Introduction

1. Rester officieux et conservateur

2. Wonder Woman : Lutte pour une sexualité libérée

3. L’amour courtois du chevalier noir

4. Représentation sexuelle moderne, donc libérée ?

III – L’amour courtois du chevalier noir

Chauve-nitouche

En 1976, Steve Englehart souhaite quitter Marvel. Le statut éditorial est en crise par son manque crucial d’autorité, et ce fait, les artistes sont divisés. Il est rapidement contacté par Jenette Kahn, une amie ayant suivi le mouvement des artistes Marvel vers la concurrence. Il entre l’année suivante chez DC Comics. Jenette est éditeur et souhaite imposer une vision moderne chez l’éditeur. Seule contre une majorité, elle voit en Steve une opportunité. Accompagné de Marshall Rogers, Steve Englehart se décide à présenter la sexualité de Bruce Wayne à travers sa relation, et donc rencontre, avec Silver St. Clouddans Batman : Dark Detective en VF.

De la même manière que les codes cinémas de l’époque, le rapport est suggéré, pour ne pas tomber dans l’érotisme, et encore moins la pornographie. Le run du scénariste, aussi bref soit-il, a trouvé sa place dans les mémoires. Il se démarque par son tournant bien plus sombre, un retour du Joker – qui ne tenait pas avant ce statut d’ennemi juré – et donc cette sexualité pour la première fois exprimée, affirmant la définition du playboy concernant Bruce Wayne. Une sexualité que Kevin Smith ne manquera pas de rappeler dans son horrible Batman : The Widening Gyre – une mini-série qui aurait méritée la censure. Bruce possédait déjà quelques conquêtes (dont une éventuelle histoire avec Catwoman), les suivantes se montraient, pour certaines, plus librement traitées. On peut alors comparer Nocturna, vampire dont Batman tombe sous le charme, et Talia.

Lectures d’une sexualité désengagée

Mais cette écriture est très minoritaire, même suite à sa publication. Aujourd’hui le sujet parait moins pertinent à l’heure où Tom King a développé une relation charmante entre Batman et Catwoman. Mais la théorie d’un Batman asexuel, malgré ses conquêtes, possédait des arguments crédibles. A savoir, l’unique rapport visible et canonique, celui avec Talia dans Birth of the Demon. On en vient à se demander si cette réflexion est la cause d’un éditeur fébrile et/ou d’un véritable caractère transpirant. Une théorie très fragile suite à ce récit, puisque cet exemple est facilement désamorcé par le choc d’avoir été manipulé, accompagné du refus de Bruce d’avoir un enfant, conscient de son statut d’être torturé et inconsolable.

Ceci dit, jusqu’aux années 80, cette vision d’un Bruce Wayne asexuel se tenait particulièrement bien tant le sujet était tabou. Tout comme la vision d’un Batman homosexuel dans le Batman de Frank Miller. Une lecture que l’auteur défend dans ses interviews. Celle-ci se fait pourtant assez discrète, et sous-entend un refus de la part d’un lectorat très hétérogène et en partie conservateur d’un statut-quo, qui n’est pas sans rappeler la position dénoncée de l’éditeur depuis ses débuts. Paradoxe. Et à conserver certains tabous, les médias externes les dénicheront pour tourner les personnages en dérision.

Sexualisation autorisée, mais sexualité restreinte ?

A la manière d’un fil conducteur depuis Batman #15 (qui suppose une attirance entre le justicier et la voleuse), c’est une tension sexuelle qui s’est développée entre lui et Catwoman. Désintéressée du meurtre, elle attire malgré son statut d’ennemi et se prête bien plus à un titre solo. Sous Jim Balent, dans les années 90, l’éditeur se fiche bien de la sexualisation de son personnage. L’artiste, malgré un talent affirmé, exerce une surenchère sur la représentation du personnage, au point d’en faire l’argument premier de vente.

La représentation de Catwoman par Jim Balent a été dénoncé, à l’époque, par des groupes féministes. La série a pourtant poursuivi son chemin avec le même artiste. On comprend aisément ces protestations pour la représentation du personnage, devenue un exemple phare contre la sexualisation de la femme dans les comics. Ce qui n’empêchait pas au titre de proposer quelques idées intéressantes (Selina Kyle en course pour devenir maire, lutte contre les inégalités, pour une reconnaissance des droits, etc…). Malgré cette représentation sexualisée, rien ne touchait à la nudité ou à l’acte en lui-même. Les relations entre Catwoman et ses conquêtes se limitaient à un baiser (unique pour la plupart).

