Aujourd’hui la CW et les super-héros DC Comics entretiennent une longue histoire d’amour. Les choses ont démarré en 2001 avec la sortie de Smallville, série sur la « jeunesse » de Clark Kent qui, au cours de ses dix saisons, a vu débarquer son lot de personnages DC Comics. Parmi ces personnages il y avait Green Arrow, l’archer étant peu à peu devenu un personnage assez populaire dans le show. C’est sans doute la raison pour laquelle (et peut-être aussi dû à l’impossibilité pour eux d’utiliser Batman) la CW lança la production d’une série dédiée au personnage.

Cette série devint très vite réalité et c’est donc en octobre 2012 que l’on vit la diffusion du tout premier épisode d’Arrow à la TV. Avant de commencer, revenons sur les deux principaux protagonistes. La CW est une chaîne américaine appartenant à Warner Bros. Ayant aujourd’hui douze ans, elle se destinait, au départ à un public de 18 à 34 ans. La chaîne héberge un bon nombre de séries, dont une grande partie sont des adaptations de comics. La chaîne se veut aussi progressiste et ce par le biais de ses acteurs et personnages. Quant à Green Arrow, c’est un personnage vieux de 77 ans, qui a derrière lui une longue histoire. Dans un premier temps pas beaucoup plus qu’un simple ersatz de Batman, il évoluera pour devenir un héros politique.

Ici l’idée ne va pas être de se demander si Arrow est une bonne série, ou pas – ce n’est pas le sujet et cela n’apporterait pas grand-chose au débat. Nous allons plutôt nous pencher sur la façon dont la CW a décidé d’adapter le personnage et ses dilemmes.

My name is Oliver Queen aft…

Intéressons-nous tout d’abord au personnage principal, avant d’entrer dans le cœur même du sujet. L’idée de base, de la série, est qu’Oliver Queen est un sale gosse milliardaire, ayant passé « cinq ans » sur une île « déserte », et qui revient dans sa ville natale, Starling City, pour essayer de la sauver. Ici nous nous rapprochons donc assez fortement des nouvelles origines qui avaient été données au personnage durant les années 50’. Tout est là, la richesse le naufrage et le retour à la réalité sous les traits d’un archer vert. Cependant très vite on se rend compte que le personnage, malgré ses origines vraiment fidèles, reste à des années lumières de tous ses équivalents comics. D’abord il y a le plus évident, sur lequel on va tâcher de ne pas trop s’attarder, son look. Le personnage a laissé derrière-lui sa blondeur, ainsi que sa barbe à la Van Dyck. Celle-ci étant, bien entendu « beaucoup trop ridicule » comme ne manque pas de l’assurer Stephen Amell, entre deux apparitions dans la WWE, ou dans Ninja Warrior. Revenons-en donc au plus important, son caractère.

Le personnage est passé par bien des phases dans les comics, cependant il y a une chose qui est récurrente et ce depuis la toute fin des années 60, c’est qu’Oliver Queen est une grande gueule. Ceci constitue la base du personnage depuis plus de cinquante ans et ceci même pendant ses années les plus sombres et tragiques (on va laisser de côté les New 52, s’il vous plaît). Là où dans la série Oliver est un taiseux, un taiseux qui garde des secrets aux autres et qui usera de sa grosse voix pour faire peur à ses adversaires, donc plus ou moins l’exact opposé de son équivalent papier. Néanmoins, cet état de fait aurait pu être amené à changer, il n’aurait pas été improbable de se dire qu’ils auraient pu jouer sur le traumatisme qu’Oliver a vécu sur l’île pour justifier cet état d’esprit taiseux. Puis cela aurait pu évoluer petit à petit vers une adaptation de la grande gueule d’Oliver. Ceci aurait constitué une idée somme toute intéressante, tout en faisant évoluer intelligemment le personnage. Cependant ce n’était visiblement pas ce que voulait faire la CW et les showrunners de la série.

En fait, le vrai problème de cet Oliver Queen, est qu’il devrait tout simplement s’appeler Batman. Tout en lui crie Batman, sa façon de se comporter, son caractère et même ses ennemis. Il n’apporte rien de plus à son personnage, Green Arrow n’a aucun caractère qui lui permet de se démarquer de Batman dans cette série. Ceci-fait on va donc pouvoir passer au cœur du sujet, la politique.

Attendez, Green Arrow est une gauchiasse ?

