En attendant que Joe Manganiello nous ressorte un petit teasing autour d’un éventuel film, Urban Comics poursuit la publication de Deathstroke – ce qui reste encore surprenant concernant le statut de personnage secondaire qu’il possède. Christopher Priest a déjà présenté le ton de son run avec un premier tome introductif, et instauré les éléments essentiels à son intrigue dans le second. Un rythme lent se dégageait déjà du titre, et Christopher Priest n’en démordra pas, sans pour autant combler ses pages d’un vide ennuyeux.

Tout est question de rythme et de vision

Engager un titre Deathstroke orienté vers une série de contrats dans un monde réaliste, truffé d’éléments relevant de la science-fiction autour du personnage de Deathstroke, le pari était risqué. Et ce, d’autant plus lorsqu’on sait que tous les titres Deathstroke se cantonnaient bien souvent à une force brute charismatique. Christopher Priest considère et comprend parfaitement le personnage. Il a récupéré son essence pour l’inclure dans un scénario bien plus complexe. Cette complexité peut déranger, mais elle joue grandement sur l’effet immersif de l’album.

Les deux premiers volumes nous ont accoutumés à cette vie dangereuse que mène Slade, et introduit une situation des plus délicates. Christopher Priest mêle le travail peu reluisant de Slade Wilson et sa vie de famille de manière très crédible. Ce troisième volume profite d’un climax mettant plus en avant des personnages secondaires riches d’une profondeur rare dans les titres actuels.

C’est un portrait de famille ordinaire que l’équipe créative ne manque pas de souligner dans l’ensemble. Slade absent de la case, Rose et Joseph se complaisent dans un rapport ordinaire à la vie. Dès lors qu’il apparaît, une rupture se créé constamment. Cet album est une intrusion progressive de Slade dans la vie de ses enfants, et mènera à une conclusion surprenante, engageant des problèmes sociaux concrets.

Deathstroke : Un savoir-faire

Cet album pourrait pourtant se limiter à un statut intermédiaire : Slade devient aveugle. Qu’adviendra-t-il ? Ce statut semble des plus clichés, une pure stratégie pour attirer le lecteur. Loin de là. Deathstroke apporte plusieurs lectures. On peut se dire que plusieurs intrigues sont mêlées : le contrat accepté par Slade, l’accident, et la situation familiale. Ces intrigues semblent n’être reliées que par l’instant. Elles peuvent être comprises comme une succession de problèmes auxquels Slade doit faire face au même moment.

Slade perd la vue, il est entravé. C’est ce que recherche ses poursuivants, c’est également la situation dans laquelle il se trouve vis à vis de ses enfants et de sa femme. Il est submergé, et à vouloir se débattre, il ne fait que frôler la mort et échouer. Christopher Priest cherche à surprendre en nous montrant ce que Slade a de surhumain (ou d’inhumain). Il ne se laisse jamais déstabiliser par ses émotions. Pour autant, une part de lui se retrouve chez les personnages secondaires. Il parvient à échanger avec eux, et apprendre d’eux. On pense notamment à l’utilisation de Power Girl, qui ne fait pas que de la figuration, mais joue un rôle prépondérant au cours de cet arc. Cet état n’est pas véritablement le cœur du récit, il est au contraire un apport, voir une métaphore définissant le personnage.

Coup de feu, explosion, action

Au degré le plus bas, Deathstroke est un condensé d’action. L’équipe créative met le personnage en scène comme rarement. Deathstroke profite d’une esthétique soignée idéale. Joe Bennett, en particulier, rappelle toute l’esthétique légèrement exagérée du personnage musclé à l’excès, tout en usant de plans choisis avec parcimonie, certainement par le scénariste Christopher Priest. Des effets de ralentis, des splash-page viennent accentuer le tout, sans que jamais l’action ne finisse par tomber dans une exagération, capable de rompre l’immersion.

Ce souci du rythme, Christopher Priest le connait bien. Il écrit son Deathstroke comme il écrirait l’un de ses romans, profitant de quelques effets visuels plus efficaces auprès des artistes. Bien loin du faussement-complexe, Christopher Priest fait état d’un talent de scénariste comme on en voit rarement. L’action est peut-être rare en comparaison avec les titres populaires, mais elle se fait bien plus apprécier et profite d’un cadre pertinent.

Le troisième tome de Deathstroke s’élève au dessus des volumes précédents. Il engage une multitude d’intrigues auxquels nous sommes désormais habitués, mais les fait progresser vers une (première) conclusion aussi surprenante qu’attendue. De plus, cette multitude d’intrigues permet une capacité d’interprétation élevée autour d’un personnage qu’on résume bien trop souvent au meilleur mercenaire. Christopher Priest parvient à en dégager une histoire et une vie bien plus étoffée, on ne pouvait pas espérer mieux.

Excellent / 10 Notre avis
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Les +
- Un récit profond
- Un univers crédible
- Mêle plusieurs facettes du personnage
- Un travail esthétique proche de la perfection
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- Nécessite une lecture attentive
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Watchful
Étrange personnage constitué de framboises. La légende raconte qu’il aurait une quelconque appartenance à l’école du micro d’argent. Il consolide sa morphologie linguistique et cherche à se perfectionner dès que possible. Profondément inspiré par Françoise Hardi et Zizi Jeanmaire, il écrit par passion. Amoureux de culture, il n’a jamais su se détourner de son premier amour qu’est le monde des comics. Élevé dès ses premiers pas par Bruce Timm qui lui a montré la voie de la sagesse, il s’entraine depuis comme un samouraï et accumule les reliures, les brochures, et se (re)découvre au fur et à mesure des coups de cœur. Rapidement détourné de l’univers Marvelien moderne depuis Marvel Now, il ne jure plus que par Image et DC Comics. Le fan de comics qu’il est attend sagement le retour d’une époque pour le moins révolue où le fan de comics prône sur les lecteurs éphémères qui ne se limitent qu’aux grands personnages publicités ou adaptés le temps de quelques mois. Éternel insatisfait, il n’aime pas cette présentation, et tout ce que l’on doit en retenir est qu’il écrit par passion dans le but de la partager.

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