Ahhh le cosplay… Vaste sujet, surtout lorsqu’il est laissé entre les mains d’un sale gosse sarcastique de 22 ans. Des conventions, j’en ai fait, vous aussi, mais même dans le cas contraire, il est peu probable que vous soyez passés à côté de ce phénomène. Des adultes comme des enfants déguisés en leurs personnages favoris, prenant la pose au détour des allées d’un salon, ou montant carrément sur scène pour effectuer une prestation/mini-spectacle. Il va sans dire que cette pratique polarise les avis, pouvant se répartir en plusieurs grandes catégories, pas obligatoirement exclusives les unes des autres, soit :

1 – « C’est un art, une passion ! »
2 – « Il faut bien que les gens s’amusent !»
3 – « Mais bordel, c’est quand même un peu une bande d’attardés, il serait temps de grandir ! »
4 – « Toutes des putes, sauf maman ! »

Cependant, si certains s’offusquent déjà, il est nécessaire d’aller plus loin, car dans chaque opinion, aussi extrême qu’elle soit, se cache une certaine part de vérité. Aujourd’hui, nous tentons dans une nouvelle chronique de déceler le vrai du faux. C’est parti pour un nouveau numéro de DCP Investigation !

« Au bal masqué ohé ohé ! » – Slipknot

Si le carnaval de Venise date du Moyen-âge, il n’est pas le seul événement durant lequel, autour du globe, les gens sortent déguisés pour faire la fête. Rio en est un exemple. La pratique consistant à se déguiser en un personnage apprécié, reste d’ailleurs présente dans des célébrations de moindre mesure. En France, hors conventions, cent jours avant le bac, les étudiants participent au monôme, qui lui non plus n’est pas particulièrement récent, le premier remontant à 1836. Alors qu’est-ce qui pose problème avec le « cosplay », contraction de « costume » et « play » – jouer – ? Le fait que la plupart des personnages incarnés soient issus d’autres cultures, majoritairement américaine ou asiatique ? Possible, mais trop simpliste. Le fait qu’ils soient tirés de mangas, comics ou jeux-vidéo, ayant la réputation d’être des divertissements réservés aux enfants, même si les mentalités changent peu à peu ? Cette deuxième possibilité est sans doute plus probable.

Néanmoins, pour répondre à certaines critiques, si le cosplay est une passion qui peut sembler un peu étrange de prime abord, il n’est, analysé pragmatiquement, qu’un regroupement d’individus déguisés à l’occasion d’un événement, chose qui se fait donc depuis des siècles.  Bien entendu, il est évident que sorti de ce cadre, croiser un individu habillé en Batman ou en Flash dans la rue, et cela pour aucune occasion particulière, serait tout de même extrêmement étrange, que l’on soit ouvert d’esprit ou non. Mais ce n’est pas ici le cas, puisque les gens se réunissent soit lors d’un événement ou d’un shooting photos. Par conséquent, rien de particulièrement déroutant.

Ma seule et unique visite du Carnaval de Venise

« Plus qu’une passion, le cosplay, c’est un art ! ».

Doucement,  Jean-Jean, prends un thé, calme-toi. Non pas que cette affirmation soit fausse en elle-même, mais il reste nécessaire de la relativiser, car si certains peuvent prétendre faire passer le cosplay au rang d’art, il ne suffit pas d’acheter une cagoule Deadpool à 10€ sur internet pour y arriver.

Deux écoles s’opposent : celle de l’achat sur internet/magasin traditionnels, et celle de la fabrication artisanale – le mot « amateur » convient aussi, mais peut parfois avoir un sens péjoratif, ce qui n’est pas le cas ici-. Pour cette seconde catégorie, effectivement, il est possible de voir certaines choses assez impressionnantes, qu’elles soient réalisées par des personnes ayant déjà une formation en couture, modélisme, etc… ou non. Beaucoup apprennent sur le tas, et s’améliorent au fil des années. Si les armes et armures sont les pièces généralement les plus marquantes, les talents en matière de couture de  certains rivalisent parfois avec ceux de professionnels, et ça, ce n’est pas rien, sans parler du temps investi pour arriver à ce résultat.

Et puis vient la seconde partie. En effet, si fabriquer et porter un costume est une chose, une partie de la communauté cosplay participe également à des prestations sur scène, se révélant être plus qu’un défilé. Une sorte de mini spectacle où il leur est demandé d’incarner leur personnage. Et c’est là que le côté « play », de « cosplay » intervient pleinement. En février 2019,  un ami, membre de l’organisation Anim’Est, très agréable convention se déroulant chaque année à Nancy, m’a invité à la Japan Expo Sud, où j’ai eu l’occasion d’assister aux sélections françaises du World Cosplay Summit. Lorsque j’ai franchi la porte de la salle de spectacle, il est nécessaire d’avouer que je craignais un peu le niveau de malaise auquel j’allais devoir me confronter. Un type habillé en archer japonais était assis à côté de moi, et à tout moment, je craignais de lui dérober l’arme et de faire une connerie. Puis les lumières se sont éteintes, et ça a commencé.

