisode précédant le mid-season finale. Réaliser un crossover en fin de saison serait impossible vu la quantité de travail déjà demandée à cette période, chaque série ayant déjà fort à raconter individuellement. Pour autant, Berlanti & cie n’abandonnent pas complètement l’idée et font débarquer Oliver dans l’avant-dernier épisode de The Flash, et vice-versa.


Supergirl : L’univers se décline sur CBS

En septembre 2014, le site Deadline annonce qu’une série télévisée portant sur une nouvelle interprétation de Supergirl serait en cours de développement par Greg Berlanti et Ali Adler (Chuck, Glee). Ne portant pas encore de nom bien défini (on réfléchit à inclure « Super » ou « Girl » sans savoir comment), le projet n’a pas encore de chaîne pour le recevoir. CBS ne disposant pas encore de série de super-héros, c’est elle qui accueillera Supergirl. Un choix stratégique puisqu’il permet de développer l’univers DC sur tous les networks, mis à part AMC qui est inaccessible de par son affiliation à Marvel. À travers ce choix de CBS, Supergirl s’inscrit dans un format procédural propre à la chaîne, c’est-à-dire une enquête différente à résoudre chaque semaine.

Cette acquisition entre parfaitement dans la volonté de la chaîne, qui souhaite proposer un large panel de séries féminines et féministes. Pour Nina Tassler, la présidente de CBS, Supergirl est l’occasion de dépeindre un arc sur la longueur, celui d’une femme qui se construit comme indépendante et accomplie, en embrassant aussi bien ses forces que ses insécurités. Les comics ont beau servir d’inspiration, Kara Danvers luttera bien avec ses propres problèmes, qu’ils soient familiaux ou professionnels, quitte à s’éloigner des tenants plus « super-héroïques » et verser dans la comédie romantique (ce qui laisse perplexe certains).

Supergirl Saison 1
En haut gauche : Ali Adler / En bas à gauche : Nina Tassler

Pour incarner un personnage aussi fort et important, CBS n’a pas l’intention de choisir la première venue (bien que ce soit encore une fois ce qu’il s’est passé). Selon Nina Tassler, qui se définit elle-même comme une féministe, l’actrice doit incarner à la fois la fraîcheur et l’exubérance d’une jeune femme relevant les défis du monde d’aujourd’hui, et surtout, pouvoir porter à elle seule une série si importante. Parmi les prétendantes, on trouve Melissa Benoist, connue à ce moment pour son rôle dans Glee (tout comme Grant Gustin lorsqu’il fut choisi pour incarner Barry Allen).

C’est le coup de cœur pour le directeur de casting David Rapaport, qui indiquera que l’optimisme de son audition fut tel qu’il a influencé l’écriture du pilote. Pour mettre toutes les chances de son côté, Rapaport fait en sorte que Benoist soit la première à être vue par les producteurs, comptant alors sur le caractère superstitieux de Greg Berlanti et Andrew Kreisberg. Quand bien même, le processus de sélection dure pas moins de trois mois, la chaîne doutant du manque d’expérience de Melissa Benoist, qui obtiendra tout de même le rôle en janvier 2015 après moult auditions.


Heroes Join Forces : Legends of Tomorrow

Dès janvier 2015, l’idée d’un nouveau spin-off est évoquée par Greg Berlanti, qui indique que de premières conversations ont été entamées pour le personnage de Ray Palmer, aka The Atom. Il ne faudra attendre qu’un mois pour que ce projet soit confirmé, mais sous une autre forme puisqu’il s’agira d’une série d’équipe. Le casting se révèle alors constitué de personnages secondaires de The Flash et Arrow : Ray Palmer, Leonart Snart, Mick Rory, Martin Stein et Sara Lance. Alors même qu’un pilot n’a pas encore été diffusé, et encore moins tourné, la CW commande au mois de mai une saison entière de ce qu’on apprend être nommé Legends of Tomorrow. La chaîne diffuse pourtant un premier trailer présentant le concept et l’équipe (dont le meneur, Rip Hunter incarné par Arthur Darvill), fruit de scènes inutilisées des autres séries et d’un tournage d’un soir par Glen Winter, un vétéran déjà à l’office sur Flash vs Arrow ou encore le pilote de Supergirl (entre autres), et qui réalisera également les deux premiers épisodes de Legends. Rien ne sera réutilisé par la suite.

Legends of Tomorow 1er trailer + Heroes Join Forces
Oliver Queen et Barry Allen sont présents dans le 1er trailer de Legends of Tomorrow

Après que Mark Pedowitz (président de la CW) ait annoncé en début d’année vouloir rendre annuel le principe du crossover, on apprend en août que celui de 2015 servira de rampe de lancement pour Legends of Tomorrow. Une nouvelle façon d’aborder le concept qui s’accorde à la volonté de Berlanti & cie, souhaitant éviter la redondance, apporter du neuf et créer un nouveau challenge chaque année. Alors que le précédent crossover était divisé en deux parties distinctes, celui-ci racontera une seule et même histoire à suivre dans Arrow et The Flash. Forts de leur première expérience, Berlanti & cie savent désormais qu’une majorité de spectateurs regardent les deux séries et les voient comme un ensemble. La chaîne et Warner Bros leur accordent également un soutien supplémentaire, leur permettant de ne pas avoir à se soucier des mécaniques de diffusion.

Pensé en amont, le projet se paye le luxe d’être préparé en douceur au sein des deux séries mères, notamment avec l’introduction de Jax Jackson (Franz Drameh) Kendra Saunders (Ciara Renée) dans The Flash. Le crossover Heroes Join Forces finira de présenter les deux derniers membres du casting avec Carter Hall (Falk Hentschel) et Vandal Savage (Casper Cramp), véritables moteurs de l’intrigue qui se jouera dans Legends. En réalité, il ne s’agit pourtant pas de leur première performance dans ces rôles puisque le tournage de Legends a déjà commencé, quelques semaines avant celui de Heroes Join Forces. Une coopération d’autant plus importante est alors demandée entre les équipes, qui devront faire coïncider les agendas de chaque acteur et leur imposer des changements de plateaux permanents. Ces difficultés, les showrunners les utiliseront malgré tout à leur avantage puisque cela permet de renforcer la cohérence de leur univers et l’inter-connexion des séries. Legends of Tomorrow met cependant cet équilibre fragile en danger puisqu’il y sera question de voyage dans le temps, il est donc important d’y édicter des règles strictes.