Comme dit plus tôt, l’un des aspects que Green Arrow a acquis au cours de l’évolution de son personnage c’est une prise de parti politique. Ce nouveau regard politique acquis à la fin des années 60, début des années 70 est devenu un élément incontournable pour le personnage. Green Arrow est maintenant depuis plus de cinquante ans, un gauchiste, un socialiste, autant d’adjectifs qui représentent plus ou moins des insultes au pays de Donald Trump.

Cependant quand la CW a lancé l’adaptation du personnage, elle a décidé de totalement effacer cet aspect de sa personnalité. Dans la série, jamais Oliver ne fait part d’un avis politique marqué, ou se penche même réellement sur les inégalités sociales qui peuvent exister dans sa ville ou dans les États-Unis. Le Green Arrow de cette série est apolitique, c’est un fait. Fait qui, encore une fois, aurait pu évoluer par la suite, pour apporter une nouvelle dimension au personnage. Et c’est là que le bât blesse, terriblement.

A partir de la saison cinq Oliver Queen devient maire de Star City, comme dans son ongoing de 2006. Cependant, là où la chose semblait être une évolution logique et pertinente dans les comics, ce n’est pas aussi simple pour la série. Déjà il est assez étonnant de se dire qu’une personne n’ayant jamais émis la moindre opinion politique s’intéresse au poste de maire. Néanmoins, même si cela s’avère étonnant, on pouvait se dire que cela aurait été une vraie opportunité pour la série de plonger dans cet aspect politique qu’elle n’avait jamais eu l’opportunité abordé. Et… ce fut abordé une seule fois. Et abordé d’une telle manière que cela en devient honteux.

Who is America ?

L’épisode treize de la saison cinq appelé « Spectre of the gun », commence par une fusillade dans le bureau du maire, Oliver Queen. L’idée était donc d’aborder un débat compliqué et bien actuel dans le pays du second amendement. Qui plus est c’était un thème qui n’avait jamais été touché par Dennis O’Neil à l’époque, donc il y avait de quoi faire. De plus, il était encore vraiment intéressant de s’attaquer à ce débat dans une série comme Arrow. En effet c’est une série dans laquelle les protagonistes usent régulièrement d’armes à feux pour faire le « bien ». Cependant au final il n’en est rien. L’épisode brasse de l’air pendant quarante minutes, le débat étant réduit à son stricte minimum. Tout le monde a un avis différent, Rene est persuadée que les armes sont nécessaires car s’il avait eu son arme il aurait sauvé sa femme (arme qu’il avait en fait donc son argument est tout simplement idiot). Mais Curtis est le seul a réellement se positionner fermement contre les armes (avec Quentin, mais on le voit peu), tandis que Felicity, elle, est contre les débats en général.

Le plus grave se passe du côté d’Oliver. Celui-ci hante l’épisode d’une façon désincarnée, sans jamais donner son opinion. D’ailleurs, quand il se voit directement poser la question « Que pensez-vous personnellement des armes ? » il répond « C’est compliqué ». La série a réussi à faire du personnage de DC le plus connu pour ses prises de positions politiques sonores, un personnage qui n’a pas de réelle opinion et ce même quand on la lui demande directement. Par contre, si l’idée était de faire une représentation réaliste des politiques cela s’avère être une entière réussite. Il finit par finalement signer un décret pour le contrôle des armes, qui n’empêchera ni les gens de les acheter, ni de les posséder. Donc qui ne sert strictement à rien.

Au final, cela nous donne un épisode qui ne prend jamais parti que ce soit pour un côté, ou pour l’autre. Là où on aurait pu voir, pour la première fois, un super-héros s’en prendre aux armes et à leurs utilisations aux États-Unis, il n’en est rien. L’épisode aurait très bien pu se terminer sur Oliver interdisant les armes dans sa ville et là cela aurait pu engendrer une évolution très intéressante de la série. On se rend donc très vite compte que derrière l’idée bien réelle de vouloir parler d’un fléau dans le pays de l’oncle Sam, il y a surtout la peur de repousser une partie des spectateurs. Donc finalement ils se contentent de montrer des différences d’opinions sans jamais oser tabler sur leurs pertinences. Que ce fait vienne d’une censure de la chaîne, ou d’une auto-censure du scénariste, nous n’en savons rien. Mais, on peut alors se demander s’il est bien pertinent pour une chaîne et un scénariste/producteur qui se veulent progressistes d’écrire un épisode qui aurait très bien pu passer sur la Fox.

