Entre Flash #750 et le tant attendu Strange Adventures #1, cette première semaine de Mars regorge de numéros d’importance. Il faut dire que le duo Tom King et Mitch Gerards sont encore inscrits dans nos mémoires pour leur travail fabuleux sur Mister Miracle. Et à force de teasing sur les réseaux sociaux, le duo (devenu trio) semble parti pour réitérer ce succès.

L’image du héros, le cœur de l’homme

Strange Adventures #1Adam Strange est un héros. Héros de guerre sur Rann, auteur d’un roman à succès sur Terre. Dans cette double narration, un lien existe. Celui de la motivation ayant poussé Adam Strange à écrire ce best-seller. S’il profite d’une notoriété démesurée, les réactions des lecteurs sont variées, de la sensation d’être pleinement connecté avec l’auteur et ses personnages à la réaction virulente démesurée.

L’intrigue va être multiple. Quel est le contenu de ce livre capable de faire autant réagir ? Ce livre, très inspiré d’événements vécus lors d’une guerre sur Rann, que son auteur tente de revendiquer comme des faits réels, alors qu’ils semblent surréalistes aux yeux des Terriens. Au milieu de ces polémiques littéraires, un événement va venir gâter la situation à première vue paisible d’Adam Strange. Une situation qui va nécessiter l’intervention d’autres personnages plus ou moins connus.

Adam King (alias Tom Strange)

Ce numéro profite d’un esprit très similaire à Mister Miracle, gravitant autour du sujet de la famille. Contrairement à ce à quoi on pouvait s’attendre, la dimension dépressive est bien réduite. Plutôt que d’attaquer la psychologie dépressive de son personnage principal, Strange Adventures s’oriente bien plus sur le prestige du héros. Il l’attaque et le ronge autour d’un mystère simple, mais troublant. S’il n’est pas pour autant joyeux, Strange Adventure présente des variations autour des thèmes connus développés par Tom King. Et c’est là que nous venons à toute la problématique de cette review : l’écriture très personnelle de Tom King.

Strange Adventures #1C’est avec évidence qu’on réalise la subjectivité avec laquelle Tom King a écrit sa version d’Adam Strange. Ceux, déçus de cette appropriation un peu trop envahissante dans ses œuvres et runs passés, le seront plus encore ici. En plus d’une relation au « héros de guerre », il y intègre celle à l’auteur. L’envers du décor est assez bien représenté, avec un panorama de comportements types des lecteurs face à un auteur populaire.

Le personnage qu’est Tom King s’intègre aussi bien d’un côté que de l’autre représenté dans l’histoire d’Adam Strange. Il se fait, encore, héros de sa propre histoire, à travers un background différent. Plutôt que d’adapter son écriture à un personnage, il adapte le personnage à son histoire et y intègre des facettes plus ou moins pertinentes par rapport à son univers.

Plus qu’une appropriation envahissante, on retrouve avec Strange Adventures les tropes de l’auteur. L’introduction assez longue est composée de scènes répétées. Des répétitions d’une même boucle lassante. Des victoires, des succès qui ne font plus effet jusqu’au fameux événement qui nous fait regretter ce temps béni duquel nous n’avons pas tiré suffisamment satisfaction. Ces tropes se retrouvent aussi bien dans l’écriture (l’histoire d’un homme, dont la femme omniprésente lui remonte toujours le moral) que dans le dessin (plans répétés pour bien appuyer sur l’idée de l’éternel recommencement).

Ces tropes, si elles sont identiques aux récits passés, ne sont pas pour autant néfastes. Elles peuvent ennuyer, mais révèlent toujours d’un souci de qualité, et restent ici pertinentes. On ne peut donc blâmer Tom King de faire preuve de technicité, mais d’une technique qui ne parvient pas à se renouveler.

