Doom Patrol, saison 1, c’est l’heure du bilan ! Il y a quelques mois à peine, personne n’y croyait vraiment. Déjà parce que l’équipe n’était pas hyper connue, hors d’un petit cercle de fanatiques (ça n’aide pas). À la production, Greg Berlanti n’inspirait pas vraiment confiance (j’ai passé des heures à regarder ses séries CW, qui ne me seront jamais rendues). Puis le casting a été annoncé, les premiers visuels de tournage ont fuité. La promo a commencé, une semaine avant le début de la série. Le pilote a reçu une très bonne presse, y compris chez nous. Et vendredi, la série a diffusé son quinzième et dernier épisode (pour l’instant ?) sur DC Universe. Alors, qu’est-ce que ça donne ?

Jane fascist

Cliff, Jane, Larry et Rita…

Toute bonne review de la saison 1 de Doom Patrol doit commencer par là : ses personnages. Titans avait fait le choix de se centrer sur un discours maladroit sur les codes superhéroïques, la rage au ventre et l’obscurité en dogme. Ici, le coeur de cette première saison, c’est d’abord partir à la rencontre d’individus remplis de failles, visibles et invisibles. Comprendre leurs doutes, leurs craintes, leurs (petites) réussites, leurs (grands) échecs. Dès son pilote, la série prend le partie d’explorer la psyché de Robotman, qui sert de point d’identification premier au spectateur. Mais assez vite, elle s’éloignera pour s’attarder sur les autres personnages avec soin et justesse. Elle offre à chacun son heure de gloire dans laquelle briller. On le voit notamment mentionner l’épisode 9 magistral, fortement inspiré par Doom Patrol #30 de Morrison et Case.

A l’image des comics (j’y reviendrai), la série touche à travers ses héros des problèmes fondamentaux de la condition humaine. La culpabilité, la honte, le traumatisme, la dépression, le manque de confiance, la paternité toxique ou encore la filiation compliquée… Mais même si on les voit tomber parfois assez bas, on les voit aussi se relever, parfois tâtonnant, parfois avec énormément de majesté. Certains épisodes vous font parfois passer du rire hilare aux larmes de joie, avant de sombrer dans des abîmes de désolation. En s’intéressant en premier lieu à Cliff, Jane, Larry, Rita et les autres, la série touche une corde sensible dans le coeur du spectateur. À l’image de Morrison, Drake ou Way, Jeremy Carver et ses scénaristes utilisent les super-héros comme un moyen de parler de nos complexités. Ils parviennent notamment à illustrer parfaitement la dimension du handicap, inhérente à l’équipe depuis 1963.

Le cas Cyborg

Ma plus grande source de scepticisme était évidemment l’introduction du personnage de Cyborg. Ce dernier n’a jamais rien vécu avec la Doom Patrol… à part éventuellement quelques épisodes dans les New Teen Titans. C’était une demande de la production d’intégrer ce personnage à l’équipe. Un personnage qui n’a malheureusement pas toujours réussi à briller entre les mains de tous les auteurs qui se sont attaqués à lui. La bonne nouvelle, qui marque sans doute le talent de l’équipe créative, c’est que cette itération de Vic Stone fonctionne très bien. J’étais sceptique à souhait sur le visuel et sur Jordan Waide qui l’incarne, mais il s’intègre de façon très organique à la série.

Sur bien des points, on est sur le terrain classique du jeune héros, notamment la lutte entre l’homme et la machine. Mais ils le mettent surtout dans la situation du héros en apprentissage. Vic Stone n’est pas encore complètement Cyborg. Il n’est pas le leader né qu’il sera amené à être. C’est un héros en formation, encore rempli d’incertitudes, en conflit avec lui-même et son père. Sur ce chemin, il est plus avancé que la plupart des bras cassés de la Doom Patrol… Il essaie ainsi d’élever l’équipe vers le haut, tout en se forgeant lui-même à travers une série de succès et d’échecs (très grands). Il est à la fois membre de la Doom Patrol, tout en étant légèrement à part. Je ne serais pas surpris si le personnage prenait encore un peu plus de retrait en saison 2…

Doom Patrol saison 1 review

Production au moins Double-A

Je l’ai dis : j’étais sceptique sur le nom Berlanti. L’un des défauts des séries CW qui bondit le plus à mes yeux, c’est leur aspect fauché. Tout a l’air tourné sur le parking de Target. La saison 1 de Doom Patrol ne tombe pas dans ce travers. Le budget n’est sans doute pas mirobolant. On retrouve souvent les mêmes décors, favorisés par l’esprit de réclusion de l’équipe. Ici et là, certains effets visuels sont légers. Mais la série bénéficie d’une grande qualité générale de production et de réalisation. Esthétiquement, la série fonctionne vraiment bien. Elle parvient même à iconiser ses personnages, notamment Larry Trainor. La bande-son est riche, avec un score mélancolique et des morceaux spot on. Bien plus que Titans, qui savait dérailler, Doom Patrol bénéficie d’une solidité bienvenue. Et point non négligeable : sur les 15 épisodes, 10 sont écrits ou réalisés par une femme (c’est rare et important).