La sexualisation n’est-elle pas plus à dénoncer que la représentation d’un rapport ? Possiblement. Dans cet exemple le style de Jim Balent tient un rôle dans la fonction dénonciatrice du titre Catwoman des années 90. Avoir cette représentation clichée, presque caricaturale, appuie à sa manière le propos féministe des scénaristes ; de Devin Grayson à John Ostrander. Le sujet a déjà été abordé, et défendu pour mettre sur un pied d’égalité la sexualisation dans les comics entre le sexe masculin et féminin. La sexualisation est cependant très relative. Entre le style de Jim Balent et d’Eduardo Risso, la sexualisation peut être considérée par le simple fait d’une représentation idéalisée (d’après les conventions sociales) du corps, comme il peut s’agir d’une exagération volontaire relative au style de l’artiste (Kelley Jones, Jim Lee, et les artistes des 90’s). D’une manière pleinement subjective, la représentation même d’un personnage de comics peut relever d’un rapport au sexe, et suggérer une lecture interprétative.

Inversement, avec l’exemple récent de la relation de Catwoman avec Batman par Tom King. Avec Mitch Gerards, il est parvenu à exposer une représentation de la sexualité de manière belle. Elle en est aujourd’hui, une sorte de défi artistique double. En plus de devoir la représenter et l’amener, il doit également le faire accepter aux fans, sans engager une éventuelle crainte de l’éditeur. Cette réussite, critique et commerciale, présente le fait que la sexualité n’est pas censurée d’office, mais sa représentation ne doit pas être susceptible de choquer. Or, c’est, d’une certaine manière, restreindre les libertés de représentation, tout en engageant un débat moral. Le jugement devient bien plus complexe à la fois du côté de l’artiste libre, que de l’éditeur qui veut éviter toute mauvaise publicité, auquel s’ajoute la multitude de styles graphiques plus ou moins sexualisés.

Il s’agit jusque là d’une Catwoman intégrant l’univers de Batman à travers une représentation par le style graphique de Jim Balent, et une représentation concrète de l’acte par Mitch Gerards. L’exemple de Catwoman est de loin le plus fort sur ce sujet de la sexualité étouffée par l’éditeur. Dans Batman Year One, Frank Miller fait de Selina un prostituée de Gotham, protectrice de ses amies, dans une ville sans pitié. Cet aperçu d’une origine story du monde super-héroïque de Gotham a provoqué des remous importants chez DC. Le statut de prostituée a poussé l’éditeur à réécrire les origines de Catwoman, pour clarifier la situation auprès des fans. Ainsi, les origines de Batman sont – et restent encore aujourd’hui – canoniques avec Year One, mais pas le traitement de Selina. Elle se verra offrir plusieurs origin-stories par la suite (en mini-séries ou en one-shot), prétextant un lien entre elle et le milieu de la prostitution, sans la définir comme telle. Or, le statut de prostituée de Selina dans Year One ne salissait pas le personnage, et approfondissait l’image d’une Gotham sans foi ni loi, tout en respectant la dimension anti-héroïque indépendante de Catwoman.

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Étrange personnage constitué de framboises. La légende raconte qu’il aurait une quelconque appartenance à l’école du micro d’argent. Il consolide sa morphologie linguistique et cherche à se perfectionner dès que possible. Profondément inspiré par Françoise Hardi et Zizi Jeanmaire, il écrit par passion. Amoureux de culture, il n’a jamais su se détourner de son premier amour qu’est le monde des comics. Élevé dès ses premiers pas par Bruce Timm qui lui a montré la voie de la sagesse, il s’entraine depuis comme un samouraï et accumule les reliures, les brochures, et se (re)découvre au fur et à mesure des coups de cœur. Rapidement détourné de l’univers Marvelien moderne depuis Marvel Now, il ne jure plus que par Image et DC Comics. Le fan de comics qu’il est attend sagement le retour d’une époque pour le moins révolue où le fan de comics prône sur les lecteurs éphémères qui ne se limitent qu’aux grands personnages publicités ou adaptés le temps de quelques mois. Éternel insatisfait, il n’aime pas cette présentation, et tout ce que l’on doit en retenir est qu’il écrit par passion dans le but de la partager.

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Reptile
Reptile

Pas trop le temps de développer là mais j’avais lu dans la deuxième partie d’Arham Asylum: A serious place on a serious earth (partie ou Grant Morison explique son script), qu’il avait justement beaucoup joué sur la « non sexualité » de batman avec un Joker déguisé en femme qui se foutait de lui et faisait beaucoup de référence à la sexualité bancale et abimée de batman, complétement à la masse dans ses relations avec les femmes.

urbanvspanini10
urbanvspanini10

Pas grand chose à dire sur ce dossier qui est fait réfléchir, par contre :
-« La spéculation et la controverse d’aujourd’hui n’a pas lieu d’être. La sexualité a sa place chez DC Comics, aujourd’hui elle nourrit la communication de l’éditeur. Et c’est cette utilisation de la sexualité et de la nudité qui devrait être dénoncée. »
Si je comprends bien, tu reproche à DC d’utiliser la sexualité et la nudité comme coup de pubs ? (je demande car j’ai du mal à comprendre des fois ^^) Sinon effectivement c’est dommage d’utiliser ça comme coup de pubs, c’est pareil quand ils mettent la diversité en avant.
-Sinon autant j’avais entendu le fait que Nightwing c’était fait abusé mais pour GA je savais pas, ça concerne quelles numéros de sa série ?

Blue
Blue

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