Introduction

1. La genèse de l’équipe

2. Le run original d’Arnold Drake (1963-1968)

3. Le run de Kupperberg (1977, 1987-1988)

4. L’arrivée de Grant Morrison (1989-1993)

5. Les années Vertigo (1993-1995)

6. Trois tentatives de retour (2001-2010)

7. Young Animal (2016-….)

1. La genèse de l’équipe

 

Pour bien comprendre d’où vient la Doom Patrol, il faut bien comprendre l’état de l’industrie des comics en 1963. Depuis quelques années, les super-héros reviennent sur le devant de la scène après quelques années de disparition (à l’exception des géants éternels que sont Batman et Superman). L’industrie cherche son renouveau après la sombre croisade du docteur Frederic Wertham contre la violence et l’anarchie des comics, qui l’a emmené jusqu’à une audience au sénat et à une censure majeure. Dès la fin des années 50, Julius Schwartz, éditeur chez National/DC, essaie de raviver le genre super-héroïque à travers la réinvention de héros classiques de l’âge d’or comme Flash, Green Lantern ou Hawkman dans une version modernisée et scientifique. Il relance aussi l’équipe de la JSA des années 40 dans la version remaniée sous le titre Justice League of America.

La suite de l’histoire est bien connue. Le succès de ce retour inspirera Stan Lee et Jack Kirby à fonder avec un succès colossal les Fantastic Four, inaugurant ainsi la rivalité éternelle entre l’éditeur à deux lettres et la maison Marvel. Rapidement, celui qui n’était qu’un rival de troisième division arrive sur le devant de la scène, grâce à un traitement des héros plus proche du réel, passant par les conflits, les problèmes d’argent, les dynamiques familiales et une caractérisation plus complexe. En quelques années à peine, le petit éditeur décolle et gagne une hype de folie, notamment dans les milieux étudiants.

Chez National/DC, il n’y a pas trop d’inquiétude. L’éditeur préfère rester sur ses acquis. Après tout, Superman reste premier des ventes. Et pourtant, certains s’en inquiètent un peu, voyant le vent tourner au niveau des ventes fermes. C’est notamment le cas d’Arnold Drake et Bob Haney. Dès 1962, les deux auteurs cherchent à sensibiliser leur boss Harry Donenfeld sur la réalité du terrain. Mais ce dernier s’en fiche complètement : pour lui, Marvel n’est qu’un petit Poucet qui fait « de la merde ». Mais lorsque son éditeur Murray Boltinoff vient le voir en lui demandant de créer une nouvelle équipe de super-héros pour booster les ventes de la série d’anthologie My Greatest Adventure, Arnold Drake tente le tout pour le tout.

Dossier - Doom Patrol : les héros de l’étrange

Assisté par Bob Haney, il forge en un week-end une équipe dont le maître mot sera la complexité et l’étrange : la Doom Patrol. Elle rassemble un groupe de personnages qui ont développé leurs pouvoirs dans des circonstances étranges. Cliff Steele était un pilote automobile dont le cerveau survit dans un androïde suite à un accident violent. Il devient Automaton, puis Robotman après 3 numéros (c’est beau d’admettre qu’on a choisi un nom stupide pour son personnage). Larry Trainor était un pilote aérien pour l’Air Force qui se retrouve irradié hors de l’atmosphère terrestre et développe une entité de pure énergie : le Negative Man. Rita Farr était une actrice à succès qui se voit exposée à des gaz volcaniques étranges lors d’un tournage et développe la capacité de modifier sa taille à l’envie : elle devient Elasti-Girl (comme pour Spider-Man, le trait d’union est important). Ils sont réunis par un inventeur de génie en fauteuil roulant, Niles Caulder, alias The Chief.