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Dossier – Danny Elfman : Sur les traces du thème de Batman

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Sommaire
Batman Danny Elfman

En plus des 80 ans du Chevalier Noir, nous avons fêté en septembre dernier les 30 ans du film Batman de Tim Burton qui a relancé un énorme engouement pour le personnage à l’époque. Un gros article sur la production de cette œuvre culte est d’ailleurs sorti pour cet anniversaire, mais j’aimerais vous proposer un article annexe sur un élément des plus importants du succès de ce Batman : la musique de Danny Elfman.

Comment le chanteur d’Oingo Boingo a fini par écrire l’un des thèmes musicaux les plus reconnaissables du cinéma ? Mais surtout, car c’est le vrai sujet de cet article, quelles ont été ses inspirations pour mettre en musique le Chevalier Noir ? Comme vous allez le voir, elles sont multiples et parfois flagrantes, aussi j’aimerais clair sur le fait que le but n’est pas de dénoncer Danny Elfman pour un quelconque plagiat, n’étant pas à l’abri de cryptomnésie ou de simples citations, mais bien de voir quels ont été ses influences et ses hommages. Nous n’irons que très peu dans les termes techniques, visant tous les publics (et ça m’évitera de dire une connerie n’étant pas le plus grand expert), on préférera laisser cette tâche à deux vidéastes que j’ai découvert grâce à mes recherches et qui en parlent très bien, Tyllou et SillaBO. Cet article n’est pas le moyen le plus pratique pour en parler, mais pour une fois qu’on discute musique sur DC Planet (et depuis le temps que je souhaite en discuter), autant en profiter et je compte sur vous pour avoir des retours dessus.

1. Présentation / Contexte

De la pop à la musique de film

Danny Elfman a en effet commencé sa carrière musicale professionnelle avec un groupe new wave qui sent bon les 80s malgré sa création au début des années 70, Oingo Boingo. Avant cela, il était parti à Paris pour jouer dans une compagnie théâtrale avec son frère, créateur du groupe susnommé par ailleurs. Le futur compositeur avait donc déjà été formé à la musique, en autodidacte certes, et passait son temps au cinéma à écouter les œuvres de ses idoles comme Nino Rota et Bernard Herrman (on y reviendra). Son frère Richard quitta Oingo Boingo pour devenir réalisateur, le cinéma étant une passion pour les deux, et c’est pour lui que Danny composera sa première bande originale.

Les choses sérieuses commencent en 1985, lorsque Tim Burton et Paul Reubens lui demandèrent d’écrire la musique de Pee-Wee’s Big Adventure, à son grand étonnement. Burton était tout aussi inconnu que lui, mais il avait entendu son groupe jouer et s’est dit que Danny Elfman pourrait composer l’OST de Pee-Wee. Avec l’aide de son guitariste et arrangeur Steve Bartek, il envoya un morceau enregistré sur quelques scènes du film et a été pris, même s’il a fallu de son propre aveu que son manager le pousse à l’accepter et vaincre sa peur, lançant ainsi sa carrière et une longue collaboration avec un réalisateur qui semble lui coller à la peau. D’après ses mots, ils ont tous les deux grandi en regardant les films d’horreur des années 60 et 70, Tim adorait Vincent Price et lui Peter Lorre, et cela les a défini, s’amusant à se décrire comme des génies aux âmes torturées et tous les deux incompris, et ça se ressent dans leurs travaux. C’est une véritable cohésion des esprits entre ces deux artistes, et le site Philarmonie de Paris avait eu le mot juste en appelant Danny Elfman l’alter « écho » musical de Tim Burton, même s’il a su se faire un nom en dehors de ses films par la suite.

