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Dossier - Ces planches qui nous ont marqué
Sommaire

Dans notre vie de lecteurs de comics il y a des planches qui nous marquent. Des planches qui nous font dire « c’est pour ça que je lis des comics ». Ces planches qui nous parlent pour leur puissance visuelle, leur propos, ou tout simplement leur simplicité.

C’est dans cette idée que toute l’équipe s’est réunie pour vous parler de ces planches qui nous ont personnellement marqué. Chaque membre de la rédaction va vous proposer sa propre planche accompagnée d’un petit paragraphe pour vous expliquer ce qu’elle représente pour lui.

Bien entendu nous vous invitons vivement à nous partager vos propres planches marquantes dans les commentaires.

Watchful

planches
Countdown to Infinite Crisis #1

Countdown to Infinite Crisis #1

Scénario : Geoff Johns, Greg Rucka, Judd Winnick
Dessins : Ed Benes, Phil Jemenez, Rags Morales, Ivan Reis, Jesus Saiz
Couleurs : Guy MajorSteve FirchowMoose BaumannHi-Fi
Encrage : Ed BenesJimmy PalmiottiAndy LanningMarc CamposMichael Bair

Qu’est-ce qu’être un héros ? Comment représenter l’héroïsme ? Chacun considère le héros comme un personnage fort et puissant, à l’image d’un Superman. Mais l’héroïsme touche bien plus de personnes, le héros comme son admirateur. L’héroïsme est ce qui émane du héros. Et Blue Beetle est ce type de personnage. Il est un héros de par son courage et sa détermination, force tirée de sa croyance en ses valeurs. Souvent considéré comme un homme riche, voulant jouer aux héros, il en devient véritablement un. Son côté désabusé vient cacher ses motivations véritables, d’une beauté naïve.

Dans cette planche, Blue Beetle a découvert les plans de Maxwell Lord, un ancien compagnon et leader de la Justice League International, révélant son véritable visage. A la tête d’un complot visant à retourner contre la Ligue leurs armes et secrets. Parmi elles, Borther Eye, un satellite créé par Batman avec lequel Maxwell Lord va créer une armée de OMAC. Ted tente d’avertir la Trinité et la Ligue actuelle, mais faute de crédibilité, il tente de l’arrêter seul. Face à un OMAC, Ted se retrouve à terre, au milieu de l’échiquier (référence à l’organisation Checkmate), comme une pièce prête à tomber. La planche, malgré sa composition chargée, joue sur un rapport de force irrégulier.

Si Maxwell Lord domine le héros, Blue Beetle en ressort bien plus grand, malgré sa position à genoux, et est représenté dans des dimensions bien supérieures. Il acquiert cette force iconique qui était jusqu’alors réservée aux personnages puissants et populaires. Tenu en joue, Ted Kord se prépare à mourir, décidé à être fidèle à son titre, et à son prédécesseur, toujours modeste dans son rapport à l’héritage de Blue Beetle en lâchant une dernière punchline aussi héroïque qu’inaperçue. C’est là l’étrange charme du héros qu’est Blue Beetle, trouvant à travers sa mort une fonction héroïque essentielle à la survie de l’univers DC.s

Claygan

planches
Batman Year One #1

Batman Year One #1

Scénario : Frank Miller
Dessins : David Mazzucchelli
Couleurs : Richmond Lewis

Je ne suis pas un fan de Frank Miller, même pas du tout. Cependant, Batman Year One est l’un de mes comics préférés. Il y a quelque chose dans ce Batman Year One qui fonctionne avec moi. Quoi, je ne pourrais pas le dire précisément. Mais il y a une simplicité dans cette origin story qui fait que, pour moi, c’est l’une des meilleures histoires d’origines que l’on ait eu. Et certains ont bien essayé, mais ont échoué à faire mieux, ou même aussi bien. Mais, pour essayer de comprendre les raisons de cette passion, il y a cette page.

