Vous connaissez certainement Ray Bradbury. Auteur américain, il fait parti des derniers grands auteurs de ce moyen de publication qu’ a été le Pulp Fiction. Sous cette publication la plus populaire qu’il soit, Ray Bradbury a été propulsé à force de succès mérités vers une reconnaissance internationale pour ses romans et nouvelles de science-fiction, que nous associons en France au « genre de l’anticipation ». De l’anticipation, oui. Ray Bradbury a prouvé sa capacité à voir plus loin (Farenheit 451), avec la modestie de n’avoir qu’un simple sens de l’observation que l’on reconnait surtout dans des œuvres bien moins connues du grand public, comme La Solitude est un cercueil de verre, qui rappelle grandement le regard que porte Will Eisner dans sa Trilogie New-Yorkaise . Ray Bradbury est un romancier, écrivain, doté d’un regard critique très aiguisé sur le monde, sur l’homme comme son système.

L’adaptation illustrée

Son rapport au comics est aussi étroit que logique. Publié à partir de 1949, dans divers magazines, sa première grande idée est celle de rapprocher ses histoires courtes, qui deviendront les célèbres Chroniques Martiennes. Alors qu’il gagne de plus en plus à être reconnu, sa popularité grandi à travers une exploitation cross-médiatique : téléfilm, séries télé, adaptations cinématographiques. Mais avant tout ça, c’est du côté des comics que le nom de Bradbury s’immisce, chez EC Comics entre 1951 et 1955. En Mars 1951, c’est avec l’autorisation du directeur William Gaines, que Al Feldstein et Jack Kamen adaptent en comics une histoire de Ray Bradbury, sans son autorisation, dans The Haunt of Fear #6Al Feldstein continue sur sa lancée avec The Vault of Horror #22, en décembre 1951. Il cherche à cacher son opération en mêlant plusieurs nouvelles du même auteur dans son adaptation officieuse, comme cela peut être le cas de Home to Stay dans Weird Fantasy #13, en Mai 1952, dessiné par le célèbre Wally Wood, mêlant The Rocket Man et Kaleidoscope.

C’est à travers cette dernière histoire que Ray Bradbury reconnaît ses œuvres, et envoie de lui-même une note aux éditeurs leur rappelant l’illégalité de leur affaire. Plutôt que de s’attaquer à l’artiste, la maison d’édition et l’auteur trouvent un commun accord. Ray Bardbury envoie ses nouvelles histoires à l’éditeur, et Al Feldstein s’occupe de l’ensemble de ces adaptations en comics, desquelles Ray Bradbury touche des royalties en plus d’être crédité. Une relation idéale de laquelle l’auteur trouve le moyen idéal d’étendre ses créations littéraires. De là, EC Comics compte vingt-cinq adaptations officielles des écrits de Ray Bradbury entre 1952 et 1954. L’auteur demande pour 1955 la publication d’un graphic novel consacré à l’ensemble de ses Chroniques Martiennes.

Seulement, en 1955, Seduction of the Innocent vient frapper à la porte de EC Comics, et décimer ses productions à coups de censure. Alors que William Gaines défendait ses comics horrifiques face au Sénateurs, les projets de la maison d’édition sont coupés, et Ray Bradbury retourne se concentrer sur l’écriture d’adaptation télévisées et cinématographiques. De son côté, Al Feldstein quitte EC Comics pour reprendre les rennes du célèbre MAD Magazine en 1956, après le départ de son créateur, Harvey Kurtzman.

Si l’événement du Comics Code Authority met fin à la forte collaboration entre Ray Bradbury et EC Comics, il ne met pourtant pas fin avec le monde des comics. L’écrivain voit ses adaptations EC Comics rééditées, il est adapté chez d’autres éditeurs mineurs, jusqu’à avoir en 1992-1993 un titre à son nom : The Ray Bradbury Chronicles, publié chez NBM. On y trouve des artistes de renoms venus adapter des nouvelles de Ray Bradbury. On retrouve Mike Mignola adapter « The City« , Dave Gibbons, Sean Philipps, Matt Wagner, Richard Corben, ou encore Wally Wood illustrer une ou plusieurs histoires. La boucle est bouclée.

