Après un premier tome qui posait de nouvelles bases toutes fraîches pour Swamp Thing il est temps d’aborder le cœur du récit d’Alan Moore. Est-ce que le scénariste réussit à marquer l’essai ?

Swamp Thing, American Gothic

Swamp Thing

Ce deuxième tome d’Alan Moore présente Swamp Thing pourrait être grossièrement divisé en deux parties qui forment l’arc scénaristique nommé American Gothic. La première partie est composée d’histoires plutôt courtes, quand elles ne font pas seulement un seul numéro. Chacune de ces histoires explore un certain aspect de la culture américaine et de ses défaillances. On a donc des commentaires de Moore sur diverses sujets. Le premier étant l’utilisation du nucléaire, mais on a aussi le féminisme, le racisme, le droit aux armes aux Etats-Unis, et d’autres. Tout cela tisse un fond social particulièrement appréciable, même si un peu surprenant, sachant que j’ai lu sur Twitter que la politique n’existait pas dans les comics avant les années 2010.

Néanmoins, le problème de toute cette partie reste que chaque numéro pris individuellement n’est pas toujours si efficace. Passé le commentaire social, il ne reste souvent plus grand chose. Et cela est surtout dû au rôle très « spectateur » que joue Swamp Thing dans ces histoires. C’est le cas dans Journal d’une tête nucléaire. Quand on regarde les choses, on se rend compte qu’en vérité Swamp Thing est totalement passif et ne servira à rien pendant tout l’arc. Au final celui-ci, en terme d’histoire, ne servira vraiment qu’à introduire la nouvelle capacité de Swamp Thing, la « téléportation » (notez les guillemets). Et c’est une chose qui se reproduit, dans une moindre mesure dans Histoire de poissons aussi. Alan Moore avait un but et une histoire bien précise en tête lorsqu’il écrivait Swamp Thing ce qui fait qu’il a quelque peu laissé de côté l’aspect individuel de chaque numéro.

Qui plus est, ce tome marque malheureusement le départ de Stephen Bisette du titre et c’est vraiment dommage. L’artiste est toujours excellent dans ses illustrations, ainsi que dans ses découpages. Ceux-ci sont toujours des plus imaginatifs, sortant toujours des traditionnels carrés, ou rectangles. Il faut aussi mentionner son travail excellent sur Journal d’une tête nucléaire où il mixe les pages avec des extraits d’articles de journaux. Ses remplaçants Stan Woch & Ron Randall ne déméritent pas non plus, mais il faut bien avouer que l’épisode du Parlement des arbres aurait pu être plus spectaculaire. Là où ce numéro aurait pu donner quelque-chose d’incroyable avec cet ensemble d’arbres vivants rassemblés à un seul endroit, ici, on a un bon travail, mais loin d’aller au bout de son potentiel. On pourrait tirer du côté du fantastique, ou même de l’horrifique avec ces planches, le potentiel était bel et bien là. Mais au final, on a quelque chose de très banal, et c’est dommage.

Constantine

Swamp Thing

Ce tome marque aussi la création de John Constantine, ce Sting aux pouvoirs magique apparaît donc pour la toute première fois et il faut le dire cela fait plaisir. Les fans du personnage qui n’ont lu que les récits les plus modernes pourront découvrir avec plaisir les débuts du détective occulte, tandis que ceux qui ne le connaissent pas encore auront droit à une introduction parfaite. Parce-que tout était déjà là. Le personnage est énigmatique, mais aussi un salaud d’anglais. Et il faut espérer que vous l’aimerez, parce qu’à plus d’une occasion, il vole la vedette à Swamp Thing, poussant presque à la réflexion que ces comics pourraient se nommer Swamp Thing & Constantine. À la sortie de ce tome, vous aurez envie d’en lire plus à propos de ce personnage.

Le Manichéisme

Swamp Thing

Mais toute cette première partie est donc une montée en puissance pour introduire la vraie menace, l’obscurité, et la bataille finale pour sauver l’humanité. Cette bataille se veut comme une observation, mais surtout une critique de la part de Moore du manichéisme américain. En effet le manichéisme, d’abord une religion, a fini par être grandement simplifié et aujourd’hui nous parlons tout simplement d’une attitude manichéenne. Celle-ci peut-être définie comme une simplification extrême des rapports du monde, pour les ramener à la simple opposition bien et mal. Et cette aspect est particulièrement présent dans la culture américaine où cette mentalité est particulièrement présente. Les comics est d’ailleurs le médium qui en use et en abuse. Alors quoi de plus normal pour Moore de critiquer ça.

On a donc tout un dernier arc qui traite de cette opposition primaire entre le bien et le mal. D’ailleurs, un peu étonnamment, Moore adopte le parti pris de raconter cette opposition quasiment sous la forme d’un conte de fées. Ce qui est pertinent, car les contes de fées sont la source même d’un manichéisme à base de l’opposition primaire méchants/gentils. On regrettera tout de même une conclusion quelque peu expédiée. Les choses auraient pu être développées et approfondies un peu plus longuement. L’aboutissement de cette confrontation entre le bien et le mal aurait pu être plus aboutie.

Avec ce deuxième tome Alan Moore présente Swamp Thing reste toujours une valeur sûre, même si la magie de la découverte est moins présente et que le scénariste anglais prépare pendant un long moment son intrigue globale, oubliant quelque peu les numéros individuels. Il en reste que ce tome est toujours passionnant. Moore réussit à faire évoluer son personnage et tisse un aspect social excellent, sans même parler du personnage de Constantine qui est génial. 

Excellent / 10 Notre avis
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Les +
- Critiques de la culture américaine - Constantine
- Steve Bissette toujours aussi excellent
- La fin sous forme de conte de fée
Les -
- La passivité de Swamp Thing
- Une fin un peu expédiée
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