Si les années 2000 voient une partie des programmes télévisuels tenter de conquérir la « communauté geek », les studios se contentent généralement d’adaptations plus ou moins officielles de comics sur petit écran. Ainsi, parmi les plus marquantes, Smalville, dépeignant la jeunesse de Superman dans sa petite bourgade américaine, débute en 2001, puis en 2006, débarque Heroes (c’est X-Men, mais pas vraiment, mais un peu quand même). Cependant, si les showrunners se concurrencent pour faire arriver à la télévision des  personnages d’une culture très longtemps dénigrée, certains se disent que c’est au tour du geek lui-même de devenir le héros. De cette idée, naîtra sur la NBC, Chuck.

Converse in Crisis

En 2006, le troisième opus de la trilogie X-Men vient de se terminer, trilogie ayant rencontré un succès critique et commercial quoique son dernier opus ait divisé -même schéma pour la trilogie Spider-Man de Raimi à la même période-. Les comics n’appartiennent plus à une sous-culture aussi moquée qu’auparavant, les mentalités sont en train de changer positivement, mais la culture geek n’est pas non plus autant acceptée qu’à l’heure actuelle. Si à l’époque, dire que vous aimiez les aventures de cinq demi-losers intergalactiques dont un raton laveur et une plante verte vous faisait automatiquement passer pour l’enfant attardé du game, aujourd’hui, vous pouvez réussir à draguer une fille rien qu’en disant que Bébé Groot, il est trop mignon (true story, je l’ai vu). Ahhhh le bon vieux temps…

En 2007, Josh Schwartz et Chris Fedak se réunissent sur un projet de série télévisée qu’ils envisagent comme un mix entre The Office, 24 heures Chrono, et Alias. L’idée est simple, faire en sorte que le spectateur s’attache à des employés classiques de bureau, qui n’auraient normalement pu occuper une place de premier plan, et faire débarquer dans leur monde des personnages quant à eux extraordinaires. Chuck Bartowski, geek assez timide, travaille comme conseiller clientèle/réparateur au Buy More, magasin vendant des appareils divers et variés. Ayant du mal à oublier son ex, et s’étant fait injustement virer de la fac à cause de son camarade de chambre Bryce Larkin, ce dernier l’ayant fait accuser de fraude, il partage maintenant une collocation avec Morgan Grimes, adulte au grand cœur, mais qui refuse de grandir. Tandis que sa sœur et son beau frère, tout deux médecins, avancent dans la vie, Chuck est un peu perdu. Seulement, tout bascule quand Bryce se révèle  être un espion, et avant de mourir, télécharge dans la mémoire du jeune homme l’Intersect, une banque de donnée regroupant, en plus de secrets sur les plus grands criminels de la planète, un inventaire d’habilités comme le combat, la danse, etc…  Sarah Walker et John Casey, deux espions issus d’agences gouvernementales différentes, vont alors être envoyés afin de s’occuper du problème. Voilà où tout commence.

La série rencontre un succès critique et commercial, et lance notamment les carrières de Zachary Levi, d’Yvonne Strahoski, et de Matt Bomer, tout en réunissant un certain nombre d’invités assez prestigieux au fil des saisons tels que Timothy Dalton ou Linda Hamilton.

« – Quel est le meilleur auteur de comics ?
– Brian K. Vaughan ! »

Un entretien d’embauche comme les autres

S’il est très vite acté que Chuck et Morgan sont fans de comics, un lien assez particulier unit la série et DC Comics. Premièrement, au travers des comics eux-mêmes. Etant des collectionneurs, les murs de leur appartement sont tapissés de comics encadrés. On pourra y trouver du Titans, avec la variant cover du numéro #1 dessinée par Ethan Van Sciver, mais aussi du Vertigo, entre Y : The Last Man dont un poster géant surplombe le lit de notre héros, et Ex Machina. Mais la série ne fait pas que balancer des références culturelles, non, elle les utilise pour servir son scénario, et c’est là que le tout devient encor plus appréciable.

