Dehors la neige recouvre l’horizon de son doux manteau blanc, les rues sont désertes, nous sommes tous cloitré chez-nous au chaud. A l’intérieur, les jambes réchauffées par de multiples plaids et couvertures hideuses, nous buvons du chocolat chaud dans de grands mugs, qui n’existent que pour cette période. Et avec ça nous dégustons tous de belles tranches de pain d’épice, tout en avalant des chocolats en rafale. Tout en écoutant en boucle Last Christmas de Wham (pas de jugement ici les amis). Ou alors, vous êtes Bretons et la seule chose que vous observez dehors est les trombes d’eau déferlant du ciel et les flaques de gadoues qui constellent le sol. Tandis que vous ne mangez pas de pain d’épice, mais des crêpes, en écoutant cette abomination qu’est la cornemuse. Mais dans les deux cas il y a une chose qui ne changeront jamais, ce sont les téléfilms Noël.

Noël a une place de choix dans la fiction. Parce-que Noël, plus qu’une simple affaire de religion, ou de gros barbu habillé tout de rouge, est devenu une convention, quasiment mondiale. C’est pour ça que dans un pays comme le Japon, qui ne connait pas du tout une omniprésence de la culture chrétienne (deux millions de pratiquants, 2% de la population) , Noël est quand même fêté. Bien entendu c’est une façon très différente de le fêter, le réveillon de Noël étant, pour eux, assez proche de notre conception de la Saint-Valentin. C’est une soirée où les amoureux, principalement, s’échangent des cadeaux et vont au restaurant. Et c’est cette idée même de Noël qui semble être devenue une constante. Noël est une fête de partage et d’échange avant tout.

Des thèmes universels

Ce sont ces thèmes qui ont permis à cette fête de se développer aussi fortement dans la fiction en général. Car ceux-ci sont universels et donc adaptables à volonté. Que vous soyez religieux, ou non. Pour un auteur les thèmes de la famille, du partage, ou de l’échange représente une source intarissable de possibilités. Que ce soit l’histoire d’un vieil homme qui retrouve la joie et les plaisirs de l’altruisme, grâce à la magie de Noël. Ou alors celle de la créature qui hait plus que tout Noël, mais qui finit par comprendre la beauté de cette fête. Ou bien encore l’histoire d’un couple en difficulté, qui finit par se retrouver après que des terroristes aient pris en otages tout un immeuble. D’ailleurs dans une bonne partie de ces œuvres Noël agit comme une fête synonyme de rédemption pour le héros. Par contre, ici cette idée tient probablement sa source dans les origines religieuses de la fête plus qu’autre chose.

Cette présence dominante dans la fiction se répercute bien entendu dans les comics aussi (voilà, on y revient enfin). En fait déjà en 1940 Superman partageait la vedette avec le Père Noël, dans une sombre histoire de kidnapping. Depuis il y a eu des histoires plus ou moins connus, de Batman Noël de Lee Bermejo, réécriture de A Christmas Carol, sans doute l’une des plus célèbres, à de plus obscurs comme Ambush Bug Stocking Stuffer. Cette dernière que je ne peux que vous conseiller tant il s’agit d’un trip acidulé totalement délirant, du personnage DC qui brisait déjà le quatrième mur bien des années avant Deadpool et ne parlons même pas d’Harley Quinn (mais on reparlera peut-être de lui dans le futur). L’histoire que je m’apprête à vous conter fait, elle, partie de la seconde catégorie et pourtant elle a tout d’une grande.

Maintenant asseyez-vous donc au coin du feu (un fire.gif peut fonctionner dans le cas échéant) et laissez-moi vous conter cette incroyable histoire de Noël. Nous sommes en avril 1974 (comment ça, ce n’est pas Noël ?), Georges Pompidou vient de mourir, Richard Nixon n’a pas encore démissionné et Wally West n’avait encore jamais été tué. En ce mois d’avril sortait Justice League of America #110.

