Introduction

1. Rester officieux et conservateur

2. Wonder Woman : Lutte pour une sexualité libérée

3. L’amour courtois du chevalier noir

4. Représentation sexuelle moderne, donc libérée ?

I – Rester officieux et conservateur

Ne me parle pas de mariage

Dossier - DC Comics : Une sexualité bridée 1Les comics DC étaient destinés à un public jeune, et enfantin. A la manière de dessins animés aujourd’hui, certains sujets n’étaient tout simplement pas envisagés. Et alors que Max Gaines et Jack Liebowitz forcent le départ du Major Wheeler Nicholson. La pensée économique primait. L’univers DC se dressait très lentement de par un statut iconique auprès des enfants et adolescents. Le statut-quo général persistait et ne serait jamais remis en question. Les comics vendaient une dose d’aventure, et satisfaisait aussi bien les vendeurs que les lecteurs. Ces premières années marquent dors et déjà un manque d’engagement. Batman est seul, et sera rejoint par Dick. Ce qui permettra un appui sur l’argumentaire – particulièrement bancal – de Frederic Wertham dans Seduction of the Innocent.

Le première exemple venant à l’esprit chez Superman est le personnage de Lois Lane. La femme journaliste, profondément engagée et casse-cou ne sort jamais véritablement du modèle féminin de la demoiselle désirée et en détresse. Trop éloignée du modèle de la potiche chez Marvel sous Stan Lee, elle ne fait qu’établir, à son insu, le comportement cliché du personnage féminin auprès du super-héros. Le couple se tourne autour sans jamais marquer de variations ou de situations définies. Jouer avec les attentes vaines du lecteur étaient un moyen d’entretenir une attente, établir des codes qui étaient alors propres au genre.

Dossier - DC Comics : Une sexualité bridée 2L’idée du mariage fait son entrée. L’événement commun à tous doit également s’appliquer pour Clark Kent. Pour la première fois, l’événement s’applique en 1950 dans Action Comics #143. Gardner Fox écrit l’histoire principale qui a tout d’un événement. Superman est en couverture, une mariée (Nikkie LaRue) au visage imperceptible lui tenant le bras, et Lois Lane derrière, les fusillant du regard. Les codes du Silver Age sont tous rassemblés. La couverture n’est en fait qu’un joli climax – on ne criait pas au spoiler à l’époque. Le récit se complexifie pour une enquête où Lois Lane, poussée par la jalousie, va tenter de trouver l’origine et les raisons de cette relation et de cet engagement. Évidement, la réponse est invraisemblable, mais soulève de nombreuses questions, en dehors de la relation, surtout concernant le personnage de Superman en tant qu’outil et d’individu déshumanisé.

Il faudra attendre Action Comics #206 en 1955 pour voir Superman aux côtés de Lois Lane dans le contexte marital, et surtout onirique. Ensuite, rapidement, l’éditeur et les scénaristes vont jouer de cet événement, avec sans jamais impliquer la moindre conséquence : Jimmy épouse Lois, Superman épouse Lana Lane alors que Clark épouse Lois, ou encore les célèbres divagations de Superman par John Byrne, entre Superman et Big Barda (sous les yeux de Mister Miracle). On note cependant une grande différence. Jusqu’aux années 70, rien n’était canonique. Or, sous John Byrne (et ça vaut aussi pour le titre Superman/Wonder Woman des New 52 par Charles Soule) les événements avaient bien lieux. La relation avec Wonder Woman soulevait de grandes questions sur le personnage, leurs sentiments confus et leur perception des relations humaines. Le véritable mariage entre Lois et Clark n’a eu lieu qu’en 1996 dans le numéro spécial Superman : The Wedding Album #1.