Ça y est, la série Watchmen a conclu sa première saison, qui plus est avec un petit record d’audience, preuve de l’engouement autour de la série. Alors, il est temps de revenir sur la série qui a fait le pari plus que risqué d’offrir une suite à Watchmen. Après un premier épisode un qui nous avait convaincu, qu’en est-il du reste de cette saison ?

Cette review comprendra quelques spoilers

Proposer une suite à Watchmen ?

Watchmen

Il n’y a pas à dire, faire une suite ou un préquel à Watchmen est à la base une mauvaise idée. Et même tout simplement proposer une adaptation réellement fidèle à l’esprit et au propos de Watchmen est plus que complexe.

Watchmen cela reste cette oeuvre bien ancrée dans son époque, où Gibbons et Moore exploraient les peurs de la guerre froide et d’une possible guerre nucléaire, tout en remettant en cause la trop forte liberté laissée à des personnages masqués. Des personnages au-dessus des lois que personne ne pouvait réellement surveiller ni contrôler. Le fameux « Who Watches the Watchmen » ou  « Mais qui gardera ces gardiens ? ».  Et toute la finalité de Moore et Gibbons est d’expliquer que c’est pour ça que l’on ne peut pas se fier à ces super-héros. Que c’est personnages sont trop dangereux pour qu’on leur laissent les clés de la sécurité d’un pays. Tout ça était aussi une manière pour eux de faire passer un message contre la politique de Reagan et de Thatcher. En qui certaines personnes remettaient les pleins pouvoirs sur leur vie et avenir.

Avec tout ça bien dur de proposer une suite, ou même une adaptation capable de retranscrire tous les tenants et aboutissants de cette oeuvre. Cependant ça n’empêchera pas les gens d’essayer avec plus ou moins de succès. Car, oui, Nothing ever ends. Mais dans notre cas, on peut s’avérer heureux de ce fait.

Un vrai prolongement des comics

Watchmen

La série Watchmen est une suite du comics, là-dessus pas de doutes. La série est clairement une suite directe, dans laquelle tous les événements des comics se sont déroulés, même le calamar géant. Là-dessus l’équipe créative n’a clairement pas eu peur de se lancer à fond dedans. Qui plus est la série voit aussi le retour d’anciens personnages des comics. Tel que Laurie par exemple. Néanmoins malgré ça, la série, contrairement à un certain blockbuster sortit récemment, ne tombe heureusement jamais dans le piège du fan-service bête et méchant.

En effet, Damon Lindelof et son équipe ont repris tout ce qui fait de Watchmen le comics que l’on connait et ont actualisé tous les questionnements et les craintes qui parcouraient l’oeuvre de base à notre époque. Aujourd’hui plus personne ne craint une guerre nucléaire, peut-être à tort, mais là n’est pas la question. Alors il fallait que la série parte vers d’autres horizons et s’il y a bien un fléau qui parcourt notre société et qui est inhérent avec l’histoire et la culture américaine, c’est le racisme. Ce n’est pas pour rien que la série s’ouvre sur un événement réel : le massacre de la communauté noire de Tulsa. Il y a une volonté de remise en contexte et de rappel de ce qu’est le racisme et ce qu’il a provoqué et provoque toujours. D’ailleurs il est intéressant de noter que beaucoup de monde a appris l’existence de ces événements grâce à la série, même aux Etats-Unis. Cela crée des implications très intéressantes que ce soit au niveau du devoir de mémoire, ou de la puissance des œuvres de fiction sur cette mémoire. Mais ce sujet mériterait un papier à lui tout seul.

Le racisme parcourt la série et en est l’un de ses moteurs. Effectivement, la Septième Cavalerie, le groupe ayant repris les propos de Rorschach est une façon pour la série d’aborder ces groupes de suprémacistes blancs qui existent en bien trop grand nombre aux Etats-Unis. Et qui plus est, ils rappelleront inévitablement le Ku Klux Klan. D’ailleurs, toujours dans cette même idée, la série frappe en plein dans le mille quand l’un de ses personnages explique qu’aujourd’hui cela devient difficile d’être un homme blanc. Car, c’est exactement le genre de discours qu’utilisent ces personnes dans la réalité. Le même genre de discours qui donneront naissance à ces théories ridicules comme le grand remplacement. Tout ça fait partie de notre réalité et la série le dépeint efficacement.