Legends of Tomorrow Saison 1 vs Saison 3
En médaillon : Phil Klemmer / A droite : Beebo, symbole du « nouveau » Legends of Tomorrow

Lorsque Phil Klemmer arrive sur le projet en tant que showrunner, Legends of Tomorrow n’existe que théoriquement et se construit par la main de Berlanti. Autrement dit, Klemmer n’est pas le commanditaire, mais bien un exécutant qui, de son aveu, ne connaît au départ que les pouvoirs des personnages. La saison 1 est diffusée, peine à trouver sa voie, sa tonalité, et ne convainc qu’à moitié. La CW renouvelle pourtant sa confiance à travers la commande d’une suite sur laquelle se greffera Keto Shimizu en tant que productrice exécutive, et qui développera avec Klemmer un nouvel état d’esprit pour la série, plus centré sur la comédie, les voyages dans le temps et le dysfonctionnement de l’équipe. Si la saison 1 nous révélait que les « Legends » étaient finalement des ratés, la saison 2 jouera pleinement là-dessus. Autre changement de plan : alors que Legends se voulait initialement être une série anthologique mettant en avant une toute nouvelle histoire et équipe à chaque saison, un format plus traditionnel est finalement emprunté.

3. Des frontières en mouvement (2014-16)

Quand les frontières entre chaînes s’effacent

La CW n’est pas la seule chaîne à produire des séries DC : en 2014 NBC lance une série centrée sur John Constantine. Bien que le « network » soit différent, Stephen Amell entame déjà des discussions avec DC Entertainment pour une éventuelle apparition dans la série. En effet, alors à sa troisième saison, Arrow avait introduit quelques éléments magiques comme le Puit de Lazarre, élément qui aurait du servir de prétexte pour un crossover. Malheureusement, en février 2015 NBC annule Constantine en plein milieu de saison, mais ce n’est pas cela qui va décourager les créatifs de la CW.

Grâce à Warner Bros qui produisait alors la série, Berlanti & cie obtiennent la permission de réaliser ce rêve quelques mois plus tard. Stephen Amell n’apparaîtra pas dans Constantine, c’est Matt Ryan qui s’invitera dans Arrow pour exorciser Sara Lance, alors ressuscitée par… un Puit de Lazare. Les deux séries se mélangent profondément puisqu’un passif est instauré entre John Constantine et Oliver Queen alors que ce dernier était encore sur Lian Yu. Il faudra attendre deux ans pour que le personnage réapparaisse, cette fois-ci dans Legends of Tomorrow où il deviendra finalement régulier.

Les frontières s'effacent avec Constantine et Supergirl

Les frontières entre chaînes s’effacent une nouvelle fois en février 2016, soit quelques mois après, et cette fois-ci entre la CW et CBS (qui détient 50% de la première). Contre toute-attente, The Flash et Supergirl se croisent au sein d’un épisode intitulé World’s Finest. Souhaité par Berlanti et sa troupe depuis le processus de développement de Supergirl, cette idée est pourtant restée longtemps à l’état de rêve. Alors que Nina Tassler exprimait un non plutôt catégorique au départ, Greg Berlanti temporisait en déclarant ces shows comme faisant partie du même multiverse. Les interviews se suivent, la réponse reste similaire, même quand Melissa Benoist et Grant Gustin enfilent leur costume aux côtés de Berlanti pour le magazine Variety en mai 2015.

Pourtant, en coulisses, la situation évolue peu à peu. Alors que l’idée semblait quasiment irréalisable au départ, semaine après semaine les fans ont embrassé l’idée du Multiverse introduite dans The Flash. Mais c’est aussi Supergirl qui a évolué, la série ayant progressivement trouvé sa voie au fil des épisodes, permettant maintenant plus de folies. Si les exécutifs se sont toujours montrés excités à l’idée d’un tel crossover, les fans et les journalistes l’ont été encore plus. Le résultat de tant d’ardeur se voit révélé en février 2016 : Barry Allen voyage sur Terre-38 pour rencontrer Kara Danvers au sein d’un épisode de Supergirl. Pour ce faire, Grant Gustin se verra attribuer des scènes ne se déroulant que dans un seul lieu pour The Flash, lui permettant de se rendre pendant quatre jours sur le tournage de Supergirl (et de prendre un peu de repos). L’échange ne se fera néanmoins que dans un seul sens puisqu’il est donné pour consigne de ne pas aborder cette rencontre dans The Flash.


Supergirl change de chaîne

Contrairement aux séries CW, l’avenir de Supergirl n’est pas aussi certain. Quand CBS a lancé le développement de la série, c’était dans l’espoir d’attirer un nouveau public sur la chaîne, elle qui a l’habitude de produire des séries policières. Si le pilote fut un succès rassemblant 13 millions de spectateurs, la suite a connu une certaine chute puisque Supergirl rassemblait alors une moyenne de 9 millions de spectateurs par épisode, faisant entrer les audiences de la série seulement dans la moyenne basse de CBS. C’est également sans compter le budget conséquent que demande la série, 14 millions de dollars pour le pilote et 3 millions en moyenne pour les autres, faisant de Supergirl l’une des nouvelles séries ayant coûté le plus cher en 2015.

Il faut dire que Los Angeles est un lieu de tournage assez coûteux, alors que le budget doit être utilisé au maximum pour les effets spéciaux conséquents demandés par une telle héroïne. N’étant pas retenue parmi les séries bénéficiant d’un soutien fiscal de l’État de Californie, il était nécessaire d’agir. Si la possibilité de reconduire la série pour une deuxième saison plus courte est évoquée, c’est finalement l’option du transfert vers la CW qui est adoptée. La chaîne rassemble un public bien plus friand de ce type de série, et plus encore, possède des studios à Vancouver où les taxes ont été réduites, faisant de la ville l’un des plus gros lieux de tournage de séries.

Les séries se réunissent pour le crossover Invasion!
A gauche : Les super-héros CW se réunissent en 2016 pour un shooting photo Entertainment Weekly

Les quatre séries sont réunies dans la même ville et sur la même chaîne, il est maintenant possible de les faire interagir plus facilement. En mai 2016, le président de la CW, Mark Pedowitz, annonce que le prochain crossover annuel sera plus gros que jamais et fera intervenir chacune de leurs propriétés. En novembre de la même année débarque « Invasion!« , adaptation du comics éponyme, qui marque l’arrivée de Supergirl dans l’Arrowverse. Avec elle, c’est tout un nouveau pan de DC qui s’ouvre à la CW : l’univers cosmique.