Toutes ces connexions nous amènent à penser que Strange Adventures puisse être, dans son fond, une forme de suite à Mister Miracle. Adam est père d’une petite fille. Il est heureux à travers la réalisation de son projet, cachant un traumatisme surmonté. Même composition familiale, mêmes rôles, entre le personnage masculin tourmenté et la femme forte, véritable pilier du couple. S’ajoute à cette composition première, ces tropes qui se répètent et donnent l’impression d’être face à une même oeuvre.

Le souci d’une esthétique pertinente

Strange Adventures #1Malgré l’ensemble de ces connexions entre les œuvres, on distingue chez Mitch Gerards une volonté de démarquer son travail sur Mister Miracle de celui sur Adam Strange. Son style fait bien moins ressortir les couleurs du héros, pas de jeux autour de ses capacités ni de son symbole. La dynamique va se trouver chez Evan Doc Shaner, second artiste dont le style se veut plus doux, plus à même de retranscrire le décor d’un comics du Silver Age. On ressent surtout un grand air de nostalgie concernant les débuts de Shaner dans le comics avec le relaunch en 2014 de Flash Gordon chez Dynamite aux côtés de Jeff Parker.

Et pourtant, nous sommes face à des styles étrangement homogènes, car pourtant si différents. Un effort est placé dans les effets de transition. Evan Doc Shaner réalise sans conteste son meilleur travail, le plus soigné. L’artiste tire facilement la couverture à lui. Mitch Gerards assure une qualité et un savoir-faire déjà connu, mais fait également preuve d’un manque d’inventivité dans ses mises pages. A nous habituer à l’excellence, la baisse de régime ne se remarque que plus encore.

Sans conteste, Strange Adventures s’annonce comme une très bonne maxi-série, et va aisément rejoindre la palmarès des meilleurs titres de l’année chez DC. Ce numéro marque une ascension complétée par Tom King en mettant en image l’auteur populaire qu’il est devenu. C’est également la consécration de Evan Doc Shaner, artiste de talent qui restait confiné dans des titres secondaires depuis son arrivée chez DC avec Future Quest. Au delà du numéro, le projet est marquant. Strange Adventures, si l’on tolère la forte relation personnelle entre Tom King et son oeuvre, rejoindra votre bibliothèque sans rougir des maxi-séries précédentes.


L’avis de Myplasticbus

Après le succès critique et public de Mister Miracle, Strange Adventures s’est placé en tête de liste des comics les plus attendus de ce début d’année 2020. Et ce premier numéro se montre relativement à la hauteur de ce que nous pouvions espérer. Sur certains points, King et Gerads se renouvellent, notamment la structure des pages. On dit enfin au revoir au 9-panel grid, qui n’intervient que 2 fois dans le numéro, au profit de planches en 3 cases, réminiscentes de The New Frontier (influence revendiquée pour cette nouvelle série). L’addition d’Evan Shaner dans l’équipe fait un bien fou, tant son style convient parfaitement au style Silver-Age des passages sur Rann.

Sur bien des points, la série s’annonce comme une sorte de synthèse de plusieurs thématiques de King. On y retrouve la question du néo-colonialisme qui était déjà présente dans Omega Men. On y retrouve la réalité ambigüe de Mister Miracle, ici dans le rapport au souvenir, associé à la vie de couple et le côté Daily-Life des héros. On y retrouve aussi malheureusement un murder-mystery, qui n’est pas sans rappeler le terrible Heroes in Crisis… ce qui n’est pas très rassurant, Tom King ayant montré qu’il n’était pas à son meilleur dans cet exercice de style. On regrettera également la répétition des tics de l’auteur, qui s’enferme de plus en plus dans son style, au point de courir le risque de se transformer progressivement en dérivé de Bendis : un auteur talentueux qu’on ne parvient plus bien à lire tant les ficelles sont devenues visibles. On y est pas encore, mais le risque commence à pendre.

Review VO : Strange Adventures #1
Excellent / 10 Notre avis
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Les +
- Des tropes connues, mais toujours efficaces
- Adam Strange rattrapé par la réalité
- Evan Doc Shaner et sa représentation d'un idéal perdu
Les -
- Des points positifs très subjectifs
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