Ancré dans notre société

Watchmen

Qui plus est la série s’inspire d’autres éléments de notre société, ici avec plus ou moins de réussite cependant. Effectivement, un énorme parallèle bien peu subtile est posé entre les événements provoqués par Ozymandias et les attentats du 11 septembre. Que ce soit dans la façon de l’appeler, 11/02, contre 9/11. Ou encore dans le fait que New-York finance des campagnes publicitaires pour rassurer les gens après l’accident. Ce qui était aussi le cas après les attentats sur les tours jumelles. Mais, même si ces parallèles à premières vues sont plutôt cohérents, il en reste que cela est très maladroit dans le fond. Car, si dans les deux cas, les finalités sont assez similaires, la mort d’un très grand nombre de personnes et un acte qui a choqué et traumatisé tout une communauté, il en reste que les origines de ses événements sont beaucoup trop différentes pour que ces parallèles tiennent la route. Là aussi cette question mériterait être approfondie dans son propre papier.

Quoiqu’il en soit en plus  de ces questionnements sur notre société Watchmen n’oublie pas non plus ses origines et les masques occupent de nouveau une grande place dans cette histoire.

La question des masques

Watchmen

Les masques sont partout, sur les flics, sur la septième Cavalerie, sur les derniers justiciers qui traînent, partout. Cependant, Lindelof et son équipe n’ont pas choisi de traiter ce thème des masques de la même façon que Moore et Gibbons à l’époque. Là où le duo questionnait sur les limites des masques et de leur pouvoir, la série prend un autre chemin. Ici l’équipe créative interroge sur la capacité qu’ont les masques de nous soigner/protéger. Est-ce que l’on peut soigner un traumatisme en enfilant un masque ?

C’est tout le questionnement qui sera développé avec Angela et Wade. Tous les deux essaient autant qu’ils le peuvent de soigner leurs traumatismes en enfilant des masques. D’ailleurs le thème du traumatisme est aussi un élément très important de la série. Et il est très bien dépeint avec l’épisode 5 consacré à Wade et à son PTSD après les événements de New-York. Quant à Angela toute l’idée derrière le personnage est qu’elle enfile ce masque pour essayer de se venger de ce que la vie lui a enlevé. Ce qui n’est pas sain non plus.

En tout cas cette idée que les masques ne sont pas sains et que l’on ne pourra jamais se soigner avec eux est primordiale pour la série. Tout ces thèmes assez complexes sont aussi particulièrement réussis grâce à la prestation des acteurs. Tim Blake Nelson est excellent en Looking Glass. L’acteur livre une prestation toute en retenue et malgré la peur que l’on pouvait avoir de voir un pseudo Rorschach 2.0 dans le personnage, il n’en est est rien. Quant à Angela elle est, elle aussi incarnée, d’une main de maître par Regina King. Le personnage d’Angela nous offre le genre de personnage principal que l’on n’a pas l’habitude de voir dans les films ou série de comics et c’est agréable.

D’ailleurs, il serait injuste de seulement parler de ces deux acteurs, toute la production de la série est d’une qualité énorme. Tous les acteurs sont excellents. Quant à la réalisation elle est toujours d’une très grande qualité et d’autant plus quand la complice de Lindelof, Nicole Kassell est derrière la caméra. Et il y a aussi la bo tout simplement extraordinaire de Trent Reznor et Atticus Ross. Des bo comme celle-ci, on en redemande.

Watchmen est une série qui de base n’a pas de réelles raisons d’exister. La simple idée de faire une suite à l’oeuvre de Moore est une prise de risque qui n’a pas lieu d’être. Et pourtant, Damon Lindelof et son équipe ont relevé le pari et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ont réussi. Des acteurs, en passant par la réalisation et en n’oubliant surtout pas la musique, tout est là, mais surtout l’esprit Watchmen est là. Les peurs qui existaient dans les années 80 ne sont plus les mêmes qu’aujourd’hui et la série l’a bien compris. Qui plus est en nous proposant un questionnement sur les masques, la série achève de nous offrir neuf incroyables heures de télévison.  

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur la série, cette review est malheureusement loin d’être exhaustive et pourtant elle est déjà bien longue. Rien que le fait par exemple, qu’un certain personnage, emblème du narcissisme ait été neutralisé par Looking Glass, donc métaphoriquement par son reflet, fait partie de ces petits détails sur lesquels il serait vraiment intéressant de revenir.

En tout cas il est intéressant de noter que 2019 aura été l’année de la déconstruction des super-héros sur les écrans avec Watchmen et The Boys.

Excellent / 10 Notre avis
{{ reviewsOverall }} / 10 Votre avis (0 votes)
Les +
- Des acteurs excellents
- Une production d'une grande qualité
- Cette bo
- Un prolongement et une actualisation des questionnements du comics
Les -
- Quelques maladresses dans les parallèles
Ce que vous en pensez... CONNECTE-TOI POUR DONNER TON AVIS !
Order by:

Sois le premier à donner ton avis.

User Avatar
Vérifié
{{{ review.rating_title }}}
{{{review.rating_comment | nl2br}}}

Voir plus
{{ pageNumber+1 }}