Disclaimer : Cet article contient de nombreux spoilers pour les lecteurs n’étant pas à jour.

Nous sommes en 2016, DC Comics lance son grand relaunch du nom de Rebirth. En figure de proue, Wally West, le symbole de toute une époque et, ici, l’allégorie de l’optimisme. Son retour d’entre les grands sacrifiés sur l’autel du New 52 marque celui des valeurs perdues de l’éditeur, réclamées par les fans de longue date depuis des années.

Nous sommes en 2018, deux années se sont écoulées depuis le grand retour de Wally, mais on aurait presque tendance à l’oublier. Notre rouquin préféré est resté dans l’ombre de son mentor, et n’a eu droit à la lumière des projecteurs que pour mieux se faire recaler au Sanctuaire de Tom King. Heroes in Crisis frappe, Wally trouve la mort.

Une question se pose alors : Rebirth est-il mort avec son symbole ?

Dan DiDio, le grand méchant loup

Il s’agit tout d’abord de se demander de qui vient la décision de mettre fin aux jours de Wally. Le coupable tout désigné, c’est bien entendu Tom King, l’auteur même du numéro où le bolide est retrouvé sans vie. L’auteur déclare néanmoins que certains noms des morts du massacre Heroes in Crisis lui ont été imposé, sans préciser de quels personnages il s’agit. Dans notre esprit surgit alors le visage de Dan DiDio, riant aux éclats lors de la San Diego Comic Con 2018 en annonçant que chaque crise devait voir un Flash périr, suivi d’un très subtil « Wally West, God rest his soul ». A ce stade, on parle d’acharnement, puisque Dan est en partie responsable de la disparition du rouquin lors des New 52. Si Geoff Johns avait fait amande honorable avec Rebirth, DiDio n’a décidément lui rien compris et continue de creuser plus profond. Il faut dire que la vente à profusion du one-shot DC Universe Rebirth, engendrant moult reprints, n’était pas un signe très clair de la part du lectorat. Le retour de Wally ne doit y être pour rien, on peut le tuer tranquille aux côtés de Roy Harper, autre représentant de la troisième génération de héros. Si Dick Grayson ne peut pas être tué (on peut seulement le faire passer pour mort ou lui tirer dans la tête), vengeons nous sur les autres héros de son âge, représentants de la notion d’héritage. Et puis de toute façon, à quoi ça sert de garder un personnage si on ne raconte rien sur lui ? Dixit celui qui empêche justement d’exploiter le potentiel du personnage, pour excuse que les sidekicks finiront plus âgés que leur mentor si on les laisse vivre. Ah, sacré DiDio. Pauvre Young Justice.

Au delà du simple retour de Wally, c’est tout un ensemble de valeurs ancrées chez l’éditeur mais pourtant oubliées qui ont refait surface grâce à Geoff Johns. Avec le franc succès du relaunch, les lecteurs font entendre leur voix, chantant à gorge déployée que oui, c’est la route à prendre, celle qui refera de DC la maison d’édition qu’elle était. Le temps passe, les titres sont globalement bons, s’inscrivent dans la ligne lancée par Geoff Johns, pendant que celui-ci prépare la suite du one-shot, son Doomsday Clock. L’homme se fait moins visible, perd de son pouvoir jusqu’à être rétrogradé, la ligne directrice de Rebirth se perd, les auteurs sont laissés à eux-mêmes, d’autres en profitent pour se mettre en avant et créer le nouveau futur de DC. Au bout du compte, on se retrouvera avec un Doomsday Clock boudé, relégué au rang de maxi-série sans trop d’influence alors qu’elle aurait du servir de phare. Scott Snyder bouleverse l’univers sans qu’on lui demande, et Tom King semble signer l’arrêt de Rebirth avec un Heroes in Crisis qui semble aller aux antipodes de ce qu’est Rebirth. Avec ce récit profondément froid et meurtrier, Rebirth est touché dans ce qu’il était censé ramener, et son porte-étendard se voit sacrifier tout aussi froidement.

Tom King, un mauvais bougre ?

Tom King est complice du meurtre en accomplissant la basse besogne de maître DiDio. Et pourtant, est-ce vraiment ce que l’auteur souhaite délivrer ? Nul n’osera dire le contraire, son run sur Batman est profondément sombre, allant même jusqu’à dépeindre un chevalier noir suicidaire. La construction du mariage avec Catwoman n’aboutira finalement sur rien, le statu quo restera inchangé, Batman est condamné à rester malheureux. Le numéro est malheureusement mal interprété, puisque le propos de King tend à déclarer que Batou peut réellement être heureux : ce sont ses ennemis qui ont agi en groupe pour le briser, pour fatalement lui faire croire que la solitude et le malheur sont ses fardeaux, comme ils le sont depuis 79 ans. Tout laisse à croire que la chauve-souris finira bien par trouver le bonheur sous la plume de King.

