Disclaimer : Parfois, en tant que rédacteur, nous sommes obligés de faire des recherches complémentaires afin de correctement traiter un sujet. Mais il peut arriver que lesdites recherches soient composées d’une centaine d’épisodes à voir, et de dizaines de comics à lire. Dans ce cas, autant faire appel à un spécialiste, et cela tombe bien, nous avions un sous la main. Tommy, à toi de jouer ! -Blue

Dans la collection (imprint) Wonder Comics lancée il y a peu par Bendis, plusieurs titres sont sortis ou sortent actuellement : Young Justice bien sûr ou Dial H for Hero, par exemple. Aujourd’hui, parlons d’une série prévue en 6 numéros : Wonder Twins.

Écrite par Mark Russell et dessinée par Stephen Byrne, cette mini a au moins l’attrait de son équipe créative. Byrne et son style « jeune », idéal pour une collection qui fait penser dans sa cible à la collection Ultimate de Marvel ; Russell connu notamment pour l’excellent Prez ou encore The Flintstones qui lui valut deux nominations en tant qu’auteur aux Eisner Awards. Mark Russell excelle dans l’humour et les publications destinées à la jeunesse. Autant dire que les éditeurs DC ont misé sur un duo expérimenté dans ce domaine.

Qu’en est-il alors de ce Wonder Twins #1 ? Sans tourner autour du pot : il s’agit d’une franche réussite. Un numéro rafraîchissant et drôle qui satisfera tant un public jeune qu’un public adulte souhaitant rire et passer un bon moment. Un numéro qui satisfera tant les nostalgiques que les lecteurs qui n’auront pas toutes les références.

Car oui, il y a des références. Elles ne gênent absolument pas la lecture et sont davantage des clins d’œil que des clés de compréhension. C’est aussi la force de ce premier numéro. En reprenant les codes qui avaient fait le succès du dessin-animé Super Friends, l’équipe arrive à moderniser l’ensemble et à en faire un numéro hilarant. Le dessin-animé, qui était destiné à un public très jeune, était premier degré. Le visionnage par les adultes pouvait laisser des interprétations dues à des esprits moins innocents : la proximité Batman-Robin, par exemple.

En France, ce dessin-animé, diffusé d’abord sur Canal+, a été l’occasion d’un doublage un peu anarchique et très second degré. Le doublage est d’ailleurs plus connu que le contenu même de la série : Wonder Woman avec une voix très grave, les expressions de Robin (« saperlipopette, Batman ! »), la voix absolument improbable de Batman. Ajoutez à cela des effets cartoons typiques des années 70 et 80 et vous aurez une œuvre à la fois absolument kitsch et absolument culte.

Ce kitsch et culte est repris par les auteurs. Zan et Jayna, nos Wonder Jumeaux, se retrouve sur Terre, dans le pire endroit possible : un lycée américain. Leur père les a confiés à Superman qui s’en occupe comme il peut. Dans ce numéro, les Wonder Twins, qui doivent allier leur vie de lycéens à celle de presque-stagiaires au Hall of Justice, essaient de passer le temps et de survivre au lycée. Aucune activité super-héroïque ou méchant à aller vaincre. Darkseid est loin. On pourrait  vous expliquer par le menu détail toutes les blagues et rire en les racontant, mais laissons un peu de plaisir aux lecteurs. Vous trouverez malgré tout une Wonder Woman atterrée face à Zan qui « devient un homme » suite à un petit… problème au lycée ; Batman qui écrit une chanson d’amour ; un super-ordinateur géant des années 70 qui sert à la Justice League à écouter Philip Glass. Et pour ceux qui ont les hormones en feu, il est aussi question d’orgie et de fluides corporels.

Le second degré, manié à la perfection tant dans l’écriture que dans la mise en page et dans les dessins mêmes, sert aussi le propos. Comme les Wonder Twins sont marqués par le dessin-animé, il a toujours été difficile de les aborder. Ils avaient été créé par les studios Hanna-Barbera pour le dessin-animé et pour les produits dérivés. Les Wonder Twins, Zan et Jayna, étaient alors des ados faisant quelques bêtises et accompagnés de leur singe domestique, Gleek. Un singe bleu. Oui. Et on le voit sur la couverture. Gleek était alors le personnage comique du dessin-animé : bêtises permanentes, mais là pour sauver la situation si besoin était. Après la fin de Super-Friends, les Wonder Twins, seulement présent dans l’adaptation éponyme de la série, disparaissent un temps.
Le comics Super-Friends avait clairement pour but de surfer sur le succès du dessin-animé. Vous trouverez, si vous êtes lecteur VO, le début de la série dans un Showcase Presents (recueil noir et blanc, dans cette collection qui n’existe plus, avec les 34 premiers numéros) et, si vous préférez la VF, vous aurez des épisodes notamment dans les revues Star Flash (Arédit, 10 numéros) et Hercule (la revue qui commence en 1983, chez Arédit aussi, 12 numéros). Depuis, les Wonder Twins sont apparus dans le très mauvais Extreme Justice, bien avant les N52. On savait qu’ils existaient dans le monde Rebirth grâce à un cosplay dans un numéro du Batman de Snyder. Quelques autres apparitions antérieures dans diverses séries, y compris télévisuelles, pourraient être mentionnées.