Concernant les acteurs, là encore, la partition est de grande qualité. Parfois, on n’évite pas l’exagération. C’est le cas pour Fraser, qui sur-joue un peu trop. C’est pareil pour Bowlby, qui peut être une reine de justesse, mais qui parfois en fait trop. À part ces quelques remarques, le casting fonctionne très bien. Riley Shanahan et Matthew Zuk relèvent bien le défi de personnifier Robotman et Larry Trainor sans aucune parole. Brendan Fraser, et surtout Matt Bomer donnent une âme à ces personnages sur l’aspect vocal, et hors costume. Pour tout vous dire : j’ai encore la chair de poule en pensant à cette scène de Bomer dans le 1.08… Un mot aussi pour Diane Guerrero, que je n’attendais pas du tout. Elle fournit un travail merveilleux sur toutes les personnalités de Jane, qui envoie McAvoy au tapis. Aussi, Alan Tudyk nous offre un Mr Nobody éclatant, tantôt terrifiant, tantôt hilarant.

What the… ? : la folie, l’étrange et le quatrième mur. 

Dans sa review du pilote, Justafrogg regrettait le manque de folie et d’étrangeté de la série… et je crois qu’il avait tout à fait raison. Les premiers épisodes manquent cruellement de ce petit brin d’absurdisme, qui n’est pas l’essentiel de Doom Patrol, mais rajoute toujours un peu de piquant. Fort heureusement, la série se rattrape vite, notamment par un quatrième mur régulièrement brisé par Mr Nobody. Le vilain se fait à la fois narrateur et observateur de l’histoire, qu’il commente et manipule dans son sens. La série use aussi de nombreuses références métafictionnels, comme la présence des comics My Greatest Adventure, où la patrouille a fait son apparition en 1963. Et la série utilise même sa thématique pour interroger les codes normalisants des super-héros, mais se permet aussi d’emprunter ceux de l’horreur, de l’action, des kaijus ou de la comédie romantique sous un regard décalé et légèrement parodique.

Sur le plan de l’étrange, la série finit par se rattraper au fil des épisodes. Au final, nous avons droit à un âne albinos qui pète, une armée de culs volants cannibales, un rat vengeur, un cafard millénariste, un orgasme collectif, un parc sur un scientifique nazi, et bien sûr, tous les éléments habituels à la Doom Patrol : Danny the street (la meilleure rue vivante, consciente et transgenre de l’univers), Flex Mentallo, le Decreator, le Beard Hunter, et j’en passe. La série pourrait toujours aller plus loin dans la folie, bien sûr. Certains trouveront probablement ça encore trop mainstream. Mais d’une part, la série montre qu’elle ose aller dans des directions étranges, comme en adaptant fidèlement l’arc The Word Made Flash. Et surtout, elle utilise son étrangeté au service des personnages, pour approfondir son discours sur la critique du capacitisme, sur le trauma mental et physique, l’abus ou la honte.

Doom Patrol saison 1 review

La série et son héritage comics

Par rapport à son matériel source, la série se place dans entre un hommage absolu et une réinvention respectueuse. Sur le fond, elle ne néglige pas l’essence de Doom Patrol, à savoir sa critique du conformisme et du validisme. Visuellement, certains éléments sont bluffants de fidélité. Comme je l’ai dis, certaines parties de l’arc The Word Made Flash sont retranscrits case par case, à en faire rougir Zack Snyder. Danny The Street est représenté avec une fidélité incroyable, tout comme l’Underground de Jane et ses personnalités. Sur d’autres éléments, la série prend davantage de libertés, notamment les personnages : le background de Rita, la sexualité de Larry, la famille de Robotman… Mais ces réinventions ne sont jamais incohérentes, et se posent toujours comme un hommage foncièrement respectueux du matériel originel, lui permettant d’approfondir encore plus ses thématiques.

Sur certains points, par contre, on pourra regretter quelques petites lacunes au niveau de certains choix. Rien de grave, heureusement. Mais on ne peut s’empêcher de se dire : « Ah, c’est dommage, ça ! ». Dommage d’avoir enterré la possibilité d’exploiter les personnages classiques du run de Kupperberg ; d’avoir gardé le visage de Tudyk pour Mr Nobody ; de ne pas avoir pleinement exploité les pouvoirs de Rita ; et surtout, certains choix un peu faciles pour l’épisode final concernant le Chief… La liste pourrait continuer, mais je vous rassure : ces quelques éléments ne viennent jamais nuire à l’ensemble.

Doom Patrol saison 1 review

La saison 1 de Doom Patrol s’affirme comme une grande réussite inattendue, qui parvient à trouver sa place dans le paysage télévisuel par une excentricité accessible et des personnages forts, qui donnent envie d’être suivis. Malgré quelques maladresses légères, elle se pose (en toute objectivité) comme l’un des meilleurs travaux de DC sur le petit écran en live-action. Un travail néanmoins peu suivi par le public, qui ne semble intéresser aucun diffuseur français…

Excellent / 10 Notre avis
{{ reviewsOverall }} / 10 Votre avis (0 votes)
Les +
- Des personnages riches et bien développés
- Un casting globalement à la hauteur
- Une réalisation efficace
- Une série qui sait se prendre le temps
- Du rire, des larmes, de l'étrange
- Un grand respect du matériel original
Les -
- Quelques effets visuels étranges
- Du sur-jeu par moments
- Quelques choix discutables
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