Me revoilà pour parler de nouveau de Green Arrow, cependant cette fois on va tenter de changer un peu les choses, histoire de ne pas être complètement redondant. Vous n’êtes pas sans savoir (sinon vous le saurez maintenant) que l’on-going Green Arrow a été annulée par DC il y a de ça maintenant plus de deux mois après son numéro 50. Nous sommes donc orphelins d’une série régulière Green Arrow pour la première fois depuis des années. Et bien que Dan Didio nous ait expliqué la raison, plus que douteuse de cette annulation, le résultat est le même, aujourd’hui il n’y a plus de série Green Arrow et pourtant on en aurait bien besoin.

Car oui, en ce moment il se passe des choses extrêmement graves socialement aux Etats Unis et une série Green Arrow serait le meilleur endroit pour aborder tous ces problèmes.

This is America

Déjà avant de commencer il faut détailler un peu le système politique américain pour ceux qui ne serait pas bien au courant de son fonctionnement. Les Etats-Unis sont une république fédérale. Cela signifie, grossièrement (vous ne voulez pas d’un cours de civilisation américaine, je vous le jure), que chaque état (ils sont cinquante pour rappel) peuvent faire passer des lois qui ne sont applicables qu’à l’intérieur du dit état. C’est pour ça que dans certains états la peine de mort est interdite, tandis qu’au niveau national elle est autorisée. Pour voter ces lois il y a ce qu’on appelle une législature d’état composée de deux chambres, tandis que le Gouverneur lui s’occupe de les signer.

Bien, maintenant que c’est éléments ont été évacuées, passons  aux choses sérieuses. En ce moment une énorme polémique secoue les Etats-Unis. En effet ce n’est pas moins de sept états qui ont voté une pour une loi rendant quasiment impossible l’avortement (petite anecdote, le septième s’est ajouté alors même que cet article était en rédaction). Le cas de l’avortement crée la polémique dans ce pays ou les pro-choice et les pro-life s’opposent depuis des années.

La semaine dernière la Géorgie est donc devenu le quatrième état a passé la loi dite du battement de cœur (Heartbeat Law). Cette loi fait que tout avortement serait interdit dès le premier battement cardiaque du fœtus. Soit au bout de six semaines de grossesse, donc avant que la majorité des femmes ne soient au courant qu’elles sont enceintes. Cette loi prévoirait des exceptions pour les femmes victimes de viol ou d’inceste si elles auraient, au préalable, déposé une plainte. Cependant c’est l’Alabama qui est entré dans la danse il y a de cela quelques jours et cette fois son texte n’inclut aucune exception en dehors d’un risque mortel lié à la grossesse pour la femme. Et le fait de pratiquer un avortement pourrait être puni de jusqu’à 99 ans de prison.

Toutefois, ces textes vont sans doute finir par être refusés par la cour suprême des Etats-Unis. Car oui, depuis 1973 l’arrêt Roe v Wade explique que dû au quatorzième amendement qui met en avant le droit à la vie privée, les femmes avaient le droit à la décision d’avorter, mais que ce droit devait être mis en balance avec les intérêts de l’État dans la réglementation de l’avortement : protéger la santé des femmes et protéger le potentiel de la vie humaine. Cela signifie qu’au final toutes ces projets de lois seront sans aucun doute rendus nuls en vertu de cet arrêté. Cependant la Cour suprême, qui s’occupe donc de juger de la constitutionnalité des lois a un bon socle de juges conservateurs, surtout depuis que Donald Trump a nommé deux de ces nouveaux membres. Et ces juges pourraient profiter de tous ces événements pour juger de nouveau la pertinence de cet arrêté de 1973. Le plus grand risque étant qu’ils décident purement et simplement de le supprimer ce qui n’est pas le plus probable, heureusement, mais ce qui reste une éventualité somme toute effrayante.

L’art de la politique

Cela achève de mettre en lumière la situation plus que complexe que vivent les Etats-Unis aujourd’hui. Plus que jamais divisé, dirigé par un clown qui ne comprend même pas le fonctionnement d’une éolienne électrique, tandis que le racisme, la libre circulation des armes à feu, les « bavures » policières, les fusillades sont toujours une part beaucoup trop importante de la vie quotidienne du pays. Cette nouvelle attaque envers la liberté même des femmes achève de nous dépeindre une situation de plus en plus terrible que l’art se doit de saisir. Car oui, l’art se doit d’être politique. Et contrairement à ce que certains peuvent affirmer aujourd’hui, l’art à toujours été politique et les comics ont derrière-eux aussi une longue histoire liée à la politique (on devrait en reparler bientôt). Si l’art se doit d’être politique c’est parce-qu’il n’y a pas d’autre médium qui puisse toucher autant de personnes, qui puisse faire circuler son message aussi facilement et aussi globalement. C’est pourquoi l’art se doit d’évoquer tous ces éléments et DC se doit de le faire aussi. Et surtout quand on compte dans son catalogue un personnage ancré dans la politique tel que Green Arrow. Et c’est pourquoi une série Green Arrow est indispensable.

Donc, non DC, nous n’avons pas besoin d’un Green Arrow au centre du DCU, par contre ce dont nous avons tous besoin c’est d’un Green Arrow au centre des préoccupations de notre société actuelle. Nous avons besoin d’un Green Arrow politiquement impliqué, parce-que sinon à quoi bon ?