Déjà, il faut parler du travail incroyable de David Mazzucchelli. L’artiste est fantastique et tout son travail rend ce Batman Year One magnifique. Ses dessins ont du caractère. Ils ne ressemblent pas à ce que l’on peut retrouver normalement dans les comics américains. Rien qu’à travers cette chauve souris. Il y a chez elle quelque chose de simple, mais qui en même temps marque.

Dans cette page on retrouve un Bruce Wayne défait. Il ne veut plus attendre. Il est prêt à accepter sa mort plutôt qu’attendre une seule seconde de plus. Il a besoin de savoir, de comprendre, comment il devrait mener sa guerre contre le crime. C’est la que la réponse lui vient, tel le destin qui s’avance vers lui, qui vient fracasser sa fenêtre et sa vie. On a ici un premier face à face entre l’homme et la bête. Un face à face qui préfigure de la dualité qui existera entre Bruce Wayne et Batman.

Il ne reste plus pour Bruce qu’à sonner la cloche. Batman était né.


Justafrogg

planches
Arkham Asylum: A Serious House on Serious Earth

Arkham Asylum: A Serious House on Serious Earth

Scénario : Grant Morrison
Dessins, encrage, couleurs : Dave McKean

Arkham Asyslum a été et est toujours une révolution dans le monde des comics. Le Graphic novel a la particularité (auteur oblige) de faire de multiples références à la littérature anglaise. C’est notamment le cas du très célèbre Alice’s Adventures in Wonderland de Lewis Carroll qui sert de fil rouge tout au long du volume. Le parcours initiatique de Batman est similaire à celui d’Alice, rencontrant une multitudes de personnages faisant pleinement référence à sa propre personnalité. Dans ces conditions, un antagoniste s’impose alors comme indispensable : le Chapelier Fou.

On le retrouve alors dans une planche classique en gaufrier, chose étonnante pour ce volume où la composition de Dave McKean repousses les code du comics habituel. Gros plan sur le Chapelier, dépeint comme un psychopathe à tendance pédophile, le visage bouffé et déplaisant. Il tient à la main une poupée de jeune fille, représentée en deux cases par des photographies en gros plan d’habits déchirés. L’ambiance sombre du comics devient encore plus pesante. Un véritable malaise s’installe à la lecture. Puis son discours se fait plus clair et le monologue prend sens.

Il résume en quatre cases le but de l’ouvrage : cette idée de parcours initiatique où tout ce qui arrive dans le monde de Batman est la conséquence de Batman. De ses actes et de sa psyché. Simultanément, le focus s’éloigne du visage du personnage pour laisser apparaître un Batman désemparé, face à son propre reflet. Arkham Asylum est un comics que l’on n’oublie pas, savante harmonie entre une écriture intelligente et une proposition artistique surprenante, entre un auteur et un artiste de talent. Il est marqué de passages dérangeant mais pertinents comme celui-ci qui viennent poser des questions sur  le héros. Impossible d’en ressortir indemne, pour le meilleur ou pour le pire…

Mocassin

Dossier - Ces planches qui nous ont marqué 8
Superman #20 (Rebirth)

Superman #20 (Rebirth)

Scénario : Peter Tomasi
Dessins : Patrick Gleason
Couleurs : John Kalisz
Encrage : Mick Gray

Des pages mémorables, il y en a un paquet. Celles-ci permettent de figer un instant, et c’est dans cette optique que je choisis l’une des pages de Superman #20 par Peter Tomasi et Patrick Gleason. Formant le duo le plus emblématique de l’univers DC, et Superman n’en sont pas moins opposé sur la façon d’appréhender le monde. Pour le Chevalier Noir, il est nécessaire d’être pragmatique et de composer avec un monde qui devient de plus en plus sombre, forçant à imaginer le pire. L’homme d’acier, lui, refuse d’embrasser ce pessimisme : face aux ténèbres, il doit briller d’autant plus fort. Une case qui représente parfaitement ce qu’incarne Superman et ce à quoi doivent aspirer les super-héros : croire en un monde qui a plus à offrir qu’à prendre, agir pour en faire une réalité et inspirer, tel un phare.

