Introduction

II. Just Watch Me !

I. Le Québec, plus qu’une simple province canadienne

III. Plastique, entre caricature et idéologie perdue

III – Plastique, entre caricature et idéologie perdue

 

Ce qui nous amène enfin à DC Comics, maintenant que le contexte a été posé. C’est en 1982 que Plastique, de son identité civile, Bette Sans Souci,  apparait dans le septième numéro de la série The Fury of Firestorm, sous la plume de Gerry Conway. Et à cette époque, l’auteur ne va pas bien. Le Monsieur est en plein questionnement sur sa carrière, et pour cause, à l’exception de cet ongoing sur Raymond et Stein, les deux séries que lui a confiées DC cette année là sont Atari Force et Swordquest. Voulant essayer d’introduire une problématique d’actualité dans son récit, il se tourne donc vers l’histoire de ses voisins du Nord, et tente d’adapter à sa propre sauce le conflit ayant déchiré le Québec près de dix ans auparavant. Néanmoins, la où un peu de nuance aurait été de mise, d’autant que le Parti Québécois, indépendantiste, gouverne la province jusqu’en 1985, l’américain va traiter le  sujet sans demi-mesure. Et c’est là que ça coince un tantinet, lorsque le tout va s’enfoncer dans la caricature.

Bien que le FLQ ne soit jamais cité, les faits sont là. Plastique, une terroriste indépendantiste séparatiste québécoise envoie un des membres de son organisation en mission kamikaze, celui-ci ayant pour ordre de se faire sauter au niveau d’une réserve de gaz du New Jersey, les capitalistes américains étant en train de voler les ressources du Québec. Selon un article de Steve Requin, de ComicOrama, cela pourrait faire référence à une vieille rumeur du temps de la Grande Noirceur selon laquelle du minerai issu d’Ungava, circonscription québécoise plus connue pour son gin, aurait été vendu aux américains afin de renflouer les caisses. Mais rien n’a jamais été prouvé. Néanmoins, dès le début, les bases sont posées, et ce qui était à l’origine historiquement une série de bombes, pour la plupart, étant plus là pour causer des dommages financiers que blesser des civils, se transforment ici en attentats-suicides.

Devant l’échec de son compatriote, du à l’intervention de Firestorm, Plastique comprend que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, et prend les devant, se fendant d’un très théâtral : « Le succès ou l’échec importent peu, tout ce qui compte est la terreur ! ». La jeune femme, possédant un pouvoir lui permettant de créer des explosions, se rend donc au New York Herald-Express, le  New York Herald de DC, prend tout le monde en otage, et menace d’abattre l’intégralité des employés tant que « les poupées capitalistes ne capituleront pas ». Elle réclame que le journal abandonne ses usines à papier implantées au Québec, qui détruisent la faune et la flore et volent les ressources économique de la province. Par chance, le héros de flamme intervient in-extremis avant que Plastique ne lance une attaque suicide visant à faire exploser l’intégralité du bâtiment, et celle-ci est conduite en prison. Et encore une fois, évidemment que dans le FLQ, certains étaient extrémistes, le meurtre violent du ministre du travail de l’époque en est un exemple certain. Mais l’auteur, en plus de transformer le mouvement en une bande d’individus fanatisés au point de mettre fin à leur vie gratuitement, le même résultat pouvant être accompli sans avoir besoin de se suicider, manque totalement le propos. Le propos sur l’indépendance se retrouve totalement effacé au profit d’une simple position économique. Conway essaye ici de transposer le scénario type de l’époque, opposant le héros américain vivant dans une société capitaliste, aux méchants russes communistes. Or, en dépit de l’émergence de mouvements syndicalistes ouvriers plus ou moins virulents, ni le Québec ni le Canada n’ont un jour adopté un régime communiste, et de plus, cette volonté d’indépendance était présente dans toutes les strates de la société, allant des ouvriers, en passant par certains policiers locaux, jusqu’à certains hauts placés du gouvernement québécois. Si les inégalités entre les classes sociales ont pu être un moteur de  l’augmentation de la colère du peuple et ont en partie conduit à une volonté d’indépendance, l’opposition entre des régimes politico-économiques différents n’était pas le débat.

Am.
Stram.
Gram.

