Introduction

I – Columbine, a true american story

II – DC Comics in Crisis

III – Bully : Marvel’s Schorlarship Edition

IV – Le grand tabou

V – Vers l’avenir

IV – Le Grand tabou

Cependant, je ne crois pas en la théorie du « il faut être professeur pour parler des étudiants et de l’école, il faut être noir pour parler de racisme anti-noir, etc… ». Il est possible de parler d’un sujet sans y être personnellement confronté. Alors comment expliquer que ce sujet reste aussi tabou ?

Marvel a fait un premier pas, DC pas encor, en tout cas, pas depuis près de quinze ans. Pourtant, les tueries de masse dans les écoles sont un sujet plus que jamais d’actualité.

Première piste : la question de la légalisation des armes.

Dès qu’une attaque survient, comme les médias l’avaient déjà fait pour Columbine il y a des années, le débat se porte très rapidement sur la possibilité de s’armer facilement en tant que civil. Or, le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique, soit le texte au sommet de la hiérarchie des normes des USA,  reconnait la possibilité pour le peuple américain de constituer une milice « bien organisée » pour contribuer « à la sécurité d’un État libre ». Par conséquent,  tout citoyen américain a le droit de porter des armes.

Le débat fait rage depuis des années, et on pourrait comprendre la volonté des Big Two de ne pas s’en mêler. Plus d’engagement politique, surtout sur un sujet aussi glissant, c’est maintenant la règle.

Néanmoins, constamment déplacer le problème sur la question de l’armement est une erreur, car encor une fois, ce n’est pas la vente d’arme le véritable problème. Comme si les USA refusaient d’être confrontés aux failles de leur système éducatif. La possibilité de se procurer un pistolet ou un fusil accélère le processus certes, permet de conforter le futur tueur dans son idée, là où il pourrait craindre d’être facilement neutralisé avec une simple arme blanche. Mais l’arme n’est pas véritablement la source du problème. Ce n’est pas l’achat de l’arme qui crée l’idée d’une tuerie dans la tête de l’adolescent. Lorsqu’il achète l’arme, il s’est déjà plus ou moins décidé à s’en servir. Le problème est donc avant. C’est le harcèlement constant qui pousse ces élèves à acheter un 9mm et à flinguer à tout va dans leur école.

Supprimer les armes ne changera pas le problème. Au mieux, il le diminuera, et encor, rien n’est moins sûr. En effet, Eric et Dylan, déjà en 1999, créaient des bombes artisanales, alors qu’internet n’était pas aussi développé que maintenant. Aujourd’hui, après une brève recherche sur la toile, n’importe qui peut construire un engin explosif avec des produits du quotidien. Par conséquent, il est probable que les tueries diminuent légèrement, mais que celles-ci fassent plus de morts.

DC et Marvel peuvent très bien traiter de ces massacres en évitant le débat de la légalisation des armes. D’autant que cette question de la prolifération des pistolets, fusils, et mitraillettes, ils en ont en fait déjà parlé par le passé. En 1993, Chuck Dixon écrivait le titre Robin, dont les numéros #25 et suivants traitaient justement de la tension raciale entre les étudiants de l’école de Tim Drake, et de l’armement progressif des élèves. Cette guerre conduisait d’ailleurs directement à la mort d’un des camarade de classe de Robin, lors d’une escarmouche en plein milieu du hall du lycée…

tueries dans les écoles

Seconde piste : le refus de l’autocritique américaine.

Si le problème n’est pas véritablement lié aux armes, il est lié au harcèlement, et le harcèlement n’arrive pas tout seul. Il résulte de la responsabilité de plusieurs personnes. Et ces personnes, il conviendrait alors de les pointer du doigt. Attention, quelque soit leur comportement, cela ne justifie en rien qu’un élève se mette à leur tirer dessus, mais elles restent la cause de cette tragédie.

