Introduction

1. Qu’est-ce qu’un sidekick ?

3. Et chez les vilains ?

2. La fonction du sidekick

4. Briser ses chaînes

4. Briser ses chaînes

L’héritage

Après tant de séries et tant d’années, il se crée quelque chose d’unique autour du sidekick. Dès le Silver Age, les créateurs évoquent l’idée que les super-héros ne seront pas là éternellement, et que ce seront à leur protégé de les remplacer. Il y a l’arrivée d’un nouveau Flash et d’un nouveau Green Lantern, mais un récit de Batman imagine déjà un futur où Bruce se marie à Selina Kyle et Dick Grayson s’est imposé en tant que Batman, ou du moins un mélange entre cette nouvelle identité et l’ancienne. Il est pour la première fois question d’héritage.

Il s’agira d’un thème très marquant pour ces personnages et leur évolution, passant d’éternel bras droit à véritable relève et nous offrira de grands moments des comics DC. Les sidekicks commencèrent à vieillir dans les années 70 mais c’est plus tard, durant Crisis on Infinite Earths en 1985, qu’un sidekick prendra enfin la place de son mentor. Avec la mort de Barry, Wally West abandonnera en effet l’identité de Kid Flash pour reprendre le costume de son modèle et restera le Flash de la continuité pendant plus de 20 ans. Avec trois porteurs qui sont restés aussi longtemps, Flash représente le plus cet héritage dans les comics qui rend ces histoires d’autant plus fortes et appréciables, mais de multiples héros suivront le pas. Dick Grayson portera le masque de Batman à deux reprises pendant la continuité et de manière assez longue pour que ça ne passe pas pour de l’anecdotique. Quant à Superman, c’est à partir de sa mort que des remplaçants ont tenté de s’imposer comme l’héritier de son symbole. C’est à ce moment que sera créé Superboy d’ailleurs, mais ce récit souligne bien que personne ne peut se vanter d’être à la mesure du Man of Steel. Son héritage semble alors plus symbolique, et naît à chaque fois que Superman inspirera quelqu’un à aider son prochain.

Enfin, si Robin sert l’héritage de Batman, il sert intrinsèquement le sien. Peu importe si Dick délaisse ce costume, un remplaçant sera trouvé et le nom de Robin a survécu à tous ses détenteurs, chacun apportant quelque chose de neuf au personnage. Peu importe si c’est un rôle ingrat, il est le sidekick dont Batman a besoin, alors il y en aura toujours un, parce que ce n’est pas un héros, mais un héritier vigilant…un Chevalier Blanc (désolé, je me suis pris pour Nolan pendant une minute).

La rupture avec le mentor

Si Wally a su se libérer de son statut par la force des choses et incarner le héros qu’il a toujours suivi, la plupart des sidekicks n’ont pas cette chance (terme relatif, il vient tout de même de perdre son père spirituel). Difficile d’effacer Bruce, Diana ou Arthur dans leur rôle de Batman, Wonder Woman et d’Aquaman, que ce soit pour les fans et pour l’argent. C’est pour cela qu’il s’agit plus de coups marketing éphémères, et les protégés reprennent vite leur place, à moins qu’ils trouvent une autre alternative : l’indépendance.

Ce qu’il y a de plus palpitant et de satisfaisant à voir chez le sidekick, c’est lorsqu’il tente de se forger sa propre identité, cette quête de reconnaissance et de liberté qui a poussé beaucoup d’entre eux à s’affranchir de leur maître. Comme il était le premier des sidekicks, Dick Grayson a aussi mené la marche vers l’indépendance lorsqu’il choisit de prendre le pseudonyme de Nightwing, nom prouvant qu’il est aussi l’héritage de Superman d’une certaine manière, puisqu’il vient de Krypton et que Clark et lui se sont côtoyés depuis le début de la carrière super-héroïque de Dick. Les autres héros suivront le pas dans la décennie qui suivit et on aura donc droit à Troia, Arsenal et Tempest au lieu de Wonder Girl, Speedy et Aqualad par exemple. Malheureusement, cette décennie en question, c’est les 90s, les années des anti-héros et des « badass » énervés avec des flingues et des pochettes. Tout le monde fronce les sourcils et s’éloigne de son mentor, mais cette mode aura eu son utilité puisque nos sidekicks grandissent et amèneront de très bonnes choses par la suite.

Que ce soit chez des Titans vieillis, les Outsiders, les Birds of Prey ou dans leurs propres aventures, beaucoup arriveront donc à sortir de l’ombre, mais c’est un dépassement de soi mis à rude épreuve par l’éditeur. Dick Grayson sera rattrapé par son côté héritier de Batman lorsqu’il remplacera ce dernier, disparu de notre époque pendant un temps. Heureusement, il s’était déjà forgé son identité de Nightwing, que Grant Morrison arrive à faire transparaître dans son run sur le Batman de Dick. Le principal danger pour les anciens sidekicks est qu’ils sont les victimes préférés de DC, et surtout de son co-éditeur Dan Didio.