La proposition

Les deux se retrouveront pour Beetlejuice, véritable lancement de leur carrière et qui a permis d’éviter quelques erreurs (comme écrire la musique juste avec le script) à Danny Elfman pour ce qui allait suivre : Batman. C’est ce qu’il considère encore aujourd’hui comme la composition la plus difficile de sa vie, personne ne voulait de lui excepté Tim Burton, qui n’avait pas assez de poids pour l’imposer. Même s’il s’agissait de sa dixième soundtrack, il n’avait jamais travaillé sur un gros film ou sur quelque chose d’aussi sombre et sérieux, ni sur de l’action. Il était un compositeur de comédie, et malgré le peu de confiance qu’avait le studio, Warner Bros. proposa qu’il collabore avec Prince sur l’OST entière car le producteur Jon Peters voulait quelque chose de pop avec Michael Jackson, Prince ou George Michael. Cela aurait dénaturé son travail et malgré le respect qu’il avait pour l’artiste, Danny a refusé cette offre.

Un mois de regrets plus tard, on le rappela pour qu’il puisse présenter sa démo devant Burton et Peters. Ne savant comment organiser une présentation, Danny avait emmené tous ses enregistrements pleines d’idées folles, ce qui n’était pas très convaincant jusqu’à ce que le réalisateur lui demanda de jouer la marche, en l’occurrence ce qui deviendra le thème principal. Jon Peters semblait enchanté, se levant de sa chaise, annonçant que le film aurait deux soundtracks, celle d’Elfman et celle de Prince, car ce qu’il venait d’entendre était vraiment bien. Et il avait raison puisque sa musique aura marqué les esprits et remportera un Grammy Award. Pour la petite anecdote, il écrivit de nombreux passages de son œuvre sur les toilettes, celle d’un avion plus précisément, où il se cachait pour marmonner les notes qu’il écrivait. Légendaire.

2. Thème principal

Alors, où Danny Elfman s’est-il réfugié pour sortir l’OST de sa vie, celle que beaucoup considère comme son chef d’œuvre, tandis que lui la trouve surestimé ? Pour qu’elle soit réellement réussie, il fallait que ça colle soit avec l’univers de Batman, soit avec celui de Burton. Il fallait que ses musiques accompagnent le Chevalier Noir, héroïque et sombre, dans cette Gotham au style gothique et qui rappelle l’expressionnisme allemand. Ce mouvement existe musicalement, même s’il n’est pas autant resté dans notre imaginaire que la peinture ou le cinéma, et ni dans celui d’Elfman car on y retrouve aucune influence à priori. Cependant, on peut remonter plus loin et découvrir quelques similitudes avec un compositeur allemand : Richard Wagner.

Siegfried, la source de l’héroïsme

Pour son thème principal, Elfman propose un crescendo en mineur pour terminer avec une descente en majeur, beaucoup y voient alors une dualité entre Batman et Bruce Wayne ou entre le bien et le mal, alors qu’on peut aussi y voir une mélancolie qui pousse à l’héroïsme. Dans tous les cas, ces notes habillent parfaitement notre chauve-souris, comme d’autres l’auront vite compris (là aussi nous y reviendrons), surtout lorsqu’elle continue dans une sorte de chevauchée qui donne tout son sens au terme de Dark Knight. On retrouve les mêmes notes dans un autre arrangement, mais procurant le même effet dans l’opéra der Ring des Nibelungen de Wagner, et plus particulièrement dans le thème de Siegfried (4:32), mais les notes graves qui préludent celui de Batman sont également dans l’Ouverture (2:37).

Cette montée est également perceptible chez Schönberg, à moindre mesure (1:41), mais bizarrement, on entend assez distinctement le thème du Chevalier Noir dans une musique portugaise de Ruy Coelho (7:00), dont l’influence sur Elfman est tout de même moins probable. Par contre, il y en a une qui est très claire et parfaitement assumée par notre compositeur , et il s’agit bien sûr de Bernard Herrmann.

