Introduction

1. Présentation / Contexte

2. Thème principal

3. Le Joker et Batman Returns

4. Batman après Elfman

4. Batman après Elfman

La relève de Goldenthal

Après ces deux films, Batman a continué ses aventures sans Burton et sans Elfman, même si leur âme sera encore présente et plus ou moins respecté pendant quelques années. Warner avait en effet chargé Joel Schumacher de prendre la relève avec pour objectif de mettre le paquet pour vendre des jouets, et si vous avez marché une fois dans un magasin de jouets ou un Mammouth dans les années 90, vous savez qu’il y en avait effectivement un paquet. Pour la bande-originale, l’affaire fut confiée à Elliot Goldenthal, compositeur entre autres d’Alien 3, Demolition Man, Heat ou Entretien avec un Vampire (avec une nomination aux Oscars à la clé). Ce dernier a beau prétendre depuis tout ce temps qu’il n’avait pas écouté les œuvres de Danny Elfman sur la chauve-souris (comment passer à côté franchement ?) pour ne pas trop se faire influencer, on sent bien que Goldenthal a fait son possible pour ne pas s’éloigner des premiers films avec Batman Forever.

Il utilise le même crescendo mineur/majeur et les leitmotifs, il tente lui aussi les variations des thèmes et des ambiances au sein d’un même morceau, mais le résultat est plus que brouillon. On retrouve aussi une inspiration des maîtres russes comme Prokofiev et Shostakovitch pour le thème de Two-Face par exemple, qui est une valse instable (changeant de temps de façon imprévisible, à l’image de Harvey Dent) qui pourrait venir de la « Danse des Chevaliers » de Roméo et Juliette de l’un comme de la Valse #2 de l’autre. Le Riddler ramène quant à lui la folie du thérémine et les violons joués en pizzicato. Le titre principal est efficace, assumant plus son côté Wagner, et quelques pistes ont du potentiel et sont originales, mais le tout reste confus entre ses inspirations romantiques et jazz (comme si Prokofiev avait travaillé sur le Batman des années 60), et beaucoup trouveront ça même détestable.

Avec Batman et Robin, des défauts se font toujours sentir et il y a des moments bien nuls mais il y a du mieux, avec quelques musiques autour de Robin ou de Mr.Freeze (même si ça ressemble parfois trop à son propre Demolition Man, mais on dira que c’était son style à ce moment) qui fonctionnent. Cependant, Warner n’avait plus aucune confiance : l’OST ne sera jamais éditée et aucune pop star ne sera engagée pour produire une musique de promotion comme l’avait fait Seal, U2 ou Prince.

La série animée Batman : la digne héritière

Le véritable héritage de Burton et Elfman, on peut le trouver quelques années auparavant, juste après la sortie de Batman Returns, avec la série animée Batman de Bruce Timm. C’est un peu de la triche puisque le compositeur va lui-même se charger du thème principal, dérivé de celui du film qu’il avait composé. En réalité, il avait refusé le poste et Timm demanda alors à Shirley Walker, la chef d’orchestre de Batman, de s’y coller, mais Elfman changea d’avis et accepta d’écrire le générique de début et de fin. Quant à la compositrice (qui était aussi réticente jusqu’à découvrir la noirceur du dessin animé), son thème sera utilisé pour la deuxième saison que l’on connaît sous le nom des Aventures de Batman et Robin et elle écrira les musiques de la série avec l’aide de Lolita Ritmanis et Michael McCuistion entre autres.

Et puisque vous m’avez lu jusque là à priori, où vous n’aimez que Batman TAS et je vous respecte, voici le générique de la série en italien. Avec des paroles en italien, oui.

L’œuvre de Walker est phénoménale à bien des égards. On retrouve une série de notes avec deux suites possibles, l’une mélancolique et l’autre plus chevaleresque comme pour l’ancien thème. Ici aussi, on peut y trouver une influence de Richard Wagner, moins populaire que Siegfried : il s’agit de son Faust (07:00).

Si cette série n’avait pas assez de qualités, chaque épisode a sa propre bande-originale et son univers. Tous les méchants ont leur thème, Double-Face et ce bois fantomatique et inquiétant, le Joker et sa musique décalée, Mr.Freeze et son thème aussi glaçant que d’une profonde tristesse, Scarecrow et ses violons stridents et j’en passe. Ces musiques sont d’une véritable richesse en termes de variations et d’instrumentation, et ce n’est pas pour rien qu’elle remporta un Daytime Emmy Award pour la meilleure direction musicale avec l’épisode « Qui Veut la Peau de Bullock ? ». Elle s’occupera avec ses collègues de l’OST de Superman : TAS, des Nouvelles Aventures de Batman et de Batman Beyond (qui lui vaudra un autre Daytime Emmy pour la meilleure composition). On n’oublie évidemment pas l’OST de Batman : le Fantôme Masqué avec son thème chanté par des chœurs déchirants, marquant toute une génération au passage. Shirley Walker est une légende de la musique super-héroïque et nous la regrettons encore aujourd’hui.

Bon, vu que j’ai un peu brisé l’ambiance avec cette solennité, voici le générique italien de Batman Beyond, ou plutôt Batman of the Future, mais suivi de l’original, car on n’a rarement fait mieux dans le domaine.

Hans Zimmer : aller à l’essentiel

Il faudra attendre quelques années pour voir un nouveau film Batman et donc une nouvelle bande-originale. Christopher Nolan se chargea de faire revenir le Chevalier Noir sur le devant de la scène avec Batman Begins et Hans Zimmer de l’OST. On peut dire ce qu’on veut à son sujet, on peut l’aimer ou non, mais son côté efficace et simpliste a bien fonctionné pour ce film. Selon Dan Golding, le thème de Batman serait repris dans son essence, avec seulement deux notes qui reviennent régulièrement dans la composition de Zimmer, l’une en mineur et l’autre en majeur, avec le même intervalle et le même accord que le thème d’Elfman. En tout cas, il a su lui aussi apporter une profondeur à Gotham, à magnifier un Joker déjà magistral avec ses violons à la tension insoutenable ou à rendre épique un Bane soulevant les foules avec des choeurs de voix graves et combattives. D’autres se sont essayé à la tâche de mettre en musique Batman, Nick Arundel et les autres compositeurs des jeux Arkham, Christopher Drake et bien entendu Junkie XL, mais leur lien avec l’œuvre d’Elfman est moins prononcée, j’ai moins de choses à dire à leur sujet (à part qu’elles sont de très bonnes facture) et cet article est déjà bien assez long.

Voilà, tout n’est que tromperie, trahison, disgrâce. Mais encore une fois, cette bande son est tellement décisive dans l’imaginaire super-héroïque du public qu’on ne peut qu’accepter toutes ces influences que Danny Elfman a pioché pour en faire sa propre personnalité à la manière d’un Tarantino musical (ou d’un John Williams d’ailleurs, car si vous aimez pas ce genre d’hommage, me lancez pas sur Star Wars).

Il est un fan de musique de film, comme nous, avant d’être un compositeur, qui n’a pas eu de formation à la musique d’orchestre et qui a su apprendre des maîtres du genre pour les rejoindre. Il y imprègne tout de même son style très reconnaissable et le tout forme une œuvre unique et riche, racontant une histoire, posant l’ambiance de Gotham et approfondissant bien plus le personnage de Batman que ne le fait tout le film de Tim Burton.