Il y a quelques mois, dans les bureaux de DC Planet, lors de la réunion des revieweurs, Watchful a demandé : « Le Batman qui rit Tome 1 de Scott Snyder… qui veut le prendre ? ». Silence général dans la salle. J’avais juste lu les deux premiers numéros en VO, et j’avais trouvé ça plaisant. Alors moi, naïvement, j’ai levé la main. Je ne savais pas ce qui m’attendait, inconscient du piège qui venait de se refermer sur moi.

Jock

Une ambiance de qualité

Soyons honnêtes : le Batman qui rit a quelques belles qualités dans ses pages d’ouverture. La première étant l’ambiance très forte qui se dégage du volume, surtout dans les premiers chapitres. On sait que Jock est loin d’être un amateur des crayons. Là encore, il s’en sort très bien, en travaillant ses compositions, usant au maximum de gros plans impressionnants et d’un encrage qui met en valeur les ombres. Son dessin développe un aspect viscéral qui prend aux tripes. Si globalement, on pourra lui reprocher ses environnements assez vides, cela est compensé par la colorisation de David Baron qui utilise ses aplats de couleurs pour renforcer l’ambiance.

De la même manière, Scott Snyder s’en sort assez bien sur le début de l’histoire. Il parvient à développer quelque chose d’intriguant, avec un aspect terre à terre et encré dans le réel. Il s’en sort bien mieux que dans ce genre d’exercices que dans les snyderies auxquelles il nous a habitué dans Dark Knights : Metal ou Justice League. Très sincèrement, le scénariste devrait se contenter de ce genre de récits à la frontière du thriller noir et de l’horrifique. À travers cela, il parvient à souligner des choses intéressantes sur Batman. Le problème, c’est qu’au-delà des trois premiers chapitres, cela continue… et à tous les niveaux, ça part complètement en vrille.

Grim Knight Eduardo Risso

Batman qui rit, ou Batman qui fait pleurer (de dépit) ?

Après trois chapitres du Batman qui rit, malheureusement, on se rend compte de la supercherie… et lorsqu’on réalise qu’il nous reste encore plus de la moitié de l’ouvrage à lire, on sent que ce sera une lecture très longue. Plus on avance dans le tome, plus l’écriture de Scott Snyder se boursoufle de gimmicks. Et la quintessence de tout ça, c’est bel et bien le Grim Knight. Ce dernier aurait pu être une excellente relecture du Punisher à travers un Batman expéditif, militariste, et un brin fasciste. Le chapitre qui nous montre ses origines, malgré l’excellent dessin porté par Eduardo Risso, est une coquille d’un vide abyssal. Dans ce chapitre, Scott Snyder et Tynion IV avancent le concept, mais ne l’habitent pas. C’est malheureusement une habitude qui se retrouve dans toute l’oeuvre.

Tout le volume semble être une aventure en vain, un concept plus ou moins rigolo, mais qui ne fait jamais rire. D’autant plus qu’au fil de l’ouvrage, le Batman qui rit part de plus en plus en vrille. Sur les derniers numéros, Jock perd lui aussi tout sens de la mesure, en représentant le vilain de manière volontairement difforme et monstrueuse… sans doute pour accentuer l’aspect horrifique, dérangé et cauchemardesque du personnage, mais accentuant en réalité surtout l’aspect lourdingue et illisible du récit. Le lettrage développe aussi de bonnes idées, en montrant la plongée progressive du héros dans la folie… mais là encore, avec une absence de finesse assez crasse. Cette descente aux enfers assez générale, tant dans l’histoire qu’aux dessins, rend la lecture franchement désagréable.

Batman qui rit

240 pages d’auto-congratulation

Au final, l’élément le plus fatiguant reste néanmoins la manière dont Scott Snyder passe son temps à se taper dans le dos pour montrer combien il est malin. Le Batman qui rit sonne un peu comme une lettre d’amour à lui-même. Le scénariste joue en permanence la carte de l’auto-référence, citant ici la Cour des hiboux, ici Dark Mirror. Il s’amuse à jouer dans son petit pré-carré habituel, en privilégiant toujours le concept à la substance, qu’elle soit narrative ou psychologique. Et ça pourrait fonctionner, si seulement c’était considéré sous un regard ouvertement blockbuster décomplexé et fun… Mais la narration, l’ambiance et les références forgent un récit qui se prend trop au sérieux, à travers lequel Snyder montre sa qualité d' »auteur », pour ne serait-ce que divertir.

Au final, nous sortons de la lecture de ce volume avec cette sensation désagréable d’avoir parcouru un récit qui n’a d’autres utilités que de vendre des statuettes, un peu de papier, et faire plaisir à ses auteurs. Au-delà de ses premiers chapitres, l’histoire chute profondément dans des abysses de vide médiocre dont on aura du mal à grimper la pente, que ce soit au plan narratif ou artistique. Ce tome 1 du Batman qui rit est une lutte contre le vent, portée par des idées semées en l’air sans jamais s’enraciner. Un récit qui s’annonce culte pour les garçons de 10-14 ans en recherche d’edgyness gratuite et de sensations fortes. Pour moi, il fut une épreuve douloureuse. 

Mauvais / 10 Notre avis
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Les +
- L'ambiance intrigante
- La partie artistique, surtout dans les premiers chapitres
- Quelques trouvailles intéressantes au lettrage
Les -
- Une écriture remplie de gimmicks fatiguants
- Une histoire vide dont on peine à voir l'intérêt
- Une auto-congratulation permanente des auteurs
- Un récit de plus en plus pénible à lire plus on avance dans l'histoire
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