Pourtant, le crossover ne prend place que dans trois séries, le 8ème épisode de Supergirl ne teasant la réunion que dans ses dernières secondes. La raison ? Le transfert de la série vers la CW fut une surprise pour les showrunners, qui n’avaient donc pas pu prévoir la logistique nécessaire en amont. Un aménagement spécial a donc été mis en place : peu de scènes ont été attribuées à Melissa Benoist pour l’épisode 7 de sa série, lui laissant ainsi le temps de participer pleinement au tournage du crossover, où elle tient un rôle important.


Quand le cinéma limite l’univers télévisé

Si l’arrivée de Supergirl sur la CW marque une étape aussi importante, c’est aussi pour une autre raison. Pour l’occasion, il est annoncé la venue de nul autre que Superman pour les deux premiers épisodes de cette nouvelle saison. Un événement d’autant plus symbolique que Warner Bros gardait jusqu’alors la main mise sur le personnage pour le cinéma. Sans possibilité de le faire apparaître, Supergirl avait du trouver divers subterfuges lors de sa première saison. Superman intervenait alors sous forme de silhouette dans l’opening, à travers des messages écrits tout au long de la saison, ou encore allongé inconscient dans le dernier épisode qui montrait… ses bottes.

La CW trouve des moyens détournés de faire apparaître Superman dans Supergirl Saison 1

Pour Andrew Kreisberg, il s’agit du moment parfait pour l’introduire réellement dans la série, ici sous les traits de Tyler Hoechlin. Maintenant que Supergirl a été installée pendant toute une saison comme une héroïne qui peut s’en sortir seule, Superman n’apparaîtrait pas comme un sauveur mais bien comme un partenaire. Alors qu’on pouvait tout de même imaginer l’aura de l’homme d’acier déborder sur sa cousine, il est choisi de ne pas éviter cette question de la popularité du personnage, mais bien d’en jouer pour développer leur dynamique et créer de la comédie. En réalité, cette intervention n’est pas vraiment du à la transition de la série vers la CW puisque Andrew Kreisberg dira que ce plan était déjà prévu pour CBS et validé par DC Comics et Warner Bros. Les audiences de Supergirl ayant diminuées, il était en effet nécessaire pour la chaîne de recréer un engouement général. Ainsi, la présence de Superman est là pour tenter de raccrocher au wagon les spectateurs ayant décrochés, ou même en attirer de nouveaux.

Deux Superman existant dans le même temps à la télévision et au cinéma, voilà une situation qui n’était pas arrivée depuis l’annonce du film Flash en 2014. Cette année-là, Geoff Johns prend la parole pour clarifier la position de l’univers DC sur les écrans : contrairement à Marvel qui englobe quasiment toutes ses productions dans le même univers, DC Comics souhaite marquer une véritable frontière entre les deux médias. Multiverse, c’est le terme que Johns utilisera pour décrire leur processus de création, signifiant que chaque personnage est susceptible d’avoir droit à différentes interprétations. La seconde saison de The Flash introduira dès le premier épisode ce concept sorti tout droit des comics, désignant un ensemble d’univers coexistant en vibrant à une fréquence différence. La série jouera alors beaucoup sur cette idée et l’étendra à travers le reste de l’univers CW.

La Suicide Suad et Deathstroke : victimes de Warner Bros

L’idée développée par Geoff Johns est bien belle, mais elle trouve rapidement ses limites. Si Superman a eu droit à une certaine dérogation de la part de Warner Bros, d’autres personnages n’ont pas été aussi chanceux. Dès sa deuxième saison en 2013, Arrow a commencé à développer progressivement la construction d’une équipe de vilains. Nommée Task Force X, elle représente en fait la Suicide Squad, bien connue aujourd’hui pour avoir fait l’objet d’un film annoncé en 2014. À partir de ce moment, les plans de la CW pour l’équipe sont coupés courts et on demande à la chaîne de tuer Deadshot et Amanda Waller. Harley Quinn n’a quant à elle pas eu la chance de dépasser la simple apparition de dos. Le personnage de Deathstroke connait un sort similaire : son utilisation fut d’abord autorisée lors des trois premières saisons de Arrow avant d’être interdite, puis ré-autorisée en saison 5 et finalement ré-interdite pour laisser la place à sa version cinéma qui ne sera finalement apparue que quelques secondes.

4. Politisation et Transmédia (2017)

Black Lightning : La série politique

En septembre 2016, le site Deadline annonce le développement d’une série Black Lightning par Mara Brok Akil et son mari Salim, s’étant vus proposés le projet par Warner Bros avant d’en tomber amoureux. Mandaté par le studio, Greg Berlanti servira de « parrain » au couple, prodiguant des conseils leur permettant de concrétiser leur vision bien précise. Après un an de développement, les Akil ont finalement choisi de se concentrer sur un Jefferson Pierce ayant déjà raccroché son costume depuis des années. Avant toute chose, le personnage sera un père, un mari, un proviseur, un ami. Un homme qui aime et qui se sent concerné. Malgré tout, il ne sera pas aveugle à la noirceur du monde et choisira de réagir à travers Black Lightning, décrit comme une extension de Jefferson. Le personnage porte en lui seul une dualité similaire à celle qui animait Martin Luther King Jr. et Malcolm X.

En tout point, Black Lightning se veut être une série bien différente des autres du genre, portée avant tout par des valeurs familiales. Plus que Jefferson, ce sont sa femme et ses filles qui agissent pour aider leur communauté. Salim Akil a pour but de créer, envers cette famille, une fierté similaire à celle que les afro-américains ont put ressentir avec les Obama. Les problèmes et thèmes traités ici seront ceux de l’Amérique, universels, mais développés à travers le prisme des spécificités culturelles de la communauté noire. Pour cela, les Akil se basent sur leur propre vécu d’afro-américains, mais se sont également entourés d’une majorité d’auteurs appartenant à cette communauté. Le but : donner une voix noire authentique à la série afin que les spectateurs puissent pleinement s’y retrouver.

Dossier CW - De Arrow à Crisis : L'histoire d'un univers partagé 36
A gauche : Martin Luther King Jr. et Malcolm X / En médaillon : Salim Akil et Mara Brok Akil

Une semaine seulement après l’annonce de ce projet qui sera pitché aux différentes chaînes, c’est la Fox qui décide de commander un pilot. Cinq mois plus tard, en février 2017, la chaîne décide cependant de se séparer de Black Lightning, leur grille étant déjà bien chargée en programmes du genre. Très rapidement, c’est naturellement la CW qui récupère la série et commande un pilote à son tour, sans toutefois utiliser le script initial car écrit pour une autre chaîne. Trois mois plus tard, la chaîne accorde sa pleine confiance à la série pour une première saison.