Le Maître Herrmann

Bernard Herrmann était lui aussi compositeur ayant beaucoup travaillé pour l’industrie du cinéma. Légende de ce métier, il a souvent offert ses talents à Alfred Hitchcock, sa musique sombre, mystérieuse et usant sans cesse du leitmotiv accompagnant les images du réalisateur anglais dans ses films les plus célèbres tels que La Mort aux Trousses, L’Homme qui en savait trop, Sueurs Froides et peut-être son travail le plus connu, Psychose. Ce chef d’orchestre américain a commencé à composer pour des films avec nul autre qu’Orson Welles pour un certain Citizen Kane et finira sa carrière avec Taxi Driver et Obsession, avec entre temps quelques travaux cultes comme La Quatrième Dimension, Twisted Nerve, The Day the Earth Stood Still de Robert Wise (qui fut la première fois que Danny Elfman âgé alors de 11 ans fut réellement marqué par la musique d’un film), Le 7e Voyage de Sinbad, Les Nerfs à Vif de J. Lee Thompson et Voyage au Centre de la Terre de Henry Levin, qui sera le plus important de tous. Dire qu’il est d’une grande influence pour tous les compositeurs modernes serait un euphémisme, mais cela se voit plus chez certains comme Danny, qui s’est réfugié dans son génie pour chercher le sérieux et le mystère qui lui manquait pour ce job et l’inclure dans son propre style, plus tragi-comique.

Il est l’inspiration première d’Elfman, et l’un de ses principaux héritiers musicalement. Danny reprend la même orchestration excentrique que ce soit pour l’utilisation des cordes et des cuivres mais pour ce goût pour les instruments originaux qui apporteront de l’ambition dans ses musiques, mais aussi ce côté noir et mystérieux qu’il a entendu dans tant de films. Danny aura même l’occasion de lui rendre un plus grand hommage que ne l’est déjà Batman en ré-orchestrant la soundtrack de Psychose pour le remake de Gus Van Sant de 1998. Si on écoute « Mountain Top » de Voyage au Centre de la Terre (0:42), on retrouve beaucoup (beaucoup) de similarités avec celle du thème de Batman, réarrangé pour encore mieux coller avec l’univers de notre justicier masqué. Il ira d’ailleurs chercher l’inspiration chez son modèle à d’autres reprises, comme pour Edward aux Mains d’Argent qui s’inspire de Fahrenheit 451 et Mars Attacks! qui est proche de la parodie du Jour où la Terre s’arrêta avec notamment l’utilisation de thérémine (oui, c’est l’instrument pour faire les musiques d’aliens).

Vertigo

Danny Elfman reprend la bande-originale de Vertigo (Sueurs Froides en VF) à plusieurs reprises. Herrmann a d’ailleurs pas mal pioché dans Tristan et Iseult de Wagner pour cette OST, comme quoi, tout se recoupe. Le morceau « The Bay » utilise le même crescendo mais en donnant un sentiment plus romantique. La seconde partie de la musique (1:02) sera quant à elle en partie repris dans Batman Returns pour le fabuleux thème du Pingouin (2:25). Le second titre s’intitule « The Tower » et rappelle la musique « First Confrontation » (à partir de 4:25 pour The Tower avec un petit clin d’oeil à 6:00 ; dès l’intro pour First Confrontation). On y retrouve quelques utilisations des violons et des cuivres qu’Elfman use dans son travail, dans ce même morceau (de 3:35 à 3:55) comme dans « Up The Cathedral » très réminiscent de Vertigo à plusieurs passages (1:45 et 2:26 notamment), et on peut aussi noter une ressemblance avec le style de Prokofiev, voire de Franz Waxman.

Christopher Young, la polémique

Il existe un autre élève spirituel de Herrmann, Christopher Young, qui a un style très proche de celui d’Elfman pour cette raison. C’est d’ailleurs lui qui a remplacé Danny sur l’OST de Spider-Man 3 par Sam Raimi après qu’il se soit embrouillé avec le réalisateur et arrêta de travailler avec lui durant le deuxième volet de l’araignée sympa du quartier. Il se trouve – pour une raison ou une autre, je vous laisse faire votre jugement – que Young ait composé pour un film sorti un an avant Batman et qui partage un thème quasi-identique, je veux parler de l’OST de Hellraiser 2 : Hellbound. Il s’agit probablement plus d’une volonté de faire du Herrmann avec un leitmotiv, un thème récurrent centré sur un personnage, qu’un plagiat d’un autre film sorti presque en même temps, mais il fallait noter cette ressemblance frappante qui a fait beaucoup de mal à sa réputation.

