Introduction

1. Présentation / Contexte

2. Thème principal

3. Le Joker et Batman Returns

4. Batman après Elfman

2. Thème principal

Alors, où Danny Elfman s’est-il réfugié pour sortir l’OST de sa vie, celle que beaucoup considère comme son chef d’œuvre, tandis que lui la trouve surestimé ? Pour qu’elle soit réellement réussie, il fallait que ça colle soit avec l’univers de Batman, soit avec celui de Burton. Il fallait que ses musiques accompagnent le Chevalier Noir, héroïque et sombre, dans cette Gotham au style gothique et qui rappelle l’expressionnisme allemand. Ce mouvement existe musicalement, même s’il n’est pas autant resté dans notre imaginaire que la peinture ou le cinéma, et ni dans celui d’Elfman car on y retrouve aucune influence à priori. Cependant, on peut remonter plus loin et découvrir quelques similitudes avec un compositeur allemand : Richard Wagner.

Siegfried, la source de l’héroïsme

Pour son thème principal, Elfman propose un crescendo en mineur pour terminer avec une descente en majeur, beaucoup y voient alors une dualité entre Batman et Bruce Wayne ou entre le bien et le mal, alors qu’on peut aussi y voir une mélancolie qui pousse à l’héroïsme. Dans tous les cas, ces notes habillent parfaitement notre chauve-souris, comme d’autres l’auront vite compris (là aussi nous y reviendrons), surtout lorsqu’elle continue dans une sorte de chevauchée qui donne tout son sens au terme de Dark Knight. On retrouve les mêmes notes dans un autre arrangement, mais procurant le même effet dans l’opéra der Ring des Nibelungen de Wagner, et plus particulièrement dans le thème de Siegfried (4:32), mais les notes graves qui préludent celui de Batman sont également dans l’Ouverture (2:37).

Cette montée est également perceptible chez Schönberg, à moindre mesure (1:41), mais bizarrement, on entend assez distinctement le thème du Chevalier Noir dans une musique portugaise de Ruy Coelho (7:00), dont l’influence sur Elfman est tout de même moins probable. Par contre, il y en a une qui est très claire et parfaitement assumée par notre compositeur , et il s’agit bien sûr de Bernard Herrmann.

Le Maître Herrmann

Bernard Herrmann était lui aussi compositeur ayant beaucoup travaillé pour l’industrie du cinéma. Légende de ce métier, il a souvent offert ses talents à Alfred Hitchcock, sa musique sombre, mystérieuse et usant sans cesse du leitmotiv accompagnant les images du réalisateur anglais dans ses films les plus célèbres tels que La Mort aux Trousses, L’Homme qui en savait trop, Sueurs Froides et peut-être son travail le plus connu, Psychose. Ce chef d’orchestre américain a commencé à composer pour des films avec nul autre qu’Orson Welles pour un certain Citizen Kane et finira sa carrière avec Taxi Driver et Obsession, avec entre temps quelques travaux cultes comme La Quatrième Dimension, Twisted Nerve, The Day the Earth Stood Still de Robert Wise (qui fut la première fois que Danny Elfman âgé alors de 11 ans fut réellement marqué par la musique d’un film), Le 7e Voyage de Sinbad, Les Nerfs à Vif de J. Lee Thompson et Voyage au Centre de la Terre de Henry Levin, qui sera le plus important de tous. Dire qu’il est d’une grande influence pour tous les compositeurs modernes serait un euphémisme, mais cela se voit plus chez certains comme Danny, qui s’est réfugié dans son génie pour chercher le sérieux et le mystère qui lui manquait pour ce job et l’inclure dans son propre style, plus tragi-comique.