Alors qui sont-elles ? Les autres élèves, les professeurs, les parents, et quelques tiers. Mais blâmer tout le monde, surtout l’éducation nationale est trop simple, il y a des bons profs, des mauvais profs, d’autant que le métier d’enseignant est complexe, et ne se limite pas à simplement venir dans la classe, donner son cours, et se barrer.

Personne n’est omniscient. Personne ne peut savoir tout ce qui se passe dans une école, et encor moins à l’extérieur de cette dernière. Certes, c’est un fait. Mais les devoirs sont finalement les mêmes pour les enseignants, les élèves, les parents, et même les tiers… Du moment qu’ils sont au courant, ils ne peuvent pas laisser faire, chacun à leur niveau. Si on comprend qu’un élève, bien qu’il ne cautionne pas, ait du mal à intervenir, craignant les foudres des brutes du bahut, il en va de la responsabilité des adultes d’intervenir, qu’ils travaillent dans le cadre de l’école ou non. Bordel, des réflexions assassines, je comprends que les enseignants aient pu ne pas les remarquer, ou ne pas les prendre avec énormément de sérieux, mais une tasse avec de la merde, quand même… Comment des adultes ont-ils pu laisser passer ça ?

Tout cela révèle une nouvelle fois un problème national de gestion du harcèlement.

Par ailleurs, la question des parents reste plus complexe, ceux-ci n’étant pour certains pas au courant de ce qui se passe dans l’enceinte de l’école. Tout le monde a déjà caché des choses à ses parents, et le changement d’attitude de leur enfant peut souvent être mis à raison sur le dos de l’adolescence. D’où la nécessité, même si ce n’est pas toujours facile, de parler à ses gosses.

Trouver des solutions à l’échelle nationale afin de corriger un problème est la tâche souvent ingrate et difficile du gouvernement. Tirer la sonnette d’alarme lorsqu’il y a un problème, problème qui se répand et fait des morts, est la responsabilité de tous. Se voiler la face ou attendre ne changera rien, et le comics, qui a su être si critique à une certaine époque, se doit de prendre le risque de le redevenir.

tueries dans les écoles

Troisième piste : les ventes et la ligne éditoriale.

Est-ce que c’est ce que les lecteurs veulent ? Et est-ce que c’est à nous d’en parler ? Les lecteurs veulent du divertissement, se changer les idées. Ils ne veulent pas vraiment ça…

Qu’est-ce que c’est que ces conneries… Marvel a été acclamée pour avoir fait le premier pas, DC se doit de s’y mettre aussi. L’éditeur semble avec certaines de ses dernières sorties comme Heroes in Crisis vouloir revenir à quelque chose de plus « réaliste », avec des héros dépressifs et abattus. Vous voulez quelque chose de sombre et réaliste ? J’ai un Master 2 en Sciences criminelles, et je peux vous le dire, rien ne sera jamais plus sombre que la réalité, parce qu’elle est palpable, parce qu’elle nous pousse à nous questionner sur ce que nous sommes.

Kendrick Castillo. Joshua Jones. Brendon Bialy. Trois noms en allitérations, comme les héros de comics. Lors de la tuerie de Highlands Ranch STEM, au Colorado, ces trois adolescents ont décidé de faire face au tueur et tenter de l’arrêter. Ils n’ont pas tous survécu. Joshua Jones a été interviewé par ABC un peu plus tard. Son regard en dit long. Il semble étrangement calme, mais ne l’est pas du tout. Il fixe un point, car s’il détourne d’un centimètre le regard, il sait que le masque va se briser. Sa voix déraille quand il commence à parler de son pote qu’il a vu se vider de son sang, et avec qui il est resté jusqu’à la fin. Facile de comprendre qu’il ne s’en remettra véritablement jamais.

 Le présentateur lui demande alors si avec toutes ces tueries qui arrivent aux USA, il y avait déjà pensé avant ça, s’il s’était préparé à une telle possibilité. Le jeune homme lui répond que ça arrive tellement souvent qu’il est impossible de ne pas y penser, mais qu’il n’avait jamais réfléchi à la manière dont il réagirait dans cette situation.

