Quelques mois après la vague Aquaman, la prochaine pierre des Worlds of DC au cinéma se pose ici. Avec Shazam, David F Sandberg quitte ses territoires horrifiques pour entrer sur celui du film de super-héros familial. Alors, qu’est-ce que ça donne, le Big Red Cheese sur grand écran ? Un joli bol de fraicheur électrique ! 

Shazam

Shazam : un héros attachant

En bon fan du héros qu’on appelait autrefois Captain Marvel, ayant arpenté les couloirs de Jerry Ordway et Fawcett Comics, je l’attendais au tournant. Au fil de son histoire, le personnage et son entourage ont été représentés de différentes manières, c’est une évidence. Parfois pour le meilleur, mais aussi parfois pour le pire. Savoir trouver l’équilibre entre l’aspect juvénile et adolescent et le sérieux d’une histoire n’a pas toujours été évident pour les auteurs qui ont pris le personnage en main. Malgré toutes les qualités du récit de Jeff Smith (sorti récemment chez Urban), c’est peu son défaut : accentuer un peu trop l’aspect enfantin du héros.

C’est la première réussite du film, qui arrive à vraiment parler de l’adolescence sans tomber dans la gaminerie. Billy est un garçon espiègle, mais compliqué, avec un passé assez lourd pour son âge. C’est un adolescent en quête d’identité, en quête de racines et de famille. On retrouve là (j’y reviendrai aussi) l’influence que Geoff Johns a apporté à son petit run des New 52. Lorsqu’il devient Shazam (bien que le héros ne soit jamais nommé dans le film), c’est une toute autre facette de lui-même qui se dévoile. Alors qu’Archer Angel endosse un rôle plus dramatique, Zachary Levi s’épanouit dans le comique. Il nous montre un gamin qui s’éclate à découvrir ses pouvoirs et cherche la notoriété. Quête de racine, quête d’autonomie, quête d’acceptation : un cocktail formidable pour une histoire adolescente. 

Shazam

Des personnages en or… ou presque !

Mais Billy/Shazam n’est pas le seul point fort du film en terme de personnages. À une ou deux exceptions près (j’y viens vite !), ils sont extraordinaires, remplis de coeur. Le casting des enfants de la famille d’adoption du héros rayonnent et apportent une véritable valeur ajoutée au film. On pourrait presque dire que le film commence vraiment à briller à partir du moment où le héros arrive dans son nouveau foyer. Jack Dylan Grazer offre dans le rôle de Freddy une prestation quasiment irréprochable, formidable relecture du fan de super-héros. La jeune Faithe Herman capte directement l’affection du spectateur en Darla. On regrettera par contre une légère mise en retrait des autres personnages, qui, bien qu’excellents, ne reçoivent pas la même attention.

Là où le bat blesse, c’est malheureusement sur le vilain en chef, Dr Sivana. Je n’ai pas grand chose à dire de l’interprétation de Mark Strong, qui fait le job qu’on lui demande. Mais le problème, c’est qu’on ne lui demande pas grand chose. Certes, il permet au film d’intensifier les enjeux, avec une motivation justifiée. Néanmoins, il reste un vilain assez plat, qui se contente d’être méchant bien comme il faut avec beaucoup de convenance. C’est dommage, car la némésis originelle de Captain Marvel aurait mérité beaucoup mieux. Sur ce point, mon coeur de fan saigne un peu.

Shazam

Un ton juste, hérité des comics

Comme je le disais un peu plus tôt, c’est effectivement le récit Shazam! de Johns en back-up de Justice League qui sert d’inspiration à ce film. Même si David F. Sandberg nous avait promis qu’il avait puisé dans toute l’histoire du personnage pour forger son film, on reste déçu. Mis à part quelques clins d’œils (Holy Moley !), nous n’avons pas grand chose à nous mettre sous la dent. Néanmoins, on peut se réjouir de voir encore une fois DC Films assumer complètement ses origines comics. Comme pour Aquaman, tout est assumé ici, sans céder aux sirènes du réalisme à tout prix (mais sans renoncer à la crédibilité). Y compris le costume rouge et jaune avec sa cape blanche très golden age, ainsi qu’un easter egg audacieux que les fans des comics repèreront immédiatement, et que les autres découvriront en scène post-générique.

Lors des trailers, beaucoup craignaient la présence omniprésente de l’humour, qui serait synonyme que DC a vendu son âme pour copier Marvel Studios. Ce serait oublier que beaucoup de coins du multiverse ont toujours utilisé les blagues, à commencer par Billy Batson et son alterego, qui ont toujours incarné un modèle de bonté et de légèreté. Les tentatives d’en faire un personnage sérieux n’ont (à mes yeux) jamais vraiment fonctionné sur papier (comme Trials of Shazam de Judd Winick). Pour sûr, Shazam tranche franchement avec un film comme Batman v Superman. Et tant mieux ! DC offre à chaque personnage le ton qui lui convient et qui est conforme à son esprit.