Le personnage revient par la suite dans le deuxième numéro de la série Captain Atom de 1987, scénarisée par Cary Bates, et même si le personnage est de prime abord toujours aussi caricatural dans sa prise de position, l’auteur met enfin l’accent sur l’idéologie indépendantiste, et abandonne l’idée d’un conflit tournant autour de l’opposition capitalistes/communistes. Bette Sans Soucis se retrouve donc à tenter par tous les moyens de protéger la cause, c’est-à-dire, s’émanciper de l’influence du Canada et des USA, car il faut bien que les américains soient impliqués pour que les héros s’en mêlent. Après avoir essayé de tuer Reagan ainsi que le premier ministre de la nation à la feuille d’érable, elle menace de détruire le Parlement canadien et la Statue de la liberté. A noter que pour ce qui est d’exploser la statue des entreprises Eiffel,  il est vrai que cela peut avoir un impact symbolique, mais dans les faits, la menace d’une possible explosion d’une statue située sur une île à l’extérieur de la ville n’est pas des masses impressionnante.

Pic.
Et Pic.
Et colégram.

Par la suite, Bates commence progressivement à humaniser le personnage, tout en usant de la caricature qu’a pu être Plastique afin de conserver des enjeux scénaristiques. Ainsi, bien que Bette continue à faire par moment référence à la tentative d’assassinat des deux chefs d’état étant intervenue plus tôt dans la série, au travers de quelques cases, son passé de terroriste et la cause qu’elle défend deviennent petit à petit secondaires, une romance se nouant qui plus est avec Captain Atom. Suite à un court passage chez la Suicide Squad sous la plume d’Ostrander, et la Crise d’octobre 70 étant passée depuis près de 20 ans, Bates affirme sa volonté de mettre fin à la parenthèse terroriste avec The Trial of Plastique, un arc centré sur le personnage, suivant le procès de la super-vilaine, et concernant tous les méfaits commis par celle-ci depuis sa création. L’auteur trouve ici un juste milieu, car, sans tomber dans la caricature ni renier la cause indépendantiste pour laquelle elle s’est battue, Bette avoue que la cause importait peu lorsqu’elle commettait des meurtres, mais qu’aussi important qu’était son objectif, elle a plus commis ces actes pour assouvir sa colère, que pour défendre son idéologie. La  violence n’était absolument pas essentielle pour appuyer son propos. Passée cette conclusion plutôt raisonnable, l’homme atomique et la femme explosive finiront d’ailleurs par se marier avant que la criminelle ne soit incarcérée.

Bour.
Et bour.
Et ratatam.

Par la suite, à l’exception d’une légère mention du personnage en 2005 dans le numéro #8 de Captain Atom : Armageddon, où le héros explique que de par leur statut respectif de militaire américain et de terroriste séparatiste, leur mariage a fini par s’effriter en raison de différents politiques, Plastique est depuis restée une super-vilaine classique, dépossédée de toute idéologie indépendantiste. Seuls quelques mots ou expressions françaises lancés de temps en temps continuent de témoigner de son appartenance à la province au drapeau frappé de quatre fleurs de lys, mais aujourd’hui, toute trace de message  politique a disparu.

4
Poster un Commentaire

Veuillez Connexion pour commenter
2 Fils de commentaires
2 Réponses de fil
0 Abonnés
 
Commentaire avec le plus de réactions
Le plus populaire des commentaires
3 Auteurs du commentaire
The TricksterBlueurbanvspanini10 Auteurs de commentaires récents

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S’abonner  
plus récent plus ancien
Notifier de
urbanvspanini10
urbanvspanini10

Je me demandais pendant 2 pages c’était quoi le rapport entre ce personnage que je connaissais peu et l’histoire du Québec X).
Mais finalement ça a un sens toute cette histoire. GG pour ce dossier qui met en lumière un perso assez méconnu.
Par contre je me demande comment tu trouve tes sujets pour tes dossiers assez particulier ?

The Trickster
The Trickster

Ça c’est du cours d’histoire mes amis ! A noter que le ministre Pierre Laporte serait mort d’une tentative d’évasion et saurait étouffer lui même avec sa chaînette de cou. (Version officiel mais mis en doute par beaucoup) et le FLQ bien que réel n’était en fait qu’un mouvement marginal avec peu d’adhérents réel dû a sa violence.

Mais wow quel dossier pour la belle Plastique qui méritait d’être aussi bien traité.

BRAVO!

À noter que chez marvel il y a aussi Northstar ( chez les xmen) qui a une histoire semblable, mais qui fini par être héroïque.