https://www.youtube.com/watch?v=CBiJUAC1oYE&list=PL7v_KFM4xhO0SoxGw5iE_gCOwFfXt-IZZ

Certains ont en effet émis la rumeur selon laquelle Elfman ne manquait pas autant d’entraînement qu’on le disait et qu’il avait pris un cours auprès de Young, niant sa capacité à réécrire ce qu’il avait entendu dans les films qu’il a visionné dans sa jeunesse. Elfman a répondu publiquement qu’il n’avait pas étudié avec lui, que son ami et soutien Steve Bartek n’avait pas fait le conservatoire et que Danny et Shirley Walker (sa chef d’orchestre et future compositrice de Batman : TAS, mais on y reviendra, encore) étaient auto-didactes, déclarant que ses détracteurs n’étaient que des élitistes n’acceptant pas qu’il ait du succès sans avoir fait autant d’études qu’eux et qu’on ne s’attend pas qu’un auteur ait besoin d’étudier la littérature pour pouvoir écrire. Sa réputation fut tout de même ternie, arguant qu’il n’est qu’un musicien de rock et qu’il s’est largement reposé sur l’aide de Bartek et Walker, et finira par s’embellir au fur et à mesure de ses compositions réputées et à l’efficacité indéniable.

3. Le Joker et Batman Returns

Thèmes mineurs

Pour le reste de son travail sur Batman, le compositeur a encore cherché dans ses souvenirs pour bâtir toutes les ambiances adéquates. Par exemple, on peut clairement reconnaître la chanson « Beautiful Dreamer » de Stephen Foster dans le titre du même nom du score (1:30). Il utilisera finalement une création de Prince pour le « Love Theme », en arrangeant « Scandalous ». Même la musique de la petite publicité du Joker reprend dans les grandes lignes « Holiday Strings » et la réplique improvisée et marmonnée de Jack Nicholson « Hot Time In the Old Town Tonight » vient en fait d’une chanson.

Danser avec la Diable

Pour la célèbre « Waltz of Death » du Clown Prince du Crime, rien n’est aussi évident. Le but était de créer une valse rappelant les musiques de cirque, dans l’orchestration et certaines envolées, et le style romantique à l’instar de Tchaikovski. Une œuvre qui s’en rapprocherait serait alors la valse de La Belle au Bois Dormant du compositeur russe. On extrapole peut-être un peu plus, mais la Mascarade de Khatchatourian partage la même émotion que celle d’Elfman, mais à partir de là, chaque valse pourrait sembler familière.

Batman Returns, le ballet russe

Quelques années plus tard, et avec de l’expérience acquise en chemin, Danny a pu revenir sur le Chevalier Noir avec l’OST de Batman Returns, signant un véritable opéra mélancolique que je trouve personnellement bien supérieur au premier volet (en tant que film et en tant que soundtrack). Plus de leitmotiv, plus de variations et plus personnel, cette seconde OST ressemble plus à du Elfman qu’à du Herrmann, avec des influences moins visibles, mais pas tout le temps. Outre le thème du Pingouin inspiré de Vertigo comme nous l’avons vu plus haut, on pense au compositeur Carl Orff, dont il s’inspire dans l’utilisation des chœurs (ce qui deviendra son propre gimmick). Là encore, pour cette féerie avec une teinte de tristesse, Elfman s’est inspiré de Tchaikovski et son Casse-Noisettes (La « Danse de La Fée Dragée » en l’occurrence), histoire de faire quelque chose qui fasse un peu plus Noël, en ajoutant du célesta (0:45), instrument qu’il a popularisé et qui est une sorte de piano mais qui frappe des lames métalliques, donnant ce son clair et fantaisiste. D’ailleurs cadeau complètement hors-sujet, Casse-Noisettes a aussi inspiré la musique de Stargate.