A une époque où il est facile de croire que les super-héros doivent s’abaisser à notre niveau, Tomasi et Gleason rétorquent que leur devoir est tout autre, en particulier chez DC où le panthéon est constitué d’icônes. Un message que même Batman a besoin d’entendre de temps à autre, et qui fait partie de la dynamique si exceptionnelle de ce duo. Un message iconique, figé à travers une page, et que les auteurs s’évertuent à illustrer dans les histoires de Superman.


Blue

planches
Adventure Comics #5 (2009)

Adventure Comics #5 (2009)

Scénario : Sterling Gate, Geoff Johns
Dessins : Jerry Ordway, Francis Manapul
Encrage : Jerry OrdwayBob WiacekFrancis Manapul
Couleurs : Jerry Ordway, Brian Buccellato

En fait, c’est Superboy Prime qui débarque dans les locaux de DC, et plus précisément, dans le bureau de Dan Didio, et qui commence à tout péter, tout en lui reprochant ses conneries. Cette planche est triste et marquante, car ce qui y est dépeint, n’a jamais vraiment eu lieu dans notre monde, ce qui est dommage, Didio ayant au fil des ans encouragé un grand nombre de projets foireux, et a contrario, annulé de très belles choses. Dix ans plus tard, cette planche est plus que jamais d’actualité. Le constat est déprimant, la ligne éditoriale de DC malgré quelques exceptions, l’est de plus en plus. 


myplasticbus

Dossier - Ces planches qui nous ont marqué 9
All-Star Superman #10 (2008)

All-Star Superman #10 (2008)

Scénario : Grant Morrison
Dessin : Frank Quitely
Encrage et couleurs : Jamie Grant

La planche est iconique. Une première case, toute en longueur, nous plonge vers les profondeurs des gratte-ciels avec des lignes verticales. Le téléphone tombe. Regan est prêt à sauter. Mais là, Superman arrive. Il dit quelques mots à Regan. Le héros prend Regan dans ses bras. Et, pour le moment, Regan est sauf. En elle-même, cette planche est incroyable. Elle symbolise mieux que nulle autre la force du personnage de Superman, qui a la puissance de désamorcer les plus grands génies du mal, mais prend le temps pour les plus petits. Superman peut foutre un gros poing à travers la tronche de Mécano-Man, mais il vient aussi combattre la dépression de Regan.

En soi-même, le propos est fort. Mais dans son contexte, la planche prend encore plus de sens. Superman court de lieux en lieux. Il est en pleine conversation importante avec Lois Lane, sur les difficultés qu’il traverse, sur leur avenir commun. Mais sauver Regan est plus important. Là encore, c’est puissant, développant la force et en même temps une limite du personnage. Morrison et Quitely montrent l’aspect divin, distant et sacrificiel du personnage, dont le sens de la mission et l’engagement surpasse tout… au point de fuir parfois ses propres problèmes. C’est toute la nécessité et l’ambivalence de l’héroïsme qui s’illustrent en peu de mots. Et ça me touche en plein cœur. 

James Edge Grayson

planches
Batman : Battle for the cowl #3

Batman : Battle for the cowl #3

Scénario, Dessins : Tony S Daniel
Encrage : Sandu Florea
Couleurs : Ian Hannin

Ce n’est pas ma meilleure histoire, pas celle que je préfère, mais Battle for the cowl a été un tournant autant pour le fan que je suis que pour le personnage de Dick Grayson. Si son passage de Robin à Nightwing a été le signe de l’émancipation, devenir Batman a été le passage à l’âge adulte en quelque sorte.

L’avant dernière page de Battle for the Cowl est une illustration parfaite de ce passage. D’abord par l’explication du changement par les pensées du héros, et ensuite par le mouvement à la presque première personne de Dick avançant vers sa destinée. Les symboles emblématiques sont la. L’horloge, les escaliers, la cave, Alfred, Robin

Et l’acceptation d’un fils à prendre la relève de son père. De la destinée qu’il ne voulait pas.