Tout commence par un meurtre

C’était le soir du réveillon de Noël et Batman, ainsi que Superman, attendaient patiemment que leur ami Santa Simpson finisse de se préparer, pour pouvoir aller offrir des cadeaux à de jeunes orphelins. Mais c’est alors qu’une énorme déflagration s’échappa de la salle de bain. Santa venait d’être assassiné. Les deux justiciers en état de choc devant le corps de leur ami, remarquèrent aussitôt la présence d’une clé et d’un message dans sa main. Pardon ? Comment le message et la clé ont pu arriver dans sa main s’il est mort d’une explosion ? Mais la magie de Noël bien sûr !

(En état de choc je vous dis)

Batman et Superman ne perdirent pas un seul instant et appelèrent tous les membres de la League de disponible. Parce-qu’il faut croire que Batman et Superman ne sont pas suffisant pour traquer un seul meurtrier. Mais, bien entendu, la majorité ne répondit pas présent. Noël ou la justice, il faut choisir. Pendant ce temps notre bon Hal Jordan sortant de la douche, glissa sur du savon et se brisa visiblement la nuque (on a vu des morts plus débiles). Ce fut donc John Stewart qui fut chargé de la corvée de bosser le soir du réveillon. Ce furent donc, finalement, six héros qui se réunirent pour traquer ce vil assassin ; Batman, Superman, Green Lantern, Green Arrow, Black Canary et Red Tornado.

(si seulement tu avais eu du gel douche Hal)

Après d’âpres discussions, se résumant à :

Superman : Attends-toi avec l’uniforme vert, noir et blanc, ainsi que cet anneau vert, qui es-tu ?

Green Lantern : Green Lantern ?

Red Tornado : Green Arrow qu’est ce que Noël ?

Green Arrow : Euh alors comment j’explique l’humanité à une boite de conserve.

Red Tornado : Je vois vous n’arrivez pas à m’expliquer, ça veut dire que vous êtes idiot en fait.

Green Arrow : Pardon ?

Batman : Woh, mais fermez-la.

A la chasse au méchant !

Ils se décidèrent à partir à la chasse de cet assassin.

C’est ensuite grâce au génie de Batman, l’anneau de Lantern et la vitesse de Red Tornado, qu’ils trouvèrent, sans aucun mal, la maison qui correspondait à la clé laissée par le meurtrier. Cependant à peine eurent-ils fait un pas dans cette maison, qu’ils tombèrent tous dans un piège horrible. Un trou. C’était un grand trou. Mais alors qu’ils se trouvaient tous dans ce trou, ils s’aperçurent qu’un soleil leur tombait tout droit dessus ! Comment l’assassin a-t-il fait pour créer un soleil, le cacher, puis après le programmer pour qu’il leur descende dessus quand ils seraient tombés dans le trou ? Mais la magie de Noël, mes bons amis, toujours la magie de Noël. Superman n’écoutant que son courage, fonça sur le soleil et l’explosa. Certains nous expliqueraient sans-doute que la destruction d’un soleil entraînerait des résultats cataclysmiques. Mais, vous ai-je parlé de la magie de Noël ? Et c’est dans cet acte d’altruisme ultime que Superman mourut, près de vingt ans avant son autre mort (et spoiler, comme vingt ans plus tard il n’en pas vraiment mort en fait).

(y a pas à dire, c’est quand même une sale journée)

S’ensuivra un véritable massacre au sein de nos héros. Car oui, quand on y pense ce numéro est un peu slasher. Vous savez ce sous-genre cinématographique où un tueur psychopathe va assassiner un à un des pauvres personnes rarement innocentes. Et d’ailleurs quel film sortait la même année que ce comics ? Black Christmas, un slasher qui se déroule pendant la période de Noël. Coïncidence ? Oui, sans aucun doute. Bref, Black Canary se sacrifiera en contenant du gaz grâce à son cri sonique, pour permettre à ses coéquipiers de s’échapper. C’est aussi dans le même temps que l’on découvrira l’assassin, alias The Key (La Clé dans la langue des Gilets Jaunes) ! Eh oui la clé présente sur le cadavre était en fait un indice.

Mais qui est La Clé ?