Pour autant, Black Lightning fera bande à part des autres séries CW, que ce soit par l’absence de crossover ou même par son tournage qui s’opère à Atlanta. Cette séparation est le choix de Salim Akil, qui souhaite que le spectateur ne connaisse pas de distraction et se concentre pleinement sur la découverte de la famille Pierce. Dans ce sens, Black Lightning n’adoptera pas le format du « vilain de la semaine » mais se concentrera quasi uniquement sur Tobias Whale afin de pouvoir le développer en profondeur, le rendre réel, tangible et compréhensible. Ayant grandi parmi des gens considérés comme des « vilains », Akil explique que connaître leur histoire change complètement l’image qu’on pourrait en avoir, sans toutefois les excuser.


Crisis on Earth-X : L’aboutissement du transmédia

Février 2017, les séries de ce qu’on appelle l’Arrowverse sont d’ores et déjà renouvelées, permettant de préparer en amont les plannings de tournage. Si Heroes Join Forces a appris quelque chose à Berlanti & cie, c’est bien qu’il était nécessaire d’interrompre la production de chaque série pendant plusieurs jours afin de libérer pleinement les acteurs. Grâce à cette organisation, Supergirl pourra rejoindre les festivités non plus en tant que simple personnage, mais bien en tant que série. Mark Pedowitz, le président de la CW, indique néanmoins que Black Lightning ne sera pas de la partie comme l’avait déjà annoncé Salim Akil dans ses intentions.

Chaque crossover se veut plus ambitieux que le précédent, mais comment surpasser une invasion d’aliens ? Selon Berlanti, si on ne peut faire plus épique, il faut élever les enjeux émotionnels et faire résonner cet événement dans la vie de plusieurs personnages. C’est ainsi qu’en septembre 2017 est officiellement annoncé que Supergirl, The Flash, Arrow et Legends of Tomorrow se réuniront dans Crisis on Earth-X pour le mariage de Barry Allen et Iris West. Plus grand que jamais, le crossover se déroulera donc en quatre épisodes mais sans pour autant marquer l’identité de chacune comme les précédents. Ici, il s’agit davantage d’un grand film découpé en quatre, ou de deux films en deux selon le point de vue.

Crisis on Earth-X s'inspire de JLA #207
A gauche et au centre : le poster dessiné par Phil Jiménez / Couverture de JLA #207

Si les personnages se regrouperont cette fois-ci pour une célébration, ils ne seront pas épargnés pour autant par la vilainie puisque des citoyens de Terre-X viendront ruiner les festivités. Pour Berlanti & cie, il s’agit à nouveau d’évoquer un souvenir marquant de leur enfance, celui des crossovers annuels se déroulant entre la Justice League et la Justice Society. Pour l’occasion, c’est l’artiste reconnu Phil Jiménez qui se charge de dessiner l’affiche à la façon d’une couverture de comics, et plus particulièrement celle de Justice League #207. Dans ce numéro, les deux équipes de héros combattaient le Syndicat du Crime, une équipe constitué de version maléfiques de la Justice League venant de Terre-3. Dans Crisis on Earth-X, il s’agira de contreparties nazis de nos héros.

Quand la showruner Wendy Miracle (Arrow) déclarait dès décembre 2016 avoir un concept pour le prochain crossover, celui-ci ne s’est précisé qu’avec la production d’une autre série. Annoncée en août 2016, Freedom Fighters: The Ray est la nouvelle production animée dédiée à la plateforme CW Seed. Prenant place sur Terre-X, elle dépeint un monde où le régime nazi n’a jamais été stoppé mais s’est au contraire développé à travers le monde. Seule force à encore s’y opposer, les Freedom Fighters sont constitués de membres issus des minorités visées par le fascisme, une idée développée par Grant Morisson dans le comics Multiversity. Parmi eux, Ray Terrill, un méta-humain gay tout droit venu de Terre-1, et sur qui se concentrera principalement la série. Dès l’annonce, Pedowitz indique que le personnage apparaîtra forcément en live-action à un moment donné, sans savoir que ce serait si tôt.

Posters pour Crisis on Earth-X

L’écriture de Freedom Fighters: The Ray est déjà finie quand Marc Guggenheim et ses amis s’attellent à celle du prochain crossover. Souhaitant mettre en scène des contreparties maléfiques de nos héros, l’idée est toute trouvée : pourquoi ne pas simplement utiliser les jouets déjà à disposition ? En plus de Supergirl, Melissa Benoist incarnera alors Overgirl, leader du régime nazi de Terre-X, accompagnée d’un Stephen Amell qui jouera également sa contrepartie maléfique, Dark Arrow. Seul Grant Gustin ne reprendra pas le rôle de nazi qui lui était attribué dans la série animée, mais sera remplacé par un Tom Cavanagh de retour dans la peau du Reverse-Flash. Si la raison n’est pas indiquée, il y a fort à parier que c’est pour éviter un effet de redondance : Grant Gustin a déjà incarné une version maléfique de son personnage lors de la saison précédente de The Flash.

Prévue pour une diffusion antérieure à celle de Crisis on Earth-X, la série Freedom Fighters: The Ray sera finalement repoussée pour ne débarquer qu’après coup, servant alors de prequel. La raison est pratique : alors qu’il fut décidé de faire intervenir The Ray lors du crossover, l’acteur Russell Tovey fut choisi pour lui prêter ses traits. Faut-il retarder la diffusion de la série animée pour permettre à Tovey de donner également sa voix au personnage ? C’est ce qu’il sera finalement décidé, en plus de modifier l’apparence et le look du héros pour coller davantage à ce qui sera en live-action. Si le choix s’opère sur la forme, ce ne sera pas le cas du fond. En effet, le script de Crisis on Earth-X contient des incohérences avec Freedom Fighters: The Ray. Andrew Kreisberg, lui, juge important d’y coller au maximum, mais c’est Marc Guggenheim qui aura le dernier mot, pensant que leur histoire pour le crossover devait prévaloir. Demandant aux fans de considérer ces erreurs de continuité avec indulgence, ce dernier envisage tout de même d’écrire un comics permettant de réconcilier les deux œuvres, ce qui ne se fera finalement jamais.

