L’année dernière DC Comics nous avait taillé les veines avec Metal, et rien que l’annonce de Tom King aux rennes de l’événement annuel de 2018 nous rassurait. Mais comment raconter une histoire touchant chaque personnage dans son intimité (parfois même dans une part de lui-même qu’il ne reconnait pas), au sein d’un vaste univers partagé ? Le tout, en y instaurant un nouveau lieu jusqu’alors inconnu, à faire accepter aux lecteurs. Le défi de Tom King est élevé, au même rangs que nos espoirs.

Big Trouble in Little Crisis

Review VO - Heroes in Crisis #1 1Le principe du Sanctuaire n’est plus un secret. Il est le refuge ouvert aux super-héros, hantés par leur profession. Toute la publicité autour de l’événement ne tournait qu’autour de ce nouveau lieu, et pourtant, ce numéro ne nous en apprend que très peu. A contrario d’un dit mariage, et d’un certain nouveau statut-quo pour Nightwing, l’éditeur s’est concentré sur les grandes lignes du récit, plutôt que la révélation du statut de tel ou tel personnage.Le spoiler a été contenu, et le résultat, effectivement, surprenant.

Tom King présente une narration double. Rien de bien original, mais bien pensé. Le récit passe des actions de Booster Gold, à celles de la Trinité, et inversement. En divisant le tout sur deux temps, entrecoupé par des interventions de patients, Tom King parvient à jouer sur l’action de Booster Gold. La différence des caractères entre ce dernier et Harley rendait leur rencontre et association difficilement recevable. C’était sans compter sur le fond dressé par Tom King, et son écriture de l’être plutôt que du rôle joué. Ce qui rend son écriture d’Harley Quinn des plus agréables. Il sait parfaitement nuancer la folie en tant que caractère humain, la faire surgir soudainement et la doser, sans tomber dans le ridicule – dont souffre le personnage depuis bien trop longtemps.

Aujourd’hui la crise

Review VO - Heroes in Crisis #1 2Tom King nous prend à contre-pied dès ses premières pages, et ne va pas cesser de perturber nos attentes, pour les effacer, et uniquement y répondre lorsque nous nous y attendons le moins. Sa focalisation sur les personnages de Booster Gold et Harley Quinn permet un dynamisme rendant la lecture active, par une tension forte qui ne cesse jamais. Le scénariste nous fait vite comprendre que personne ne sera à l’abri, que les codes habituels ne tiennent plus. Le danger est inconnu et mortel. Par ce non-dit, l’intrigue se lance d’elle-même et passionne. Tom King sait quel personnage creuser, approfondir, et révéler. La Trinité conserve son aura sacrée. Immunisée, elle ne fait que s’élever plus encore face au danger dont sont victimes les héros.

La narration, en soi assez bateau, est embellie sur plusieurs points. Le texte fait preuve de simplicité, et parvient à marquer les esprits. Tom King recherche l’efficacité, et veut toucher par l’indicible (cf. la découverte de Superman, la fin des monologues des patients). Ceci dit, à vouloir conserver leur représentation d’êtres intouchables, on en vient à se demander s’il n’en fait pas des êtres insensibles. Toujours est-il que le choc est efficace, et présent autant pour eux que pour nous.

Review VO - Heroes in Crisis #1 3Clay Mann assiste à la perfection le scénario. Déjà associé à Tom King par le passé sur le titre Batman, le dessinateur livre l’un de ses plus beaux numéros. On conserve certains « classiques » du scénariste : le monologue face au lecteur, les plans d’action aériens en contre-plongée, et les gros plans maintenus sur des éléments quotidiens – rompant avec l’idée d’un comics de super-héros. Rien de très surprenant concernant l’élaboration du numéro, si ce n’est sa capacité à mêler construction d’un comics grand public, et identité artistique. Ce qui est, ceci dit, très rare chez les Big Two.

DC prend un tournant radical, et s’oppose en tout point à son identité « nouvelle » qu’est/était Rebirth. Heroes in Crisis est une introduction très efficace. Comme attendu, il bouleverse les codes, en apparence, et fait déjà beaucoup réagir – en bien, comme en mal. Susciter les réactions des fans, c’est faire vivre la communauté des lecteurs de manière intense. L’univers DC revit dans le drame, et en soi, c’est certainement le plus gros point positif de l’événement, dès son premier pas.


Un Second avis, c’est bien aussi

Comme beaucoup, je suis fan de Tom King depuis Grayson. Je fais partie de ceux qui ont harcelé DC pour avoir la suite d’Omega Men, qui est à mes yeux l’une des œuvres les plus sous-estimées de la décennie. J’ai lu trois fois sa maxi Vision chez la concurrence. Probablement pareil pour Sheriff of Babylon. Je faisais aussi partie de ceux qui se sont réjouis de le voir arriver sur Batman. J’ai même été jusqu’à lire son premier roman, A once crowded sky. J’aime beaucoup ses dialogues minimalistes, ses enjeux profondément humains, et ses thématiques fétiches me remuent souvent les tripes. Autant vous dire que lorsque son projet Sanctuary a été annoncé, je crois que ma réaction a été un truc du genre : ouvrir grand les yeux, relire cinq fois la news et exprimer ma joie avec un sourire et un « Wow ! » spontané (j’exprime mes sentiments avec énormément de sobriété). Et après avoir relu plusieurs fois ce premier numéro d’Heroes in Crisis, ma réponse se résume plutôt à un regard dans le vide, doublé d’un « Ah… » interrogatif.

Tout n’est pas à jeter dans ce numéro. L’art de Clay Mann est très juste, bien qu’assez classique. Sa représentation des scènes d’interview est impeccable, utilisant à merveille le gaufrier à neuf cases pour représenter les variations intérieures des personnages. J’irai même jusqu’à dire que c’est lui qui réussit à donner du sens à l’ensemble et à l’unifier, avec un dessin qui parvient à apporter la gravité avec beaucoup de finesse et de sobriété. C’est d’autant plus appréciable qu’au vu du thème, d’autres auraient sans doute donné dans la surenchère de morosité lugubre et voyeuriste.

Pour le coup, ici, c’est Tom King qui déçoit. Pas royalement, mais quand même. Pour sûr c’est un projet qui est très personnel à ses yeux, et il y instille une grande part de lui-même. Mais à la lecture du premier numéro, on ne peut pas s’empêcher de repérer un de petites choses qui me font dire que King commence à dangereusement à se répéter. Si son écriture de la Trinité fonctionne à merveille, Booster Gold et Harley Quinn sonnent comme… des personnages de Tom King, se parlant en phrases brèves, se donnant des petits surnoms à la Bat/Cat, la baston en plus. Des petits détails qui m’ont personnellement sorti de l’intrigue pour me faire réaliser que ce numéro portait en lui-même pas mal de vide, qui ne m’engage pas à grand chose. J’aimerais vivre le trauma de ces personnages et éprouver un peu empathie. Mais tout ce que me fait ressentir l’écriture de ce premier numéro, c’est au mieux un léger malaise, et au pire, une indifférence cordiale. La thématique de la série et ses auteurs méritent mieux, en espérant que la suite soit plus à la hauteur.

– myplasticbus

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- Un événement qui ose
- Harley Quinn enfin appréciable
- Une narration efficace
- Une partie graphique à la fois superbe...
Les -
- ... et sans surprise
- Rebirth No More
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