Cela faisait un an sans film live-action DC, une pause qui a fait du bien avant de rentrer dans cette nouvelle vague du Worlds of DC en commençant avec Aquaman. Son réalisateur James Wan a du talent, mais ce maître de l’horreur s’éloigne bien de sa zone de confort avec ce projet ambitieux, peut-être trop, dont le défi est d’être digne du potentiel de son personnage à l’écran. A-t-il été accompli ? Voilà une question qui donnera naissance à un débat houleux (j’ai dit « pas trop » de jeux de mots).

Un écho aux films d’aventure

On ne s’ennuie pas devant Aquaman, il y a effectivement un côté fun et divertissant, mais dépendant d’un académisme beaucoup trop prononcé. Wan donne vraiment l’impression que son but était de simplement recréer tout ce qu’il a aimé dans les films d’aventure des années 80/90, lui qu’on sait pourtant si créatif. Si la narration suit bien son cours, tout semble déjà vu, que ce soit les dialogues, les gags ou les ressorts scénaristiques, dont la lourdeur n’a d’égal que leur facilité, d’autant plus qu’ils ne se diversifient pas (le même cliché plusieurs fois dans le même film, c’est feignant).

Pourtant, le réalisateur a quelques idées de réalisation qui fonctionnent très bien. Entre deux plans de regards intensifs, on a le droit à quelques scènes efficaces avec de beaux décors – naturels ou non – un montage maîtrisé et des chorégraphies réussies. D’ailleurs, si on a affaire à une CGI fuckfest qui plaira ou non, ce n’est pas le réel combat final, qui est quant à lui bien orchestré, chose rare dans du film super-héroïque aujourd’hui. Wan propose donc un film de fan plutôt qu’un film de créateur, un hommage à un genre qui s’est perdu, mais qui se repose bien trop sur ses aînés.

Un voyage trop guidé à travers les merveilles

Malgré tout cela, Aquaman possède une certain âme familière assez plaisante. Beaucoup ne connaissent pas ou mal son univers et découvriront sa splendeur avec ce film. La diversité des environnements vous feront voyager sur la terre comme dans l’océan. C’est plus globalement toute la direction artistique qui est à saluer, puisque les cadres, les décors et les costumes nous plongent dans un monde sous-marin fantastique. Les personnages sont hauts en couleur et très reconnaissables, mais là se pose un nouveau problème. Au prix du cool, les acteurs surjouent souvent leurs expressions du visage afin d’appuyer les intentions de leurs personnages. Les méchants plissent les yeux et Arthur et Mera se lancent des regards langoureux, et la subtilité disparaît d’autant plus à cause de la réalisation. Pourtant le casting a vraiment de la gueule, mais le film se repose justement sur leur charisme naturel plus que sur leur talent, les personnages secondaires s’en sortant mieux que les autres sur ce point là. Le reste du temps, on a tout de même une bonne caractérisation, avec un Jason Momoa devenant petit à petit Aquaman (il faut aimer l’acteur aussi, qui transparaît pas mal sur son personnage), Mera et Atlanna se font respecter et les méchants ont du style et de la conviction, quoique les motivations écologiques d’Ocean Master auraient largement méritées d’êtres plus exploitées pour en faire un antagoniste éclairé à l’instar d’un Killmonger dans Black Panther, dans l’état elles ne sont qu’un prétexte pour son envie de domination.

C’est très subjectif mais certains aspects de l’univers d’Aquaman m’ont fait ressentir une sorte de vibe Star Wars, sans pour autant atteindre son niveau (et ce qui pourrait expliquer pourquoi j’aime autant ces deux univers). Ce voyage à travers les cités atlantes m’a rappelé la générosité de celui de la prélogie, le monde marin ayant finalement beaucoup de similarité avec l’espace et tous ses systèmes originaux. Même les personnages ont ce côté homériques de Star Wars, le voyage du héros, les femmes de pouvoir brisant leur destin, les antagonistes poussés par la vengeance, la jalousie et la haine de l’inconnu. On retrouve aussi des thèmes politiques et d’héritage, en plus de combats tout aussi cools. Black Manta fait même office de Boba Fett. Cependant, on retrouve les défauts de cette saga (et encore une fois surtout la prélogie), à savoir le jeu des acteurs et la CGI pas toujours au point, mais de façon largement suffisante pour son rapport budget/cahier des charges. C’est beau et on retrouve une bonne mythologie, mais il n’empêche qu’on nous tient trop par la main alors qu’on a envie de tout explorer.