Certes, il est compliqué de faire vieillir des personnages qui ont pour certains déjà plus de 50 ans et qui devront survivre 50 années de plus. Il faudrait alors vieillir les adultes, et personne ne semble vouloir des héros qui ont dépassé la quarantaine, les jeunes étant encore et toujours le public le plus visé, le plus intéressé et en même temps le plus influençable. Mais est-on obligé de vieillir pour évoluer, ce qui signifierait que l’expérience ne vient que de notre âge et pas de ce que l’on vit ? Et est-ce une raison pour les sacrifier à chaque event qu’on tente désespérément de hyper en teasant que quelqu’un va mourir et attraper la curiosité morbide des lecteurs occasionnels ? Avec ce traitement, ces personnages retournent dans le plus mauvais côté de leur situation passée, ils redeviennent des faire-valoir, des pertes acceptables pour l’éditeur mais qui créera une émotion assez forte chez le grand héros et les fans. Sur ce point, je vous invite d’ailleurs à lire le Off My Mind de Watchful Comment tuer un héros ?, très pertinent en plus de tomber à pic pour ce dossier.

Se réapproprier son identité

On en arrive au dernier cas, le sidekick qui brise ses chaînes en gardant son nom, préférant changer le regard des autres. Et c’est là qu’intervient un très bon film que trop peu de gens ont vu cette année, Teen Titans Go! To The Movies. Si vous êtes surpris, je vous invite à lire ma critique de ce film très généreux, mais je vais revenir sur l’un de ses messages dans un dernier paragraphe plus personnel.

Comme beaucoup, j’ai grandi avec Batman : La Série Animée, et si j’adorais le héros principal, je m’identifiais bien plus à Robin pour son côté justement outsider, moins fort mais peut-être plus malin que le grand Chevalier Noir. Mais Dick a saisi sa liberté, est sorti de l’ombre de Batman dans la dernière saison en devenant Nightwing, mais aussi un véritable exemple pour moi et plein d’autres enfants à n’en pas douter (ça devrait parler à tous ceux qui ont un grand frère, j’imagine). Cet aspect du personnage est très bien présenté dans Teen Titans Go! To The Movies. Nos cinq jeunes Titans vivent dans un monde où les super-héros ont réellement des films sur eux sans arrêt, comme dans notre monde en somme, mais rien sur Robin. Toute l’histoire sera donc la quête du sidekick pour avoir son propre film, et il apprendra à ses dépends le coût de la vaine gloire et de son égo. Cependant, il finira par apprendre de ses erreurs et aura l’occasion de prouver sa valeur et celle des Teen Titans auprès des autres héros, et de la bonne manière. Dans ce film, Robin se libère de son statut de sidekick sans intérêt que Batman semble presque désavouer et dont le reste se moque. Il obtient son indépendance en trouvant qui il est, c’est à dire un Titan, équipe où ils sont tous égaux malgré son poste de leader. Il renverse donc la tendance en trouvant sa véritable identité en tant que Robin et ainsi gagne le respect de ses paires. Teen Titans Go! To The Movies a donc montré à une nouvelle génération ce qu’est de vivre dans l’ombre de quelqu’un et comment retrouver son identité en restant fidèle à ce(ux) qu’on aime. En plus d’être vraiment drôle, meta et très référencé.


Voilà, vous savez maintenant ce qu’est vraiment un sidekick, ses fonctions, ses limites et comment les briser. J’espère que ce dossier vous aura appris des choses ou vous aura intéressé, malgré un début très théorique. Si cette analyse du sidekick vous a plu, n’hésitez pas à m’en faire part et de partager vos points de vue sur les différents points abordés, je pense que tout est sujet à débat. Si les retours sont positifs, il y a de fortes chances pour qu’un dossier de ce genre voit le jour sur les super-vilains, personnages qui me sont particulièrement chers (et où je pourrai continuer ma thérapie de petit frère chétif). Merci de m’avoir lu jusqu’au bout et à la prochaine !

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Ludovic448
Ludovic448

On veut un film sur Robin maintenant ahaha. Très bon dossier ! Les sidekicks sont des personnages essentiels pour humaniser nos personnages (exemple flagrant pour Batman avec sa Bat-Family pas assez mise en valeur).

mavhoc
mavhoc

Comme d’habitude : excellent dossier ! Un plaisir total à lire !

GeronoHous
GeronoHous

Super dossier!

J’ai pris beaucoup de plaisir à te lire! Je ne connais pas trop encore l’univers Young Justice mais tu me donnes carrément envie de m’y pencher!

Para le pacifique Parademon
Para le pacifique Parademon

Dossier très sympa :)

kasongo
kasongo

« …ou encore Blue de DC Planet » :D

Claygan
Claygan

Très, très bon Sledgy, bravo !

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Review VF - The New Teen Titans volume 1 | DCPlanet.fr

[…] un pur chef d’œuvre. Et si le sujet des Titans vous intéresse, je ne peux que vous conseiller un petit dossier sur les sidekicks que j’ai écrit et que tous les sites spécialisés nous […]

Blue
Blue

Chaque fois où je ne me sens pas super bien, je relis ce dossier. Il ne m’a jamais trahi. Le style est lourd, léger, professionnel comme dirait Heenok le sage.