Urban Comics nous a gratifié d’un volume très particulier pour le mois de septembre, et qui fera certainement honneur aux adorateurs du chevalier noir. Composé des titres Batman (2016) Annual #2 et Batman/Elmer Fudd Special #1 (2017), ce tome se propose de porter un regard sur l’un des couple les plus connus et mythiques de toute l’histoire de DC, mais aussi un crossover atypique avec Elmer « Le Chasseur » Fudd du monde des Looney Tunes. Que contient ce volume pour qu’il soit tant salué et récompensé par la critique?

La fable du chat et de la souris

Depuis l’ère Rebirth, c’est à Tom King qu’est revenu l’écriture et la narration de Batman. Au fil d’un travail qui n’a fait que grandir en qualité et en reconnaissance, l’auteur réussit une nouvelle fois à nous livrer ici un récit unique à la hauteur de son talent. À la fois réaliste et d’une profonde humanité dans son approche, cette histoire se voudrait presque être une conclusion à son run sur Batman Rebirth. Ce numéro ne s’inscrit pas directement dans la chronologie, il est donc assez accessible à ceux qui souhaiteraient se plonger dans sa lecture. L’un des points à soulever est la présence de nombreux traits caractéristiques d’une fable, ce qui donne à ce tome une dimension très poétique.

Si l’on se réfère à la définition d’une fable, on retrouve bel et bien un récit court, qui met en opposition très nets deux personnages où une leçon de vertu et de vie en sera tirée à la fin. Le traitement et la mise en scène s’appliquent ici parfaitement à nos deux héros, vêtus de leur costume de chauve-souris et de chat, faisant ainsi écho aux animaux personnifiés des fables de La Fontaine.

On suit un Batman à la poursuite d’une Catwoman dans une partie de chassé-croisé, renvoyant à leur première rencontre il y a 78 ans de cela. Au fil des pages, Selina va également se lancer dans un jeu où elle va pousser Bruce à s’améliorer et à se remettre en question vis-à-vis de son code de la justice et de l’attachement émotionnel. Tom King nous rappelle d’ailleurs que ce qui caractérise l’existence du Batman est la perte de ses parents. Une blessure qui ne se refermera jamais, dont Bruce conserve toujours une trace. C’est une blessure que seule Catwoman semble pouvoir apaiser. La notion du combat perpétuel contre toute forme d’injustice parle à tout le monde, mais au-delà des costumes, des oppositions et des poursuites de toit en toit, c’est derrière cette image de justicier que l’auteur veut nous faire méditer.

King s’approprie son sujet et nous expose l’amor fati (amour du destin) de son personnage en le poussant dans les bras de Selina. Ainsi, il lui fait accepter son destin pour lui permettre de se dépasser et d’avoir droit au bonheur. L’auteur conclura cette partie en offrant à Batman, et aux lecteurs, un final à la hauteur de ce héros, pleine de dignité, empreinte de respect et d’humanité.

La saison est ouverte

DC et les Looney Tunes. Voilà un crossover des plus originaux nous invitant à la rencontre entre Batman et Elmer Fudd, connu pour chasser éternellement (sans succès) Bugs Bunny ou Daffy Duck. Sous la plume de Tom King et le crayon de Lee Weeks, ce duo nous livre un one-shot à l’ambiance de polar. Dans une Gotham City noire, sous les assauts d’une pluie battante, Elmer Fudd fait la chasse au lapin. Voilà le speech de départ, une enquête autour du meurtre de la petite-amie de Elmer où le suspect principal n’est autre que Bruce Wayne, le play-boy milliardaire. Une enquête de détective avec ses codes que Tom King s’applique à rendre crédible sans tomber dans l’absurde comme on aurait pu le craindre.  Ici les Tunes sont réinventés mais conservent des traits propres à leur apparence et à leur personnalité. Cela ajoute une touche plus cynique à leur humour, notamment dans certaine scènes de dialogues qui, sans se cacher, nous décrocherons un ou deux sourires. Par exemple, essayez de vous prêter au jeu de reconnaître tous les Tunes au cours de votre lecture.

Comme l’a énoncé The Bat lors de la sortie de ce numéro aux États-Unis, Tom King nous livre une intrigue classique, dans son fond, mais originale, dans sa forme. Cet effort mérite d’être souligné et salué tant la fusion des deux univers fonctionne.

Que dire du travail des dessinateurs et des coloristes ? C’est tout simplement une réussite et en parfait accord avec ce qu’essaie d’exposer King. Lee Weeks et Michael Lark parviennent, avec brio, à illustrer l’intensité des émotions via l’expression des visages, les chorégraphies des scènes d’actions, mais surtout au travers de deux splash pages de toute beauté. Un résultat rendu également possible grâce au travail de Elizabeth Breitweiser, June Chung et Lovern Kindzierski que l’on remerciera pour l’encrage et le choix des couleurs.

Tom King nous prouve une nouvelle fois, par son talent, qu’il maîtrise ses personnages, mais surtout parvient à creuser en profondeur pour en extraire ce qu’il y a de bon en eux. En exprimant son envie d’offrir une conclusion digne de soi à Batman, il réussit à faire insuffler de l’humanité dans ce dernier pour nous fournir l’un des ouvrages sur le Chevalier Noir les plus poignant de cette année et dans la durée.

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- L'équipe créative Tom King/Lee Weeks/Michael Lark
- Intemporel
- Une réinvention des Looney Tunes
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Apokolips
Apokolips

Oui, graphiquement et narrativement de très bonnes histoires! Mais pourquoi ce choix d’Urban de les sortir sous ce format ? Pourquoi ne pas inclure l’annual dans les publications librairie Batman Rebirth (comme cela était fait pour Wonder Woman rebirth par exemple) ? Personnellement j’espère qu’urban ne prendra pas ce genre d’habitude car cela revient très cher même pour un très bon annual.

Reptile
Reptile

Génial, je suis d’accord avec tout ce qui est écrit.

Très grosse surprise pour le crossover, je ne m’attendais pas à ça je suis tombé sur le cul !

Sh@dow
Sh@dow

Comme Apokolips, je vis mal l’escroquerie de cet annual à prix exorbitant. Même si, il est vrai, que l’histoire est formidable, rien ne justifie de lui réserver un tome à part. Il fallait l’intégrer dans la série continue « Rebirth ».