A l’occasion du Roubaix Comics Festival, nous avons pu interviewer Riley Rossmo. Il est le jeune talent révélé chez DC Comics après ses premières œuvres remarquées à l’aube des années 2010 chez Image Comics. Un artiste très investi ayant officié sur des titres comme Batman/Shadow aux côtés de Scott Snyder et Steve Orlando, sur Deathbed avec Joshua Williamson, Constatine avec James Tynion IV. Mais c’est avec la maxi-série Martian Manhunter qu’il fait l’actualité, aux côtés de Steve Orlando. Nous nous sommes intéressés à sa perception de son travail d’artistes et ses influences, au cours de ce bref entretien.

Nous remercions l’association Art-thémis qui nous a permis de réaliser cette interview.


Bonjour, Riley Rossmo, vous êtes un artiste en vogue. A l’heure actuelle, tous les projets sur lesquels vous avez travaillé sont particulièrement sombres, correspondant à votre style. Mais vous êtes-vous déjà demandé de travailler sur quelque chose de plus coloré ou joyeux ?

Riley Rossmo : Pour les enfants ou quelque chose comme ça ?

Pas nécessairement. Mais quelque chose de moins sombre.

Non, non, non. Mais peut-être un jour. J’ai une petite fille âgée de trois ans. J’aimerais sans doute pouvoir travailler sur quelque chose qu’elle pourrait lire. Car ce sur quoi je travaille est particulièrement pesant et violent. Je pense que ce serait une idée intéressante de m’orienter vers un public plus jeune.

Pensez-vous que votre style puisse s’adapter à un jeune public ?

Oui, bien sûr. Vous connaissez Dustin Nguyen ? Il a dessiné des comics pour enfants, et c’était vraiment bon. Je pense qu’il a fait ça dans un effort d’adaptation, et pourtant avant ça, ses travaux étaient très sérieux dans une ambiance très sombre.

On remarque bien la différence entre Li’l Gotham et Streets of Gotham, oui.

Exactement !

En parlant de votre style, comment en êtes-vous arrivé à ce résultat surprenant avec Jean-Paul Csuka sur Bedlam ? Aimeriez-vous refaire ça, dans un contexte super-héroïque ?

C’était très sombre. L’histoire n’en a pas besoin. Elle se doit de comporter une intensité émotionnelle forte. Vous avez lu Martian Manhunter ? Ces parties effrayantes ? Elles sont proches, très tristes, et elles ne comportent aucune pause. L’émotion est omniprésente tout du long.

RCF 2019 - Interview de Riley Rossmo 1

En parlant de Martian Manhunter, où avez-vous trouvez l’inspiration concernant l’architecture ?

Pour l’architecture, je me suis inspiré des travaux de Moebius et je l’ai associé à l’architecture des pyramides égyptiennes.

Il n’y aurait pas un peu de Cronenberg ?

Oh oui, oui. J’adore David Cronenberg. J’ai beaucoup pensé au film Naked Lunch (Le Festin Nu).

Concernant votre style en général, quelles sont vos influences permanentes ?

Concernant mes influences aujourd’hui et à jamais je peux citer John Byrne, à ses débuts, Bill Sienkiewicz, quand j’étais jeune je l’adorais. Ensuite, Mike Mignola, bien sûr. Mais aujourd’hui, mon artiste préféré est Eduardo Risso. Avec Paul Pope.

Oui ! J’avais adoré Heavy Liquid !

100% ! Il faut lire 100%. Mais j’aime tous ses travaux. Et Eduardo Risso est un très très bon storyteller. Il m’a montré la manière de faire du storytelling. Dans les histoires les plus bizarres, il choisit le plan pour accentuer l’ambiance de l’histoire, jamais pour l’amoindrir ou la désamorcer. J’adore ses travaux.

L’influence se ressent surtout sur la manière de capturer la scène.

Oui, c’est ça. Dans le plan.

Vous avez travaillé sur des personnages comme Constantine, Batman, et maintenant Martian Manhunter. Quel autre personnage pensez-vous pouvoir le mieux adapter avec votre style ?