On va terminer cet article par citer un bout d’interview que le producteur/scénariste Marc Guggenheim, a donné au moment de la sortie de l’épisode :

« Nous aurions pu faire un épisode à propos de l’avortement, mais ce n’est pas vraiment le propos de la série ».

Là réside tout le problème, il n’y a aucune raison pour que vous n’abordiez pas ce problème dans une série Green Arrow. Arrow pourrait saisir tous les problèmes et inégalités qui résident dans notre société, elle pourrait devenir socialement pertinente et engagée. Elle aurait même pu devenir le nouveau porte-parole d’une jeune génération américaine intéressée par le socialisme. Arrow aurait pu être une série politique, dans la digne lignée de ce que Dennis O’Neill avait proposé sur le papier il y a de cela 46 ans. Presque un demi-siècle mainteant. Cependant il devient aujourd’hui clair que cela n’adviendra jamais. Et cela s’avère être un réel acte manqué pour la chaîne, qui aurait pu faire bien plus qu’une simple série sur un justicier tirant des flèches. On ne peut que souhaiter qu’un de ces jours un cinéaste veuille bien se pencher sur cet aspect du personnage, pour qu’enfin Green Arrow devienne à l’écran l’étendard politique qu’il se devrait d’être.

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jio69
jio69

Excellent article!

Mocassin

Il est dommage que la série ne soit pas plus politique, même si elle l’est de temps à autre. Mais la CW n’oublie pas pour autant de parler de sujets d’actualité et de s’engager, c’est largement le cas dans Supergirl et Black Lightning !

Tim Drake4
Tim Drake4

La Cw est une chaîne tout de même très progressiste, malgré souvent l’absence d’existence d’avortement dans leurs univers. Ils ont quand même fait un personnage explicitement lesbienne dans les années 90 sans Buffy, chose rare pour l’époque. Et ils ont le mérite de donner des rôles importants aux minorités.

Tim Drake4
Tim Drake4

Super article. Effectivement, il faut savoir qu’aux Usa, ils n’ont pas vraiment de gauche. Les démocrates sont notre centre droite et les républicains notre extrême droite. Pour eux, tout ce qui est plus à gauche que les démocrates, c’est le communisme. C’est donc un choix réellement osé d’avoir proposé un personnage socialiste en comics tout public.
Je me rappelle en terminale avoir étudié le port d’armes aux Usa. Un type expliquait que les américains qui vivaient en Amérique profonde il y a moins de deux siècles vivaient des vies qui pouvaient être dangereuses car le territoire était hostile, et qu’il y avait pas mal de bandits. À cette période, ils avaient naturellement besoin de se défendre. C’est cette peur qui a été transmise aux générations suivantes. C’est fascinant de se dire que les États Unis pourrait être l’un des pays les plus surs de la planète, mais qu’ils ont des centaines de morts par arme à feu tous les ans. Beaucoup ont gardé cette peur, aujourd’hui irrationnelle, que n’importe qui pourrait venir les tuer et qu’ils ont besoin de se protéger. En Europe, il nous paraît évident que vendre des armes à feu tue plus qu’elles ne protègent. C’est un fait. Mais c’est quelque chose qui est entré dans les convictions à tel point que c’est quelque chose que l’on ne peut pas raisonner. D’ailleurs, si on trouve de plus en plus de contestations contre le port d’armes aux Usa, c’est aussi grâce aux réseaux sociaux. C’est un pays qui a toujours été tourné sur lui même, mais l’arrivée d’internet permet à une jeune de génération de se rendre compte que leur pays est l’un des élus de la planète à avoir ce genre de problèmes.

Garwald
Garwald

En terminale, on t’a présenté la version de la propagande française. La raison d’origine du port d’armes aux États-Unis se trouve dans la guerre d’indépendance. Les pères fondateurs considéraient qu’un peuple désarmé était vulnérable à la tyrannie, si incapable de se défendre des abus des gouvernements.

urbanvspanini10
urbanvspanini10

Claygan carbure ! Trés bon article, c’est sympa de faire des articles pour comparer les comics avec des adaptations TV.

Garwald
Garwald

Article sans grand intérêt, qui passe à côté du message, et présente une vision mal maîtrisée des arguments des personnage.