Dans ce numéro de Wonder Twins #1, vous trouverez donc des éléments qui rappellent le dessin-animé et, sous la plume de Russell, certains faits sont tournés en dérision. Tout en gardant une grande fraîcheur, ce numéro est donc loin de la naïveté qui entourait les premières apparitions du duo. Prenons l’exemple des « super-pouvoirs » : Zan et Jayna doivent entrer en contact physique pour les activer. A l’origine, ils prononçaient systématiquement cette phrase « Powers, activate ! » ou en VF « Super-pouvoirs, en action ! ». Ce que fait Zan ici au grand dam de sa sœur qui trouve ça ridicule. Jayna peut se transformer en n’importe quel animal tandis que Zan… se transforme en eau. Dans cette histoire qui reboot en quelque sorte les anciennes versions, on ne sait pas encore si Zan pourra se transformer aussi en glace ou en gaz. Dans chaque cas, il est certain que Russell ne manquera pas de nous faire rire de la situation. Le fait que les adultes (Superman, Batman et surtout Wonder Woman) ne les prennent pas du tout au sérieux sera aussi probablement utile pour justifier des associations futures avec les sidekicks et autres jeunes héros.

L’on retrouve également le Hall of Justice classique, déjà chez Snyder et même dans les N52 (cf. Justice League International). C’est alors le design en vogue dans le dessin-animé avec la fameuse pièce où, devant l’ordinateur gigantesque, les super-héros décidaient d’intervenir et de sauver le monde. Bien sûr, difficile en 2019 de justifier le fait d’avoir toujours un ordinateur des années 70. Laissez faire Russell, il saura vous faire rire avec ça.

Le méchant du jour est Mxyztplk, un vilain gnome de la 5e dimension qui a fait les délices du dessin-animé. Comment le vaincre ? Il faut qu’il prononce son nom à l’envers ! Heureusement, Superman, Batman et Wonder Woman, grâce à des théories scientifiques, ont trouvé un moyen de le renvoyer d’où il vient, même s’il y a des chances que ça détruise l’univers. Un moyen moins ridicule et improbable que d’arriver à faire dire à un méchant son nom à l’envers ? Autre référence au dessin-animé, furtive cette fois-ci : la présence d’El Dorado. De qui ? El Dorado est un des quelques personnages créés par Hanna-Barbera pour Super-Friends. Hormis les Wonder Twins, Gleek et les enfants des précédentes saisons (qui sont remplacés par les Wonder Twins), il s’agissait pour les studios de mettre un peu de diversité dans le dessin-animé. En effet, Batman, Superman, Wonder Woman, Robin, Green Lantern, Aquaman, Firestorm, Hawkman, etc., tout ça était un peu trop classique et les studios voulaient que le public le plus large possible puisse s’identifier aux héros, quitte à en faire des clichés. Ainsi sont nés El Dorado, Samurai et Chief Apache. Il y a également eu Black Vulcan (créé en copie de Black Lightning suite à un conflit sur les droits de ce dernier). Cet El Dorado apparaît donc brièvement dans les couloirs, en costume, avec un café à la main. C’est typiquement alors du fan-service, plaisant pour ceux qui comprennent, innocent pour les autres.

Car il faut comprendre que ce duo est culte en tant que duo comique d’un dessin-animé. Les faire passer dans un comics sérieux est donc complexe. Russell utilise ici l’humour pour les insérer dans l’univers DC. Et ça fonctionne. Parfaitement.

Nous avons ainsi avec ce Wonder Twins #1 un numéro qui réintroduit d’anciens personnages certes, mais surtout un excellent comics en tant que tel. La fraîcheur du numéro, l’écriture, la mise en page et la maîtrise graphique en général font que ce premier épisode est probablement un des comics les plus plaisants chez DC depuis des mois. Il est à la fois parfaitement cohérent avec la collection Wonder Comics, jeune, frais, dynamique et drôle et, en même temps, il tranche complètement avec un univers DC dépressif et au bord du suicide.

Loin des comics où tout le monde meurt, fait une dépression, veut souffrir, etc., on a ici la preuve que les comics peuvent être pertinents et drôles sans dire que le monde est un endroit infernal et qu’on mérite tous de mourir sous la torture. Espérons que cette série aura le succès qu’elle mérite et qu’elle fera des émules.

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Les +
- Jeune, frais et dynamique
- L'humour
- Des références bien senties
- Un bel hommage au dessin animé
Les -
- Personne ne meurt
- Personne n'est dépressif
- Personne ne se suicide
- Personne ne se fait violer
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urbanvspanini10
urbanvspanini10

Trés bonne critique, le numéro est vachement cool. Non rien de plus à dire, c’est très drôle et ça fait plaisir d’avoir une autre ambiance par rapport à une partie des titres du DCU en ce moment.
Curieux de voir d’autres travaux de l’auteur. Elle commence plutot bien cette imprint. On peut dire merci à Bendis pour ce qu’il apporte chez DC.

Félicitation pour Tommy, son rêve est devenu réalité : Les Wonder Twins ont leur propre série.

Tommy
Tommy

Chef-d’oeuvre.
Comme cette review.

Lisez Wonder Twins !!

mavhoc
mavhoc

Bon comics et bonne critique. La question est cependant celle de se demander pourquoi un néophyte lirait cela et si vraiment, sans aucun contexte (pas même la connaissance préalable de l’existence des personnages) il pourrait apprécier ?
On peut aussi se demander si le comics promet autre chose que 6 numéros fondamentalement identiques ? S’il y aura une progression. Bref c’est un bon numéro, c’est certain, mais pas exempt de craintes.