Sans hésiter, Swamp Thing. J’adorerais faire Swamp Thing. Chez DC j’aimerais aussi dessiner Zatanna. Si j’avais le choix, ce serait probablement Wonder Woman, ou Zatanna. Oh ! Et Deadman ! Et si un jour je fais du Marvel

RCF 2019 - Interview de Riley Rossmo 2

Vous aimeriez travailler pour Marvel ?

Oui. Très certainement. Dans un style proche de Frank Miller, j’aimerais faire Wolverine. Le Wolverine de Frank Miller était le premier comics que j’ai acheté. Alors je serais vraiment heureux de m’occuper du personnage, ou comme lui, Daredevil. Mais pas Spider-man. N’importe quoi mais pas Spider-man. Il est vraiment trop compliqué. Par contre, j’adorerais faire Venom. Si je devais assombrir quelque chose, je ferais Dark Tales.

Dark Tales ?

Donald Duck. (rires)

On parlait de vos influences, et je pense que Frank Miller en est une que vous n’avez pas cité.

Ah, oui. Lui, et Will Eisner. Je pense que ce sont des influences inconscientes. Je ne pense pas à eux quand je dessine. Mais je les aimais quand j’étais jeune, donc ça fait un peu partie de moi. Mais quand il travaillait, je ne pense pas qu’il passait du temps à considérer et penser à ses propres influences. Il le faisait simplement. Ça donnait à ses travaux, comme dans Sin City, une intensité propre à ses travaux.

De manière générale, on associe beaucoup votre style à la colorisation particulière qui est associée à vos travaux. Pensez-vous qu’on puisse reconnaître votre style, sans cette colorisation si particulière ?

Je ne sais pas du tout. On travaille ensemble depuis au moins quatre ans. Cette colorisation fait partie de mon travail. Je travaille avec Ivan Placencia depuis quatre ans, je ne pense pas que sa couleur pourrait se passer de mes dessins, et inversement. Ses couleurs sont désormais intégrées à mon travail. Mais vous savez, je colorise moi-même mes couvertures, et je passe autant de temps à la dessiner qu’à travailler les couleurs. Quand je dessine, je n’arrête pas de penser à ce à quoi elle va ressembler.

Pensez-vous être perfectionniste ?

Quand je colorise moi même ma couverture, ça me prend une éternité. Je fais de nombreux essais. Je recommence jusqu’à être vraiment satisfait. Mais la couverture est très importante, c’est la première chose que le lecteur voit. Si la première planche n’est pas parfaite, c’est rattrapable. Mais la couverture, jamais.

RCF 2019 - Interview de Riley Rossmo 3

Pourriez-vous nous parler de votre avenir après Martian Manhunter ?

Je n’en ai aucune idée. Je travaille encore sur le titre actuellement. J’en suis au sixième numéro actuellement.

Aucun autre projet pour la suite ?

(hésitation) Non. J’essaie de me focaliser sur Martian Manhunter, parce qu’il nécessite la maîtrise de deux styles différents entre la partie sur Mars et la partie sur Terre. C’est un travail qui requiert beaucoup de temps et de concentration.

Certains artistes aiment prendre leurs distances et écrire des histoires de leur côté. Voudriez-vous écrire votre propre histoire en indépendant, un jour ?

Je pense, oui. Je n’ai pas d’idée pour le moment. J’aimerais travailler sur quelque chose comme une biographie, mise à part tout contexte historique fictif. Mais par la suite je voudrais me tourner sur une biographie comme… je ne sais pas. Ce serait intéressant de faire ressortir une vie passionnante. Celle de quelqu’un qui a existé dans notre réalité, et qui a vécu des rebondissements fantastiques.

D’une certaine manière, peut-être quelque chose comme A Dark Night Story de Paul Dini, avec Eduardo Risso ?

Oui, quelque chose comme ça, peut être sous la forme d’une biographie de Jimi Hendrix.

2 Commentaires

  1. Ah très cool comme interview ! En tout cas j’aime beaucoup son style, curieux de voir ce qu’il va faire par la suite.

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