Considérer le comics, c’est considérer la science-fiction

Ray Bradbury se fonde une réputation solide à travers le paysage littéraire. Il devient mondialement reconnu, mais plus encore dans son pays d’origine, ayant pleinement accepté le genre de la science-fiction dès ses premiers pas. En écrivant quelques mots pour le numéro anniversaire de Superman dans Superman #400, Ray Bradbury ouvre le numéro avec un message fort et sincère. Il ne prétend pas être le plus grand fan de Superman, ni d’être un fidèle lecteur. Il y avoue même préférer Buck Rogers et les héros de Edgar Rice Burroughs (Tarzan et John Carter). Mais il les met dans un même panier.

Ils sont, avec une symbolique plus ou moins forte, plus ou moins intemporelle, des héros nourrissant une culture populaire rejetée. Fort de ses voyages et des regards avec lesquels étaient vus ses travaux hors des Etats-Unis, Ray Bradbury connait la considération de ces « sous-genres » en Europe, et ne se prive pas de le mentionner. Lorsqu’il écrit concernant les comics qu’ils sont devenus des créations considérées, il parle de personnages reconnus. Car le constat est pourtant le même, aujourd’hui, sept ans après la mort de Ray Bradbury : les comics, malgré leur considération accrue, restent bien peu reconnus.

Inspirations martiennes

Ray Bradbury reste par la suite une inspiration majeure touchant tous les milieux. Mais il est amusant de noter l’hommage qui lui est fait par J. M. Dematteis dans Martian Manhunter #4 (1988), où la mini-série se trouve dédiée à Ray Bradbury « Dédicacé avec affection et admiration à celui qui découvrit Mars : Ray Bradbury« . La mini-série qui définit les origines modernes du personnage s’inspire grandement des Chroniques Martiennes.

Insuffler à Martian Manhunter une part de Ray Bradburry est à la fois une reconnaissance des travaux de Bradbury, mais est également la plus belle des manières de faire évoluer le comics dans un rapport littéraire fort, où les médias et genres optent pour un soutien mutuel. Il suffit de penser aux Chroniques Martiennes en lisant la maxi-série Martian Manhunter de Steve Orlando et Riley Rossmo pour établir un lien, certainement dû aux conséquences des origin-story de 1988. Car d’une certaine manière, l’oeuvre de Ray Bradbury continue d’être adaptée dans le monde du comics par l’influence constante qu’elle exerce sur toutes créations liées au genre de la science-fiction.

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Étrange personnage constitué de framboises. La légende raconte qu’il aurait une quelconque appartenance à l’école du micro d’argent. Il consolide sa morphologie linguistique et cherche à se perfectionner dès que possible. Profondément inspiré par Françoise Hardi et Zizi Jeanmaire, il écrit par passion. Amoureux de culture, il n’a jamais su se détourner de son premier amour qu’est le monde des comics. Élevé dès ses premiers pas par Bruce Timm qui lui a montré la voie de la sagesse, il s’entraine depuis comme un samouraï et accumule les reliures, les brochures, et se (re)découvre au fur et à mesure des coups de cœur. Rapidement détourné de l’univers Marvelien moderne depuis Marvel Now, il ne jure plus que par Image et DC Comics. Le fan de comics qu’il est attend sagement le retour d’une époque pour le moins révolue où le fan de comics prône sur les lecteurs éphémères qui ne se limitent qu’aux grands personnages publicités ou adaptés le temps de quelques mois. Éternel insatisfait, il n’aime pas cette présentation, et tout ce que l’on doit en retenir est qu’il écrit par passion dans le but de la partager.

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AnthonyDC
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Bel article !