Ce super-vilain assez nébuleux était en fait un chimiste qui avait utilisé des produits chimiques pour débloquer certaines parties, normalement inaccessibles, de son cerveau. Grâce à ça il acquit des pouvoirs cosmiques phénoménaux (sans histoire de mouchoir de poche). Eh oui, comme dans Limitless ou Lucy. Quand on vous dit que les comics ont tout inventé. Par contre, désolé de briser les rêves de Luc Besson, mais les êtres humains utilisent 100% de leur cerveau de base (même si je n’en mettrai pas ma main à couper pour Besson, je lui accorde 25%). C’est juste qu’en réalité  on n’utilise pas toute ses zones en même temps et si l’on devait utiliser tout notre cerveau en même temps on finirait sans doute par baver couché sur le sol. Désolé, pas de super-pouvoirs, ni de clé usb.

Donc, ça suffit les digressions, malheureusement après Dinah ce fut au tour de Batman et de Green Arrow de subir la folie du génie criminel La Clé. Les deux héros se firent attaquer et engloutir par des boules de Noël géantes… Quoi ? Les boules de Noël sont dangereuses, c’est un fait. Les chats essayent de nous prévenir depuis des années. Ne restait donc plus que Green Lantern et Red Tornado qui se virent bien vite encercler par une armée de Petits Soldats géants, capable de se peindre en jaune et d’augmenter leur masse. Cependant, une trappe finit par s’ouvrir dans le dos des deux hom… héros.

Nos héros sont-ils tous morts le soir de Noël ?

A ce moment-là, alors que La Clé jubilait déjà de sa victoire sur la Justice League, nous apprenons enfin les raisons de sa haine. Alors qu’il avait été arrêté par la League, après ses précédents méfaits, le criminel avait été condamné à 20 ans de prison. Superman voulait bien, lui, lui faire passer l’éternité dans la Zone Fantôme, mais, pour une raison mystérieuse, le juge a refusé. Une sombre question de procédure apparemment. Cependant avant d’entrer en prison le criminel apprit qu’il était condamné à mourir. Il semblerait que s’asperger de produits chimiques n’est en réalité pas très bon pour la santé, il faudrait peut-être en informer le monde, non ?

CEPENDANT ! Il s’avère que nos héros n’étaient en fait pas morts (si ce n’est Hal Jordan visiblement) ! Phantom Stranger était en fait là depuis le début et il avait sauvé tous les héros de leurs pièges mortels. Comment ? Euh… Mais ni une, ni deux, voilà que La Clé partit tourner des clés, qui enclenchèrent la mise à feu d’un dispositif qui allait raser tout le quartier. Avant de s’échapper par une trappe cachée dans le sol. Eh oui, les héros n’eurent pas les moyens de s’occuper du criminel en fuite, en effet, ils n’étaient que six !

Le temps leur était compté, ils devaient évacuer tous les habitants du quartier, avant la détonation. Ce à quoi nos braves héros parvinrent sans aucun mal, Green Lantern fut même capable de reconstruire instantanément le quartier grâce à son anneau. Oui, apparemment c’est possible maintenant et les bâtiments n’étaient même pas verts. C’est à ce moment-là que nos héros se rendirent compte que Phantom Stranger avait déjà disparu, parce-que pour sauver six personnes il y a du monde, mais tout un quartier là par contre c’est non.

Et c’est ainsi, alors que tout était bien qui finissait bien, nos héros se regroupèrent tous pour apprendre à Red Tornado la véritable signification de Noël en lui offrant un tout nouveau costume cousu par Black Canary elle-même. Quoi ? Comment ça, voir Black Canary coudre est surprenant ? Attendez, il y avait déjà une femme dans le groupe faut pas non plus abuser, un pas à la fois les amis.

Donc que faut-il retenir de cette histoire ?

Déjà il faut se rappeler que les orphelins n’auront jamais leurs cadeaux, ni la visite du Père Noël, il faut aussi se rappeler que Santa Simpson n’aura jamais été vengé, mais de toute façon tout le monde l’a oublié. Mais surtout souvenez-vous qu’il ne faut jamais, je dis bien jamais, laisser de savon par terre dans la salle bain.

Et c’est sur ces mots que nous allons nous laisser. Lisez des histoires de Noël, regarder des films de Noël et goinfrez-vous de ch… Quoi ? Quel rapport entre ma première partie et l’histoire que je viens de raconter ? Je… euh…

 

Joyeux Noël !