La dernière partie de « The Rise and Fall From Grace (part 2) » reprend le très célèbre « Andante Con Moto » de l’opéra 100 de Schubert pour y juxtaposer le thème du Pingouin (3:23). Et on repart sur de la musique russe avec Penderecki (qui a aussi fait des musiques plus accessibles dirons-nous, je vous assure) dans la dissonance des cordes grinçantes du morceau « Selina Transforms ».

4. Batman après Elfman

La relève de Goldenthal

Après ces deux films, Batman a continué ses aventures sans Burton et sans Elfman, même si leur âme sera encore présente et plus ou moins respecté pendant quelques années. Warner avait en effet chargé Joel Schumacher de prendre la relève avec pour objectif de mettre le paquet pour vendre des jouets, et si vous avez marché une fois dans un magasin de jouets ou un Mammouth dans les années 90, vous savez qu’il y en avait effectivement un paquet. Pour la bande-originale, l’affaire fut confiée à Elliot Goldenthal, compositeur entre autres d’Alien 3, Demolition Man, Heat ou Entretien avec un Vampire (avec une nomination aux Oscars à la clé). Ce dernier a beau prétendre depuis tout ce temps qu’il n’avait pas écouté les œuvres de Danny Elfman sur la chauve-souris (comment passer à côté franchement ?) pour ne pas trop se faire influencer, on sent bien que Goldenthal a fait son possible pour ne pas s’éloigner des premiers films avec Batman Forever.

Il utilise le même crescendo mineur/majeur et les leitmotifs, il tente lui aussi les variations des thèmes et des ambiances au sein d’un même morceau, mais le résultat est plus que brouillon. On retrouve aussi une inspiration des maîtres russes comme Prokofiev et Shostakovitch pour le thème de Two-Face par exemple, qui est une valse instable (changeant de temps de façon imprévisible, à l’image de Harvey Dent) qui pourrait venir de la « Danse des Chevaliers » de Roméo et Juliette de l’un comme de la Valse #2 de l’autre. Le Riddler ramène quant à lui la folie du thérémine et les violons joués en pizzicato. Le titre principal est efficace, assumant plus son côté Wagner, et quelques pistes ont du potentiel et sont originales, mais le tout reste confus entre ses inspirations romantiques et jazz (comme si Prokofiev avait travaillé sur le Batman des années 60), et beaucoup trouveront ça même détestable.

Avec Batman et Robin, des défauts se font toujours sentir et il y a des moments bien nuls mais il y a du mieux, avec quelques musiques autour de Robin ou de Mr.Freeze (même si ça ressemble parfois trop à son propre Demolition Man, mais on dira que c’était son style à ce moment) qui fonctionnent. Cependant, Warner n’avait plus aucune confiance : l’OST ne sera jamais éditée et aucune pop star ne sera engagée pour produire une musique de promotion comme l’avait fait Seal, U2 ou Prince.

La série animée Batman : la digne héritière

Le véritable héritage de Burton et Elfman, on peut le trouver quelques années auparavant, juste après la sortie de Batman Returns, avec la série animée Batman de Bruce Timm. C’est un peu de la triche puisque le compositeur va lui-même se charger du thème principal, dérivé de celui du film qu’il avait composé. En réalité, il avait refusé le poste et Timm demanda alors à Shirley Walker, la chef d’orchestre de Batman, de s’y coller, mais Elfman changea d’avis et accepta d’écrire le générique de début et de fin. Quant à la compositrice (qui était aussi réticente jusqu’à découvrir la noirceur du dessin animé), son thème sera utilisé pour la deuxième saison que l’on connaît sous le nom des Aventures de Batman et Robin et elle écrira les musiques de la série avec l’aide de Lolita Ritmanis et Michael McCuistion entre autres.

Et puisque vous m’avez lu jusque là à priori, où vous n’aimez que Batman TAS et je vous respecte, voici le générique de la série en italien. Avec des paroles en italien, oui.