Il est l’inspiration première d’Elfman, et l’un de ses principaux héritiers musicalement. Danny reprend la même orchestration excentrique que ce soit pour l’utilisation des cordes et des cuivres mais pour ce goût pour les instruments originaux qui apporteront de l’ambition dans ses musiques, mais aussi ce côté noir et mystérieux qu’il a entendu dans tant de films. Danny aura même l’occasion de lui rendre un plus grand hommage que ne l’est déjà Batman en ré-orchestrant la soundtrack de Psychose pour le remake de Gus Van Sant de 1998. Si on écoute « Mountain Top » de Voyage au Centre de la Terre (0:42), on retrouve beaucoup (beaucoup) de similarités avec celle du thème de Batman, réarrangé pour encore mieux coller avec l’univers de notre justicier masqué. Il ira d’ailleurs chercher l’inspiration chez son modèle à d’autres reprises, comme pour Edward aux Mains d’Argent qui s’inspire de Fahrenheit 451 et Mars Attacks! qui est proche de la parodie du Jour où la Terre s’arrêta avec notamment l’utilisation de thérémine (oui, c’est l’instrument pour faire les musiques d’aliens).

Vertigo

Danny Elfman reprend la bande-originale de Vertigo (Sueurs Froides en VF) à plusieurs reprises. Herrmann a d’ailleurs pas mal pioché dans Tristan et Iseult de Wagner pour cette OST, comme quoi, tout se recoupe. Le morceau « The Bay » utilise le même crescendo mais en donnant un sentiment plus romantique. La seconde partie de la musique (1:02) sera quant à elle en partie repris dans Batman Returns pour le fabuleux thème du Pingouin (2:25). Le second titre s’intitule « The Tower » et rappelle la musique « First Confrontation » (à partir de 4:25 pour The Tower avec un petit clin d’oeil à 6:00 ; dès l’intro pour First Confrontation). On y retrouve quelques utilisations des violons et des cuivres qu’Elfman use dans son travail, dans ce même morceau (de 3:35 à 3:55) comme dans « Up The Cathedral » très réminiscent de Vertigo à plusieurs passages (1:45 et 2:26 notamment), et on peut aussi noter une ressemblance avec le style de Prokofiev, voire de Franz Waxman.

Christopher Young, la polémique

Il existe un autre élève spirituel de Herrmann, Christopher Young, qui a un style très proche de celui d’Elfman pour cette raison. C’est d’ailleurs lui qui a remplacé Danny sur l’OST de Spider-Man 3 par Sam Raimi après qu’il se soit embrouillé avec le réalisateur et arrêta de travailler avec lui durant le deuxième volet de l’araignée sympa du quartier. Il se trouve – pour une raison ou une autre, je vous laisse faire votre jugement – que Young ait composé pour un film sorti un an avant Batman et qui partage un thème quasi-identique, je veux parler de l’OST de Hellraiser 2 : Hellbound. Il s’agit probablement plus d’une volonté de faire du Herrmann avec un leitmotiv, un thème récurrent centré sur un personnage, qu’un plagiat d’un autre film sorti presque en même temps, mais il fallait noter cette ressemblance frappante qui a fait beaucoup de mal à sa réputation.

Certains ont en effet émis la rumeur selon laquelle Elfman ne manquait pas autant d’entraînement qu’on le disait et qu’il avait pris un cours auprès de Young, niant sa capacité à réécrire ce qu’il avait entendu dans les films qu’il a visionné dans sa jeunesse. Elfman a répondu publiquement qu’il n’avait pas étudié avec lui, que son ami et soutien Steve Bartek n’avait pas fait le conservatoire et que Danny et Shirley Walker (sa chef d’orchestre et future compositrice de Batman : TAS, mais on y reviendra, encore) étaient auto-didactes, déclarant que ses détracteurs n’étaient que des élitistes n’acceptant pas qu’il ait du succès sans avoir fait autant d’études qu’eux et qu’on ne s’attend pas qu’un auteur ait besoin d’étudier la littérature pour pouvoir écrire. Sa réputation fut tout de même ternie, arguant qu’il n’est qu’un musicien de rock et qu’il s’est largement reposé sur l’aide de Bartek et Walker, et finira par s’embellir au fur et à mesure de ses compositions réputées et à l’efficacité indéniable.