A moins que… les éditeurs ne lui laissent pas mener à bout son projet. Parce qu’on peut retrouver dans la dernière page de Batman #50 une métaphore : les vilains sont les décisionnaires de chez DCDiDio est le partisan du statu quo, il ne permettra pas que la situation de Batman évolue, pensant qu’il ne serait alors plus le personnage que les lecteurs aiment. Tout ça pour dire que, à l’image de son Mister Miracle, si Tom King tend à écrire des récits très sombres misant sur le traumatisme, ils n’en sont pas moins dépourvus d’optimisme. Le traumatisme n’est pas la fin, on peut le surpasser, le transcender. Comme le disait Harvey Dent dans The Dark Knight : « La nuit est longue avant l’aube ». Il y a alors fort à parier que tel sera également le propos de son Heroes in Crisis, de son Sanctuary, et ce malgré un numéro déclarant stricto sensu que l’espoir de rédemption de DC s’est comme toujours transformé en quête de vengeance.

Bon alors, Rebirth c’est fini ou pas ?

Difficile de répondre à cette question, tant l’éditeur lui-même ne semble pas l’avoir. L’avenir est assurément flou, le ciel gris. Il sera alors du choix de chacun de se résoudre au pessimisme, ou alors de croire que tout ira bien. C’est ce que nous dit Geoff Johns à travers le personnage de Saturn Girl dans Doomsday Clock, qui dit connaître le futur. Si le récit est teinté de mystères à de nombreux niveaux, sa fin semble elle très claire puisque le propos de Johns nous a été présenté dès le départ. Il s’agit de ramener ce qui a été perdu, de ramener l’optimisme, et c’est dans ce sens que va chaque piste semée par le récit. Johns reconstruit, mais pourra-t-il mener à bien son oeuvre si ses collègues s’amusent à effacer les traces de son passage ? L’auteur pourra bien ramener Wally autant de fois qu’il le voudra, DiDio le laissera-t-il tranquille ? L’univers DC changera-t-il vraiment à la fin de Doomsday Clock ? Et même si c’est le cas, combien de temps cela tiendra-t-il si les décisionnaires continuent de comprendre de travers le trésor qu’ils ont entre les mains ? Plus que toute autre chose, les comics ne sont pas gravés dans le marbre, ils sont voués à évoluer, mais encore faut-il qu’ils évoluent dans le bon sens.

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ian0delond
ian0delond

Faut être déjà très optimiste pour voir de l’optimise dans Doomsday Clock pour le moment.

urbanvspanini10
urbanvspanini10

Non mais on s’en doute bien que HiC va être positif, de toute façon tous le monde léchera les bottes de King quand la mini sera fini, et diront « chef-d’oeuvre » u_u

Après globalement cette histoire d’optimiste a pas forcément d’impacte dans la loi du marché des comics, généralement c’est ce qui se fera plus vendre qui marchera et assez souvent c’est les récits « matures » ou events qui font souvent plus vendre (Ainsi que le numéros 1, Marvel l’a bien compris u_u).
Même si Rebirth a marché et que les histoires était globalement bonnes (enfin ça dépend des points de vues, pour moi Rebirth devient vraiment bien pour moi depuis Juin-Juillet) ça allait finir tôt ou tard comme les New 52 avec des ventes qui allait baisser et des séries qui baisserait en qualité car l’auteur d’un titre avait fini son run au bout d’une trentaine de numéro (Wonder Woman et Green Lantern par exemple).
Et je trouve que c’est mieux de se détacher de Doomsday Clock car au final certains séries ne faisait que teasé pour un truc qui met 10 plombs à venir et ça pouvait plomber leurs propres séries.
Et puis bon si la LS et la JSA sont censé plus ramener une diversité « perdues » de DC que l’optimiste en générale.

Voilà sinon ça change de voir une « humeur du lundi » réaliser par Moca.

AnthonyDC
AnthonyDC

Ironique de voir que tous les espoirs sont placés en Doomsday Clock alors que dès l’annonce du projet, Johns s’était fait incendier

Spawn
Spawn

Pas très impartial ce papier, heureusement que c’est une humeur !

Pipadou
Pipadou

*Applaudissement*
Belle humeur pour un lundi, sentiments partagés.

J’en profite pour une séance de rattrapage:
Comment se fait il que Metal ait relégué Doomsday Clock ? (ou autrement dit, comment Johns a t il pu être autant mis à l’écart et Snyder mis en avant ? Désaccord Johns – Didio et vente/renommée de Snyder ?). Totalement passé à côté de Metal et les différents imprints qui vont sortir, tout est lié (même univers) ?