Le Demon de Garth Ennis se termine avec son second et dernier volume. Garth Ennis avait reprit le titre en cours de route, après le long run d’Alan Grant, Garth Ennis avait opté pour une direction bien plus farfelue, faisant du Demon un personnage violent et comique – comme les trois quarts de ses créations/récits. Ce qui n’a pas empêché au titre d’être annulé. Bref mais marquant, voyons ce qui fait la popularité de ce qui était jusqu’alors une perle rare dans l’oeuvre de Garth Ennis.

Satanée amnésie

Pour le bien du récit, Jason Blood avait oublié toutes ses actions menées par le passé, et la brutalité de ses actions lorsqu’il est possédé par Etrigan. Souvent réduit à une simple transformation utile dans les comics, Etrigan est une malédiction, ce qu’a tenté de souligner Alan Grant dans son run. Garth Ennis parvient à déboucher sur une conclusion simple, brutale et efficace : mettre Jason Blood face à sa mémoire perdue.

Garth Ennis fait interagir plusieurs éléments de l’univers DC (Gotham, Hitman), mais aussi de l’univers Vertigo (Lucifer), faisant de The Demon une sorte de pont entre l’univers partagé DC et les titres Vertigo, plus sombres et violents. Appartenant définitivement à l’univers DC, ces histoires pour le moins peu communes et parfois dérangeantes possèdent cet esprit Vertigo de l’époque. Le scénariste s’appuie bien plus sur le background qu’auparavant. Ces personnages secondaires n’ont d’autre fonction que d’être le moteur d’une intrigue, de lancer une action, débouchant au résultat escompté. Les événements ne suivent pas une logique, mais forcent à provoquer une situation imprévue de tous, et fait de cette narration quelque chose d’assez dur à accepter – en particulier pour le premier arc focalisé sur Jason Blood.

Demon of the Fall

Cette narration se ressent également sur le second, mais est plus acceptable dans l’idée d’une guerre des enfers très référencées sur l’idée d’un régime totalitaire repoussé par les démons, qu’il s’agisse des anges comme des démons. Au delà d’une lecture anti-cléricale, Garth Ennis propose une réflexion sur le sens de cette seconde guerre, met en avant l’inhumanité que le conflit des camps, et associe le tout au religieux pour représenter les démons et les anges comme des hommes, uniquement motivés par leur appartenance  à un groupe/camp. Malgré cette narration forcée, Garth Ennis impose une vision particulière des personnages et mythes représentés, dans son délire de violence et d’humour noir.

Personnage burlesque, le Demon de Garth Ennis s’éloigne toujours de la vision de Jack Kirby. Ses histoires peuvent rebuter grandement sur plusieurs points. On a relevé la narration brutale, le ton ironique et critique, mais s’y ajoute l’humour, omniprésent dans ses dialogues. Garth Ennis est un dialoguiste fabuleux dont le phrasé d’Etrigan multiplie les répliques chantantes cultes. Le style de John McCrea n’est pas, non plus, facile d’accès. Particulièrement trash, à la fois sombre et aux couleurs criardes, le dessinateur est pourtant indispensable à l’efficacité de ces récits. Les ombres sont accentuées pour les scènes dramatiques, et inversement pour les scènes à dominante comique. Il parvient à adapter sa mise en page et ses plans à chaque scène, capable de provoquer le rire comme le choc d’un cliffhanger, malgré son rendu général assez brouillon recherché par l’artiste.

Garth Ennis est un scénariste prometteur sur ce titre, très loin de ses grands succès, The Demon fait parti de ces séries que le scénariste s’est approprié. Il a rendu son passage sur le titre plus personnel et a bouleversé la vision du personnage, plus encore que ne l’avait fait Alan Grant auparavant. Plus extrême, The Demon a ce mérite d’être un titre mainstream brisant toute limite, de par un second degré parfaitement dosé, associé à un respect du personnage. Il n’est cependant pas à mettre entre toutes les mains, et à réserver aux fans de Garth Ennis, du personnage ou d’humour noir.

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- Dialogues mémorables
- Une capacité surprenante à passer du premier au second degré
- Un esprit anglais bien présent
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- Une narration manquant de fluidité
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Étrange personnage constitué de framboises. La légende raconte qu’il aurait une quelconque appartenance à l’école du micro d’argent. Il consolide sa morphologie linguistique et cherche à se perfectionner dès que possible. Profondément inspiré par Françoise Hardi et Zizi Jeanmaire, il écrit par passion. Amoureux de culture, il n’a jamais su se détourner de son premier amour qu’est le monde des comics. Élevé dès ses premiers pas par Bruce Timm qui lui a montré la voie de la sagesse, il s’entraine depuis comme un samouraï et accumule les reliures, les brochures, et se (re)découvre au fur et à mesure des coups de cœur. Rapidement détourné de l’univers Marvelien moderne depuis Marvel Now, il ne jure plus que par Image et DC Comics. Le fan de comics qu’il est attend sagement le retour d’une époque pour le moins révolue où le fan de comics prône sur les lecteurs éphémères qui ne se limitent qu’aux grands personnages publicités ou adaptés le temps de quelques mois. Éternel insatisfait, il n’aime pas cette présentation, et tout ce que l’on doit en retenir est qu’il écrit par passion dans le but de la partager.

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TheRiddler
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« Un esprit anglais bien présent » Hum ça se discute, surtout que Garth Ennis n’est pas anglais