Pour être honnête, même si le tout n’était vraiment pas mon truc, force est de constater que le show n’était pas déplaisant non plus. Bien entendu, c’est particulier, et par moment, même si les performances sont recherchées, les œuvres dont elles sont tirées peuvent créer un sentiment d’incompréhension totale pour un non connaisseur. Si j’ai sans doute lu plus de mangas que de comics dans ma vie, un shonen tel que Pandora Hearts ne m’a par exemple jamais attiré. Ainsi, voir quelqu’un habillé en chat tourner autour d’une boite avec de la musique en fond restait étrange, ne comprenant pas où il voulait en venir. Si je n’ai évidemment rien compris, il faut reconnaître que les compétiteurs s’étaient tout de même creusés la tête pour proposer pas mal d’autres choses niveau mise en scène. En regardant à droite et à gauche, et en entendant le tonnerre d’applaudissements, j’ai compris que le public, qui, quant à lui, avait pigé ce qu’il venait de se passer, en était arrivé à la même conclusion.

Les gens s’amusent, et c’est sans doute le principal. J’ai pu voir des parents déguisés amener leurs enfants, et partager un moment avec eux, ce qui fait toujours une sortie plutôt agréable et originale en famille. Quant aux autres adultes déguisés, si certains pourraient leur reprocher de ne pas grandir, encor une fois, chacun son délire. Du moment qu’ils s’amusent et ne font de mal à personne, il n’y a pas véritablement de problème. Certains considèrent bien que lire des comics, des mangas, jouer à des jeux-vidéo, ou regarder des dessins-animés est un truc d’adolescent attardé. La véritable grande différence, c’est qu’ici, les gens sortent, et se dévoilent pour vivre leur passion.

Règlement de comptes à Cosplay Corral

Si au final, tout ce qui est ci-dessus est plutôt en faveur du cosplay et de sa communauté, cette chronique se veut honnête, et tout n’est pas joli non plus dans ce merveilleux petit monde.  Si tout peut paraître innocent, le cancer de cette communauté, et une partie de sa mauvaise image auprès du grand public, vient sans doute aussi de la sexualisation qui l’entoure.

Comprenez-moi bien, certains personnages, notamment du côté comics, sont naturellement sexualisés. Cependant, si cet état de fait est une réalité, leur utilisation par certains, afin de titiller la libido et/ou obtenir de l’attention en est une autre. Combien d’instagrameuses se servent de cela pour recevoir des dons et augmenter leur nombre d’abonnés ? Amouranth n’est que la porte étendard de ce phénomène. Et dans le cadre des conventions, ne soyons pas stupides non plus, sous couvert d’un cosplay Mileena de Mortal Kombat, certaines sautent sur l’occasion pour se balader à demi-nue, histoire de flatter leur ego. Vous l’avez forcément aperçu, et à un moment donné, même si vous pratiquez le cosplay, vous vous êtes dit : « Là, c’est quand même plus que limite ! ». Il serait nécessaire de se rappeler qu’une convention se déroule dans un lieu public, ou privé, occupé par du public. Ainsi, afin d’endiguer ce phénomène, certains événements refusent l’entrée au cosplayeur/euse trop dénudés.

J’aurais pu mettre une photo d’Amouranth, mais : 1) Ça aurait gueulé parce qu’on est un site tout public 2) J’aurais du lui demander la permission pour mettre une photo d’elle en lui expliquant que j’en avais besoin pour imager ce qu’était une tchoin, ce qui lui aurait sans doute fortement déplu.

Enfin, si tout le monde connait les fameux « mon corps m’appartient » et « ce sont des adultes majeurs et vaccinés, ils font ce qu’ils veulent », il convient d’aborder la question des mineurs. Peut être que malgré ma vingtaine d’années au compteur, je suis déjà un vieux con conservateur -qui sait ?-, mais des gamines de quatorze piges en Harley Quinn façon Suicide Squad, avec un short extra short dont même Margot Robbie se plaignait durant le tournage, c’est non. Encor une fois, et comme ça l’est généralement, les responsables, ce sont les parents. C’est à eux que revient la charge de fixer la limite. Être parent, c’est parfois passer pour le méchant, mais certainement pas tout laisser passer. En plus du fait que si personne n’amène leur gosse à l’événement, leur gamine va se trimbaler dans cette tenue dans la moitié de la ville, les parents oublient qu’un public très particulier attend aussi l’arrivée de leur fille, celui des « photographes amateurs ».

 Et là, attention, sortons une énième fois dans cette chronique les pilules de Padamalgam 50mg. Une pote a pour passion la photographie de cosplay et la retouche photo. Elle est photographe amateur, elle est très bien, elle connait des hommes qui sont aussi très biens, et qui sont dans le même délire. Non, ici je tire à balles réelles sur les autres. Vous en avez certainement aussi croisé. Ayant entre la trentaine et la cinquantaine, se revendiquant même parfois photographes professionnels, ils capturent par le biais de leur appareil photos les images de gamines aux costumes assez suggestifs. Ces images, personne ne sait ce qu’ils en font, et c’est là le cœur du problème. Ne passons pas par quatre chemins, et parlons crument. Même si la vie parentale peut être extrêmement complexe à gérer, surtout une fois votre enfant arrivé à l’adolescente, c’est votre devoir en tant que parents de faire en sorte que les images de votre gosse à moitié à poil, ou non, ne se retrouvent pas entre les mains de Jean-Branlette, et si vous ne faites rien pour éviter cela, il ne faudra pas chialer une fois que les photos tourneront par petits lots à 4€ sur le marché noir de la pédophilie. Cordialement, Blue.

Pour résumer, si la pratique du cosplay peut sembler étrange, le phénomène, analysé pragmatiquement, ne l’est finalement pas vraiment. Les gens se déguisent, s’amusent, et la communauté regorge de passionnés talentueux et inventifs. Malheureusement, la sexualisation de cette sous-culture cancérise une partie de cette communauté, et contribue, du fait de quelques uns, à en donner une mauvaise image.