Malheureusement, comme bien des choses dans la vie, ça arrive souvent aux autres, jusqu’à ce que ça vous arrive.

tueries dans les écoles
De gauche à droite : Joshua Jones. Kendrick Castillo (décédé). Brendon Bialy

La jeunesse américaine vit dans une époque où aller à l’école, n’est plus juste barbant. Non, elle vit dans une époque où aller à l’école revient à jouer à la grande loterie. Peut être que vous aurez une scolarité classique, mais n’oubliez pas que Robert a la main rapide, et qu’un de ces jours, il y a une possibilité qu’il vienne pour vous, et si c’est le cas, dommage.

Cette jeunesse, il est nécessaire de lui parler, notamment après ce genre d’incident, pour qu’elle se sente soutenue, et des personnages, même fictifs, peuvent jouer ce rôle. Un rôle libérateur. Ce n’est certes pas la vraie vie, ce ne sont que des héros en collants totalement fictifs, mais certains y accordent de l’importance, et c’est ce qui au final compte. Pour certains, Superman et Spider-Man sont quelques parts réels.

De plus, ce n’est pas qu’après qu’il faut en parler, mais aussi avant. Ces jeunes vivent dans un climat de tension permanent, essayant de se convaincre que ça ne va pas arriver, et même leurs parents peuvent difficilement les rassurer, tout simplement car eux aussi partagent cette peur. Comment aborder le sujet avec ses parents ou avec ses enfants ? Dire que ça ne va pas arriver est un mensonge, car il est impossible de savoir. Hormis leur dire de signaler tout harcèlement afin d’éviter qu’un élève craque, il n’y a rien à faire à leur échelle. Une psychologue qui explique à Miles Morales que c’est normal d’avoir peur, ça ne changera pas le monde, et ça n’arrêtera pas les balles quand elles commenceront à pleuvoir, mais rien qu’exprimer ce droit d’avoir peur est libérateur.

Quant aux victimes de harcèlement, devenues par la suite des tueurs de masse, le profil type qui a su s’imposer et se confirmer au fil des années est celui de l’adolescent masculin de 17 ans. Cela veut dire une chose : leurs études étaient quasiment finies, et que souvent, cela s’est donc joué à peu. Eric Harris et Dylan Klebold auraient tenu encor deux trois mois, et c’en était fini du lycée, des brutes, et du harcèlement. Ils auraient eu leur diplôme, se seraient cassés de là en conservant tout de même une certaine amertume vis-à-vis de ces années difficiles, mais auraient sans doute fini par relativiser.

Ces gosses avaient des rêves, des ambitions, et du talent, et personne ne nait avec le rêve de devenir tueur de masse.

Qui plus est, et sans rentrer dans des amalgames, lire des comics à 17 ans, ce n’est certainement pas un truc cool. Je peux me tromper, et l’école a pu changer depuis quelques années, ou l’école est peut être totalement différente aux USA, mais je vois mal Brandon, capitaine de l’équipe de foot de l’école, lire avec sa copine Tiffany, le dernier numéro de Dectective Comics. Du peu que j’en sache, le lycéen type qui lit des comics est plus proche du club de jeux de rôle, d’échec ou quoi que ce soit d’autres, que des jocks et autres élèves populaires. Pour résumer crûment, il est en bas de la chaîne alimentaire scolaire, et a donc plus de chance d’être victime de harcèlement, et par conséquent de craquer.

Les preps sont les gosses de riche pour ceux qui se demandent.

Peter Parker a été un outsider victime de harcèlement, mais maintenant, il est nécessaire de trouver d’autres héros, peu importe la maison d’édition, qui parlent aux élèves, qui leur permettent de s’évader, et leur expliquent que tout va s’arranger. Faire cela ne changera jamais le monde, n’arrêtera jamais le harcèlement, mais si ça permet à un gamin de ne pas péter un câble, alors le pari sera réussi.  Quand viendra le moment de constat, il n’y aura pas de : « On a juste évité un seul suicide et deux meurtres ». Trois vies auront été sauvées, et ce sera un constat suffisant.