Après un premier quart d’heure qui laisse songeur, on réalise qu’on se trouve face à une pépite de bonheur. S’il garde la trame des origines New 52, il n’en respecte pas vraiment l’esprit sombre pour être bien plus proche du travail actuel de Geoff Johns sur le titre. Le film fait rire, sourire, et on s’émerveille grâce à lui. On sort de la salle avec le sourire aux lèvres, l’envie de crier « Shazam! » en boucle. C’est exactement le même effet que de lire un comics du personnage.

Shazam

Des généralités qui tâchent

Vous l’aurez compris, je ressors tout à fait conquis par Shazam ! Mais ce n’est pas pour autant que j’ai rangé mon objectivité au placard. Le film garde quelques vilains défauts, à commencer par un aspect complètement générique. Sur la forme, l’intrigue repose toujours sur les mêmes fondements. Au scénario, on retrouve presque exactement la recette de Blake Snyder, qu’Hollywood nous ressert à satiété depuis 15 bonnes années. Visuellement, il en va de même : malgré quelques plans qui fonctionnent bien, on reste dans un blockbuster sans ambitions. La direction artistique, la photographie et le montage sont cruellement plats. Les scènes de combat sont floues et difficilement lisibles. On est loin de l’esthétisme de l’ami Snyder.

Clairement, l’ambition et la prise de risque ne sont pas les maîtres mots du film. Si c’est ce que vous cherchez, alors passez votre chemin. Shazam fonctionne comme un divertissement, qui cherche à invoquer l’esprit d’un certain cinéma pour kids de ma jeunesse. Pensez Spielberg, pensez Ghostbusters, et évidemment, pensez Big. Mais ne cherchez pas plus loin. Néanmoins, ce que le film perd en ambition visuelle et narrative, il le gagne en capital sympathie pour ses personnages et en émerveillement. Ma femme me disait avant qu’on aille voir le film : « En fait, c’est normal que ce personnage te parle : un gamin dans un corps d’adulte, c’est peu toi, non ? » Et clairement, ce film s’appuie sur l’enfant dans le cœur de chacun•e pour séduire.

Shazam est donc un film orienté vers un jeune public, relativement plat visuellement, qui ne révolutionnera pas le genre. Mais malgré une intrigue classique et un vilain générique, le film parvient à conquérir le coeur du spectateur par une positivité très communicative, évoquant les comics du héros, dont l’esprit est respecté. Sa brochette d’acteurs offre un travail convainquant et attachant. On sort de là avec le sourire aux lèvres et l’envie de revoir ces personnages évoluer ensemble, voire même d’évoluer avec eux et d’appartenir à cette famille. Malgré tout ses défauts tonitruants, on ne peut s’empêcher de ressentir une terrible affection pour lui.

Très bon / 10 Notre avis
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Les +
- Un concentré de positivité
- Zachary Levi, très amusant et convainquant
- Un humour qui fonctionne
- Un jeune casting impressionnant
- Une inspiration comics revendiquée
Les -
- Visuellement moyennement convainquant
- Un vilain plutôt transparent et gâché
- Manque de prise de risques
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10 Commentaires

  1. Je m’attendais à cette réflexion concernant Sivana justement qui a l’air plutôt « plat » déjà dans les trailers. Ne connaissant que très peu ce personnage (et n’ayant toujours pas compris son implication dans Justice d’Alex Ross et Jim Krueger…) j’attendais d’en savoir plus mais à priori on est très loin du personnage originel n’est ce pas?

    Je pense quand même aller voir ce film…

    • Effectivement, le personnage n’est pas ouf. Il offre un commentaire intéressant sur une forme de culture de la domination et de l’humiliation, mais n’a pas beaucoup de relief. Et oui, il n’a pas grand chose à voir avec ses racines comics… si on met de côté Geoff Johns, là encore (et encore !). Normalement, Sivana est justement le savant fou scientiste de génie. Sivana, c’est un proto-Lex Luthor avant l’heure, en un peu plus weird (le mec habite quand même sur Venus). C’est vraiment dommage de ne pas lui avoir laisse toute son excenticité… heureusement, le film a d’autres qualités…

  2. J’ai pas du tout aimé le film perso, j’ai trouver que l’humour ne fonctionnait globalement pas, des effets speciaux moches et des scenes d’actions trop longues et peu intenses une BO oubliable et un méchant dont on connait les motivations à moitié bref j’ai passé un très mauvais moment.

  3. Le film est quand même mille fois mieux qu’Aquaman ! Une bonne surprise pour ma part. J’ai été surpris par le côté assez dark du ton par moment, ça fait plaisir de retrouver ça !

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