The Ray et Vixen

Pourtant, Marc Guggenheim considère les séries animées comme importantes. Pour lui, il ne s’agit pas d’en réaliser pour dire de l’avoir fait, mais bien d’apporter une plus-valu, notamment car elles requièrent beaucoup de travail. Ici, c’est la combinaison « héros », « méta-humain » et « gay » qui était nouvelle, mais aussi l’idée des Freedom Fighters. Le fait que la série se déroule sur une Terre parallèle n’est pas étranger à son feu vert non plus, puisque cela permettait de la différencier de la précédente : Vixen.

Annoncée en 2015, celle-ci mettait en scène une héroïne afro-américaine pourvue de pouvoirs magiques, un pan de l’univers DC pas encore exploré à ce moment et qui pouvait être pleinement exploité en animation. C’est grâce à cette affiliation que l’actrice qui donnait sa voix au personnage, Megalyn Echikunwoke, fit une apparition lors d’un épisode de Arrow Saison 4, preuve de son succès. Mary McCabe aurait même pu intégrer l’équipe des Legends of Tomorrow pour sa deuxième saison, mais son interprète était malheureusement déjà attachée à un autre projet, laissant finalement sa place à Maisie Richardson-Sellers. Pas dans le rôle de Mary, mais celui de Amaya Jiwe, sa grand-mère.

5. Les prémices de Crisis (2018)

Elseworlds : Le crossover qui a failli ne pas être

En mai 2018, Stephen Amell ouvre les festivités pour le nouveau crossover en annonçant lors d’un panel CW qu’il introduira le personnage de Batwoman. À travers un premier poster promotionnel, on comprend que seuls Supergirl, The Flash et Arrow seront concernés. Crisis on Earth-X fut le fruit d’une ambition si débordante que les effets de la fatigue s’en font encore sentir sur l’ensemble des équipes. En conséquence, les showrunners décident initialement de ne proposer aucun crossover en 2018 mais de revenir plus fort l’année suivante pour Crisis on Infinite Earths. Néanmoins, les pontes de la CW ne voient pas cela du même œil et insistent fortement, argumentant qu’il n’est pas nécessaire de réunir à nouveau les quatre séries : trois suffiront.

L’exclue de la cour de récré, c’est donc Legends of Tomorrow. Un choix logique puisque son casting étendu complique énormément le processus et aurait surchargé ce crossover qui doit avant tout introduire un nouveau personnage. Le showrunner Phil Klemmer expliquera que ce choix s’est également fait pour le bien de la série, très difficile à produire, les acteurs et les équipes se trouvant selon lui au bord de l’épuisement. De plus, ne disposant que de seize épisodes contre une vingtaine pour les autres séries, Legends of Tomorrow est la plus affectée structurellement par les crossovers. Pour Klemrmer, cette année, il n’y aura pas le temps de s’écarter de l’histoire que la série raconte.

Deux posters pour Elseworlds

C’est à la rentrée scolaire que la CW annonce le titre du nouveau crossover : Elseworlds, en référence à l’imprint éponyme de DC qui présente des histoires en dehors de la continuité. Pourtant, il ne s’agissait pas là du titre initial puisque c’est « Identity Crisis » qui a d’abord été considéré. Pour cause : cette année, les corps de Barry Allen et Oliver Queen seront échangés, faisant endosser à chacun le costume de l’autre et entraînant tout un questionnement identitaire. Néanmoins, Identity Crisis est le titre d’un comics à succès et Marc Guggenheim, qui s’est imposé comme le leader de ce crossover, ne souhaite pas induire les fans en erreur avec de la publicité mensongère.

Le rapprochement se veut tout de même bien réel : alors que les titres nommés « Crisis » faisaient jusqu’alors référence à de grands événements cosmiques au sein du DCU, Identity Crisis proposait une intrigue plus terre-à-terre en se resserrant davantage sur ses personnages. C’est justement la volonté première de Elseworlds, qui profitera de cette occasion pour enfin raconter une histoire sur la Trinité CW (Oliver, Barry, Kara) et développer leur dynamique. Avec l’introduction de Batwoman et le retour de Superman, Elseworlds se centrera sur pas plus de cinq personnages (même s’il en fera intervenir d’autres). Suivant cette volonté de simplification, le format « film » adopté pour Crisis on Earth-X sera abandonné pour revenir à une structure plus épisodique, chaque épisode portant la tonalité de sa série d’accueil. Également bien moins sombre, la comédie sera ici un ingrédient essentiel de ce crossover qui est décrit par les acteurs comme le plus fun à tourner.

Présenté comme un retour à une relative simplicité, Elseworlds prend néanmoins en ampleur au fur et à mesure que son casting se dévoile. Présent uniquement dans quelques épisodes de Supergirl, c’est Tyler Hoechlin qui est annoncé pour reprendre son rôle de Superman, marquant un pas symbolique supplémentaire dans la construction de cet univers partagé. Puisqu’une bonne nouvelle ne vient pas seul, Clark sera accompagné de Lois Lane, incarnée pour la première fois par Bitsie Tulloch.

Superman & Lois, le Monitor et The Flash (90) pour Elseworlds

La situation devient véritablement étrange quand John Wesley Shipp est lui aussi annoncé pour reprendre son rôle, non pas de Henry Allen ou de Jay Garrick, mais bien celui de Barry Allen qu’il tenait dans les années 90. Son retour se concrétisera dans un teaser inséré à la fin de chaque épisode précédant Elseworlds. Une première, tout comme la place que prendra le crossover : juste avant la pause de mi-saison. Dans cette scène, on voit alors ce Flash ramper sur une Terre décimée, au milieu de héros déchus, et faisant face à un personnage énigmatique et tout puissant : le Monitor. Incarné pour la première fois par LaMonica Garrett, l’importance de ce personnage était restée secrète jusqu’à se révéler au fil des épisodes, annonçant finalement le prochain crossover : Crisis on Infinite Earths.


Batwoman

Juillet 2018 : Alors même qu’aucune annonce n’a été faite quant à l’actrice qui incarnera Batwoman dans le crossover, un spin-off est mis sur pied par la CW. Il faut dire que cela fait longtemps que Greg Berlanti cherche à récupérer les droits de l’héroïne. Une entreprise facilitée par l’auteur Geoff Johns qui se montre être un allié précieux de par ses rôles chez DC Comics et Warner Bros, et qui deviendra producteur de la série.

