Introduction

II. Just Watch Me !

I. Le Québec, plus qu’une simple province canadienne

III. Plastique, entre caricature et idéologie perdue

II – Just Watch Me !

 

Assez oublié, laissez-moi maintenant vous conter l’histoire d’un des événements les plus traumatisants pour le Québec, et dont la plupart d’entre vous n’avez probablement jamais entendu parler. Bien que passée la Grande Noirceur, les salaires continuent d’augmenter, le Canada traversant une relative période de prospérité, le taux de chômage atteint des sommets. De plus, une fracture sociale se creuse entre les anglophones, possédants à la fois les usines – leur assurant le monopole économique- et la plupart des postes à responsabilité dans le gouvernement et la fonction publique –leur assurant le monopole politique- , et les francophones, condamnés à effectuer des métiers d’ouvriers. Ainsi, alors que le Québec amorçait une Révolution Tranquille, le tout va assez rapidement tourner vinaigre. Dès 1963, le Front de libération du Québec (FLQ) est formé par des nationalistes québécois prônant l’indépendance de la province. Mais cette fois, terminées les manifestations pacifistes. Après plusieurs attaques à la bombe sur différentes casernes militaires et une sur une voie ferrée manquant le premier ministre du Canada, la banque nationale du pays est braquée, et des armes commencent à disparaitre dans les bâtiments détenus par l’armée. En 1968, un québécois, Pierre Elliott Trudeau, le père de Justin, devient officiellement premier ministre du Canada. Et comme si tout n’étais pas assez compliqué, les choses ne vont pas aller en s’arrangeant. En effet, le nouveau dirigeant du pays décide d’aller parader à Montréal à l’occasion des feux de la Saint Jean. Mais cela n’est pas au gout des souverainistes québécois, dont le mouvement compte de plus en plus de partisans, et la fête dégénère logiquement en émeute. Trudeau répond par la force, dans un événement que l’on nommera plus tard le « Lundi de la matraque », où près de 300 personnes sont arrêtées, et où 200 autres sont blessées. Entre Pierre Elliott et la province, la guerre est déclarée, et le degré de violence ne va pas arrêter d’aller crescendo. Plus d’une trentaine d’attentats à la bombe éclatent, causant majoritairement des dommages financiers –moins de 10 morts et une quarantaine de blessés-, et la plupart des auteurs sont arrêtés. Le Québec est dans une impasse, mais en octobre 1970, les deux camps passent à la vitesse supérieure.

Le 5 octobre, un diplomate britannique est enlevé par le FLQ qui force la radio à lire en direct le manifeste écrit par l’organisation, prônant l’indépendance et le nationalisme du Québec. Il faudra attendre 2004, dans le numéro #28 de Violence et Société, revue juridique, pour apprendre publiquement que la police locale, ayant infiltrée le réseau, avait conscience que l’enlèvement allait avoir lieu, mais a tout de même fermé les yeux. C’est en effet ce qui ressort du rapport de 1981 de la Commission Keable ou Commission d’enquête sur des opérations policières en territoire québécois. Alors que le gouvernement annonce qu’il ne cédera pas, le ministre du Travail et de la main-d’œuvre du Québec, Pierre Laporte, est lui aussi capturé par les indépendantistes. Des négociations s’entament, mais sont très vite rompues. Les journalistes vont donc chercher le premier ministre national, Trudeau, et lorsque ceux-ci lui demandent jusqu’où l’homme politique est prêt à aller, Pierre Elliott leur répond d’un air assez nonchalant une formule qui restera celèbre : « Just watch me ! ». Trois jours plus tard, le 16 octobre,  la loi sur les mesures de guerre est appliquée, pour résumer, la loi martiale, autorisant le gouvernement à pratiquer des arrestations arbitraires couplées à des mesures de rétentions l’étant tout autant, celles-ci  pouvant aller jusqu’à près d’une centaine de jours. Plus de 400 personnes sont sorties du lit par les forces de police, conduisant le FLQ à franchir lui aussi la ligne, et exécuter le ministre détenu.

Devant ce déluge de violence, le groupe terroriste perd vite la faveur du public, et le gouvernement finit aussi par céder, calmant petit à petit les mesures. La Crise d’octobre est terminée, enfin, pour ce qui est des affrontements armés. En effet, il apparait au cours des jours et années qui suivent, que le gouvernement a bien profité de la couverture que lui offrait la répression du FLQ. Dans Histoire d’un mouvement clandestin de Louis Fournier, il ressort par exemple, que la Gendarmerie royale du Canada s’est introduite pas effraction dans les bureaux du Parti Québécois afin d’y voler les listes du parti, et arrêter certains membres  présents sur lesdites listes, sans explications valables. Selon Antoine Robitaille dans  Québec n’a pas tout une salle de jeu , certains rapports de police, et certaines archives du Centre d’analyse et de documentation du pays ont été détruites. Du peu qui a survécu, comme l’explique Marc Alain dans la revue Violence et Société citée plus haut, on note notamment « qu’il fut également démontré que la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) et le service de police de la ville de Montréal et ce, après les événements d’octobre, commirent des méfaits d’incendies et de vols de façon à pouvoir mieux accuser ensuite le FLQ ».

Le Québec restera pendant longtemps et encore aujourd’hui traumatisé par cet événement, ayant été pris entre deux feux, avec d’un côté, des indépendantiste représentant une idéologie souverainiste très forte et partagée par une bonne partie des habitants de la province, mais étant allés trop loin, et un gouvernement devenu arbitraire, ayant un peu trop bien profité de ses prérogatives en période de loi martiale.

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urbanvspanini10
urbanvspanini10

Je me demandais pendant 2 pages c’était quoi le rapport entre ce personnage que je connaissais peu et l’histoire du Québec X).
Mais finalement ça a un sens toute cette histoire. GG pour ce dossier qui met en lumière un perso assez méconnu.
Par contre je me demande comment tu trouve tes sujets pour tes dossiers assez particulier ?

The Trickster
The Trickster

Ça c’est du cours d’histoire mes amis ! A noter que le ministre Pierre Laporte serait mort d’une tentative d’évasion et saurait étouffer lui même avec sa chaînette de cou. (Version officiel mais mis en doute par beaucoup) et le FLQ bien que réel n’était en fait qu’un mouvement marginal avec peu d’adhérents réel dû a sa violence.

Mais wow quel dossier pour la belle Plastique qui méritait d’être aussi bien traité.

BRAVO!

À noter que chez marvel il y a aussi Northstar ( chez les xmen) qui a une histoire semblable, mais qui fini par être héroïque.