L’œuvre de Walker est phénoménale à bien des égards. On retrouve une série de notes avec deux suites possibles, l’une mélancolique et l’autre plus chevaleresque comme pour l’ancien thème. Ici aussi, on peut y trouver une influence de Richard Wagner, moins populaire que Siegfried : il s’agit de son Faust (07:00).

Si cette série n’avait pas assez de qualités, chaque épisode a sa propre bande-originale et son univers. Tous les méchants ont leur thème, Double-Face et ce bois fantomatique et inquiétant, le Joker et sa musique décalée, Mr.Freeze et son thème aussi glaçant que d’une profonde tristesse, Scarecrow et ses violons stridents et j’en passe. Ces musiques sont d’une véritable richesse en termes de variations et d’instrumentation, et ce n’est pas pour rien qu’elle remporta un Daytime Emmy Award pour la meilleure direction musicale avec l’épisode « Qui Veut la Peau de Bullock ? ». Elle s’occupera avec ses collègues de l’OST de Superman : TAS, des Nouvelles Aventures de Batman et de Batman Beyond (qui lui vaudra un autre Daytime Emmy pour la meilleure composition). On n’oublie évidemment pas l’OST de Batman : le Fantôme Masqué avec son thème chanté par des chœurs déchirants, marquant toute une génération au passage. Shirley Walker est une légende de la musique super-héroïque et nous la regrettons encore aujourd’hui.

Bon, vu que j’ai un peu brisé l’ambiance avec cette solennité, voici le générique italien de Batman Beyond, ou plutôt Batman of the Future, mais suivi de l’original, car on n’a rarement fait mieux dans le domaine.

https://www.youtube.com/watch?v=bJqQhqb_VKU

Hans Zimmer : aller à l’essentiel

Il faudra attendre quelques années pour voir un nouveau film Batman et donc une nouvelle bande-originale. Christopher Nolan se chargea de faire revenir le Chevalier Noir sur le devant de la scène avec Batman Begins et Hans Zimmer de l’OST. On peut dire ce qu’on veut à son sujet, on peut l’aimer ou non, mais son côté efficace et simpliste a bien fonctionné pour ce film. Selon Dan Golding, le thème de Batman serait repris dans son essence, avec seulement deux notes qui reviennent régulièrement dans la composition de Zimmer, l’une en mineur et l’autre en majeur, avec le même intervalle et le même accord que le thème d’Elfman. En tout cas, il a su lui aussi apporter une profondeur à Gotham, à magnifier un Joker déjà magistral avec ses violons à la tension insoutenable ou à rendre épique un Bane soulevant les foules avec des choeurs de voix graves et combattives. D’autres se sont essayé à la tâche de mettre en musique Batman, Nick Arundel et les autres compositeurs des jeux Arkham, Christopher Drake et bien entendu Junkie XL, mais leur lien avec l’œuvre d’Elfman est moins prononcée, j’ai moins de choses à dire à leur sujet (à part qu’elles sont de très bonnes facture) et cet article est déjà bien assez long.

Voilà, tout n’est que tromperie, trahison, disgrâce. Mais encore une fois, cette bande son est tellement décisive dans l’imaginaire super-héroïque du public qu’on ne peut qu’accepter toutes ces influences que Danny Elfman a pioché pour en faire sa propre personnalité à la manière d’un Tarantino musical (ou d’un John Williams d’ailleurs, car si vous aimez pas ce genre d’hommage, me lancez pas sur Star Wars).

Il est un fan de musique de film, comme nous, avant d’être un compositeur, qui n’a pas eu de formation à la musique d’orchestre et qui a su apprendre des maîtres du genre pour les rejoindre. Il y imprègne tout de même son style très reconnaissable et le tout forme une œuvre unique et riche, racontant une histoire, posant l’ambiance de Gotham et approfondissant bien plus le personnage de Batman que ne le fait tout le film de Tim Burton.

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