Pour l’écriture de ce script, Berlanti fait appel à Caroline Dries, une scénariste avec qui il n’a jamais travaillé mais qu’il connaît pour son travail sur Smallville et Vampire Diaries. Étant déjà sous contrat chez Sony TV pour encore un an, Dries se voit malheureusement contrainte de refuser cette opportunité. C’est sans compter sur le président de Sony, Jason Clodfelter, voyant que ce projet lui tient à cœur et décide alors de la laisser partir. Défenseur des droits homosexuels, il estime également qu’une telle série est importante pour les spectateurs, lui qui aurait aimé l’avoir étant plus jeune. Une idée partagée aussi bien par Dries que par la future interprète de Batwoman.

Dossier CW - De Arrow à Crisis : L'histoire d'un univers partagé 37
En médaillon : Caroline Dries

Pour incarner Kate Kane, aka Batwoman, la CW recherche une actrice qui a en commun avec le personnage son orientation homosexuelle. C’est avec Ruby Rose que la chaîne trouve son bonheur, l’actrice étant déjà un symbole public du « mouvement queer ». Un casting véritablement idéal pour Caroline Dries, qui décrit Rose comme « destinée à être une super-héroïne ». Sa démarche, son attitude et son style sont autant d’attributs qui renvoient une aura de dure à cuire, tout en portant une vulnérabilité, une empathie et une chaleur essentielle au personnage de Kate Kane qui se veut bienveillante. Pour l’actrice, ce rôle est plus récompensant que tout ce qu’elle a pu faire auparavant : il lui permet aussi bien de réaliser son rêve d’actrice que d’avoir un but presque politique. Plus qu’une nouvelle série de super-héros, Batwoman est destinée à devenir un symbole LGBTQ+ qui pourra inspirer une nouvelle génération.

Le choix de Ruby Rose ne convainc pourtant pas tout le monde. L’actrice connaît en effet un « backlash » important sur les réseaux sociaux, la forçant à supprimer son compte Twitter et désactiver les commentaires de son Instagram. Se qualifiant de « gender-fluid », l’actrice ne serait pas assez gay pour certains, tandis que d’autres lui reprochent de ne pas être juive comme l’est Kate Kane. Cela n’empêchera pas la CW de confirmer sa confiance dans le projet en commandant officiellement un pilot au mois de janvier 2019, le script de Dries et la première apparition du personnage dans Elseworlds ayant fait forte impression. La chance continue de sourire à Batwoman puisque c’est toute une saison que la chaîne commande en mai, avant d’ordonner la réalisation de 22 épisodes après la diffusion des trois premiers en octobre.

6. La fin d’une ère (2019-20)

Crisis on Infinite Earths

En 2018, le crossover Elseworlds s’est conclu avec une annonce : le prochain se nommera Crisis on Infinite Earths. Un nom qui signifie beaucoup pour les lecteurs, ce comics étant l’un des plus importants que DC ait jamais publié, marquant l’industrie toute entière. En réalité pour la CW, il s’agit de l’aboutissement d’une construction longue de cinq ans. C’est à la fin du premier épisode de The Flash que l’événement fut teasé pour la première fois dans la une d’un journal du futur, annonçant la disparition du héros lors d’une crise. Aucun doute n’est possible, la série fait ici référence à ce célèbre comics de Marv Wolfman et George Pérez, dans lequel Barry Allen se sacrifie. Daté à l’an 2024 pour voir large, l’événement n’est pourtant que de l’ordre du rêve dans l’esprit des scénaristes. Il faudra attendre 2018, en pleine écriture de Elseworlds, pour que Warner Bros donne son feu vert à Berlanti.

Les unes de journaux de The Flash

Une construction sur la longueur

Une certaine pression s’installe sur les épaules de Marc Guggenheim, désormais leader des crossovers. Pour faire honneur au récit culte de DC, celui-ci entreprend une introduction sur la durée dès Elseworlds, premier crossover dont le but est d’annoncer le prochain. Chaque série étant concernée par ce futur événement, les différents showrunners se réunissent pour créer ensemble les pièces du puzzle qui y mèneront et se les départager. Ayant teasé Crisis dès son premier épisode, The Flash est désigné comme la plus légitime à construire l’événement. Son funeste destin est alors prophétisé pour 2019 plutôt que 2024 lors du dernier épisode de la saison 5, tissant alors le fil rouge de la première moitié de saison 6, à savoir « Dois-je me battre contre la mort ou l’accepter ? ». Ces thématiques de deuil et de fin du monde rentrent parfaitement dans l’agenda du showrunner Eric Wallace, qui planifiait d’introduire Bloodwork, un vilain qui voit lui aussi son monde s’écrouler (à son échelle).

Un autre événement se profile en parallèle de Crisis on Infinite Earths : la fin de Arrow. Si dès le départ Marc Guggenheim et Stephen Amell ne voyaient que la mort pour conclure l’arc du personnage, la possibilité d’adapter ce récit leur permit de voir plus grand et de lier intrinsèquement les deux. Le début de la fin est annoncé dès ElseworldsOliver passe un marché avec le Monitor, qu’il sera ensuite contraint d’honorer lors de la dernière saison. Plus que The Flash, Arrow est alors dédiée à la construction de l’événement comme le prouve son premier épisode où Terre-2 se voit d’ores et déjà consumée par l’anti-matière. La coordination entre série s’opère lorsque Beth Schartz demande à Eric Wallace la permission de détruire une Terre si importante dans The Flash. Les autres séries, Supergirl et Legends of Tomorrow, ne seront pas exclues puisque le Monitor y apparaîtra également pendant leur season finale pour introduire de nouvelles pièces du puzzle.

Les pièces du puzzle Crisis s'assemblent

Crisis on Infinite Writers

Vient alors la création de Crisis on Infinite Earths à proprement parlé, qui commence évidemment par plusieurs relectures de l’oeuvre originale. De celles-ci, Marc Guggenheim dégage cinq moments clés qui serviront de pilier à l’adaptation télévisée. Quand vient le temps de présenter son projet à la CW et Warner Bros, l’auteur utilise cinq couvertures iconiques du comics qui représentent les moments clés sélectionnés, expliquant son intention de jouer avec. Une fois le feu vert donné, les showrunners des différentes séries, accompagnés de leurs scénaristes, se réunissent pour tisser une véritable histoire autour des bases sélectionnées par Guggenheim.