Grandir, évoluer, n’est-ce pas ce qu’on veut voir chez nos héros? Et pour moi, ce moment a été Battle for the Cowl. Anecdotiquement, c’était aussi l’assurance pour un lecteur français d’avoir Dick Grayson publié enfin en librairie.


Sledgy7

Dossier - Ces planches qui nous ont marqué 10
Justice Society of America #26

Justice Society of America #26

Scénario : Geoff Johns
Dessins : Dale Eaglesham
Couleurs : Hi-Fi
Encrage : Nathan Massengill

On va tenter d’éviter les évidences et profiter de l’occasion pour parler d’un des coups de cœur dont on a peu l’occasion de parler : le run de Geoff Johns sur la JSA. Le coming of age est un thème récurrent (et que j’apprécie particulièrement) dans le cinéma, la télévision ou les bandes dessinées, et même si l’image qu’on a de la Justice Society est celle de vieux croûtons, il s’agit bien d’un des aspects principaux de la série sous l’auteur qui deviendra plus tard le directeur créatif de DC, et notamment grâce à sa propre création : Stargirl.

Son dernier numéro, précédé d’une petite centaine sur deux titres de la JSA et après près de 10 ans, se déroule d’ailleurs pendant son anniversaire. Ce chapitre final met en avant tout ce qui a fait de cette longue aventure l’une des mes préférées chez DC : l’héritage, la famille, la vie commune de nos super-héros et le passage à l’âge adulte, même si ce voyage n’est pas encore complet pour Stargirl. Johns l’exprime très bien à la fin, comme tout le reste d’ailleurs, et il réussit à donner du charme à tous les (très nombreux) personnages.

C’est fort, mais il faut pouvoir choisir une page en particulier, celle où Courtney découvre la surprise chez elle de voir tous ces héros présents pour elle ? Celle où elle souffre ses bougies ? Celle où cette foule de gens attachant l’accompagnent pour se faire enlever son appareil dentaire, symbole ultime du coming of age ? On va rester classique et simplement prendre la dernière page, qui raconte avec humour cette volonté de vouloir grandir trop vite, tout en exhibant tout l’esprit de la JSA moderne. Un peu de méta et un joli message de remerciement de Johns et Eaglesham, et pour nous, surtout un énorme déchirement après avoir conclu cet énorme chemin parcouru auprès de Stargirl et ses compagnons de toute génération.


Harley

planches
Batman & Robin #18

Batman & Robin #18

Scénario : Peter Tomasi
Dessins : Patrick Gleason
Encrage : Mick Gray
Couleurs : John Kalisz

Ce numéro a, je pense, touché beaucoup de monde. Un numéro silencieux et pourtant des plus forts chez DC Comics. L’équipe créative parvient à nous entraîner dans la solitude et la colère d’un père qui vient de perdre ce fils qu’il a mis tant de temps à accepter. Au fil du numéro, on revit des scènes d’absence qui font écho au passé avec des cases qui représentent des scènes où Robin étaient présent, et maintenant absent. Puis au final, la tension atteint son paroxysme avec Robin qui avoue par lettre posthume qu’il est né Al Ghul mais mort en Wayne. Ce dernier élément déclenchera la fureur de Bruce.

La toute dernière planche de ce numéro est bouleversante. Elle reprend la page rencontrée en fin de Batman and Robin #14 nous présentant l’étreinte entre un père et son fils qui lui a avoué tenir à lui. Ici, la posture est la même, les couleurs sont les mêmes, mais le costume de Robin reste vide et la case en est rendue très dure et violente. 

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Claygan

Claygan

Amoureux de la culture sous à peu près toute ses formes. Grand fan de Green Arrow (et de crêpes), je suis tombé dans cet univers infernal que sont les comics il y a de cela maintenant plusieurs années, cela sans doute un peu grâce aux films. Vous pourrez me retrouver pour parler (ou râler) de DC en long, en large et en travers, dans les podcasts, ou dans mes articles.