Ayant l’habitude de lire des bandes-dessinées, et étant constamment surveillé, Chuck utilise par exemple le numéro #39 de Ex Machina (Wildstorm), pour planquer le manuel d’utilisation de l’Intersect, échappant ainsi au contrôle des autorités. Dans l’épisode 6 de la saison 3, le comics est montré comme un moyen de sociabilisation, lorsqu’il est question d’approcher une cible et de nouer des liens avec elle. Il fait partie d’une culture partagée par un bon nombre d’individus. Le comics rapproche, et n’est pas dénigré. En lire et les aimer n’a rien d’honteux et d’enfantin, et c’est ce traitement qui séduira une bonne partie du public. Apprécier tout ce pan de la popculture devient « acceptable », même sorti des grands piliers du genre tels que Batman ou Spider-Man. Être geek devient presque cool. Qui plus est, exactement la même année que Chuck, et quoiqu’on en pense, The Big Bang Theory rendra progressivement  le fait d’être carrément un nerd, presque mignon aux yeux du grand public. Les audiences parlent d’elles-mêmes.

Il est cependant intéressant de comparer les deux séries, jouant sur la même idée de base en mettant en scène des anti-héros, mais s’opposant dans leur développement. Si The Big Bang Theory choisit la voie des personnages clichés qui vont devoir évoluer, se mettant de ce fait à dos une partie de la communauté geek, y voyant une sorte de dénigrement à son encontre, Chuck est quant à lui loin d’être aussi caricatural, cachant derrière sa timidité, un véritable héros. Le héros qu’on voudrait tous être.

Guys, I know comics

Par ailleurs, le lien entre Chuck et DC ne s’arrête pas là. En effet, en 2008, Peter Johnson et Zev Borow, accompagnés de Jeremy Haun et Phil Noto aux dessins, sont chargés de la création d’un comics basé sur la série, le tout publié sous le label Wildstorm. Dès le début du projet, leurs objectifs sont clairs. Comme ils le diront en interview :

«Comme nous pouvons faire absolument n’importe quoi dans une bande dessinée, nous allons sortir Chuck Bartowski des limites du magasin Buy More et lui faire vivre de folles aventures d’espionnage à la James Bond. Le premier numéro est centré sur un complot qui place Chuck au cœur de la dangereuse prison de haute technologie Supermax à Tokyo, dans laquelle il affrontera tous les méchants qu’il a aidé à mettre au placard dans la série. Nous l’enverrons également à Rio et à Moscou. C’est ce qui se produirait si Chuck était un blockbuster hollywoodien de 300 millions de dollars » expliquait Johnson.

Alors qu’est-ce que ça vaut ? Eh bien c’est plutôt réussi. Visuellement, le comics s’en tire honorablement, et scénaristiquement, les auteurs s’acquittent de la promesse qu’ils avaient faite. Derrière ce qui pourrait s’avérer n’être qu’un simple produit commercial, il en ressort une histoire inventée par des fans, pour des fans, parsemée de références assez bien pensées, comme celle à Mr Roboto, musique reprise par le fameux groupe Jeffster. Les numéros se permettent même d’avoir des back-up assez amusants mettant en scène Captain Awesome et ses conseils pour devenir aussi incroyable que lui. Bien entendu, le support comics n’ayant comme limite que l’imagination de ses auteurs, cette histoire, dans un souci de cohérence globale, ne peut être canon –on parle tout de même de sauver Obama-, mais reste agréable à suivre. Autant dire que si vous êtes fans, vous pouvez vous laisser tenter.

En bref, Chuck et les comics, c’est une grande histoire d’amour, et si vous ne vous êtes jamais lancés dans l’aventure, je ne saurais trop vous conseiller de vous y mettre.

PS : Faites gaffe à Irène Demova.

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Madeath
Madeath

Très surpris mais très content de voir un article parlant de Chuck sur DCPlanet. Cette série est juste ma préférée, 5 saisons de rire, de larmes, de personnages tellement attachants et drôle. Et des intrigues avec des enjeux parfois très importants. Tous les styles sont réunis dans cette magnifique série. Effectivement c’est a voir et a revoir !