Si Crisis on Infinite Earths est réputé pour sa concentration intense en personnages, il est jugé nécessaire de centrer le récit sur un cœur de héros, qui devront avoir un arc émotionnel tout au long de l’événement. Dans le même temps, Guggenheim souhaite inclure un McGuffin dont la recherche les animera. Lui revient alors un autre crossover annuel réunissant la Justice League et la Justice Society, plus exactement les numéros #195 à #197 de JLA. Dans ceux-ci, dix héros sont considérés comme spéciaux au point d’entraîner la chute de l’ensemble des super-héros s’ils venaient à disparaître. Tout s’aligne alors : les personnages iront à la recherche d’élus essentiels au Multiverse, les Parangons, qui s’avéreront pour certains être eux-mêmes.

Dossier CW - De Arrow à Crisis : L'histoire d'un univers partagé 38
A gauche : les parangons / A droite : Couverture de JLA #195

A l’instar d’Avengers Endgame, Crisis marque la fin d’une ère et se doit de la célébrer. Par conséquent, les auteurs ont à cœur de mettre une dernière fois en avant la dynamique Oliver/Barry, aussi iconique que fondatrice de cet univers. Dans le même temps, c’est une autre relation plus ou moins similaire qui est développée avec Kara et Kate. L’alchimie naturellement manifestée entre les deux actrices dans Elseworlds fut telle que les auteurs la considèrent comme « remplaçante » de la première. À l’instar du comics original, aussi destructeur que créateur, son adaptation télévisée se donne pour but de conclure cette ère autant que d’amorcer la prochaine. Si « des mondes mourront », d’autres vivront comme le voulait Marc Wolfman, qui apporte également son aide à la CW pour cet événement particulier en écrivant le quatrième épisode.

Au cours de cette session d’écriture qui aura duré semaines, les auteurs ont enchaîné les versions possibles du script, ajoutant et supprimant des personnages et intrigues. C’est le cas du personnage de Psycho Pirate, important dans le comics et teasé à la fin du crossover Elseworlds, qui n’a finalement pas survécu à ce processus. Bien que s’étalant sur cinq épisodes, le récit ne peut pas tout explorer et doit sacrifier ce qui est présent simplement par fidélité au comics ou aux prémices de Crisis. Les différents indices semés dans les unes de journaux de The Flash sont abandonnés, Guggenheim jugeant inutile de respecter ce que des scénaristes non impliqués dans le crossover ont pu écrire des années auparavant.

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Au milieu : Les cinq scripts de Crisis / A droite : Psycho Pirate dans Elseworlds

Le script qui en résulte mise avant tout sur les acteurs certains d’être présents tout au long du tournage. Il s’agit du cœur du récit, une structure sur laquelle s’ajoutera différentes couches au fur et à mesure. Chaque équipe se sépare alors pour écrire son épisode avant de le proposer lors d’une nouvelle réunion qui verra certains « battements » du récit être déplacés. S’il y a bien un critère essentiel dans l’écriture de ce crossover, c’est sa flexibilité, sa capacité à être le plus modulable possible. Une composante vitale pour pouvoir palier aux besoin des séries et, surtout, le nombre d’acteurs concernés battant tous les records, s’adapter aux difficultés de planification des tournages . Il ne s’agit pas uniquement des habitués de la chaîne, mais aussi d’invités exceptionnels provenant de tous les recoins de l’univers DC.

Un casting all-star

Guggenheim ne souhaite pas proposer Crisis on CW Earths, mais bien Crisis on Infinite Earths. Pour cela, il a donc établi une longue liste de tous les personnages qu’il rêverait avoir au sein du crossover et qui s’est vu soumise à DC Entertainement, qui a validé ou refusé ses demandes. C’est notamment le cas de la Wonder Woman de Lynda Carter ou encore le Swamp Thing de DC Universe qui, bien qu’apparaissant à la toute fin, devait dans le rêve de Guggenheim partager une scène avec Constantine. Vient alors un travail de contact avec les acteurs qui n’a pris fin qu’au moment de la diffusion de Crisis à la télévision, comme le prouve l’apparition surprise du Flash incarné par Ezra Miller, pas du tout prévue initialement. Ce n’est qu’une fois les épisodes bouclés que le président de Warner Bros Television, Peter Roth, a contacté Greg Berlanti pour lui demander cette faveur. En réalité, la scène réunissant les Flash de la télévision et du cinéma a été tournée des mois après la fin du tournage.

L’entreprise menée par Guggenheim n’est pas des plus faciles : alors que l’ambition du crossover se veut plus grande que jamais, il ne bénéficie pas d’un budget supplémentaire pour le casting. L’auteur fait pourtant le choix de miser au maximum sur cet aspect, favorisant alors les dépenses dans la conquête des acteurs invités au dépend de l’action, en plus de devoir verse une prise spéciale aux acteurs « maison ». Bien heureusement, la CW peut compter sur la renommée acquise par ses précédents crossovers, attirant certains acteurs à se présenter d’eux-même pour rejoindre Crisis on Infinite Earths. C’est notamment le cas de Jon Cryer, interprète de Lex Luthor qui ne devait pas y figurer initialement. Pour optimiser l’attractivité de l’événement, la chaîne leur propose de ne tourner qu’une scène ou de n’être mobilisé que pour une journée de tournage. Chaque jour qui passe est un ascenseur émotionnel pour Guggenheim qui se voit accordé tel caméo ou tel easter-egg, en plus de devoir conserver un équilibre entre fan-service et le déroulement de l’intrigue.

Différentss caméos de Crisis on Infinite Earths
A gauche : Ezra Miller et Grand Gustin / En haut, de gauche à droite : John Wesley-Whipp, Burt Ward, Robert Whul/ En bas, de gauche à droite : Kevin Conroy, Ashley Scott , Tom Ellis

A travers cette constitution d’un casting étendu, la CW parvient même à réunir pour la première fois l’intégralité de ses séries DC. Alors que Black Lightning semblait définitivement faire bande à part, le showrunner Salim Akil donne finalement son feu vert pour Crisis, mais à une condition : le personnage doit avoir un rôle significatif. A l’instar de Supergirl du temps de CBS, le tournage de Black Lightning ne s’effectue pas à Vancouver, mais à Atlanta. Encore une fois, toute une réorganisation est effectuée, et la série creuse un trou d’une semaine dans son planning pour permettre à Cress Williams de faire le voyage (le week-end pour maximiser son temps) et tourner ses scènes. L’acteur n’est d’ailleurs pas le seul mobilisé puisque sa doublure cascade doit évidemment le suivre, ainsi que son costume qui requiert d’être transporter à part, étant une pièce d’équipement fragile.

