Si vous trainez sur internet et les réseaux sociaux, c’est difficile de manquer Martian Manhunter, la nouvelle série de Steve Orlando et Riley Rossmo. Le marketing de DC essaie clairement de nous vendre cette série comme son nouveau classique. On le compare à Mister Miracle, et on invoque même Tom King sur la couverture pour surfer sur sa hype. La recette est la même : on prend un héros assez important, mais quand même de catégorie B (Martian Manhunter). On l’offre sur un plateau pour une série limitée à un auteur reconnu pour son style fort et particulier (Steve Orlando), en lui laissant carte blanche. On associe l’auteur en question à un dessinateur avec un style distinctif (Riley Rossmo). On leur offre un éditeur quatre étoiles (Jamie S Rich). Puis on vend le tout comme une oeuvre majeure de l’art séquentiel. Est-ce que la stratégie marche pour autant et forge forcément un classique ? Difficile à dire pour l’avenir, mais force est de constater que pour ce premier numéro, ça fonctionne plutôt pas mal.

A la croisée des genres

Martian Manhunter est un personnage dont on connaît bien les rudiments du mythe, souvent répétés : dernier de son espèce, télépathe, sur-puissant mais vulnérable au feu, accro aux Oero… Mais globalement, il reste un personnage mystérieux, réservé. Stoïque, au sens le plus philosophique du terme. C’est pourquoi Orlando et Rossmo nous proposent d’explorer doublement le passé du héros afin de mieux cerner qui il est. La série se passe plusieurs années dans le passé, à l’époque où J’onn J’onzz est encore John Johns, caché sur terre sous l’apparence d’un policier de Midleton.

La série mêle donc deux atmosphères assez différentes. D’une part, une ambiance légèrement noire, avec l’expérience de détective du personnage qui enquête ici sur le meurtre d’un couple et la disparition de leur fille. De l’autre, des flashbacks qui nous emmènent dans son passé sur Mars, avec un feeling sci-fi un brin déjanté. Assez curieusement, les deux ambiances fonctionnent très bien ensemble, pour donner quelque chose d’assez anxiogène. Néanmoins, même si l’aspect procédural est très solide, c’est surtout les retours sur Mars qui rendent le numéro enthousiasmant. C’est là que Rossmo a vraiment toute l’occasion de se lâcher aux dessins, avec des décors étranges ou une représentation créative de la sexualité martienne.

Martian Manhunter #1

Créativité psychologique

Ce qui fait le lien entre ces deux histoires parallèles se trouve au plus profond de la psyché du personnage. Le coeur de l’histoire, c’est son expérience traumatique, nous révélant qu’il n’est pas au meilleur de sa forme psychologique. C’est là que le numéro intrigue et réveille la curiosité. Plutôt que de jouer une énième fois sur le mythe du dernier survivant qu’on connait bien, il nous dévoile des éléments nouveaux de la vie du limier. Des expériences traumatisantes qu’il garde enfouies au plus profond de lui-même… qui parfois remontent à la surface. En un numéro, Orlando nous tease un jeu sur le refoulement, le traumatisme, la honte et l’intimité. Une vision bien plus sombre que ce que nous avons l’habitude de voir sur Martian Manhunter

Au-delà de la psychologie, l’auteur s’amuse aussi beaucoup à instiller des concepts un peu étranges sur la physionomie martienne, les rites de passages et le background général de la planète. Cela donne l’impression de faire face à un univers crédible et incarné, et en même temps un délire un tantinet étrange de son auteur. Orlando s’amuse à lâcher la laisse de sa créativité pour la faire partir vers une bizarrerie fascinante. C’est créatif, et ça fait plaisir à lire.

Aux dessins, les choses seront plus complexes. J’ai personnellement beaucoup accroché à l’art de Riley Rossmo. Néanmoins, je doute qu’il fasse l’unanimité, justement parce qu’il accompagne merveilleusement Orlando sur son instinct créatif. Il déforme, reforme, joue avec la physionomie des personnages, leur donnant un aspect parfois un peu dérangeant. Avec certains artistes, je crierais probablement au scandale, mais avec lui, ça fonctionne bien, puisque ça rentre parfaitement dans l’esprit du numéro. 

Martian Manhunter #1

Contrairement à ce qu’affirme le marketing, il est encore un peu tôt pour dire si Martian Manhunter #1 est un futur succès de prestige. Mais néanmoins, ce premier numéro a quelques belles qualités créatives, qui peuvent potentiellement le promettre à un bel avenir. La curiosité est piquée, en espérant qu’Orlando et Rossmo ne partent pas en vrille au bout de quelques numéros… 

Très bon / 10 Notre avis
{{ reviewsOverall }} / 10 Votre avis (0 votes)
Les +
Un premier numéro très créatif
Des scènes martiennes fascinantes
Une relecture psychologique fraîche et nouvelle
Un dessin riche de Rossmo...
Les -
... mais qui ne plaira pas à tout le monde !
Ce que vous en pensez... CONNECTE-TOI POUR DONNER TON AVIS !
Order by:

Sois le premier à donner ton avis.

User Avatar
Vérifié
{{{ review.rating_title }}}
{{{review.rating_comment | nl2br}}}

Voir plus
{{ pageNumber+1 }}

8
Poster un Commentaire

Veuillez Connexion pour commenter
5 Fils de commentaires
3 Réponses de fil
0 Abonnés
 
Commentaire avec le plus de réactions
Le plus populaire des commentaires
4 Auteurs du commentaire
MartianlegacyDarkseid~samaurbanvspanini10Watchful Auteurs de commentaires récents

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S’abonner  
plus récent plus ancien
Notifier de
Watchful
Watchful

En sachant que Orlando peine à lancer ses histoires, ça promet d’être excellent !

urbanvspanini10
urbanvspanini10

Un bon numéro qui ma surtout intéressé pour la partie sur Mars qui permet de découvrir cette culture particulière.

Je retiendrais surtout dans cette mini le dessin Rossmo qui est très particulier, notamment dans les designs, le gosse de MM on dirait un bonbon en gélatine avec des yeux de dragibus rouge XD

Martianlegacy
Martianlegacy

Je n’ai pas vraiment suivi le Martian Manhunter des N52.
Il s’agit bien de celui-ci non ? (j’ai toujours pas bien compris Rebirth désolé). Quelqu’un peut-il avoir la grande amabilité de m’indiquer leurs différences pré et post N52 ?
Merci :)

trackback
HIGHLIGHTS DE LA SEMAINE #29 (Rebirth, Jinxworld) | DCPlanet.fr

[…] Martian Manhunter #1, un premier numéro créatif et fascinant […]

trackback
HIGHLIGHTS DE LA SEMAINE #30 (Rebirth, Jinxworld) | DCPlanet.fr

[…] Martian Manhunter #1, un premier numéro créatif et fascinant […]