Vouloir trop en faire

Mais que serait Star Wars sans la composition de John Williams ? C’est là qu’on aborde le problème le plus flagrant d’Aquaman. Le film, à vouloir tout nous offrir, se perd et crée des ruptures de ton assez étranges. On débute sur ce qui semble être un pur actioner des années 80 avec du muscle et des punchlines, puis l’histoire nous embarque dans un film d’aventure à la Indiana Jones avec des passages d’horreur ou de films de braquage de façon abrupt de base, mais la musique de Rupert Gregson-Williams finit de complètement vous sortir du film. Les thèmes ne sont ni marquants ni subtils, ils ne se contentent que de souligner ce qui crève déjà l’écran (avec le jeu des acteurs en prime) avec des cuivres menaçants dès qu’Orm se retourne par exemple. C’est dommage d’avoir foiré l’un des principaux avantages qu’avaient les films DC sur Marvel.

Le pire moment est évidemment la douloureuse scène avec la chanson de Pitbull sortie de nulle part, et qui vous donne soudainement l’impression d’être devant un autre film. Pareil pour la scène de Manta qui construit son équipement en mode clip qui casse en plus le personnage. Il est possible de diversifier sa bande-son mais Gregson-Williams crée un tout incohérent, tandis que Williams le faisait très bien notamment grâce à l’apport d’instruments insolites s’ajoutant à l’orchestre classique servant à faire des rappels du thème principal. Sans cohésion, on ne sait plus sur quel pied danser, alors que prise à part, certains morceaux étaient très convenables.

Le rapport aux comics

Comme d’habitude il faut se poser la question de la fidélité aux comics, et il faut bien avouer que c’est plutôt une réussite à ce niveau. Bien sûr, quelques personnages sont plus ou moins adaptés pour mieux rentrer dans l’intrigue, je pense notamment à Nérée qui change pas mal de sa version papier, mais d’une bonne manière. Par contre, j’avoue que ça m’a fait mal quand on voit Murk. Wan a même accompli un bel exploit avec cette adaptation en réussissant à incorporer l’Aquaman de Peter David dans une histoire fidèle au run de Geoff Johns des New 52, même tout n’y est pas et que le comics est meilleur, mais ça c’est surtout pour vous pousser à les lire. Finalement, ces évidences et ce côté grandiloquent correspond bien au format comics, et on peut également ajouter que beaucoup de plans sont dignes de splash pages d’Ivan Reis sur cet univers. Il est possible que James Wan a voulu faire vivre les cases de nos comics sur grand écran, mais la compatibilité est discutable. C’est quelque chose qu’on voit beaucoup dans le cinéma asiatique par exemple, une école qui adore les prestations théâtrales (acteurs, décors et mises en scène compris) et ça expliquerait grandement le succès du film en Chine (100 millions de dollars en un week-end dans ce seul pays).

Aquaman est un film d’aventure old school qui reprend tous les codes du genre à la lettre au lieu de les réinventer et c’est bien dommage. Les scènes épiques sont cassées par les ruptures de ton musicales et un casting qui en fait trop pour notre standard occidental. Il reste néanmoins un film visuellement très abouti avec des personnages marquants dans une histoire qui plante l’âme de Peter David dans le corps de Geoff Johns. Et si tout est déjà vu cent fois, James Wan semble vouloir mettre tout ce qu’il aime dans ce genre, quitte à ne plaire qu’à une nouvelle génération de fans, aux amateurs d’un certain cinéma asiatique et à ceux qui n’ont pas peur de la redite. C’est un film qui fait tellement comic book dans son image, sa répétition et sa grandiloquence qu’il oublie parfois qu’il n’en est pas un. Alors je ne peux que vous souhaiter d’avoir aimé le film qui n’est pas dénué de qualités et vous inviter à lire des comics Aquaman, un personnage que j’aime profondément et qui mérite qu’on s’y attarde. Moi-même je lui reproche beaucoup de choses, mais je n’arrive pas à le détester, je veux dire, j’ai quand même vu un pur Black Manta au cinéma quoi.

Bon / 10 Notre avis
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Les +
-Visuellement abouti

-L'univers d'Aquaman

-L'amour du comic book

-Un film d'aventure à l'ancienne...
Les -
-...mais qui ne fait que tout pomper aux autres

-Une OST déboussolante

-Vous prend trop par la main
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