Un tournage éreintant

Bien que les précédents crossovers aient appris à la CW quelques astuces, l’ampleur de Crisis est sans aucune mesure. Alors que Crisis on Earth-X avait déjà mis l’ensemble des équipes sur les rotules, il s’agit d’augmenter le niveau d’un cran puisque ce sont maintenant cinq séries qui sont concernées, en plus d’accueillir une pléthore d’invités. Bien que l’événement soit historique, les conditions restent à peu de chose près les mêmes puisque le tournage s’effectue à nouveau en plein cycle de production des différentes séries. Il est alors impératif d’optimiser au maximum chaque minute, chaque dollar, ce qui implique de réaliser chaque épisode quasiment en simultané.

Chaque jour, le tournage commence dès 8h du matin, ce qui demande aux différents acteurs de venir parfois très en avance pour le maquillage comme ce fut le cas de LaMonica Garrett pour qui la métamorphose en Anti-Monitor nécessitait pas moins de 2h. L’acteur explique également que le moindre retard pris par une scène est susceptible de bouleverser l’ensemble des tournages. En l’absence d’un acteur encore occupé par le tournage d’un épisode, pas question de perdre un temps précieux, il faut faire preuve d’astuce et filmer ce qui est susceptible de l’être en faisant appel à une doublure concrète ou numérique quand c’est possible. À raison de 15h de travail par jour, les nuits sont courtes.

Dossier CW - De Arrow à Crisis : L'histoire d'un univers partagé 40

La recherche de la consistance

Alors que Elseworlds reprenait le schéma épisodique habituel, Crisis on Infinite Earths s’inspire davantage de Crisis on Earth-X, considéré par ses auteurs comme un film où s’efface les frontières des séries. Pour autant, chacune conserve ses limites et défis de productions propres, ce qui implique un effort d’autant plus poussé pour rendre le tout homogène. Ce que le spectateur voit en premier lieu, ce sont bien les personnages, il faut donc veiller à conserver une certaine consistance, ce que feront les scénaristes de chaque série en participant à l’écriture de leur casting habituel. Un processus d’autant plus important pour Black Lightning qui n’a jamais été écrit par aucun des auteurs attaché au crossover. Cette authenticité se retrouve même dans les scènes concernant deux des invités, Tom Welling et Erica Durance, pour qui les scénaristes de Smallville ont prêté leur plume.

Cette recherche de la consistance se retrouve ensuite directement sur les tournages, qui se déroulent quasiment en simultané. Puisqu’il est impossible d’avoir un unique réalisateur pour chacun des cinq épisodes, Guggenheim a fait appel aux plus expérimentés de l’Arrowverse, c’est-à-dire ceux qui ont déjà réalisé sur plusieurs de ces séries. Une collaboration étroite et ininterrompue s’opère également entre les directeurs photos ou même les équipes de post-production, qui s’assurent alors de créer une identité visuelle unifiée. Palette de couleur, intertitres, polices d’écriture ou ratio : tout y passe. Finalement, la musique revient au grand manitou Blake Neely accompagné de l’équipe le suivant déjà sur les différentes séries, et qui enregistreront pour l’occasion avec un véritable orchestre.

La Justice League se forme à la fin de Crisis on Infinite Earths

Arrow s’achève

Lors d’un podcast enregistré en août 2018, Stephen Amell exprime son désir de quitter Arrow après la septième saison, celle-ci marquant la fin de son contrat. L’acteur souhaite passer davantage de temps avec sa famille, ce qui ne lui permet pas la série, trop chronophage et dont le tournage se déroule dans un autre pays. Amell craint également d’être étiqueté comme « le mec qui a fait Arrow » et juge que la série a raconté tout ce qu’elle pouvait, ou presque. Selon lui, il ne manque plus qu’un héritage à Oliver Queen pour pouvoir se retirer. S’entame alors une discussion avec Greg Berlanti, qui convainc Amell de revenir pour une huitième saison, annoncée début 2019 comme étant raccourcie à dix épisodes.

Lors de celle-ci, il n’est pas question de créer une nouvelle intrigue qui verrait Oliver et son équipe affronter un vilain à Star City. En réalité, Arrow telle que nous la connaissions a pris fin avec la saison 7 lorsque le héros a choisi de quitter la ville pour élever son enfant avec Felicity. Chaque épisode de cette huitième saison aura pour mission de rendre hommage au chemin parcouru depuis sept années et de créer l’héritage que souhaitait Amell. Le pénultième épisode y sera d’ailleurs entièrement consacré puisqu’il sert de « backdoor pilot » à un nouveau spin-off marchant sur ses pas : Green Arrow & The Canaries.

Dossier CW - De Arrow à Crisis : L'histoire d'un univers partagé 41

Les étoiles s’alignent parfaitement puisque c’est Crisis on Infinite Earths qui permettra à la série de parvenir naturellement à ses objectifs. Condamné à mourir lors de l’événement, Oliver mène ici une dernière mission consistant à prévenir la destruction du Multiverse. A travers ce récit, Beth Schartz et Marc Guggenheim célèbrent aussi bien les racines terre-à-terre et intime du personnage que l’univers sans limite qu’il a engendré au fil des ans. Oliver se sacrifie pour assurer un futur à ses enfants, Arrow prend fin en donnant sa bénédiction aux siens. En un sens, Guggenheim délivre la fin qu’il avait imaginé dès le départ, celle-ci voyant Green Arrow mourir et inspirer toute une nouvelle génération de justiciers (dont Batman), mais avec une échelle bien plus conséquente que prévue.


Quand en 2014 The Flash dit « Un accident a fait de moi l’impossible », c’est à plus d’un titre. Du simple masque de Deathstroke comme élément de décor à la formation de la Justice League en conclusion de Crisis on Infinite Earths, bien des choses se sont passées en huit ans. Si l’Arrowverse n’est pas exempt de défauts, un manque d’ambition, de détermination ou de générosité ne pourra jamais lui être reproché. Grâce à l’appétit toujours grandissant des spectateurs, des Hommes comme Greg Berlanti ou Marc Guggenheim ont su, chaque année, repousser les limites du possible, créer leur propre façon de faire, aussi imparfaite soit-elle. Ils ont conçu un univers fondamentalement singulier qui continue de se construire encore aujourd’hui.

Sources : CBR, Entertainment Weekly, TV Line, Deadline, The Holywood Reporter, ComicBook, Collider, TV Insider, Variety, Fake Nerd Podcast, Crisis Aftermath, Marc Guggenheim (Twitter), The Art and Making of The Flash

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